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Château de Maillou à Saint-Saturnin
 
 

     Au Moyen-Âge, toutes les terres de la paroisse de Saint-Saturnin étaient de la châtellenie d'Angoulême; il n'y avait donc pas de château seigneurial sur Saint-Saturnin. Il y avait cependant plusieurs fiefs dont Maillou, Tarsac, Mouillac, Moulède, Beauregard, etc. La première mention de Maillou date du XVe siècle. Ses seigneurs sont les de Mosnac (1457-1571), puis Jacques Flamant, écuyer, et Louis Regnier, au XVIe siècle. Maillou à l'époque était un petit hameau composé d'une habitation qualifiée "d'hôtel, mainement ou hébergement" plus une maison particulièrement avec métairie. Les seigneurs sus-nommés résidaient ailleurs. L'aveu fourni au roi Charles IX par Jean Flamant, en 1566, nous fait connaître l'étendue de la seigneurie de Maillou: Les Butardières, Les Brunelières sur Saint-Saturnin en faisait partie, ainsi que certaines terres de Trois-Palis ou Hiersac. Très tôt, dès 1539, les seigneurs tenanciers avaient cédé la propriété du fief aux Nesmond, famille de marchands, puis de juristes, originaire d'Angoulême. Ce n'est qu'en 1579, qu'ils en devinrent seigneur à part entière, par achat. Le seigneur justicier restait le roi, en tant qu'héritier des comtes d'Angoulême; celui-ci avait bien sûr délégué à des organismes spécialisés: les prévôtés royales. C'est à Maître François Nesmond que nous devons, dans les années 1580, l'aile nord et le donjon du château actuel. François Nesmond fut conseiller d'État et président du Parlement de Bordeaux. Son fils, André (1553-1616) eut les mêmes fonctions, ce qu'il devait à la protection de la reine Marie de Médicis. Il y fut un ardent défenseur du roi et de la religion catholique. Son sérieux et son impartialité ne semblent jamais mis en cause par ses contemporains qui blâmaient cependant son goût de la richesse. A Henri son fils advint la terre, et même, en 1625, le droit de rendre justice sur celle-ci; ce qui ne se fit pas sans provoquer l'opposition des gens de justice concernés. C'est lui qui fit refaire l'aile Est. En 1712, Maillou fut acheté par les Rambaud, qui le gardèrent un siècle.

Le château comprend toujours, comme autrefois, deux corps de logis disposés en équerre. Le donjon, isolé de l'un comme de l'autre, en occupe l'angle. Maillou est riche d'enseignement sur la façon de vivre et de concevoir un château à la fin de la Renaissance et en pleines guerres de Religion, en pays charentais. L'aile nord et le donjon datent en effet de cette époque, vers 1580. Ils en tirent leur aspect froid. Sur la porte principale de ce qui était la maison d'habitation (aujourd'hui servitudes) qui ouvre sur la cour intérieure, sont les armes du constructeur, François Nesmond: "trois corps de chasse de sinople, enguichés et liés". On entre alors dans l'ancien hall central qui était voûté. Son escalier avait son double retour d'équerre dans une saillie du mur nord, aujourd'hui supprimée, mais tout à fait visible sur la gravure de Claude Chastillon (au centre du corps de logis), et sur le cadastre de 1828. Ainsi cette légère avancé de l'escalier en hors-d'oeuvre permettait de mieux goûter au paysage que François Nesmond fait spécialement aménager en contre-bas dans les années 1580 (esprit Renaissance) et de mieux surveiller les abords (contraintes des guerres de Religion). Il desservait le premier étage du logis, dont au moins deux chambres son encore facilement reconstituables. Chacune avait sa cheminée dont les jambages sont en lignes courbes. Cet étage repose encore parfois sur des poutres et poutrelles travaillées. L'escalier que nous avons déjà décrit, descend, avec les mêmes particularités, dans une cave. Dans la saillie du mur, une bouche à feu est toujours visible.

Revenant sur toute la largeur du logis, un couloir voûté, avec embranchement rapidement obstrué, sur la gauche (départ de souterrains). Dans l'axe central, plusieurs marches descendent encore. Nous sommes maintenant sous la cour et une petite salle polygonale est taillée dans le rocher. Ici, c'est la cache du château, si l'insécurité extérieur devient trop grande. Cette aile nord se termine en son extrémité ouest par deux pavillons (bien visibles chez Chastillon), qui répondent un peu au donjon, à l'extrémité Est. Ce donjon est une massive tour carrée, couronnée d'un entablement supporté par d'élégants modillons accouplés, ornés de cannelures et imitant les triglyphes doriques, qui appartiennent au style Renaissance. Mais voulant imiter les fonctions du donjon médiéval, sa présence et la distribution de ses salles à quelque chose d'anachronique pour l'Ancien-Régime. C'est le donjon symbole, pour la justice et la défense. Totalement coupé des autres habitations castrales et du rez-de-chaussée, on ne pouvait y accéder que par un pont-levis, le reliant à l'aile nord. Son emplacement se voit très bien et son arrivée se faisait par un système de chicanes (pour la défense) dans le mur ouest du donjon.

Au premier niveau (à trois mètres au-dessus du niveau de la cour), une salle voûtée avec cheminée, sans doute conçue comme salle des gardes. Au deuxième niveau, une vaste salle, éclairée par de vastes fenêtres (jadis à meneau); ici on avait intégré le goût de la Renaissance, avec cheminée; manifestement l'étage noble. La présence de deux petites pièces voûtées, dans les angles, sans aucune fenêtre (cachots), peuvent faire penser que cette salle était conçue comme celle où le seigneur devait rendre la justice. Un escalier à vis monte dans un belvédère. Si ce donjon a été conçu comme il l'aurait été trois siècles plus tôt, en plein Moyen-Âge, c'est bien parce que les nécessités des années 1570-1580, et ses guerres de religion, semblent le rendre à nouveau d'actualité. A-t-il seulement servi? L'aile Est, qui sert aujourd'hui de maison, est majoritairement du XVIIe siècle, sans doute construite par Henri Nesmond. La décoration des portes, avec pilastres, frontons triangulaires et quelques fantaisies, appartient au XVIIe siècle, comme l'étage. En revanche, on peut penser que son rez-de-chaussée réintègre une salle voûtée plus ancienne, vraisemblablementde la fin du XVe siècle par exemple. On sait qu'un manoir y existait déjà, et Chastillon (que l'on sait fidèle depuis Bruno Sepulchre), vers 1600, dessine une aile à l'est. Elle se terminait, et se termine toujours, par le "fourniou" et ses deux fours. (1)

château de Maillou 16290 Saint-Saturnin, tel. 06 80 62 50 25, domaine viticole, ouvert au public le samedi (dégustation-vente).


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(1)
    Extrait de châteaux, logis et demeures anciennes de la Charente : Jean-Paul Gaillard, Librairie Bruno Sepulchre 1993

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