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C'était autrefois un château fort
flanqué de deux grosses tours carrées et entouré de remparts. Cette
seigneurie appartenait, en 1284, à Guillaume Fabri. Benoît Fabri, damoiseau,
la possédait en 1315; il dirigeait, a cette époque, les travaux de
l'artillerie du Louvre. Eustache Fabri, son fils, seigneur de Broussette,
obtint en 1335, d'Archambaut, évêque de St-Flour, la permission d'édifier et
de construire une chapelle hors l'enceinte des murailles de son château pour
y faire célébrer, tous les jours de l'année, la messe et les autres offices,
à haute ou basse voix, et y administrer les sacrements audit Fabri, sa
femme, enfants, famille, domestiques et autres qui, étant venus en la maison
du dit Fabri, se trouveraient en avoir besoin par quelque accident, et ce,
sans y appeler le curé de la paroisse de Reilhac, en laquelle sont situés le
lieu de Broussette et le bâtiment de ladite chapelle. Cette permission fut
confirmée plus tard par le cardinal de Vendôme, légat à latere, le 22 mai
1668, et par l'évêque de Saint-Flour, le 2 juin 1679. Eustache Fabri fit
donc construire, à peu de distance de son château, une jolie chapelle
composée d'un chœur ogival voûté, éclairé par trois fenêtres élancées, dont
une, celle du milieu, est à rosace et divisée en deux parties par une
colonnette d'une rare légèreté, et d'une nef inférieure, éclairée aussi par
deux fenêtres ogivales et percée de deux portes, l'une à l'extrémité, grande
et bien ornée, l'autre latérale, plus petite et plus simple. Du château
primitif, il ne reste qu'une des deux tours carrées qui lui servaient de
défense. On y entrait par une porte cintrée pratiquée dans l'épaisseur du
mur; de là, un escalier en limaçon, construit aussi dans le mur, conduisait
aux étages supérieurs. On descendait aux étages inférieurs par des trappes.
Cette disposition des bâtiments, servant de retraite et de défense, paraît
avoir été générale, au XIIe siècle, dans l'occident de l'Europe. La seconde
tour a complètement disparu.
Eustache Fabri, fondateur de la chapelle de Broussette, était mort en 1354;
car, à la date du 17 mars de cette année, l'on trouve un hommage rendu par
son fils Guillaume. Eustache , fils de Guillaume, avait épousé Agnès
Lachièze, nièce de haut et puissant seigneur Aymeric Rolland, chevalier,
autre bourgeois d'Aurillac, enrichi et élevé en dignité. Il résulte d'un
acte du 24 octobre 1407, qu'il ne laissa qu'une fille, nommée Imberte,
laquelle était alors veuve d'un sieur de Cayrac. Pierre de Cayrac, son fils,
était seigneur de Broussette en 1412 et 1434. Jean, son fils, l'était en
1441; il avait épousé Antoinette de Lagarde, fille de Pierre, seigneur de
Saignes, et d'Isabelle de Bar. Amaury de Cayrac fit, en 1489, des dons à
l'église de Reilhac et rendit, en 1504, hommage de Broussette et d'une
partie de Saint-Christophe à Jeanne de Bourbon, veuve de Jean, comte de
Boulogne. En 1549, Jean de Cayrac était seigneur de Broussette. Il parait
qu'il mourut sans enfants, et que cette terre passa à la maison d'Escorailles
à la suite d'une transaction passée, en 1571, entre un Antoine de Cayrac et
Guyon d'Escorailles. Jeanne d'Escorailles était dame de Broussette en 1592.
Après cette dame, Broussette appartint à deux Roquemaurel, Antoine et
Gabriel, son fils. Catherine de Roquemaurel, fille du dernier, épousa en
1638 Charles de Veyre , fils cadet de Guy, et lui porta la terre de
Broussette. Antoine, leur fils , épousa en 1667 Josèphe de La Garde de
Saignes. Ils eurent un assez grand nombre d'enfants : Pierre, René,
Alexandre, Louis et Joseph-Louis, et une fille, Madeleine-Gabrielle. Par
suite du décès de tous ses frères, Joseph-Louis était seul seigneur de
Broussette en 1748. Il fit, le 3 juillet de cette année, un testament dans
lequel, après plusieurs legs faits à sa sœur Madeleine-Gabrielle, à la veuve
de son frère Pierre, a l'abbé de Beaulieu, son cousin, et a d'autres
parents, il léguait à sa veuve, Jeanne-Marie Bonhoure, l'usufruit de tous
ses biens, instituait pour ses héritiers universels les pauvres honteux des
paroisses d'Aurillac, Reilhac et Naucelles, et nommait pour ses exécuteurs
testamentaires les curés de Reilhac et Naucelles, qui devaient, à
perpétuité, être les administrateurs des biens par lui donnés aux pauvres.
Ce testament fut attaqué d'abord par Madeleine-Gabrielle de Veyre, sœur du
testateur; ensuite par Jean-Baptiste de Veyre de Montai, abbé de Beaulieu, à
qui elle avait fait donation de la montagne de Broussette, "parce que,
disait-elle, cette montagne, sise dans la paroisse de Girgols, en pays
coutumier, n'avait pu être substituée de mâle en maie, et qu'elle en avait
hérité directement de son père Antoine"; enfin, par Marie-Catherine de
Méallet, veuve de Jean-Baptiste-Charles de La Garde de Saignes, chevalier,
que ladite Madeleine-Gabrielle de Veyre avait instituée son héritière
générale et universelle après la mort de l'abbé de Beaulieu. Ce long procès
fut terminé par un arrêt du parlement de Paris, en date du 5 septembre 1764.
L'arrêt annule l'institution universelle faite par Joseph-Louis de Veyre en
faveur des pauvres honteux d'Aurillac, Reilhac et Naucelles; envoie en
possession des biens la dame de Méallet, veuve de La Garde, et René de La
Garde, son fils et son donataire, capitaine au régiment de Bourbonnais, et
ordonne que, sur lesdits biens, il sera prélevé une somme de 12000 livres
dont le revenu sera annuellement distribué, deux tiers aux pauvres
d'Aurillac, et l'autre tiers par moitié à ceux de Reilhac et de Naucelles.
La famille de La Garde ne jouit pas longtemps du domaine de Broussette. M.
Joseph de La Garde le vendit, par acte du 29 octobre 1798, à M. Louis Vigier,
avocat, depuis président du tribunal civil d'Aurillac, dans la succession
duquel Mme la baronne Delzons, sa fille, l'a recueilli. Aujourd'hui le
château domine des prairies baignées par la rivière d'Authre; de nombreuses
et agréables promenades l'entourent. De la demeure du XIIIe siècle, il ne
subsiste qu'une des deux tours carrées, construite en appareil régulier,
rabaissée de deux niveaux et couverte d'une toiture à quatre pans reposant
sur de faux mâchicoulis. A l'intérieur, des dispositions et décors d'origine
ont subsisté, dont l'escalier à vis, les sols dallés et en tomettes, les
coussièges, la voûte d'ogive du premier étage et une table armoriée entourée
d'une accolade reposant sur deux culots à masque humain. Le reste fut
détruit aux XVIe et XVIIIe siècles et remplacé par un corps de logis en L
aux dispositions classiques. A l'intérieur, les aménagements datent surtout
du XIXe siècle. La chapelle, construite près de la demeure, de style
gothique, possède un choeur à pans voûté d'ogives et éclairé par une baie en
forme de rosace. La demeure est intégrée dans un parc paysager garni de
terrasses et de pavillons du XVIIe siècle. (1)
Éléments protégés MH: le château avec le donjon et la chapelle :
inscription par arrêté du 24 novembre 2003.
château
de Broussette 15250 Reilhac, propriété privée, ne se visite pas.
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