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Le petit corps de logis du XIXe
siècle, couvert d'une toiture d'ardoise à combles brisés, doté sur sa façade
antérieure d'une tour carrée à crénelage fantaisie, reflète mal le passé
prestigieux de la seigneurie de Thors. Seuls les grands murs entourant
l'ancien parc et la motte concentrique supportant l'édifice que nous
connaissons laissent supposer une certaine importance. D'après une étude du
XIXe siècle, le château primitif se serait trouvé auprès de l'église et
relevait directement de l'évêque d'Angoulême. Le seigneur de Thors aurait
été tenu de lui en offrir les clefs hors de l'enceinte lorsqu'il se
présentait. L'évêque avait alors le droit d'ouvrir le château, de visiter
les appartements et d'absoudre ou de condamner les prisonniers qui pouvaient
y être détenus. Cependant, en 1393, le procureur du seigneur de Thors rendit
foi et hommage au comte de Périgord, alors seigneur de Matha. Un siècle plus
tard, en 1493, François de La Rochefoucauld, comme seigneur de Montignac,
revendiquait l'hommage que le comte de Penthièvre rendait au seigneur de
Matha pour la terre de Thors. La première mention de la seigneurie de Thors
remonte à 1259, lorsque Jude, dame de Thors, femme de Jean de Nanteuil,
chevalier, transigea avec le seigneur de Matha, au sujet des limites de la
justice de cette dernière terre. Quelques années plus tard, le château de
Thors appartenait à la famille Rochefort. Après 1309, le dernier de la
lignée, Helbes de Rochefort, le jeune, mourut accidentellement sans
postérité. La châtellenie de Thors passa alors aux mains de sa sœur, mariée
à Savary de Vivonne. La famille Vivonne posséda le château pendant une
centaine d'années. Le dernier représentant, Renaud, sénéchal du Poitou en
1388, laissa une fille, Isabeau, mariée à Charles de Blois dit de Bretagne,
seigneur d'Avaugour, d'Esnandes et autres places. En 1432, Isabeau de
Vivonne transigea avec la dame de Matha. Il fut alors convenu qu'elle
devrait mettre un capitaine à la garde des églises et forteresses de Blanzac
et de Prignac et qu'elle aurait le droit de fourches patibulaires sur ces
paroisses. Thors passa ensuite aux mains de sa fille, Nicole de Bretagne,
mariée, en 1437, à Jean de Brosse, chevalier, seigneur de Boussac, devenu
comte de Penthièvre après le décès, en 1454, de l'oncle de sa femme, Jean de
Bretagne. Leur petit-fils, René de Brosse, fils de Jean, comte de
Penthièvre, prit le parti du connétable de Bourbon et vit tous ses biens
confisqués, peu avant sa mort, survenue en 1525, à Pavie.
Le château de Thors passa alors aux mains du duc de Savoie qui semble
l'avoir cédé peu après 1527 à Adrien de Montberon, comte de Matha. Sa
petite-fille, Judith de Montberon, épousa en premières noces Philippe de
Warly, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, puis en secondes noces
Jacques de Pons, chevalier, seigneur de La Caze (Landes). La puissante
famille de Pons garda le château de Thors qu'elle fit transformer et
aménager jusqu'en 1769. Au XVIIIe siècle, le chanoine Dom Fonteneau, épris
de généalogie, vint visiter le château de Thors qui renfermait toute une
série de tapisseries retraçant l'histoire et la généalogie de la maison de
Pons, d'après les prétentions de ses descendants. Le chanoine en laissa une
fort intéressante description, aujourd'hui conservée à la bibliothèque
municipale de Poitiers. Ayant des doutes sur ce qu'il put voir, il crut bon
d'avertir les lecteurs par le préambule suivant: "On voit par là jusqu'où
les anciens sires de Pons prétendaient faire remonter leur origine. C'est
une ambition assez ordinaire aux grands seigneurs du Royaume de France. La
vérité n'est pas compatible avec ces prétentions qui ne sont la plupart
fondées que sur l'orgueil et l'ignorance". Il concluait une de ses
descriptions ainsi: "il faut se servir de ces morceaux avec précaution",
ajoutant qu'il ne les avait "rapportés que pour faire voir seulement les
prétentions ridicules de cette maison", précisant par ailleurs que
"l'écriture en était toute récente". Il est vrai que la maison de Pons
prétendait remonter à Pontius, neveu du grand Pompée, fondateur de la ville
de Pons ! Toute une série d'inscriptions accompagnait les portraits
familiaux parfois tissés entre des armoiries.
Le dernier descendant de la famille de Pons, Louis, marquis de Pons,
habitant à Dijon, vendit en 1769, pour 180 000 livres, sa terre et
seigneurie de Thors et Prignac, à Marie-Joseph, vicomte de Puy-Montbrun,
seigneur de Montmirail, lieutenant au régiment du Roi-Infanterie, demeurant
à Besançon. Celui-ci démembra une partie des terres, pensant sans doute en
tirer de substantiels bénéfices, puis, en 1778, remit la terre en vente. Une
annonce parue dans les Affiches de Bordeaux, mentionnait "un château, cour,
avant-cour, écuries, remises, chays, brûleries, greniers, granges, fuie,
logement pour homme d'affaires, jardin, beau parc de cent journaux clos de
murs dans lequel passe une petite rivière par le moyen de deux aqueducs..."
précisant qu'en un mot cette terre pouvait avoir tous les droits qu'une
terre peut avoir en Saintonge, qu'elle s'étendait sur dix-neuf paroisses et
que plus de soixante-quinze fiefs en relevaient. Le vicomte de Puy-Montbrun
ne trouva pas d'acquéreur et demeura maître des lieux jusqu'en 1759, au
moins. Un état des lieux dressé en 1770 montre un château à structure
difficilement compréhensible, en mauvais état, doté de plusieurs escaliers.
Un tas de tuiles plates entreposé dans l'une des pièces permet de connaître
ses matériaux de couverture. Il n'est nullement fait mention, à cette date,
des tapisseries décrites quelques années auparavant par Dom Fonteneau.
Cependant, on mentionnait, dans une chambre, "un cadre et un tableau où il
est écrit la représentation de Louis Foucau, visse amiral et maréchal de
France". Dans les environs immédiats du château se dressait un pigeonnier et
un pavillon à cheminée couvert d'ardoise auprès de bâtiments en ruine.
L'ancien plan cadastral montre déjà deux corps de bâtiments séparés et
divisés sur une ancienne motte féodale entourée de douves. Malheureusement,
les restes de cet édifice furent détruits par un incendie, en 1885, puis
remplacés par le corps de bâtiment actuel. (1)
château de Thors 17160 Thors, propriété privée, ne se visite pas.
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