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Jonzac ne possède que deux monuments dignes d'attention: l'Eglise et le
château. Le château s'élève sur le rocher portant autrefois le nom de
Ballaguier, au nord-est de la ville. A la mort du dernier représentant de la
famille des La Rochandry qui furent les premiers seigneurs de Jonzac, il
était déjà construit. En 1327, en effet, Bernard de Comborn, époux d'une de
ses héritières, donna quittance pour la garde de son château de Jonzac. Sa
reconstruction remonte aux premières années du XIVe siècle. Au commencement
du XVIe siècle, on y ajouta une aile dans laquelle furent reçus et hébergés
les rois Henri IV, Louis XIII et Louis XIV. Cette partie du château, du
style de la Renaissance, n'est pas la partie la moins intéressante de
l'antique forteresse. La façade de la Renaissance donne sur la rivière; les
trois autres côtés étaient entourés par des fossés creusés dans le rocher et
larges de sept mètres. Ils ont été comblés en 1852. Il faut le regretter;
car cette opération tout en donnant à ce quartier un aspect moins sévère a
cependant rabaissé l'édifice qui gagnait à être considéré de la profondeur
de ses douves. Ce château s'élève de 22 mètres au-dessus de la Sévigne. Il
était autrefois fermé du côté de la ville par un pont-levis. Sous cette
forteresse, une des plus importantes de la Saintonge, de vastes souterrains
s'étendaient jusqu'aux portes de la ville. Henri IV, pendant les guerres de
religion et Louis XIII, pendant sa campagne en Guyenne et en Saintonge, en
1623, y reçurent l'hospitalité. Le 16 août 1659, la cour se rendant à
Saint-Jean-de-Luz pour le mariage de Louis XIV avec l'Infante d'Espagne,
Marie-Thérèse d'Autriche, le roi, la reine mère et Mademoiselle, couchèrent
au château de Jonzac. Le 28 juin 1660, après son mariage, Marie-Thérèse, la
nouvelle reine de France, vint également au château de Jonzac. Le roi la
rejoignit à Saint-Jean-d'Angély, après une visite faite au duc de
Saint-Simon, à Saint-Ciers-sur-Gironde. Les signes du zodiaque sont
représentés dans l'intérieur de la cour dont les bustes des connétables de
France décoraient les murs. Ces bustes ont été détruits en 1793. Il n'en
subsiste actuellement que trois et encore sont-ils bien détériorés.
Pendant la période gallo-romaine, Jonzac était une station militaire située
sur la voie de Blaye à Ebéon. En 1075, époque où s'y établit la famille de
La Rochandry, c'était un fief de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, qui
l'avait reçu de Charlemagne. La redevance consistait dans le don de douze
couteaux de table sans gaine et d'une peau de cerf préparée pour la reliure
des livres d'Eglise, formalité qui ne s'accomplissait d'ailleurs qu'à chaque
mouvance. Par suite du traité de 1259 entre Saint Louis et Henri III
Plantagenet, Jonzac passa au pouvoir de l'Angleterre, sauf le droit de haute
justice réservé au roi de France, sur la Saintonge méridionale. Après ce
traité, les marches de la haute Saintonge furent livrées au sort des armes
et à l'instabilité des traités des deux puissances rivales et les
différentes places de guerre passèrent tantôt sous la domination de la
France, tantôt sous celle de l'Angleterre. Dès lors, le château de Jonzac
fut perpétuellement en éveil. Au commencement du XVe siècle, quelques place
fortes de la haute Saintonge tombèrent, malgré les patriotiques efforts des
habitants, au pouvoir des anglo-gascons. Jonzac fut de ce nombre et le
maître du château, Arnaud de Saint-Maure, fut fait prisonnier et transporté
en Angleterre où il demeura dix ans. En 1451, sous Charges VII, Jonzac était
un poste militaire, rendu célèbre par la nature et par l'art, et il était
avec Montendre et Chalais occupé par les Anglais. Une armée française vint
les reprendre; cependant, en 1452, Jonzac tomba de nouveau au pouvoir des
Anglais. Mais en 1453, l'armée royale commandée par Charles VII en personne
reprit Jonzac et les autres places de la Saintonge, et, peu après, eut lieu
à Castillon, la complète défaite et la mort de Talbot, qui mirent fin à la
domination anglaise dans nos contrées. Cent ans après, en 1548, éclata la
révolte de la Gabelle. Elle donna à Jonzac et à toute la haute Saintonge une
nouvelle célébrité. Nous en racontons les différentes péripéties à propos
d'Alain de Saint-Maure, alors seigneur de Jonzac. Disons ici seulement que
cette insurrection peut être considérée comme le prélude des agitations
politico religieuses qui pendant la seconde moitié du XVIe siècle ruinèrent
notre contrée et sapèrent les bases de la société. Jonzac fut le théâtre
d'un épisode de cette guerre fratricide.
En 1570 en effet se livra à Jonzac un combat acharné. Jonzac,
Allas-Champagne, Ozillac, Martagne et Cosnac tenaient pour les catholiques;
Archiac, Barbezieux, Saint-Maigrin, Montguyon et Mirambeau pour les
calvinistes. A Jonzac, se trouvaient retranchées deux compagnies françaises
et deux compagnies italiennes. Les protestants, sous la conduite de Boisrond,
vinrent les y attaquer; et, d'après les mémoires d'Agrippa d'Aubigné, elles
ne trouvèrent leur salut que dans le château. La ville fut saccagée et les
vainqueurs passèrent au fil de l'épée tous les habitants surpris les armes à
la main. Dans le cours des siècles, on donna successivement à Jonzac le nom
de ville ou de bourg, suivant le point de vue ou se sont placés les
historiens ou les géographes. Vers le milieu du XVIe siècle, cette localité
n'avait encore d'ailleurs qu'une importance religieuse et civile fort
secondaire: c'était simplement une place de guerre renommée dans la contrée
Il fallut attendre le décret du 17 février 1800 qui, érigeant, à cause de sa
position centrale, Jonzac en sous-préfecture, donna à la petite ville une
certaine importance. On peut donc dire qu'auparavant Jonzac n'était connu
que par son château-fort. Aussi bien son histoire se confond-elle avec celle
de ses seigneurs. C'est pourquoi il convient d'en donner la chronologie en
signalent simplement les événements auxquels ils furent mêlés.
Le château de Jonzac fut tout d'abord le siège d'une Baronnie et c'est au
XIe siècle seulement que commence son histoire. D'après le cartulaire de
l'abbaye de Baigne, on trouve Foucher de Jonzac, sa sœur Emma et son frère
Kalon, faisant des libéralités à cette abbaye, en l'an 1000, et un Guillaume
de La Rochandry également bienfaiteur de ce monastère en 1081; mais, c'est
un autre Guillaume de La Rochandry qui en réalité ouvre, au commencement du
XIIe siècle, la série des barons de Jonzac. La famille de La Rochandry était
originaire de l'Angoumois. Dans une guerre entre Emenon, comte d'Angoulême,
et Candericus, comte de Saintes en 866, ce dernier avait fait construire un
château fort qu'il appela Rupes Canderici, rocher de Candericus. De là, le
nom de La Roche Chandry, commune de Moustiers-sur-Boëme, canton de Blanzac
(Charente); de là, le nom de La Rochandry. Cette famille posséda la baronnie
de Jonzac pendant plus de deux cents ans. Le dernier représentant de cette
famille, Bertrand de La Rochandry, qui avait épousé Mahaude de Barbezieux,
mourut sans postérité en 1328. Mais il laissait deux nièces, Pétronille et
Marguerite, issues du mariage de sa sœur Jeanne, avec Guillaume Gardras,
seigneur de Mosnac, et elles se partagèrent son héritage. C'est ainsi que
Jonzac passa successivement dans les familles auxquelles s'étaient unies les
deux sœurs. Pétronille avait épousé d'abord vers 1305, Foulques Taillefer de
Montauzier, et ensuite Bernard de Comborn. Quant à Marguerite, elle s'était
mariée en 1327, avec Geoffroy Tison, seigneur de la Tranchade, en Angoumois.
De Foulques Taillefer de Montauzier, Pétronille avait eu une fille, titrée
dame de Montauzier, qui épousa, en 1325, Guy de Saint-Maure, descendant des
comtes de Joigny et auteur de la branche de Jonzac
Pétronille Gardras de Mosnac avait épousé en second mariage, avons-nous dit,
Bernard de Com born, de la maison de Turenne. Cette union donna
temporairement à Bernard de Comborn le titre de seigneur de Jonzac. De son
premier mariage avec Foulques Taillefer de Montauzier, Pétronille de Mosnac
avait eu une fille unique, Marguerite, qui épousa, en 1325, Guy de
Sainte-Maure. L'histoire ne rapporte rien de remarquable relativement à
Foulques Taillefer. Il faut croire ce pendant qu'il signala son passage à
Jonzac par de nombreux bienfaits puisque par reconnaissance les habitants
ont donné son nom à une rue de la petite ville. Ajoutons cependant que,
d'après une chronique fort respectable, le nom de cette rue viendrait de ce
que les taillandiers de la localité s'y étaient établis. Quelle qu'en soit
l'origine il convient de féliciter les différentes municipalités d'avoir
ainsi perpétué ce souvenir de l'histoire locale. Ce fut par le mariage de
Guy de Sainte-Maure avec Pétronille de Mosnac, en 1325, que la baronnie de
Jonzac passa dans la famille de Sainte-Maure. Elle y resta pendant plus de
trois cents ans. La maison de Sainte-Maure a pris son nom d'une ville de la
Touraine, autrefois baronnie. Deux familles ont porté le nom de
Sainte-Maure. La première commence à Joscelin en 1009. Plusieurs de ses
membres prirent part aux croisades. La seconde avait pour chef Guillaume de
Sainte-Maure. Il n'eut qu'une fille, Avoye, qui épousa, en 1180, le seigneur
de Pressigny, de la famille des Comtes de Loudun. De lui sortit Pierre de
Sainte-Maure dont Guy, le fils cadet, épousa Marguerite Taillefer de
Montauzier, fille de Pétronille de Mosnac. Il était ennemi des Anglais. Il
passa en Guyenne où il servit la cause de la France de 1327 à 1337.
Son fils, Pierre combattit aussi contre les Anglais pendant la campagne de
France de 1377. Il avait épousé Maramonde de La Motte, dame de Cadillac et
de Saint-Seurin d'Uzet. Il ne devint cependant seigneur de Jonzac qu'après
la mort de Jean de Matha, fils de Marguerite de Comborn, dont il était le
tuteur. Pierre de Sainte-Maure eut cinq enfants dont Arnaud ou Renaud qui
fut seigneur de Jonzac; Léon époux de Jeanne Le Bourcier, seigneur de Montau
zier; Foucaud, prêtre, prieur de Saint-Gervais de Jonzac; Marguerite, mariée
au seigneur de Lamothe-Fouqué et qui lui transmit Saint-Seurin d'Uzet; et
Béatrix, dame de Meux, épouse de Jacques Chesnel, seigneur de Moings. Arnaud
ou Renaud de Sainte-Maure, par un partage du 15 septembre 1470, conserva la
seigneurie de Jonzac. Il servit sous les ordres du maréchal d'Albret; mais
son château de Jonzac tomba entre les mains des Anglais; lui-même fut fait
prisonnier et emmené en Angleterre où il resta dix ans. C'est à cette époque
que la Châtellenie de Jonzac, confisquée par le roi d'Angleterre, aurait été
concédée viagèrement à Bertrand de Gurford, puis érigée en comté, en faveur
de Rodulphe Chévenon. Au retour de la paix, le seigneur de Jonzac fut remis
en possession de ses biens. Il passa le reste de sa vie, dans son château de
Jonzac, faisant bénir sa mémoire en répandant autour de lui les bienfaits.
C'est par ses soins que les foires furent rétablies. Une ordonnance royale
du 26 mars 1473 institua en effet six foires fixées aux fêtes de la
Saint-André (30 novembre); de la conversion de Saint Paul (25 janvier); de
Saint-Mathias (24 février). Le marché de chaque semaine était fixé au
vendredi. Arnaud de Sainte-Maure fut aussi un des bienfaiteurs de la
Maladrerie fondée en 1481 par Bertrand Vilot. Il mourut en 1499.
Foucaud, son frère, lui succéda. Foucaud de Sainte-Maure était prêtre et
prieur de
Saint-Gervais et Saint-Protais. A la mort de son frère, il hérita de tous
ses biens et de tous ses droits. En conséquence, le 3 mai 1499, le prieur de
Saint Gervais de Jonzac prêtait, en tant que seigneur de Jonzac, le serment
de foi et hommage à l'évêque de Châlons, abbé de Saint-Germain-des-Prés, à
Paris, dont dépendait sa baronnie. Il ne la conserva pas longtemps. Il
abandonna son quint d'aînesse à son frère, seigneur de Chaux, et mourut en
1502. La seigneurie de Jonzac passa alors à son neveu, Jean de Sainte-Maure,
fils de Léon, déjà seigneur de Mosnac. Ce Jean de Sainte-Maure, fils de
Léon, seigneur de Montauzier, et de Jeanne LeBourcier, rendait hommage, dès
1505, à Guillaume Briçonnet, évêque de Lodève, et premier abbé commendataire
de Saint-Germain-des-Prés. Jean de Sainte-Maure fut donc seigneur de Jonzac
à la mort de son oncle, Foucaud, en 1502 et conserva la seigneurie de Mosnac.
C'est lui qui, le 2 octobre 1505, établit les Carmes dans la ville de
Jonzac. Jean de Sainte-Maure épousa d'aborc Louise de Clermont-Dampierre, en
1505; puis Marie d'Archiac d'Availles dont il eut deux enfants: Alain et
Antoine Il mourut en 1527. Alain, son fils aîné, lui succéda à Jonzac. Alain
avait épousé Anne de Ponthieu, mai sa vie fut relativement courte, il fut
témoin de la révolte de la Gabelle qui bouleversa le pays. Cette révolte, on
se le rappelle, eut pour causes l'impôt sur le sel et sur tout les vexations
et les exactions des employés chargés de le percevoir, appelés Gabelous. Le
seigneur de Jonzac fut-il entraîné dans cette prise d'armes? L'histoire ne
dit rien à son sujet, mais il lui eût été sans doute bien difficile de ne
pas suivre le mouvement. Peut-être était-il absent.
A la suite de tous ces désordres, éclatèrent les guerres de religion qui,
pendant plus d'un demi siècle, désolèrent notre pays. Alain de Sainte-Maure
embrassa-t-il la Réforme? On l'ignore; mais Jean, son fils aîné, suivit les
nouvelles doctrines. Alain, avons-nous dit, avait épousé Anne de Ponthieu.
Les Ponthieu étaient protestants, et c'est ce qui explique le doute qui
plane sur Alain de Sainte-Maure, relativement à sa religion. Jean de
Sainte-Maure était né en 1551. Il n'avait pas sept ans à la mort de son
père. Sa mère, zélée protestante, l'éleva dans la religion prétendue
réformée. Il eut tour à tour pour tuteur son oncle paternel, Antoine,
seigneur de Réaux et de Mosnac, et son oncle maternel, Pons de Polignac.
L'influence de ce dernier l'entraîna dans l'armée protestante en 1568; et
bien qu'il n'eût alors que dix-sept ans, il figure au nombre des condamnés
mentionnés par l'arrêt du Parlement de Bordeaux du 6 avril 1569. Deux de ses
parents, Guy de Sainte-Maure, seigneur de Montauzier, et son fils, connu
sous le nom de capitaine Chaumont furent condamnés comme lui. Mais pendant
son absence, son château de Jonzac servit de refuge aux catholiques, et
c'est ce qui fait planer un doute sur la sincérité de ses convictions. "A ce
moment-là, dit d'Aubigné, toute la Saintonge était parsemée de petites
garnisons qui s'attaquaient chaque jour. Le château de Jonzac reçut les
troupes royales qui fortifièrent la ville en toute hâte. Mais ces remparts
de fortune ne pouvaient guère résister à un coup de main hardi. Aussi, les
huguenots, sous le commandement de Boisrond et d'Agrippa d'Aubigné,
enlevèrent-ils rapidement ces fortifications improvisées et la ville tomba
presque sans coup férir aux mains des protestants. Tous ceux qui ne purent
se réfugier dans l'enceinte du château, dit d'Aubigné, furent passés au fil
de l'épée; la ville fut mise à sac".
Cette fois encore le Parlement de Bordeaux prononça, le 6 mars 1570, contre
563 religionnaires, un arrêt de mort qui ne fut d'ailleurs pas plus exécuté
que le précédent. La place de Jonzac, démantelée après cet assaut fut tour à
tour occupée par les troupes catholiques et protestantes qui s'y livrèrent à
toutes sortes de brigandages. Au rapport de Carton, garde-notes à Jonzac en
1574, "toutes les archives furent brûlées et il dut faire des recherches
considérables pour reconstituer les titres de propriété". Jean de
Sainte-Maure rendit hommage au cardinal de Bourbon, abbé de
Saint-Germain-des-Prés, le 26 mai 1580. Il avait épousé Marguerite Dieuxaide
de Montbazin et mourut en 1584, à 33 ans, sans postérité. Isabeau, sœur de
Jean de Sainte-Maure lui succéda et prit le titre de dame de Jonzac. C'était
d'ailleurs pour elle un triste héritage: les revenus de la seigneurie
étaient presque nuls par suite des dettes de son frère et de l'usufruit
réservé à sa mère sur la plus grande partie du domaine. Elle n'évaluait pas
les revenus de la succession qui lui étaient attribués à plus de quarante
écus de rente. Elle avait près de quarante ans lorsqu'elle épousa Jacques
Levasseur, seigneur de Coignée, Ludon et Sargots. A peine avait-elle pris
possession de son château de Jonzac qu'il s'y produisit un événement qui dut
réduire encore ses revenus. Afin de réprimer toute résistance de la part des
Protestants, Henri III avait envoyé en 1585 en Sain tonge et en Guienne une
armée sous les ordres du maréchal de Matignon afin de s'emparer de toutes
les places fortes et de s'y établir pour réprimer plus facilement toute
résistance. Or, le château de Jonzac fit mine de résister. Les troupes
royales s'en emparèrent et la dame de Coignée qui s'y trouvait dut accepter
les conditions d'une capitulation: elle devait verser 40.000 écus et tout ce
qui se trouvait dans le château: chevaux, armes, vivres, tout fut
réquisitionné. La ville et le château se rendirent au nom du maréchal qui en
ce moment-là se trouvait à Brouage.
Jacques Levasseur rendit hommage en 1604 pour sa seigneurie de Jonzac.
L'année suivante, Isabeau de Sainte-Maure était séparée de corps et de biens
d'avec son mari. En 1607, elle était veuve. A sa mort, Jonzac passa à son
cousin Geoffroy de Sainte-Maure, fils d'Antoine, seigneur de Mosnac.
Geoffroy était catholique. Et tandis que son cousin, Jean, guerroyait avec
les Huguenots, il faisait, en 1582, le pèlerinage de la Terre-Sainte. En
1598, il épousa Viviane de Polignac, fille de Léon, seigneur d'Ecoyeux et de
Catherine Tison. Bien qu'il n'eût été revêtu d'aucune charge, il jouissait
en Saintonge et à la Cour d'une haute considération. Il fut député de la
noblesse aux Etats généraux en 1614 et reçut le collier des ordres du roi1.
Son fils, Léon, est celui de tous les Sainte-Maure qui a jeté le plus
d'éclat sur la maison de Jonzac. Léon de Sainte-Maure, comte de Jonzac,
marquis d'Ozillac, baron de Mosnac, Fléac et autres lieux, fut lieutenant
général des provinces de Saintonge et d'Aunis, gouverneur de Cognac,
chevalier des Ordres du roi. Après avoir réduit Saint-Jean-d'Angély en 1621,
Louis XIII entreprit la campagne de Guienne qui se termina par le siège de
Montauban, et, l'année suivante par ceux de Royan, de Sainte-Foy, etc. Léon
de Sainte-Maure prit part à ces campagnes; et, en récompense de ses
services, Louis XIII érigea en marquisat sa seigneurie d'Ozillac, le 2
décembre 1623. C'est à cette époque que le roi fut reçu à Jonzac. Le
seigneur de Jonzac reprit les armes cinq ans après, au siège de La Rochelle.
Léon de Sainte-Maure avait épousé, le 30 janvier 1622, Marie Bouchard d'Esparbez
de Lussan d'Aubeterre. Il eut quatre enfants de ce mariage, dont Léon qui
portait le titre de marquis d'Ozillac et fut tué aux barricades de Paris en
1649; Alexis qui fut seigneur de Jonzac; Hippolyte et Antoinette qui
moururent sans alliance.
Léon de Sainte-Maure mourut le 22 juin 1671, dans son château de Jonzac
"qu'il aimait à habiter, qu'il avait embelli, agrandi, et dont il avait si
vaillamment porté le nom sur tant de champs de bataille, toujours fidèle à
son devoir et à son roi". C'est en effet à Jonzac qu'entre ses différentes
campagnes, il venait prendre quelque repos. Il n'y demeurait cependant pas
inactif. Non seulement il y cultivait les Lettres, mais encore s'occupait de
ses terres, cherchant à perfectionner la culture de la vigne, déjà la
richesse du pays. A ce point de vue encore il fait honneur à la Saintonge.
Alexis, son second fils devint, à sa mort, seigneur de Jonzac. Il était né
en 1632. "C'était, disent les Mémoires de Boisrond, un homme de qualité,
bien fait, brave jusqu'à la témérité, ayant plus d'esprit que la plupart de
ceux qui en ont beaucoup". Ce fut le type du soldat. Il le montra tant qu'il
fut capitaine au régiment de Mazarin-cavalerie, mais surtout au siège de
Maestricht, à la tête d'un autre régiment levé sur ses terres, et, pour ce
motif, appelé régiment de Jonzac. Ce régiment se distingua en toutes
circonstances. Alexis de Sainte-Maure contracta pendant cette campagne de
Hollande une maladie dont il ne guérit jamais. Il mourut à Cognac, le 9
janvier 1677, à l'âge de 44 ans. Il avait épousé, le 11 avril 1661, Suzanne
Catelan, fille du financier François Catelan, conseiller d'Etat; et de ce
mariage étaient nés cinq enfants: un garçon appelé Léon qui mourut jeune et
quatre filles dont l'aînée, Julie-Michelle, née en 1662. Peu après la mort
de son père, Julie-Michelle de Sante-Maure épousa, en 1678, son cousin
germain Pierre Bouchard d'Esparbez de Lussan. Le nouveau seigneur de Jonzac
se distingua pendant les guerres de Hollande, de la Ligue d'Augsbourg et de
la succession d'Espagne; et, en récompense de ses actions d'éclat, fut créé
chevalier du Saint-Esprit, le 3 juin 1724.
Il habitait le plus ordinairement son hôtel de la rue de Vaugirard, à Paris,
où il mourut le 7 janvier 1748 à l'âge de 91 ans. C'est à lui que l'on doit
attribuer la construction de la partie nord du château de Jonzac qui clôt la
cour intérieure en face du donjon, s'il faut s'en rapporter à la date de
1706 (ou 1709) gravée sous une gargouille par Boulanger Cherbonnière, maître
sculpteur. Son fils Louis Pierre Joseph était né le 14 janvier 1709 au
château de Lussan près d'Auch. Il est ce "Jonzac" dont Saint Simon raconte
le duel au commencement de la Régence. Cependant, il porta avec distinction
le nom de Jonzac dans les différentes guerres du règne de Louis XV et devint
maréchal de camp et chevalier de Saint Louis. En 1738, il se démit de son
commandement, et, quelques années plus tard, il remit à son fils la
lieutenance générale de Saintonge et d'Angoumois afin de vivre loin du monde
et de se livrer aux exercices de la plus haute piété. Il mourut à Bor deaux
en 1750. Il avait épousé, en 1713, Marie Gertrude Françoise Henault d'Armorézan
dont il eut cinq en fants: Pierre-Charles-François,seigneur de Jonzac;
Louis, comte de La Serre; Jean Baptiste Charles Hubert;
Michelle-Françoise-Julie; et Marie-Françoise. Pierre-Charles-François
Bouchard d'Esparbez de Lussan d'Aubeterre fut le dernier comte de Jonzac. Il
était né au château de Lussan en Armagnac, le 28 janvier 1714. Il avait
appris le métier des armes avec son père et l'avait accompagné dans toutes
ses campagnes. Il entra aux mousquetaires dès 1726, et, après avoir passé
par tous les grades il parvint en 1759 à celui de lieutenant général des
armées du roi. En cette qualité il fut gouverneur de Saintonge, d'Angoumois
et d'Aunis. Il avait épousé, le 6 février 1736, Elisabeth Pauline Gabrielle
Colbert de Seignaley qui habita pendant quelque temps le château de Jonzac,
donnant l'exemple de toutes les vertus chrétiennes.
Elle le quitta pour aller à Paris, auprès du président Hénault, oncle de son
mari qui, devenu infirme, avait désiré sa présence. Elle s'y distingua par
son esprit très cultivé et son exquise simplicité. Elle mourut le25 mars
1786, au château de Linières, dans les sentiments de la plus vive piété,
entourée de la vénération de tous. Elle léguait aux pauvres 12.000 livres,
se plaisant à dire "que nous avons plus besoin des pauvres que les pauvres
n'ont besoin de nous". Quant à Pierre-Charles-François, il mourut en 1792,
sans laisser de postérité, ainsi le comté de Jonzac passa à son neveu
François-Jacques-Tanneguy Le Veneur de Tillières, fils de sa sœur. La
famille Le Veneur habitait la Normandie et n'émigra pas. Ses biens, parmi
lesquels se trouvait la châtellenie de Jonzac ne furent1 donc pas vendus
comme biens nationaux. Mais le château et la terre de Jonzac devenant une
charge trop lourde pour une fortune réduite par la Révolution furent vendus
par cette famille, dès que le calme revint en France, à
Antoine-Charles-Marie-Anne Tardieu, marquis deMaleyssie. Le nouveau
propriétaire du château de Jonzac était fils de Antoine-Charles Tardieu de
Maleyssie, maréchal de camp, et d'Elisabeth-Marie Poignon, guillotinée le 26
Messidor, an II, (1794) ainsi que leurs filles, Claire-Félicité, âgée de 23
ans, et Charlotte-Hyacinthe, épouse de Dubois Béranger. Le marquis de
Maleyssie vint s'établir à Jonzac dont il fut maire, sous le premier empire.
Mais sa modeste fortune ne lui permit pas de restaurer le château qui avait
beaucoup souffert pendant les dix dernières années d'abandon; la toiture de
l'ouest s'écroula et elle ne fut rétablie qu'en 1835. Ne pouvant suffire à
l'entretien de ce vaste château que d'ailleurs il n'habitait plus depuis la
Restauration, le marquis de Maleyssie se décida à le vendre, ainsi que ses
dépendances. Il fut acheté par MM. Etienne et Jacques Gautret, le 26 février
18181. La ville et l'Etat en achetèrent plus tard la plus grande partie pour
y installer la sous-préfecture et la mairie avec leurs services; le reste
est encore propriété des héritiers de MM. Etienne et Jacques Gautret. (1)
Éléments protégés MH: les tours et la poterne : classement par arrêté du 3
mai 1913. La fontaine du sous-sol : inscription par arrêté du 11 juillet
1942. La salle de théâtre avec son décor : inscription par arrêté du 6 mars
1979.
château de Jonzac 17500 Jonzac, hôtel de ville et
sous-préfecture aujourd'hui.
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