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Château de Jonzac (Charente-Maritime)
 
 

            Jonzac ne possède que deux monuments dignes d'attention: l'Eglise et le château. Le château s'élève sur le rocher portant autrefois le nom de Ballaguier, au nord-est de la ville. A la mort du dernier représentant de la famille des La Rochandry qui furent les premiers seigneurs de Jonzac, il était déjà construit. En 1327, en effet, Bernard de Comborn, époux d'une de ses héritières, donna quittance pour la garde de son château de Jonzac. Sa reconstruction remonte aux premières années du XIVe siècle. Au commencement du XVIe siècle, on y ajouta une aile dans laquelle furent reçus et hébergés les rois Henri IV, Louis XIII et Louis XIV. Cette partie du château, du style de la Renaissance, n'est pas la partie la moins intéressante de l'antique forteresse. La façade de la Renaissance donne sur la rivière; les trois autres côtés étaient entourés par des fossés creusés dans le rocher et larges de sept mètres. Ils ont été comblés en 1852. Il faut le regretter; car cette opération tout en donnant à ce quartier un aspect moins sévère a cependant rabaissé l'édifice qui gagnait à être considéré de la profondeur de ses douves. Ce château s'élève de 22 mètres au-dessus de la Sévigne. Il était autrefois fermé du côté de la ville par un pont-levis. Sous cette forteresse, une des plus importantes de la Saintonge, de vastes souterrains s'étendaient jusqu'aux portes de la ville. Henri IV, pendant les guerres de religion et Louis XIII, pendant sa campagne en Guyenne et en Saintonge, en 1623, y reçurent l'hospitalité. Le 16 août 1659, la cour se rendant à Saint-Jean-de-Luz pour le mariage de Louis XIV avec l'Infante d'Espagne, Marie-Thérèse d'Autriche, le roi, la reine mère et Mademoiselle, couchèrent au château de Jonzac. Le 28 juin 1660, après son mariage, Marie-Thérèse, la nouvelle reine de France, vint également au château de Jonzac. Le roi la rejoignit à Saint-Jean-d'Angély, après une visite faite au duc de Saint-Simon, à Saint-Ciers-sur-Gironde. Les signes du zodiaque sont représentés dans l'intérieur de la cour dont les bustes des connétables de France décoraient les murs. Ces bustes ont été détruits en 1793. Il n'en subsiste actuellement que trois et encore sont-ils bien détériorés.

Pendant la période gallo-romaine, Jonzac était une station militaire située sur la voie de Blaye à Ebéon. En 1075, époque où s'y établit la famille de La Rochandry, c'était un fief de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, qui l'avait reçu de Charlemagne. La redevance consistait dans le don de douze couteaux de table sans gaine et d'une peau de cerf préparée pour la reliure des livres d'Eglise, formalité qui ne s'accomplissait d'ailleurs qu'à chaque mouvance. Par suite du traité de 1259 entre Saint Louis et Henri III Plantagenet, Jonzac passa au pouvoir de l'Angleterre, sauf le droit de haute justice réservé au roi de France, sur la Saintonge méridionale. Après ce traité, les marches de la haute Saintonge furent livrées au sort des armes et à l'instabilité des traités des deux puissances rivales et les différentes places de guerre passèrent tantôt sous la domination de la France, tantôt sous celle de l'Angleterre. Dès lors, le château de Jonzac fut perpétuellement en éveil. Au commencement du XVe siècle, quelques place fortes de la haute Saintonge tombèrent, malgré les patriotiques efforts des habitants, au pouvoir des anglo-gascons. Jonzac fut de ce nombre et le maître du château, Arnaud de Saint-Maure, fut fait prisonnier et transporté en Angleterre où il demeura dix ans. En 1451, sous Charges VII, Jonzac était un poste militaire, rendu célèbre par la nature et par l'art, et il était avec Montendre et Chalais occupé par les Anglais. Une armée française vint les reprendre; cependant, en 1452, Jonzac tomba de nouveau au pouvoir des Anglais. Mais en 1453, l'armée royale commandée par Charles VII en personne reprit Jonzac et les autres places de la Saintonge, et, peu après, eut lieu à Castillon, la complète défaite et la mort de Talbot, qui mirent fin à la domination anglaise dans nos contrées. Cent ans après, en 1548, éclata la révolte de la Gabelle. Elle donna à Jonzac et à toute la haute Saintonge une nouvelle célébrité. Nous en racontons les différentes péripéties à propos d'Alain de Saint-Maure, alors seigneur de Jonzac. Disons ici seulement que cette insurrection peut être considérée comme le prélude des agitations politico religieuses qui pendant la seconde moitié du XVIe siècle ruinèrent notre contrée et sapèrent les bases de la société. Jonzac fut le théâtre d'un épisode de cette guerre fratricide.

En 1570 en effet se livra à Jonzac un combat acharné. Jonzac, Allas-Champagne, Ozillac, Martagne et Cosnac tenaient pour les catholiques; Archiac, Barbezieux, Saint-Maigrin, Montguyon et Mirambeau pour les calvinistes. A Jonzac, se trouvaient retranchées deux compagnies françaises et deux compagnies italiennes. Les protestants, sous la conduite de Boisrond, vinrent les y attaquer; et, d'après les mémoires d'Agrippa d'Aubigné, elles ne trouvèrent leur salut que dans le château. La ville fut saccagée et les vainqueurs passèrent au fil de l'épée tous les habitants surpris les armes à la main. Dans le cours des siècles, on donna successivement à Jonzac le nom de ville ou de bourg, suivant le point de vue ou se sont placés les historiens ou les géographes. Vers le milieu du XVIe siècle, cette localité n'avait encore d'ailleurs qu'une importance religieuse et civile fort secondaire: c'était simplement une place de guerre renommée dans la contrée Il fallut attendre le décret du 17 février 1800 qui, érigeant, à cause de sa position centrale, Jonzac en sous-préfecture, donna à la petite ville une certaine importance. On peut donc dire qu'auparavant Jonzac n'était connu que par son château-fort. Aussi bien son histoire se confond-elle avec celle de ses seigneurs. C'est pourquoi il convient d'en donner la chronologie en signalent simplement les événements auxquels ils furent mêlés.

Le château de Jonzac fut tout d'abord le siège d'une Baronnie et c'est au XIe siècle seulement que commence son histoire. D'après le cartulaire de l'abbaye de Baigne, on trouve Foucher de Jonzac, sa sœur Emma et son frère Kalon, faisant des libéralités à cette abbaye, en l'an 1000, et un Guillaume de La Rochandry également bienfaiteur de ce monastère en 1081; mais, c'est un autre Guillaume de La Rochandry qui en réalité ouvre, au commencement du XIIe siècle, la série des barons de Jonzac. La famille de La Rochandry était originaire de l'Angoumois. Dans une guerre entre Emenon, comte d'Angoulême, et Candericus, comte de Saintes en 866, ce dernier avait fait construire un château fort qu'il appela Rupes Canderici, rocher de Candericus. De là, le nom de La Roche Chandry, commune de Moustiers-sur-Boëme, canton de Blanzac (Charente); de là, le nom de La Rochandry. Cette famille posséda la baronnie de Jonzac pendant plus de deux cents ans. Le dernier représentant de cette famille, Bertrand de La Rochandry, qui avait épousé Mahaude de Barbezieux, mourut sans postérité en 1328. Mais il laissait deux nièces, Pétronille et Marguerite, issues du mariage de sa sœur Jeanne, avec Guillaume Gardras, seigneur de Mosnac, et elles se partagèrent son héritage. C'est ainsi que Jonzac passa successivement dans les familles auxquelles s'étaient unies les deux sœurs. Pétronille avait épousé d'abord vers 1305, Foulques Taillefer de Montauzier, et ensuite Bernard de Comborn. Quant à Marguerite, elle s'était mariée en 1327, avec Geoffroy Tison, seigneur de la Tranchade, en Angoumois. De Foulques Taillefer de Montauzier, Pétronille avait eu une fille, titrée dame de Montauzier, qui épousa, en 1325, Guy de Saint-Maure, descendant des comtes de Joigny et auteur de la branche de Jonzac

Pétronille Gardras de Mosnac avait épousé en second mariage, avons-nous dit, Bernard de Com born, de la maison de Turenne. Cette union donna temporairement à Bernard de Comborn le titre de seigneur de Jonzac. De son premier mariage avec Foulques Taillefer de Montauzier, Pétronille de Mosnac avait eu une fille unique, Marguerite, qui épousa, en 1325, Guy de Sainte-Maure. L'histoire ne rapporte rien de remarquable relativement à Foulques Taillefer. Il faut croire ce pendant qu'il signala son passage à Jonzac par de nombreux bienfaits puisque par reconnaissance les habitants ont donné son nom à une rue de la petite ville. Ajoutons cependant que, d'après une chronique fort respectable, le nom de cette rue viendrait de ce que les taillandiers de la localité s'y étaient établis. Quelle qu'en soit l'origine il convient de féliciter les différentes municipalités d'avoir ainsi perpétué ce souvenir de l'histoire locale. Ce fut par le mariage de Guy de Sainte-Maure avec Pétronille de Mosnac, en 1325, que la baronnie de Jonzac passa dans la famille de Sainte-Maure. Elle y resta pendant plus de trois cents ans. La maison de Sainte-Maure a pris son nom d'une ville de la Touraine, autrefois baronnie. Deux familles ont porté le nom de Sainte-Maure. La première commence à Joscelin en 1009. Plusieurs de ses membres prirent part aux croisades. La seconde avait pour chef Guillaume de Sainte-Maure. Il n'eut qu'une fille, Avoye, qui épousa, en 1180, le seigneur de Pressigny, de la famille des Comtes de Loudun. De lui sortit Pierre de Sainte-Maure dont Guy, le fils cadet, épousa Marguerite Taillefer de Montauzier, fille de Pétronille de Mosnac. Il était ennemi des Anglais. Il passa en Guyenne où il servit la cause de la France de 1327 à 1337.

Son fils, Pierre combattit aussi contre les Anglais pendant la campagne de France de 1377. Il avait épousé Maramonde de La Motte, dame de Cadillac et de Saint-Seurin d'Uzet. Il ne devint cependant seigneur de Jonzac qu'après la mort de Jean de Matha, fils de Marguerite de Comborn, dont il était le tuteur. Pierre de Sainte-Maure eut cinq enfants dont Arnaud ou Renaud qui fut seigneur de Jonzac; Léon époux de Jeanne Le Bourcier, seigneur de Montau zier; Foucaud, prêtre, prieur de Saint-Gervais de Jonzac; Marguerite, mariée au seigneur de Lamothe-Fouqué et qui lui transmit Saint-Seurin d'Uzet; et Béatrix, dame de Meux, épouse de Jacques Chesnel, seigneur de Moings. Arnaud ou Renaud de Sainte-Maure, par un partage du 15 septembre 1470, conserva la seigneurie de Jonzac. Il servit sous les ordres du maréchal d'Albret; mais son château de Jonzac tomba entre les mains des Anglais; lui-même fut fait prisonnier et emmené en Angleterre où il resta dix ans. C'est à cette époque que la Châtellenie de Jonzac, confisquée par le roi d'Angleterre, aurait été concédée viagèrement à Bertrand de Gurford, puis érigée en comté, en faveur de Rodulphe Chévenon. Au retour de la paix, le seigneur de Jonzac fut remis en possession de ses biens. Il passa le reste de sa vie, dans son château de Jonzac, faisant bénir sa mémoire en répandant autour de lui les bienfaits. C'est par ses soins que les foires furent rétablies. Une ordonnance royale du 26 mars 1473 institua en effet six foires fixées aux fêtes de la Saint-André (30 novembre); de la conversion de Saint Paul (25 janvier); de Saint-Mathias (24 février). Le marché de chaque semaine était fixé au vendredi. Arnaud de Sainte-Maure fut aussi un des bienfaiteurs de la Maladrerie fondée en 1481 par Bertrand Vilot. Il mourut en 1499.

Foucaud, son frère, lui succéda. Foucaud de Sainte-Maure était prêtre et prieur de
Saint-Gervais et Saint-Protais. A la mort de son frère, il hérita de tous ses biens et de tous ses droits. En conséquence, le 3 mai 1499, le prieur de Saint Gervais de Jonzac prêtait, en tant que seigneur de Jonzac, le serment de foi et hommage à l'évêque de Châlons, abbé de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, dont dépendait sa baronnie. Il ne la conserva pas longtemps. Il abandonna son quint d'aînesse à son frère, seigneur de Chaux, et mourut en 1502. La seigneurie de Jonzac passa alors à son neveu, Jean de Sainte-Maure, fils de Léon, déjà seigneur de Mosnac. Ce Jean de Sainte-Maure, fils de Léon, seigneur de Montauzier, et de Jeanne LeBourcier, rendait hommage, dès 1505, à Guillaume Briçonnet, évêque de Lodève, et premier abbé commendataire de Saint-Germain-des-Prés. Jean de Sainte-Maure fut donc seigneur de Jonzac à la mort de son oncle, Foucaud, en 1502 et conserva la seigneurie de Mosnac. C'est lui qui, le 2 octobre 1505, établit les Carmes dans la ville de Jonzac. Jean de Sainte-Maure épousa d'aborc Louise de Clermont-Dampierre, en 1505; puis Marie d'Archiac d'Availles dont il eut deux enfants: Alain et Antoine Il mourut en 1527. Alain, son fils aîné, lui succéda à Jonzac. Alain avait épousé Anne de Ponthieu, mai sa vie fut relativement courte, il fut témoin de la révolte de la Gabelle qui bouleversa le pays. Cette révolte, on se le rappelle, eut pour causes l'impôt sur le sel et sur tout les vexations et les exactions des employés chargés de le percevoir, appelés Gabelous. Le seigneur de Jonzac fut-il entraîné dans cette prise d'armes? L'histoire ne dit rien à son sujet, mais il lui eût été sans doute bien difficile de ne pas suivre le mouvement. Peut-être était-il absent.

A la suite de tous ces désordres, éclatèrent les guerres de religion qui, pendant plus d'un demi siècle, désolèrent notre pays. Alain de Sainte-Maure embrassa-t-il la Réforme? On l'ignore; mais Jean, son fils aîné, suivit les nouvelles doctrines. Alain, avons-nous dit, avait épousé Anne de Ponthieu. Les Ponthieu étaient protestants, et c'est ce qui explique le doute qui plane sur Alain de Sainte-Maure, relativement à sa religion. Jean de Sainte-Maure était né en 1551. Il n'avait pas sept ans à la mort de son père. Sa mère, zélée protestante, l'éleva dans la religion prétendue réformée. Il eut tour à tour pour tuteur son oncle paternel, Antoine, seigneur de Réaux et de Mosnac, et son oncle maternel, Pons de Polignac. L'influence de ce dernier l'entraîna dans l'armée protestante en 1568; et bien qu'il n'eût alors que dix-sept ans, il figure au nombre des condamnés mentionnés par l'arrêt du Parlement de Bordeaux du 6 avril 1569. Deux de ses parents, Guy de Sainte-Maure, seigneur de Montauzier, et son fils, connu sous le nom de capitaine Chaumont furent condamnés comme lui. Mais pendant son absence, son château de Jonzac servit de refuge aux catholiques, et c'est ce qui fait planer un doute sur la sincérité de ses convictions. "A ce moment-là, dit d'Aubigné, toute la Saintonge était parsemée de petites garnisons qui s'attaquaient chaque jour. Le château de Jonzac reçut les troupes royales qui fortifièrent la ville en toute hâte. Mais ces remparts de fortune ne pouvaient guère résister à un coup de main hardi. Aussi, les huguenots, sous le commandement de Boisrond et d'Agrippa d'Aubigné, enlevèrent-ils rapidement ces fortifications improvisées et la ville tomba presque sans coup férir aux mains des protestants. Tous ceux qui ne purent se réfugier dans l'enceinte du château, dit d'Aubigné, furent passés au fil de l'épée; la ville fut mise à sac".

Cette fois encore le Parlement de Bordeaux prononça, le 6 mars 1570, contre 563 religionnaires, un arrêt de mort qui ne fut d'ailleurs pas plus exécuté que le précédent. La place de Jonzac, démantelée après cet assaut fut tour à tour occupée par les troupes catholiques et protestantes qui s'y livrèrent à toutes sortes de brigandages. Au rapport de Carton, garde-notes à Jonzac en 1574, "toutes les archives furent brûlées et il dut faire des recherches considérables pour reconstituer les titres de propriété". Jean de Sainte-Maure rendit hommage au cardinal de Bourbon, abbé de Saint-Germain-des-Prés, le 26 mai 1580. Il avait épousé Marguerite Dieuxaide de Montbazin et mourut en 1584, à 33 ans, sans postérité. Isabeau, sœur de Jean de Sainte-Maure lui succéda et prit le titre de dame de Jonzac. C'était d'ailleurs pour elle un triste héritage: les revenus de la seigneurie étaient presque nuls par suite des dettes de son frère et de l'usufruit réservé à sa mère sur la plus grande partie du domaine. Elle n'évaluait pas les revenus de la succession qui lui étaient attribués à plus de quarante écus de rente. Elle avait près de quarante ans lorsqu'elle épousa Jacques Levasseur, seigneur de Coignée, Ludon et Sargots. A peine avait-elle pris possession de son château de Jonzac qu'il s'y produisit un événement qui dut réduire encore ses revenus. Afin de réprimer toute résistance de la part des Protestants, Henri III avait envoyé en 1585 en Sain tonge et en Guienne une armée sous les ordres du maréchal de Matignon afin de s'emparer de toutes les places fortes et de s'y établir pour réprimer plus facilement toute résistance. Or, le château de Jonzac fit mine de résister. Les troupes royales s'en emparèrent et la dame de Coignée qui s'y trouvait dut accepter les conditions d'une capitulation: elle devait verser 40.000 écus et tout ce qui se trouvait dans le château: chevaux, armes, vivres, tout fut réquisitionné. La ville et le château se rendirent au nom du maréchal qui en ce moment-là se trouvait à Brouage.

Jacques Levasseur rendit hommage en 1604 pour sa seigneurie de Jonzac. L'année suivante, Isabeau de Sainte-Maure était séparée de corps et de biens d'avec son mari. En 1607, elle était veuve. A sa mort, Jonzac passa à son cousin Geoffroy de Sainte-Maure, fils d'Antoine, seigneur de Mosnac. Geoffroy était catholique. Et tandis que son cousin, Jean, guerroyait avec les Huguenots, il faisait, en 1582, le pèlerinage de la Terre-Sainte. En 1598, il épousa Viviane de Polignac, fille de Léon, seigneur d'Ecoyeux et de Catherine Tison. Bien qu'il n'eût été revêtu d'aucune charge, il jouissait en Saintonge et à la Cour d'une haute considération. Il fut député de la noblesse aux Etats généraux en 1614 et reçut le collier des ordres du roi1. Son fils, Léon, est celui de tous les Sainte-Maure qui a jeté le plus d'éclat sur la maison de Jonzac. Léon de Sainte-Maure, comte de Jonzac, marquis d'Ozillac, baron de Mosnac, Fléac et autres lieux, fut lieutenant général des provinces de Saintonge et d'Aunis, gouverneur de Cognac, chevalier des Ordres du roi. Après avoir réduit Saint-Jean-d'Angély en 1621, Louis XIII entreprit la campagne de Guienne qui se termina par le siège de Montauban, et, l'année suivante par ceux de Royan, de Sainte-Foy, etc. Léon de Sainte-Maure prit part à ces campagnes; et, en récompense de ses services, Louis XIII érigea en marquisat sa seigneurie d'Ozillac, le 2 décembre 1623. C'est à cette époque que le roi fut reçu à Jonzac. Le seigneur de Jonzac reprit les armes cinq ans après, au siège de La Rochelle. Léon de Sainte-Maure avait épousé, le 30 janvier 1622, Marie Bouchard d'Esparbez de Lussan d'Aubeterre. Il eut quatre enfants de ce mariage, dont Léon qui portait le titre de marquis d'Ozillac et fut tué aux barricades de Paris en 1649; Alexis qui fut seigneur de Jonzac; Hippolyte et Antoinette qui moururent sans alliance.

Léon de Sainte-Maure mourut le 22 juin 1671, dans son château de Jonzac "qu'il aimait à habiter, qu'il avait embelli, agrandi, et dont il avait si vaillamment porté le nom sur tant de champs de bataille, toujours fidèle à son devoir et à son roi". C'est en effet à Jonzac qu'entre ses différentes campagnes, il venait prendre quelque repos. Il n'y demeurait cependant pas inactif. Non seulement il y cultivait les Lettres, mais encore s'occupait de ses terres, cherchant à perfectionner la culture de la vigne, déjà la richesse du pays. A ce point de vue encore il fait honneur à la Saintonge. Alexis, son second fils devint, à sa mort, seigneur de Jonzac. Il était né en 1632. "C'était, disent les Mémoires de Boisrond, un homme de qualité, bien fait, brave jusqu'à la témérité, ayant plus d'esprit que la plupart de ceux qui en ont beaucoup". Ce fut le type du soldat. Il le montra tant qu'il fut capitaine au régiment de Mazarin-cavalerie, mais surtout au siège de Maestricht, à la tête d'un autre régiment levé sur ses terres, et, pour ce motif, appelé régiment de Jonzac. Ce régiment se distingua en toutes circonstances. Alexis de Sainte-Maure contracta pendant cette campagne de Hollande une maladie dont il ne guérit jamais. Il mourut à Cognac, le 9 janvier 1677, à l'âge de 44 ans. Il avait épousé, le 11 avril 1661, Suzanne Catelan, fille du financier François Catelan, conseiller d'Etat; et de ce mariage étaient nés cinq enfants: un garçon appelé Léon qui mourut jeune et quatre filles dont l'aînée, Julie-Michelle, née en 1662. Peu après la mort de son père, Julie-Michelle de Sante-Maure épousa, en 1678, son cousin germain Pierre Bouchard d'Esparbez de Lussan. Le nouveau seigneur de Jonzac se distingua pendant les guerres de Hollande, de la Ligue d'Augsbourg et de la succession d'Espagne; et, en récompense de ses actions d'éclat, fut créé chevalier du Saint-Esprit, le 3 juin 1724.

Il habitait le plus ordinairement son hôtel de la rue de Vaugirard, à Paris, où il mourut le 7 janvier 1748 à l'âge de 91 ans. C'est à lui que l'on doit attribuer la construction de la partie nord du château de Jonzac qui clôt la cour intérieure en face du donjon, s'il faut s'en rapporter à la date de 1706 (ou 1709) gravée sous une gargouille par Boulanger Cherbonnière, maître sculpteur. Son fils Louis Pierre Joseph était né le 14 janvier 1709 au château de Lussan près d'Auch. Il est ce "Jonzac" dont Saint Simon raconte le duel au commencement de la Régence. Cependant, il porta avec distinction le nom de Jonzac dans les différentes guerres du règne de Louis XV et devint maréchal de camp et chevalier de Saint Louis. En 1738, il se démit de son commandement, et, quelques années plus tard, il remit à son fils la lieutenance générale de Saintonge et d'Angoumois afin de vivre loin du monde et de se livrer aux exercices de la plus haute piété. Il mourut à Bor deaux en 1750. Il avait épousé, en 1713, Marie Gertrude Françoise Henault d'Armorézan dont il eut cinq en fants: Pierre-Charles-François,seigneur de Jonzac; Louis, comte de La Serre; Jean Baptiste Charles Hubert; Michelle-Françoise-Julie; et Marie-Françoise. Pierre-Charles-François Bouchard d'Esparbez de Lussan d'Aubeterre fut le dernier comte de Jonzac. Il était né au château de Lussan en Armagnac, le 28 janvier 1714. Il avait appris le métier des armes avec son père et l'avait accompagné dans toutes ses campagnes. Il entra aux mousquetaires dès 1726, et, après avoir passé par tous les grades il parvint en 1759 à celui de lieutenant général des armées du roi. En cette qualité il fut gouverneur de Saintonge, d'Angoumois et d'Aunis. Il avait épousé, le 6 février 1736, Elisabeth Pauline Gabrielle Colbert de Seignaley qui habita pendant quelque temps le château de Jonzac, donnant l'exemple de toutes les vertus chrétiennes.

Elle le quitta pour aller à Paris, auprès du président Hénault, oncle de son mari qui, devenu infirme, avait désiré sa présence. Elle s'y distingua par son esprit très cultivé et son exquise simplicité. Elle mourut le25 mars 1786, au château de Linières, dans les sentiments de la plus vive piété, entourée de la vénération de tous. Elle léguait aux pauvres 12.000 livres, se plaisant à dire "que nous avons plus besoin des pauvres que les pauvres n'ont besoin de nous". Quant à Pierre-Charles-François, il mourut en 1792, sans laisser de postérité, ainsi le comté de Jonzac passa à son neveu François-Jacques-Tanneguy Le Veneur de Tillières, fils de sa sœur. La famille Le Veneur habitait la Normandie et n'émigra pas. Ses biens, parmi lesquels se trouvait la châtellenie de Jonzac ne furent1 donc pas vendus comme biens nationaux. Mais le château et la terre de Jonzac devenant une charge trop lourde pour une fortune réduite par la Révolution furent vendus par cette famille, dès que le calme revint en France, à Antoine-Charles-Marie-Anne Tardieu, marquis deMaleyssie. Le nouveau propriétaire du château de Jonzac était fils de Antoine-Charles Tardieu de Maleyssie, maréchal de camp, et d'Elisabeth-Marie Poignon, guillotinée le 26 Messidor, an II, (1794) ainsi que leurs filles, Claire-Félicité, âgée de 23 ans, et Charlotte-Hyacinthe, épouse de Dubois Béranger. Le marquis de Maleyssie vint s'établir à Jonzac dont il fut maire, sous le premier empire. Mais sa modeste fortune ne lui permit pas de restaurer le château qui avait beaucoup souffert pendant les dix dernières années d'abandon; la toiture de l'ouest s'écroula et elle ne fut rétablie qu'en 1835. Ne pouvant suffire à l'entretien de ce vaste château que d'ailleurs il n'habitait plus depuis la Restauration, le marquis de Maleyssie se décida à le vendre, ainsi que ses dépendances. Il fut acheté par MM. Etienne et Jacques Gautret, le 26 février 18181. La ville et l'Etat en achetèrent plus tard la plus grande partie pour y installer la sous-préfecture et la mairie avec leurs services; le reste est encore propriété des héritiers de MM. Etienne et Jacques Gautret. (1)

Éléments protégés MH: les tours et la poterne : classement par arrêté du 3 mai 1913. La fontaine du sous-sol : inscription par arrêté du 11 juillet 1942. La salle de théâtre avec son décor : inscription par arrêté du 6 mars 1979.

château de Jonzac 17500 Jonzac, hôtel de ville et sous-préfecture aujourd'hui.

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château de Jonzac château de Jonzac    
 
 
 


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   Jonzac, son église, son château par Camille Fouché: imprimerie J. Bière, Bordeaux (1924)

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