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Nous empruntons à notre savant
compatriote, M. Emmanuel Nicod, une partie de son article sur le château du
Mein, paru dans la Revue du Vivarais, 1893. Une maison forte, flanquée de
grosses tours, et qui, détruite par un incendie, en 1538, et sans doute
remaniée bien souvent depuis, a conservé l’empreinte de la petite féodalité
mi-seigneuriale et mi-bourgeoise. La demeure d’une noblesse de second rang
ne boudant pas à la guerre, mais prenant aussi grand soin de sa chevance,
tel nous apparaît encore, au milieu du beau domaine qui l’entoure, le
château du Mein, s’appuyant aux bois du Fayet et dominant les collines qui
dévalent en pentes douces vers le Rhône. La première mention du Mein remonte
à Guillaume Arnoul qui en rendit hommage, le 1er juillet 1398, à Humbert de
Villars, seigneur d'Annonay. La maison d’Arnoul (Arulphi, d’Arnoul, Arnoulx,
Arnaud) dont les membres habitaient Annonay, Savas et Serrières, était noble
et riche. Louis Arnoul, bailli d'Annonay, teste le 12 août 1440. Il élit
sépulture en la chapelle de Sainte-Madeleine que ses ancêtres ont fondée
dans l’église d’Annonay. Il nomme et laisse à son fils aîné, Gilles d’Arnoul,
né de sa première femme, Béatrix Gaston (de Gast) tous les biens qui
dépendent de Serrières, à son fils Gonin d’Arnoul, né de sa seconde femme,
Bellote du Peloux, tous les biens qui sont dans le ressort d’Annonay et de
Peaugres. A Gilles d’Arnoul, les généalogistes font succéder Hector d’Arnoul
(Arnoud), puis Antoinette Arnoud, qui laissa pour héritiers Jacques et
Hector d’Angerès. Hector d’Angerès (d’Angeray, d’Angerais), écuyer, seigneur
de Saint-Bonnet-les-Oules, de Bruzon et du Mein, porta le nom de
Saint-Bonnet et joua un rôle dans la révolte du connétable de Bourbon, en
1523.
Gouin, dont il avait eu Hector d’Angerès avait épousé, le 16 juillet 1514,
Jeanne dont il eut deux fils, Imbert et Annet. Imbert d’Angerès, seigneur du
Mein, de Bruzon et Serrières, chevalier de l’ordre du roi, fit noble figure
pendant les guerres de religion. Il était resté catholique et suivait le
parti de Saint-Chamond. Il mourut, en 1584, et ne laissa qu’une fille,
mariée en Bretagne au comte de Roquefeuil, et légua probablement le Mein à
son neveu Claude, fils d’Annet Gabriel d’Angerès, fils de Claude, devint à
son tour, seigneur du Mein. Il épousa, le 29 mars 1639, Laurence de Moreton
et, en secondes noces, Marguerite de Pelet, dont il eut trois fils: Charles,
Lionnais et Jean-Baptiste. Ce dernier lui succéda dans la possession du Mein
qui échut ensuite à sa tante, Marie d’Angerès, épouse de Charles de Moreton
de Chabrillant. Leur fils Gabriel hérita du Mein et épousa, le 16 août 1669,
Anne de Fay de Villiers. Charles-Gabriel de Moreton succéda jeune à son père
et porta d’abord le nom de Mein pour prendre ensuite celui de Chabrillant.
Il épousa, le 25 novembre 1736, Marie-Anne-Nicole de Sainte-Colombe de
Laubépin, fille de la marquise de Laubépin, qui habitait Tournon, et il en
eut plusieurs enfants. Il mourut, en 1759, et sa femme peu après lui.
Benoît-Marie de Moreton épousa, le 3 mai 1778, Antoinette-Charlotte de
Lonlay de Villepail, émigra et devint maréchal de camp en 1815. La terre du
Mein, qui avait été vendue, lui fut rétrocédée à son retour de l’émigration,
mais il ne la conserva pas longtemps et la vendit à M. Giraud, maire
d'Annonay. Le Mein passa ensuite au fils de celui-ci, M. Laurent Giraud, qui
s’occupa beaucoup de ce beau domaine et y mourut, le 6 mai 1881, à l’âge de
82 ans. Le château du Mein était au début du XXe siècle la propriété de son
fils aîné, M. le Docteur Johannys Giraud. (1)
Au nom de ce château se rattache un épisode de Terreur qu’il est bon de
sauver de l’oubli: L’abbé Géry, précédemment professeur de mathématiques au
Puy, vêtu d’habits laïques et cachant sa tonsure sous une perruque, n’ayant
pu, malgré ce déguisement, rester longtemps sans être reconnu chez M. Roch
Jullien de Virieu qui l’avait recueilli comme précepteur de ses enfants,
alla louer le château du Mein où il réunit une vingtaine d’élèves, au nombre
desquels restait le jeune Jullien du Colombier. Recherché par les gendarmes,
l’abbé Géry, surpris dans son nouvel asile, n’eut que le temps de gagner la
campagne en s’échappant par une fenêtre. Parmi ses élèves, se trouvait aussi
un petit garçon de Romans, fort intelligent, qui tout d’abord tint tête aux
agents de la force publique, pour donner au fugitif le temps de s’éloigner,
puis se prêta de bonne grâce aux perquisitions, fit déposer le mobilier du
collège chez divers paysans du voisinage, rendit ses condisciples à leurs
parents et rentra lui-même au foyer paternel quand il eut pourvu à tout,
aussi bien que l’aurait fait un homme d’âge mur. (Archives du château de
Virieu. Souvenirs de M. Benoist Jullien, recueillis par M. l’abbé Pouly,
Communiqué par M. Robert Poidebard).
château du Mein 07340 Felines, propriété privée, ne se visite pas, excepté
lors des Journées du Patrimoine.
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Crédit photos: François
Bassaget sous licence Creative
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de la photo par satellite :
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