|
La première pièce mentionnant la seigneurie
du Douhet est un aveu et dénombrement rendu au seigneur de Taillebourg, du
28 juin 1442, par Bernard de La Pierre, à cause de Marie Audax, son épouse.
Ce document a le mérite d'énumérer les précédents propriétaires. Ainsi nous
apprenons que Marie Audax tenait la seigneurie de sa mère, Jeanne Ymonne,
elle-même héritière de Guillaume Charbonnière, en son vivant seigneur du
Douhet, ce qui permet à la filiation des propriétaires du Douhet de remonter
au XIVe siècle. Marie Audax, dame de Jouffray, du Buffou, de Mélas et du
Douhet, veuve et sans enfant, testa en faveur de son neveu, Armand de
Fayolle, dit le jeune, en 1458. Ensuite, la terre du Douhet passa aux mains
de son fils, Hugues, chevalier, seigneur de Saint-Martial, lequel légua ses
terres, en 1511, à son fils aîné, Annet. Le jeune Annet de Fayolle ne
portant sans doute que peu d'intérêt à ses possessions de Saintonge,
échangea la terre du Douhet, par acte du 11 novembre 1520, contre la terre
de Neuvicq, en Périgord, démembrée de la châtellenie de Grignols, par
François de Talleyrand, prince de Chalais. Celui-ci ne garda pas longtemps
le château du Douhet qu'il céda deux ans plus tard contre les terres de
Saint-Marsault et de Saint-Félix en la principauté de Chalais, appartenant à
Briand de Vallée, conseiller au parlement de Bordeaux. La famille Vallée
compta parmi ses membres de zélés calvinistes, notamment Nicolas de Vallée,
sieur du Douhet "filz de feu maistre Brian de Vallée, en son vivant
conseiller du Roy..." qui favorisa largement la diffusion des idées
nouvelles en établissant, sous sa protection, dans sa seigneurie du Douhet,
un ministre du culte protestant, Pierre Gabar, qui officiait également au
château de Panloy.
Par le mariage, en 1618, de Claude de Vallée, avec haut et puissant Charles
de La Rochefoucauld, la terre du Douhet passa aux mains de la puissante
maison de La Rochefoucauld. Ils ne laissèrent qu'une fille, Marie-Judith,
mariée en premières noces en 1653 au marquis Poussard de Lignières, puis, en
secondes noces, à Bernard de Pons, seigneur marquis de Thors. En 1647 après
la mort de Jean de La Rochefoucauld, le cousin germain de sa sœur
Marie-Judith, Abraham de Vallée, écuyer, sieur du Plonget, trouvant qu'elle
ferait bon parti, la demanda en mariage. Sa mère ayant manifesté son
désaccord, Abraham de Vallée "avroit fait dessein de l'enlever pour en
profiter et la marier à sa fantaisie". Pour y parvenir en décembre 1617,
avec plusieurs complices, "armés de fusils à pistolet, étant entrés dans la
basse-cour du château", il vinrent assiéger la dame de La Rochefoucauld.
Ayant été secourue par "l'assistance de quelques gentilshommes Abraham de
Vallée dut s'enfuir en promettant de n'user plus de telles violences". Il ne
tint pas parole revenant "journellement avec ses advenants alentour du
château du Douhet et usant de grandes menaces contre la dame du Doubhet";
elle dut porter l'affaire devant le parlement de Bordeaux. En 1670, elle fit
réparer les toitures du château, qui passa ensuite aux mains d'un de ses
fils, Guy-Louis de Pons, après un partage passé en 1703, entre lui et
Charles-François de Poussard, marquis de Lignières et Jacques-Auguste,
chevalier de Pons.
Celui-ci mourut au Douhet, en 1745, sans enfant, laissant pour héritiers
indirects, Marie-Judith Poussard de Lignières, veuve de François-Joseph,
comte de Plas, et les neveux de cette dernière, Charles-François Boscal de
Réals, enseigne de vaisseaux, et Louise Boscal de Réals, épouse de
Louis-Ignace de Karrer, colonel d'un régiment suisse de son nom, tous deux
enfants de Jeanne Poussard. A la suite d'un partage passé entre ses
derniers, la terre du Douhet revint à Louis-Ignace de Karrer. Après sa mort,
survenue au début de l'année 1752, le tuteur de ses enfants mineurs loua le
château à monseigneur Simon-Pierre de Lacoré, évêque de Saintes. Ce dernier
acceptait de louer Le Doubhet contre le château de Vénérand dont il avait la
jouissance depuis 1749 et que les héritiers de Karrer voulaient récupérer.
En 1769, après la mort de l'évêque de Saintes survenue au Doubhet, ils
vendirent la terre avec son annexe, "consistant en château, maison,
métairies, terres labourables, prés, bois, vergnées, moulin, rentes et
agrières, droits honorifiques, seigneuriaux et féodaux", pour 100000 livres,
à Clément de Laage, écuyer, seigneur de Brie-sur-Marne, Bellefaye et autres
lieux, conseiller secrétaire du Roi et l'un des fermier généraux de Sa
Majesté, agissant au nom de son frère, Pierre-Léonard de Laage, prêtre,
docteur en théologie de la faculté de Paris, chanoine de l'église cathédrale
de Saintes, abbé commendataire de l'abbaye royale de
Notre-Dame-de-Bellefontaine. L'abbé de Laage fut le dernier seigneur du
Douhet. Ayant refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé,
il dut émigrer en Espagne. Le château fut alors confisqué et vendu comme
bien national, en 1794, à Mathieu Faure, banquier de Saintes, également
acquéreur du château de Coulonge-sur-Charente. Il avait fait une belle
fortune, ce qui lui permit de marier sa fille au comte Charles-Marie-Renée
de Voyer d'Argenson, propriétaire du château des Ormes dans la Vienne.
Par la suite Le Douhet appartint à leur gendre, le comte de Clairvaux, dont
la famille le garda au moins jusqu'en 1923. Il fut acquis en 1946 par la
famille des actuels propriétaires qui le sauva de la ruine qui le guettait.
Après plus de 25 années de travaux, le château retrouva une certaine vie et
fut ouvert au public. Il est aujourd'hui une des étapes majeures de la route
des trésors de Saintonge. Précédé par deux longues ailes de dépendances se
faisant face, d'une architecture rigoureuse, marquant l'avant-cour précédée
par un fossé, un haut mur de clôture et une porte cochère très simple, le
château du Douhet est un vaste édifice qui formait autrefois un U harmonieux
autour d'une cour renfermant les caves du précédent logis. Le corps de
bâtiment en fond de cour se compose d'un pavillon central coiffé d'ardoise
de deux ailes à toiture basse masquée par un muret de pierre de taille
cantonnées chacune par un gros pavillon carré couvert d'ardoise. Côté
jardin, le corps de logis principal gagne en monumentalité, par un haut
soubassement taluté rendu nécessaire par la dénivellation du terrain,
renfermant à l'origine une orangerie, et un équilibre plus juste des volumes
mis en valeur par deux pièces d'eau vive. On accède aux jardins par un
escalier à double révolution. L'apparition de baies à arcs segmentaires au
dernier niveau montre que nous sommes dans une étape de transition et que ce
château, daté traditionnellement des années 1680, pourrait-être plus récent,
et avoir été entrepris à peu près à la même époque que le château de
Taillebourg, soit entre 1715 et 1730 environ. Le parc, clos par de hauts
murs, renferme un aqueduc souterrain gallo-romain alimentant aujourd'hui les
bassins du château, de remarquables buis et la tombe de Mathieu Faure. Dans
les dépendances, une importante fuie cylindrique du XVIe siècle renfermant
1800 niches à pigeons, a malheureusement perdu sa toiture. (1)
Éléments protégés MH: les façades et les toitures du château et des
communs, l'escalier extérieur en fer à cheval, la cour intérieure, les
jardins avec leurs miroirs d'eau : inscription par arrêté du 26 septembre
1969.
château du Douhet 17100 Le Douhet, propriété privée, ne se visite pas.
Ce site recense tous les châteaux de France, si vous possédez des documents
concernant ce château (architecture, historique, photos) ou si vous
constatez une erreur, contactez nous. Propriétaire de cet édifice, vous
pouvez enrichir notre base de données en nous adressant un historique
détaillé et des photos pour illustrer cette page, merci.
A voir sur cette page "châteaux
en Charente-Maritime" tous les châteaux recensés à ce
jour dans ce département. |
|