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En quittant le bourg, sur la route en direction de
Fleurignac, on aperçoit deux petites tours-pavillons à l'avant-scène d'un
ensemble imposant de bâtisses qui constituent le château de la localité.
Disons d'emblée que la disposition architecturale a peu varié depuis
Louis-Philippe, puisque le plan d'approche, cadastral, de 1839, nous révèle
une structure équivalente avec écuries, granges et remises à vocation
agricole. Une exception toutefois: à l'ouest, une construction sphérique, au
large diamètre, a depuis disparu; située à gauche de l'allée de charmilles
qui mène au lieu noble, la tour ronde devrait probablement abriter une fuie
ventrue. L'étude d'un second document début XXe siècle nous montre intacte
la toiture à quatre pans et tuiles plates, aujourd'hui manquante, du premier
grand pavillon dont le symétrique se dresse fièrement à l'est du corps du
logis. Ce bâtiment découronné, soutenu par un puissant contrefort, est
curieusement hérissé de consoles en saillie, qui devaient supporter
autrefois une bretèche ou une échauguette d'angle; ces vestiges extérieurs
sont révélateurs de l'existence d'une maison-forte antérieure au logis du
XVIIe siècle; à l'intérieur subsiste une surprenante cheminée sculptée,
accrochée à l'épais mur.
Le corps de logis d'habitation, frisé d'une belle génoise en corniche, a
conservé son sobre aspect initial. Seul fioriture, la pierre millésimée 1679
chapeautant l'œil-de-boeuf au-dessus de la porte d'entrée de la demeure. De
l'agencement intérieur, il convient de retenir un magnifique escalier
central, à vaste palier, composé de larges marches monolithes de pierre, il
est agrémenté, au palier et à l'étage, de deux pittoresques fresques murales
polychromes, difficiles à interpréter, l'une représentant un repas
campagnard "Grand Siècle". L'ensemble est majestueux, dépouillé, sobre. Les
pièces vastes et lumineuses, sont ornementées de cheminées, dont une fort
belle dans l'office toujours doté de son potager: elles tirent leur harmonie
du petit pavage conservé. Au total, un agréable ensemble rural, avec cour
extérieure et cour intérieure entourée de bâtiments de ferme. A l'inverse
d'autres demeures, il est aisé de retrouver les nobles occupants du château
de Taponnat; les documents sont ici nombreux et remontent à 1458. Au XVe et
XVIe siècles la famille Paulte fort connue en Angoumois, de noblesse
ancienne, est propriétaire du lieu; c'est à elle qu'il faut rattacher la
maison-forte initiale, la structure défensive évoquée ci-dessus.
Jean Paulte est écuyer, seigneur de Taponnat en 1458. Un autre Jean Paulte
sera maire protestant d'Angoulême en 1552 et 1569; pendant les guerres de
religion, il combattra les papistes. Les XVIIe et XVIIIe siècles sont
marqués par une autre famille très connue dans la contrée: les Regnaud. Il
convient toutefois de distinguer l'ancienne famille noble Regnaud de la
Soudière, seigneurs de Saint-Mary connus depuis 1290 en Angoumois et les
bourgeois de La Rochefoucauld tenant négoce Porte de Marillac qui achèteront
les brevets de noblesse à la fin du XVIIe siècle, ainsi que nombreuses
terres de la paroisse de Taponnat. Jean Regnaud, sieur de la Joutardière,
accompagne Gourville en Hollande en 1668, alors que sa fille effectue un
mariage protestant. La date de 1679 inscrite dans la pierre peut signer
l'édification du château et du splendide escalier. Mathieu Regnaud sieur de
Taponnat sera anobli; les seigneurs de Taponnat qui lui succéderont,
obtiendront confirmation de noblesse successivement en 1715, puis en
1731-1732. Les Regnaud, "chevaliers" se distinguent militairement au XVIIIe
siècle tantôt au régiment du Lyonnais, tantôt dans les chevau-légers de la
Maison du Roi.
François-Louis Regnaud sera appelé à l'Assemblée de la Noblesse en mars 1789
mais représenté par Barbot d'Hauteclair; âgé, il sautera par une fenêtre
pour échapper à une recherche révolutionnaire. Son fils, électeur également
à l'Assemblée du second Ordre, se réfugiera à Saint-Malo et sera amnistié en
l'An XI. Le caveau familial des Regnaud de Taponnat et des Gutierrez de
Cordova, propriétaires au XIXe siècle, est visible au cimetière; la pierre
recèle millésimes et généalogies partielles de cette noblesse ibérique. S'il
fallait ne retenir qu'un épisode nous mentionnerions que le château fut au
milieu XVIIIe siècle le "laboratoire" de recherches scientifiques relatives
à une teigne qui fit des ravages équivalents à ceux causés par le phylloxera
pour la vigne au XIXe siècle. Homme éclairé, botaniste amateur, de Taponnat,
avec son ami Marentin sieur de Péruzet, subdélégué de l'Intendant de la
Généralité de Limoges, participera à l'expérimentation in situ, les travaux
sont rassemblés dans un ouvrage fort intéressant édité en 1762. (1)
château de Taponnat, route de Fleurignac 16110 Taponnat-Fleurignac, la
propriété accueille des représentations théâtrales et est mise à disposition
pour des tournages de films..
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