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Un peu d'Histoire (comme on dit
dans les guides): le site est superbe, privilégié. La butte rocheuse
abrupte, accessible d'un seul côté, au sud, bénéficie d'une vue circulaire
sur tous les alentours. Elle fut sans doute habitée par l'homme dès la
préhistoire. Des fouilles systématiques qui seraient effectuées dans
l'enceinte même du château confirmeraient sans nul doute cette hypothèse
Quoiqu'il en soit, il est certain que très près, et probablement à l'époque
gallo-romaine, "la forme, la situation du Puy de Villebois en firent une
place forte organisée pour la défense du Pays". Sa belle position en éperon
était facile à défendre Quand au bourg de Villebois, il se situe tout près,
en contre bas du château "sur les flancs de la colline fortifiée, au fond de
ses venelles en arcades de ses abbayes défuntes, autour de ses halles du
XVIIe siècle s'étagent ses vieilles maisons à tuiles rouges dévalant la
pente vers le soleil". C'est ainsi que le poète l'a décrit et il est en
effet des plus charmants. La "castellenie" est désignée dans les chartes
sous le nom de Villaboe, Villaboen, Villaboensis ou Villa bavis (plus tard
Villaboyes). Il s'agissait du "domaine du boeuf". Ceci est confirmé par un
sceau datant de 1239 qui portait une tête de boeuf. D'ailleurs, à la même
époque, les frères Arnaud, sergents à Rongnac rendaient hommage à leur
Suzerain Hitier de Villebois "Seigneur du rocheyan boeuf circoncis".
La chronologie des seigneurs féodaux de Villebois dont nous disposons est
quelque peu décousue. Cependant, on peut indiquer que les Fulcher de
Villebois étaient dès le VIIIe siècle seigneurs du lieu et l'on suppose que
ce sont eux qui firent bâtir les premiers éléments de défense. En 959 les
Hélie devinrent à leur tour les possesseurs de la châtellenie et plus tard
les Ithier de Villebois. En 1150 un Ithier de Villebois part pour la
Croisade mais sans avoir négligé, auparavant, de mettre son âme en paix (il
avait commis de nombreux excès dans le cimetière de Saint-Amant et même dans
l'église!). Il se rend donc à Saint-Pierre d'Angoulême pour confesser
publiquement ses tords et pour tout arranger, fait don d'une terre aux
religieux qui lui offrit un cheval pour son voyage. Il semble que de
nombreux seigneurs de Villebois prirent part au grand mouvement des
croisades du XIIe siècle et que l'un d'eux, à son retour, fit construire la
chapelle basse qui existe encore aujourd'hui. Des Ithier de Villebois, le
château passa, semble-t-il aux mains des Lusignan, comtes d'Angoulême.
Ceux-ci dès la première moitié du XIIIe siècle agrandirent l'enceinte du
château et élevèrent les murailles que l'on voit encore et la flanquèrent de
sept tours demi-rondes. Ils ajoutèrent à la chapelle primitive les deux
dernières travées.
Les Mareuil devinrent seigneurs de Villebois grâce à leur fougueux courage
durant la bataille de Bouvines et furent récompensés par Philippe Auguste
qui "pour cette belle conduite leur donna la Seigneurie de Villebois au pays
d'Angoumois". Raymond guerroya avec du Guesclin et le Roi Jean Le Bon lui
assura définitivement, en 1355, la possession de la châtellenie de Villebois.
Mais les Anglais, après le traité de Brétigny, occupèrent la place (21
octobre 1360). En 1369, le dernier jour de juin, Raymond de Mareuil sieur de
Villebois signe lui aussi un acte d'adhésion où il s'engage devant Charles V
avec son oncle Louis de Marval à être "vrais et loyaux français ". Geoffroi
de Marieul, seigneur de Villebois, Angrac et Vibrac fut Sénéchal du Limousin
puis de Saintonge (vers 1421). De son mariage avec Anne de La Rochefoucauld
il eut Jean de Mareuil. Guy, leur fils, fut un puissant personnage, vassal
direct du Roi, "nobilissime seigneur de Mareuil Villebois, etc.". Il était
Sénéchal d'Angoumois et l'un des quatre barons du Périgord (Beynac,
Bourdeille, Biron, Mareuil). Il mourut en 1519 et conformément à ses désirs,
fut inhumé à Villebois, au couvent des Augustins qu'il avait fondé en 1510.
Sa seule héritière fut Gabrielle de Mareuil, dame de Villebois qui devait
plus tard, lors du siège du château par Epernon et "s'estant rencontré dans
le pays", obtenir la grâce de l'un des rebelles destinés à la corde.
Gabrielle de Mareuil qui selon Brantome, était fort belle comme sa mère
Catherine de Clermont, épousa dans des conditions absolument rocambolesques,
le jeune René d'Anjou, marquis de Mégieres, et comte de Saint-Fougeau.
Lorsqu'elle mourut à 80 ans en 1592, les seigneuries de Villebois et Mareuil
passèrent par mariage de sa fille dans la famille de Montpensier.
En 1589, donc en pleine guerre de religions, le château de Villebois sert de
refuge aux bandes de ligueurs et le chevalier d'Aubeterre, fervent ligneur,
"s'estait mis a la teste des mutins et commet 1000 désordres dans la
région". Ils s'enfermèrent dans le château qui était une sûre retraite
puisque "leur place était d'assiette très avantageuse, fort bonne à coups de
mains et les avenues en étaient si difficiles qu'on ne pouvait qu'avec une
peine extrême y conduire le canon". Fortifiée par une double enceinte
flanquée de tours et entouré de profonds fossés, le château pouvait soutenir
une défense prolongée. Mais cela n'était pas pour impressionner le terrible
duc d'Eperon. Il lui fit sommer de se rendre et la réponse ayant été jugée
"téméraire et arrogantes" ,le duc "fit loger ses canons sur le castiau". De
furieuses et meurtrières canonnades s'ensuivirent qui ouvrirent finalement
une brèche. Les Assiégés demandèrent "par grâce" qu'on leur laisse la vie
sauve. Mais le duc fut inflexible, il n'y voulut jamais consentir.
Finalement, le chef des mutins, nommé Maumont, lieutenant du Chevalier d'Aubeterre,
reçut un coup de pistolet mortel alors qu'il essayait de s'enfuir par le
fossé et d'Epernon, pour l'exemple, fit pendre devant le château 18 de ceux
qui avaient été de l'entreprise et sauva la vie des autres. Acquis par le
duc quelques années après (1596) le château portait encore les traces et
blessures de ce siège et, dit Girard, "j'ai souvent ouï regretter au duc les
ruines qu'il fut obligé de faire à ce château qui était une belle résidence,
une belle masse de pierres et bien logeable. Elles n'ont jamais été réparées
entièrement et il reste toujours des marques de la rébellion comme de la
punition de ceux qui le ont causées".
Le château, dès lors, sert de temps à autre de résidence au duc lorsqu'il ne
loge pas au château d'Angoulême. Ce "demi-roi" après avoir été
successivement le mignon et aimé d'Henri II et le "cousin" quelque peu
redouté d'Henri IV (à la mort duquel il ne fut peut-être pas tout à fait
étranger), était presque parvenu au faîte de sa gloire et de sa fortune. Il
tient à recevoir superbement à Villebois, Louis XIII et Anne d'Autriche "le
28 décembre 1615 au soir le cortège royal fit donc halte au château. Epernon
y attendait le roi et les deux reines et les fit protéger par 5000 hommes de
pied et 400 maîtres". Il leur offrit de somptueuses réjouissances qui
peut-être leur fit oublier le "froid de Gueux" et la pluie incessante qui
désolaient toute l'escorte royale. Par lettres patentes de mars 1663 la
terre de Villebois est érigée en duché pairie. Le duc mourut en disgrâce à
Loches à l'âge de 88 ans. Il laissait une fortune considérable à son fils
Bernard de Foix de Lavalette, second duc d'Epernon. Bernard de Foix de
Lavalette ne s'intéressa guère au château. En 1660 il fut vendu moyennant
une somme de cinq cent quarante mille livres à Messire Philippe Montault de
Benac, duc de Navailles, Pair de France, Général en chef des Armées du Roi,
etc. Le Maréchal et sa femme se retirèrent à Villebois-Lavalette en 1665 ou
le duc ayant rasé la majeure partie du château médiéval, fit édifier par
l'architecte Cossovrel une maison de plaisance somptueuse et au goût du
jour. S'appuyant en partie sur la muraille ouest du XIIe siècle, elle était
composée d'une large façade orientée au midi flanquée à ses extrémités de
deux pavillons, la partie centrale étant surmontée d'un dîme élevé d'où (par
beau temps bien entendu!) on pouvait, dit-on distinguer les clochers
d'Angoulême.
De l'ancienne forteresse il fit combler les fossés, transformés désormais en
promenade plantée d'arbres. Il conserva cependant l'ancienne enceinte des
Lusignan tout en la modernisant ainsi les créneaux devenus démodés, furent
obstrués et le mur du chemin de ronde coiffé de belles pierres
triangulaires. Le même architecte édifia à peu près à la même date les
halles actuelles qui sont très belles et qui ont été classées MH et sauvées
de justesse en 1948 "après de vives polémiques locales qui avaient failli
amener leur destruction". Le château fut vendu en 1696 et passa avec la
Seigneurie de Lavalette aux mains des Rohan-Soubise puis en 1728 à celle de
Françoise de Pompadour, marquise d'Egon et de Courcillon. Elle épousa le
marquis de Dangeau. Brigadier des Armées du Roi dont les "affaires " furent
sans doute bien mauvaises, puisque le château échoua finalement entre les
mains d'un "syndicat de créanciers" qui le gère jusqu'à la Révolution. En
1789, le château "vit détruire ses sculptures, ses belles armoiries et ses
précieux parchemins". La convention en fit, en toute simplicité, leur
magasin à vivres et un lieu de détention pour les suspects. En 1808, il
devint, sort misérable, une maison de détention pour plusieurs départements
et en 1816 on va voir la brigade de gendarmerie locale s'y installer. Dans
la nuit du 10 au 11 décembre 1822 un violent incendie détruisit toute l'aile
droite du château XVIIe siècle ainsi que le dôme central, ne laissant debout
que l'aile qui constitue aujourd'hui la seule partie habitée et quelques
pans de mur qui apportent à l'ancienne cour intérieure une indéniable note
de romantisme.
C'est en 1838 que l'abbé Michon acheta le château et après y avoir fait
faire quelques réparations et quelques constructions, heureusement
aujourd'hui disparues, y établit une école secondaire qui n'eut que cinq ans
d'existence. Probablement incomplètement payé, le château après la faillite,
revient donc à l'ancien propriétaire. La Commune de Villebois-Lavalette et
le Bureau Central de Bienfaisance s'en portent acquéreurs en 1852. On y
transféra l'école des filles, divisée depuis 1818 par les religieuses
"institutrices et hospitalières" de l'Ordre de Saint-André de la Croix
auxquelles succédèrent en 1870 les religieuses de l'ordre de Saint-Anne. Le
Docteur Maurice de Fleury, membre de l'Académie de médecine, en devint
propriétaire en février 1941. Il y fit de très grosses réparations dans
l'aile nord afin de la rendre habitable. En effet, lorsqu'il en fit
l'acquisition, la bâtisse se trouvait dans un lamentable état: plus de
toiture, un arbre poussait à l'endroit où se trouve aujourd'hui le salon,
plus d'escalier, un berger avec ses chiens vivait au premier étage auquel on
accédait par une échelle, les murs mêmes de la bâtisses menaçaient ruine.
Les efforts furent récompensés et il fit de cette maison une très agréable
résidence de vacances. Son fils, Jean, Avocat à la Cour, Greffier de Justice
de Paix, puis enfin libraire à Paris, légua le château à ses enfants,
Bernard plus connu sous son nom de chansonnier et de comédien, Bernard
Lavalette, et son frère Philippe de Fleury, les actuels propriétaires. C'est
grâce aux interventions des membres de cette famille que les bâtiments ont
été restaurées.
En 1980, conscients qu'il fallait absolument faire quelque chose pour
l'enceinte des Lusignan et de ses tours jusqu'alors quelques peu abandonnés,
les propriétaires prirent l'initiative, avec le Conseil du jeune architecte
Frédéric Didier, de la création au château de chantiers de jeunes bénévoles
oeuvrant dans le cadre de l'Union Rempart. Leur projet rencontra d'emblée
l'accord enthousiaste et le plein appui du maire de Villebois, le docteur
Fougère qui accepta la Présidence de la Société nouvellement crée (Loi
1091). L'association "Les Amis du château de Villebois-Lavalette" soutenue
par la municipalité et en pleine harmonie avec les propriétaires, organise
donc depuis une douzaine d'années des chantiers de restauration avec l'aide
de jeunes bénévoles venus des 4 coins de France et même de l'étranger.
Nantie d'un bail de longue durée avec les propriétaires, elle s'efforce non
seulement de restaurer mais aussi de faire revivre les remparts médiévaux et
les six tours et peut-être verra-t-on un jour prochain y prendre place un
petit musée consacré à l'histoire locale. Les résultats acquis par ces
chantiers de jeunes sont dès à présent véritablement spectaculaires et grâce
à ce magnifique travail la partie médiévale du château reprend petit à petit
l'aspect qu'on lui voyait sur un dessin daté de 1610. Un prix de la XNMH a
d'ailleurs récompensé leurs efforts. En ouvrant largement le château à la
visite et à ses diverses manifestations, les Amis du Château tentent de
sensibiliser un vaste public à la conservation de notre Patrimoine. (1)
Éléments protégés MH: le château avec son sol, en totalité : classement par
arrêté du 16 décembre 2005.
château de Villebois
Lavalette 16320 Villebois-Lavalette, ouvert au public, visites du mardi au dimanche à 14h30, 16h
et 17h30 du 1er Juillet au 31 août. Du 6 au 30 Juin et en septembre, visites
le lundi, mercredi, vendredi et samedi à 15h, tel. 06 87 70 05 78.
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