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Le fief de Gardépée
relevait de la Châtellenie de Bourg-Charente. Par acte du 7 janvier 1553,
Claude Gouffier, grand écuyer de France, seigneur d'Oiron et de Bourg,
concède le fief à Jacques Ancelin, marchand à Beauvais-sous-Matha, avec
l'autorisation "d'édifier une maison à créneaux tant et seulement sans autre
forme de forteresse, avec fuye, vivier, garenne et sera ladite maison
dénommée L'espée de Garde". On voyait encore vers 1900 les armes des Ancelin
qui portaient de gueule au lion d'or, au-dessus de la porte du pigeonnier.
En 1657, les descendants de Jacques Ancelin vendent Gardépée à Pierre Aufroy,
marchand bourgeois de Cognac qui épouse la même année Suzanne Bertrand,
fille de Jacques Bertrand, sieur du Bouquet en Javrezac. En 1679, Suzanne
Aufroy, fille de Pierre Aufroy, épouse Bertrand Richard au Temple de Cognac.
Bertrand Richard, sieur de Gardépée, rend hommage à la Comtesse de Miossens
au château de Bourg-Charente "à cause du fief et maison noble du lieu de L'Epée
de la Garde, appartenances et dépendances qu'il possède par sa femme Suzanne
Aufroy". L'hommage consiste en "une épée appréciée à 60 sols et une paire
d'éperons dorés appréciés à 20 sols tournois pour raison de huit mâchicoulis
percés et ouverts étant au-dessus de l'Espée de la Garde" (acte du 21
juillet 1693). On serait tenté de penser que le portail aurait pu être
construit au milieu du XVIe siècle lorsque le seigneur de Bourg autorise une
maison à créneau en 1553. En 1713, Pierre de Jarnac, fils d'Ozée-Pierre,
notaire royal à Segonzac, juge sénéchal de Roissac, Chazotte... juge de la
seigneurie de Bourg, achète Gardépée, qui depuis lors est resté dans la même
famille.
En 1731, un inventaire de Gardépée a été fait lors de la succession de
Pierre de Jarnac. Très complet, c'est un témoignage de la vie d'un homme de
robe, propriétaire aisé, ayant maison en ville et maison à la campagne au
milieu du XVIIIe siècle. On y apprend la constitution du logis tel qu'il
était alors, sans étage, et celle des bâtiments l'entourant pour les chevaux
et le bétail, le matériel agricole et viticole y compris "deux pressoirs à
roues, de nombreux futs et cuves de bois, une chaudière de cuivre sur son
fourneau. En plus des meubles, linge en abondance, ustensiles de cuisine et
vaisselle dont beaucoup en étain, de l'argenterie, de la faïence de
Hollande” des objets précieux dont un petit "crucifix d'ébenne". Pour la
nourriture de l'esprit: "une bible, le Praticien français et la Coutume
d'Angoumois". Une chapelle a été construite dans l'angle nord-est de
l'enceinte et bénie le 15 août 1763 avec l'autorisation de l'évêque de
Saintes. Le corps de logis est situé sur un coteau dominant au nord l'Abbaye
de Châtres et la plaine de Nercillac, à l'est les bois de pins et le dolmen
de Gardépée et au sud la vallée de la Charente et au delà les coteaux
couverts de vignobles de la Grande Champagne.
La maison donne au nord
sur une terrasse et au sud sur une cour intérieure contenant un puits
couvert. Cette cour est fermée par les bâtiments d'exploitation et par un
mur d'enceinte percé à l'est d'un portail remarquable que l'on date du début
de la seconde moitié du XVIe siècle. Ce portail est construit en pierres de
taille. Il est constitué de deux portes moulurées en plein cintre. La porte
cochère est sans ornement, la porte pour les piétons est encadrée de
pilastres plats et surmontée d'un fronton triangulaire mouluré, délicatement
orné en son sommet d'une petite urne portant un croissant de lune et à ses
angles de petites sphères cannelées reliées par deux arcs en accolade. Sous
ce fronton on peut lire dans un cartouche à moulure sculptée de motifs
triangulaires cette courte sentence en latin: "Hic Habitabo" (ici
j'habiterai). Les deux portes sont surmontées d'un parapet saillant à huit
mâchicoulis soutenus par neuf consoles à volutes finement travaillées de
trois motifs répétitifs. Le mur d'enceinte en petits moellons et le parapet
à mâchicoulis sont surmontés d'un crénelage décoratif bordé d'une moulure,
construit en pierre de taille. Quatre consoles finement sculptées scandent
la base de la partie haute du mur crénelé. D'autres consoles plus rustiques,
côté intérieur, aumême niveau, renforcent le mur en plusieurs points. Chaque
merlon est coiffé d'un petit fronton triangulaire. Sous le merlon central de
ce parapet a été gravé un autre verset en français qui joue sur le mot
Garde, bénédiction scellée dans la pierre par le propriétaire de Gardépée:
"Le seigneur soict la Garde de l'antrée et de la sortie" 1562 (ou 1662 la
date se lit très mal, et en attendant de trouver plus d'informations, nous
aimerions pencher pour une construction du portail avec ses deux portes dans
la seconde moitié du XVIe siècle, avec rajout des mâchicoulis, crénelages et
texte en 1662).
Au dessous un écusson a été martelé. Une tourelle avec
une toiture de tuiles plates protégeant l'entrée sur son côté gauche, (deux
regards de tir y sont percés), deux petites échauguettes décoratives aux
angles sud-est et nord-est, augmentent ce caractère féodal que l'on donnait
encore à la fin du XVIe siècle à certaines demeures, surtout pour refléter
un statut social et une aisance financière, et pour se défendre à
l'occasion: pouvoir s'enfermer derrière de hauts murs, et peut-être
décharger son mousquet sur d'éventuels agresseurs. La vaste maison
d'habitation à un étage, située sur le côté nord de la cour, a été
reconstruite à la fin du XVIIIe siècle sur l'emplacement de l'ancien logis.
Elle est prolongée de part et d'autre par deux ailes sans étages plus
anciennes. L'aile joignant le mur crénelé à l'angle nord-est de la cour
porte un cadran solaire scellé sur sa façade et une pierre gravée de cette
maxime: "La prospérité est sujette à l'envye, et l'adversité au mépris, la
médiocrité est trop commune, ainsy rien icy bas ne nous peut satisfaire". La
date de 1774 est gravée sous le porche. La très grande fuie à l'extérieur de
l'enceinte, à droite du portail, date aussi du XVIe siècle. Sa porte en
plein cintre est surmontée du blason des Ancelin, sur lequel on distingue
deux branches de laurier. Le lion est difficile à déchiffrer. Le toit
conique en très petites tuiles plates est percé de deux lucarnes à fronton
triangulaire mouluré. Un cordon règnent sur le pourtour, placé sous les
petites ouvertures d'entrée des pigeons, était destiné à empêcher les petits
mammifères prédateurs d'entrer. (1)
Éléments protégés MH: le mur crénelé avec son portail et sa tourelle; la
fuie: inscription par arrêté du 30 octobre 1973.
château de Garde Épée, route de Gardépée, 16100 Saint-Brice, propriété
privée, ne se visite pas.
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