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Le château de l'Isle-sur-Arnon est situé dans la
commune de Touchay, sur les bords de la rivière à laquelle il a emprunté une
partie de son nom. Cette place importante sans doute pendant plusieurs
siècles, ne conserve plus que la moitié de ses constructions primitives qui
en faisaient alors un vaste quadrilatère composé de plusieurs corps de
bâtiments aux murs épais, flanqués de tours, défendus par des meurtrières,
couronnés de mâchicoulis et entourés de vastes douves, dérivation de l'Arnon,
qui ont été comblées il y a environ trente ans. Comme tous les châteaux du
Berry, il a joué son rôle dans l’histoire locale, tant à cause des
importantes situations qu’occupèrent plusieurs de ses seigneurs, qu'en
raison de la valeur qu'avait toute place aux murs assez épais et aux fossés
assez larges pour présenter un semblant de défense et d'abri à une époque où
successivement, la guerre contre l'Anglais, la révolte contre le roi, la
lutte contre l’hérésie, dissimulaient souvent le vol et le brigandage.
Quelque infimes que soient les faits qui se rattachent à l’histoire, par
cela même qu'ils n’y sont pas étrangers, ils sont toujours dignes d'être
recueillis, et plusieurs des seigneurs de l'Isle ont fait assez bonne figure
dans les armées, à la cour, dans le commerce des beaux-arts, pour qu'il soit
permis de rappeler qui ils étaient et par quelles vicissitudes ont passé
leur demeure et leur domaine. Nous ne savons trop ce qu'était la seigneurie
de l'Isle avant le XVe siècle. Son siège, sans doute, était dans une
construction plus ancienne à laquelle fut lié ce qui reste du château
actuel; elle existait cependant incontestablement.
En 1175, Jean II, seigneur de Linières, traite avec l'abbé Isambert et les
chanoines réguliers Augustins du couvent qui venait de se fonder non loin de
là, sur la colline de Puy-Ferrand , à propos de certaines contestations
relatives aux dîmes de vin, lin, blé, etc, de la paroisse de Saint-Martin d’Ids.
Jean de Linières abandonna ces dîmes aux religieux, mais avec cette
restriction que cela ne doit pas préjudicier au seigneur de l'Isle. Nous ne
saurions dire quel fut ce seigneur de l'Isle. On cite au XIIe siècle un "Bernardus
de Insula", dont on ne connaît que le nom; de même pour Humbault de l'Isle,
chevalier, en 1201 et Reynaud de l'Isle présent en 1252 à l'appel du ban et
de l’arrière-ban de la Province, convoqué à Issoudun. C’est plus d’un siècle
après, en 1311 et en 1319, que nous voyons le seigneur de l'Isle constituer
sur sa terre une redevance en faveur de ce couvent de l'ordre de Fontevrault,
que le bienheureux Robert d'Arbrissel avait fondé à quelques kilomètres de
là, dans la solitude d'Orsan, et auquel les seigneurs du voisinage
distribuèrent leurs bienfaits. Il est fait mention en 1368 d'une Jeanne de
l'Isle, dame de Thizay, et ensuite nous trouvons une série de chevaliers
appartenant à une même famille, la famille du Mas, Dumas ou du Matz, qui
posséda la terre pendant deux cents ans et dont certains membres parurent
honorablement dans l’histoire et illustrèrent leur maison, soit par de
nobles alliances, soit par des actions d'éclat, soit en occupant avec
distinction des charges importantes. Les du Mas étaient originaires du Berry
et tiraient leur nom du lieu dit le Mas-Sarrazin, situé dans la commune de
Prévéranges. Ils restèrent dans celte province jusqu'à la fin du XVIe
siècle, époque à laquelle, par suite de plusieurs mariages, non des moins
honorables, ils s’établirent dans le midi, où leurs descendants existent
encore.
Les deux premiers seigneurs de l'Isle du nom de du Mas sont Isambert el
Humbault. Ils vivaient à la fin du XIVe siècle, tous les deux à la même
époque. Nous ne savons s'ils n’étaient pas frères; il semble cependant plus
probable qu’Isambert était le père d'Humbault. En 1396, Isambert du Mas rend
aveu à Philippe, baron de Linières. A la même époque, Jeanne du Mas, sans
doute sa fille, rendait également aveu au même seigneur pour le bois de la
Font, terre située à quelques kilomètres du château de l'Isle. Humbault ou
Humbert du Mas était homme d’armes en 1386. C’était l’époque désastreuse de
la guerre des Anglais, marquée par tant de ravages et de dévastations dans
la partie du Berry confinant le domaine de l'ennemi. Contre celui-ci,
s'étaient levés, non sans succès, les plus valeureux chevaliers de l'époque,
et des combats nombreux s'étaient livrés sur les "marches du Berry". Parmi
les seigneurs qui guerroyaient ainsi, se trouvait Humbault du Mas, écuyer,
comme l'indique une quittance de gages du 18 mars 4386, qui lui furent
octroyés pour l'indemniser de ses frais pendant la dernière campagne. Cette
quittance est scellée de son sceau, sceau rond à la fasce accompagnée de
trois tourteaux, deux en chef et un en pointe, brisé d’une étoile. Ce sont
bien là les armes des du Mas que nous retrouverons d’une façon authentique
dans plusieurs témoignages incontestables, entre autres sur les ornements
d'architecture du château de l'Isle. Vers la même époque Humbault du Mas
était seigneur du Mas-Sarrazin, et en 1404, il était seigneur de l'Isle.
C'est à ce titre qu'il fait une fondation au couvent d’Orsan. A Humbault du
Mas succéda Pierre du Mas. Il était seigneur de l'Isle vers 1450, alors
qu'Édouard de Beaujeu possédait la terre de Linières par son mariage avec
Jacqueline, fille unique de Jean VI, dernier baron de Linières. Pierre
épousa Jacqueline de Chamcour. Ce serait lui, d’après une tradition que rien
ne vient confirmer, qui aurait construit le château de l’Isle. Nous pensons
au contraire qu'il existait déjà, à cet endroit, une construction féodale
qui fut plus tard embellie par un des successeurs de Pierre, Jean 1er du
Mas.
Pierre du Mas mourut le 8 juillet 1456, il fut inhumé dans une chapelle
latérale de Saint-Martin de Touchay, chapelle qui porte encore aujourd'hui
le nom de chapelle de l'Isle. Celle-ci, restaurée dans le goût du XVe siècle
montre, ainsi que le chœur de l’église, les armes des du Mas à la clé de
voûte. La pierre tombale existe encore; elle est de forme rectangulaire et
sert de marche à l'autel de la Vierge; l’arête supérieure en est taillée en
chanfrein, et tout du long, court cette double inscription séparée par un
cœur et gravée en lettres gothiques: "Cy gisi noble hôme Pierre du Mas
escuier en son vivant seigneur de lisle du Mas de Bousgueffier et de Bosquot
lequel trépassa le VIIIe jour de Juillet mil CCCCLVI. Priez Dieu po lui. Cy
gist noble damoiselle Jaqueline dame en son vivant de Châccour fême et
espouse dudit seigneur et trespassée le VIIIe jour mil... priez Dieu pour
elle". De son mariage, Pierre du Mas laissa plusieurs fils qui nous sont
connus: Philippe, Gabriel, Pierre et Jean. Nous savons peu de chose de
Philippe du Mas. Il était seigneur de l'Isle en 1460 et à ce titre il fait
abandon au couvent d’Orsan de la locature de Jonchereux. Nous connaissons
encore deux aveux et dénombrements rendus par noble homme Philippe du Mas,
écuyer, seigneur de l'Isle, en 1467 et 1472. Mais là se borne tout ce que
nous savons sur ce personnage dont les frères devaient être plus illustres.
Gabriel du Mas entra dans les ordres, mais ce ne fut sans doute assez tard.
Différents documents lui attribuent la construction du château de l'Isle,
sans fournir aucune preuve. Nous croyons, au contraire, que s’il a habité
l'Isle, il n’en a jamais été seigneur. On cite d’autre part un Gabriel du
Mas, seigneur du Mas-Sarrazin en 1476: et c’est vraisemblablement de
celui-ci qu'il s’agit. Mais c’est dans la vie ecclésiastique qu'il devait
rencontrer les honneurs. En 1475, Gabriel du Mas était promu à l'épiscopat
et une bulle de Sixte IV, datée du 5 avril, le nomme évêque de Mirepoix
jusqu’au 15 juin 1486, époque à laquelle il fut nommé à Périgueux.
Pierre du Mas, autre des fils du seigneur de l'Isle, se consacra également à
l’Église. Son rôle fut moins brillant que celui de l'évêque de Périgueux. Il
s'éteignit dans le monastère de Chezal-Benoît et fut enseveli, le 25 mars
1491, dans le chœur de l'église, au milieu de ses frères. A côté de ces deux
hommes d’Église, un homme de guerre: Jacques du Mas, frère des précédents.
Il y a tout lieu de croire que celui-ci, habita peu le château de l'Isle,
toujours est-il qu'il n'en fut jamais qualifié seigneur. En 1471, Charles le
Téméraire lui donna la terre de Navilly telle que la tenait Baudoin, soi
disant bâtard de Bourgogne, et sans doute il lui fit d’autres dons car la
succession de Jacques du Mas devait être importante. Il le nomma quelques
années après son écuyer d'écurie, (1473) puis le fit son porte-étendard et
l’honora d'une amitié toute particulière. Mais Jacques du Mas ne devait pas
survivre à son maître. C’est quand l'adversité s’attacha aux pas de Charles
le Téméraire que ce hardi chevalier devait succomber en cherchant à opposer
sa bravoure à la fortune qui s'acharnait contre le duc de Bourgogne. A la
bataille de Morat le 22 juin 1476, couvert de blessures, il tenait toujours
son étendard droit et ferme pour servir de signe de ralliement. S'il ne put
enrayer la déroute, il eut au moins la suprême consolation de remettre le
précieux emblème entre les mains de son maître, puis il expira. "Et ce
ainsi, ajoute un autre chroniqueur, eust le duc de Bourgoingne la fortune
deux fois contre luy; et là, moururent le comte de Marle, fils du conte de
Saint-Pol, et ce bon et vaillant escuyer Jaques du Mas, l’estendard du duc
de Bourgoingne en ses bras que oncques ne voulut habandonner". Ainsi fut tué
ce courageux enfant du Berry dont il faut regretter de voir la bravoure
s'être épuisée à un autre service qu’à celui de son roi. Jacques du Mas ne
s’était sans doute pas marié, car "après son trépas à Morat, ses biens qui
n'étaient pas petits furent envoyés à son frère Jehan du Mas, chambellan de
Monsieur de Beaujeu, comte de Clermont".
La fortune de Jean du Mas fut encore plus brillante que celle de ses frères.
C’est lui qui devint le chef de sa maison et qui posséda la seigneurie de
l'Isle. Tour à tour soldat, magistrat, érudit et lettré, conseiller et
favori de deux rois de France et d’une régente, il présente le type complet
de ce que devait être le grand seigneur de cette époque, alors que la
féodalité brisée n'avait plus qu’à se ranger franchement sous la bannière
royale pour y rendre des services et en recevoir des faveurs. En 4475, nous
trouvons Jean du Mas, écuyer d'écurie du roi, fonction à laquelle était
attachée une pension de 1,000 livres, puis capitaine des places de Mauzain,
Alaize et Vertoizon et appointé à ce titre de 500 livres. Les devoirs
politiques et les complaisances du courtisan de Louis XI n’empêchaient pas
M. de l’Isle de s'occuper de la gestion de ses affaires en Berry. L'Isle
relevait féodalement de Linières. Jean du Mas voulut se soustraire à cette
tutelle dont le plus grand désavantage était de lui retirer certains
revenus. C'était en effet le seigneur de Linières qui exerçait, sur le
domaine de l'Isle, les droits de guet et de justice. En 1476, François de
Beaujeu, seigneur de Linières vendait à Jean du Mas, moyennant la somme de
1200 livres, les droits de justice haute, basse et moyenne, ainsi que le
droit de guet qu'il exerçait sur la terre de l'Isle, à la condition,
cependant que l'appel relèverait du bailli de Linières. Quelques années
après, Louis XI, qui avait nommé Jean du Mas son conseiller el chambellan,
confirmait cette vente par lettres de juin 1482. Lorsque Louis XI mourut en
1483, la fortune de Jean du Mas ne subit pas d'atteinte. Le seigneur de
l'Isle était le favori du Duc et de la Duchesse de Bourbon, et ceux-ci le
firent entrer dans le conseil de la régence qui leur était confiée. Mais la
dignité la plus éclatante qu'il obtint, fut celle de Grand Maître
réformateur des eaux et forêts de France, à laquelle il fut élevé par
Charles VIII le 22 avril 4489. Jean du Mas avait épousé Jacqueline Carbonnel
de la famille des Carbonnel Canizy. De ce mariage il eut deux fils, Albert
et Jacques, et plusieurs filles, Jacqueline, Claude et Françoise.
Jean du Mas accompagna le roi en Italie; le 4 mai 4495 il était à côté de
Charles VIII quand celui-ci fit son éclatante entrée à Naples; mais il ne le
suivit pas à son retour en France, il resta pour accomplir certaine mission
sur laquelle nous n'avons pas de détails. Il ne devait pas en revenir: il
mourut à Florence le 43 juillet 1495 et y fut inhumé dans l'église de l’Annonciata.
L'un des fils de Jean fut Jacques II; il est qualifié seigneur de l'Isle en
1507, quoique cependant, à la même époque, son frère Robert portât déjà ce
titre. Il prit aussi le nom de seigneur d’Ivoy, et aurait possédé également
la seigneurie de Bannegon en 1516. Il n'aurait pas eu d’enfants. Robert du
Mas semble avoir été le fils aîné de Jean; c'est lui qui continua la lignée
de sa maison. Il porta les titres de seigneur de l'Isle, le Coudray,
Felletin, Hauterive, etc. Il épousa le 29 mai 1505, Jeanne de Fontenay qui
lui apporta en dot la terre de Riffardeau qu'elle tenait de son père, Jean
de Fontenay, seigneur de Moison, Montigny et Riffardeau. Robert du Mas
mourut en 1525 laissant sept enfants; trois filles: Gilberte, Françoise et
Catherine dont nous ne savons rien, et quatre fils: Jean, Jacques et Pierre
II qui tous portèrent le nom de seigneur de l'Isle, et enfin Nicolas qui
embrassa la vie religieuse. Des fils de Robert Du Mas et de Jeanne de
Fontenay, Jean et Jacques semblent être restés seuls en Berry. Pierre II,
qui porta cependant le nom de seigneur de l'Isle et de Bannegon, se retira
dans le pays de Foix, sans doute au moment de son mariage qui eut lieu le 4
décembre 1528 avec Marie Dupuy, fille de Marie Jérôme Dupuy, seigneur de
Pradies, gouverneur et capitaine du château de Bastide. Pierre du Mas était
capitaine de cent hommes d'armes et fut nommé par François 1er commandant du
quartier des Bordes. Il mourut de blessures reçues au service et laissa deux
enfants: une fille, Jacqueline, et un fils, Armand qui embrassa la religion
réformée et dont la postérité s’est continuée jusqu'au XIXe siècle sous le
nom de du Mas de Marveille.
Jean et Jacques semblent avoir possédé l'Isle simultanément à la mort de
leurs parents. Cela parait ressortir de l'ordonnance de terrier rendue par
François 1er en 1546 en faveur de "Jean et Jacques du Mas, écuyers,
seigneurs de l'Isle, Chanceaux, Felletin et le Coudray". D'après ce terrier,
à cette époque la seigneurie de l'Isle atteignait les localités de La Noue,
les Mottes, le Perron, Malleray, les Mousseaux, Touchay, la Ruelle,
Saint-Hilaire, les Chenuats, Rezay, Préalle, les Martinats, les Cotes et les
Matherons. Nous retrouvons encore ces deux frères plaidant ensemble contre
Jean Acarie, seigneur de Bourdel en 1552. Mais peu de temps après, ils se
séparèrent. Jacques eut alors Riffardeau et Bannegon, qu’il habita sans
doute. Il mourut vers 1555 après avoir épousé Françoise de Sorbiers dont il
n’aurait eu qu'un fils Antoine du Mas, sieur de Riffardeau dont la postérité
ne nous est pas connue. Jean, qui posséda seul la terre de l’Isle quand son
frère se fut retiré à Bannegon, ne semble pas y avoir beaucoup résidé.
Cependant il est cité au nombre des seigneurs de Berry qui assistèrent à
l’assemblée réunie en vertu de l’ordonnance du 9 juillet 1539 par le
rédacteur des coutumes. Il épousa le 27 décembre 1542, Honorade de
Castellane. Ce mariage honorable appela Jean dans le pays de sa femme, la
provence, mais il ne négligea pas ses propriétés du Berry. C'est ainsi que
nous le voyons, en 1546, vendre à Claude de Laubespine la terre de Hauterive
sur laquelle celui-ci fit bâtir un château princier dont il reste à peine
quelques ruines aujourd'hui. C'est ainsi encore qu’il rendit, en 1559,
hommage pour l'Isle à Charles de La Rochefoucault, seigneur de Linières.
Jean du Mas laissa trois enfants, Nicolas, Timothée et Sara. Cette dernière
épousa Thadée Baschi, seigneur de Saint-Estève et en deuxièmes noces, Simon
de Villeneuve, seigneur de l’Espinouze.
Avec Timothée et Nicolas du Mas, la terre de l'Isle devait sortir de cette
maison. Le père de ces deux seigneurs mourut-il en laissant une situation
embarrassée? Son mariage ne semblerait pas devoir autoriser à le penser, non
plus que les alliances brillantes que contractèrent ses enfants. Il faut
plutôt dire que cette famille qui avait quitté le Berry pour vivre en
Provence et dans le midi chercha à se défaire d’une terre éloignée, située
en dehors de son rayon d'existence. Cependant nous voyons que Timothée du
Mas n’accepta la succession de son père que sous bénéfice d'inventaire:
Henri III rend en effet une ordonnance de terrier en 1576 en faveur de
"notre cher et bien-aimé Timothée du Mas, seigneur de l'Isle et des
seigneuries de Chanceaux, Boys de Lafont et Felletin, héritier sous bénéfice
du défunt, Jean du Mas, son père". Timothée mourut vers 1576; il avait
épousé Françoise d'Albert, fille d'Antoine d'Albert, seigneur de Rogasse et
d'Honorade de Bernus. Sa femme lui avait apporté en dot la seigneurie de Lac
qu’elle reprit à son veuvage et qu'elle donna le 4 juillet 1577, à son
second mari, François de Vintimille, des comtes de Marseille, baron de
Tourves, gouverneur de Provence. Nicolas, second fils de Jean du Mas, rendit
hommage pour l'Isle à Charles de la Rochefoucault, seigneur de Linières, le
27 septembre 1576, sans doute à la mort de son frère qui n’eut pas d'enfants
et dont il hérita. Il fut chef du parti des Huguenots et fut tué à la
bataille qui eut lieu entre Allemagne et Riez et où Lesdiguières infligea au
sieur de Vins, commandant pour la Ligue une sérieuse défaite. Nicolas avait
épousé Jeanne de Grasse, fille de Claude, comte de Bar et eut des enfants
qui ont continué la postérité des comtes d'Allemagne et des du Mas de
Castellane dont descendait le maréchal de l'Empire. De la famille du Mas, la
seigneurie de l'Isle passa entre les mains de celle des
Beaufort-Montboissier Canillac.
En effet nous voyons le 10 janvier 1579 "Jehan de Beaufort, seigneur du fief
de l'Isle, rendre hommage à Charles de la Rochefoucault, seigneur de
Linières", et quelques mois plus tard, le 4 juillet 1579, nous retrouvons
Jean de Beaufort de Montboissier, marquis de Canillac donner une procuration
à l'effet de rendre hommage "au duc de Montpensier, seigneur du Chastelet
pour raison des fief et seigneurie de l'Isle-sur-Arnon, Justice de Malleraye,
les Mousseaux Vigoune, etc". Jean de Beaufort Montboissier, marquis de
Canillac, comte d'Alais, seigneur de l'Isle, épousa en 1575, Gilberte de
Chabanne, fille de Joachim de Chabanne, marquis de Curton, chevalier
d'honneur de la reine Catherine de Médicis, et de Charlotte de Vienne. Le
marquis de Canillac ne dut pas résider souvent dans son château de l'Isle
quoiqu'il fut propriétaire d'autres fiefs voisins, mais ardent catholique,
il se mêla aux luttes de la Ligue et s’y donna avec fougue. Du mariage de
Jean de Beaufort avec Jacqueline de Chabanne, nous ne connaissons qu'un
fils: Jean-Timoléon de Beaufort Montboissier, marquis de Canillac, comte d'Alais,
qui épousa Gasparde de Miolans. Ce fils habita-t-il l'Isle? fut-il même
seigneur de l'Isle? nous ne saurions le dire. Il guerroya d’abord pour la
Ligue en Auvergne, se rangea plus tard dans le parli d'Henri IV qui lui
donna la charge de gouverneur de celte province, et mourut en 1598.
Jean-Timoléon qui ne s’occupait pas de son château de Berry, l'avait laissé
à la garde d'un intendant ou même d’un simple fermier, et que celui-ci ne
crut pas devoir faire bande à part au milieu du mouvement qui se produisait
dans la province en faveur du roi et de son gouverneur, M. d'Arquian, qui
avait remplacé M. de la Châtre après que celui-ci eut publiquement rompu
avec Henri IV, il y eut à ce moment une incessante guerre d’escarmouches
dans lout le pays. Que devint le château de l'Isle à la suite de cette
guerre? Quels furent ses seigneurs? Pendant une période de plus de trente
ans les documents nous font défaut.
Nous ne savons à quelle date ni comment la terre de l'Isle sortit de la
maison de Beaufort-Montboissier-Canillac; mais, au commencement du XVIIe
siècle, elle était entre les mains des Varie, et René de Varie en était
qualifié seigneur. Mais il ne posséda pas longtemps cette seigneurie, du
moins d’une façon intégrale; en effet par contrat du 20 mars 1600 il
constitua une rente sur sa terre de l’Isle au profit de Jean Penot, avocat
de Bourges, puis il en vendit ou en engagea une portion à M. Mathurin,
procureur fiscal à Lignières, et à Pierre Alegret, marchand à Touchay.
L'Isle, ou partie de l'Isle, aurait été également à cette époque entre les
mains d’un certain général Millet. C'était probablement Daniel Millet,
d'abord huguenot en 1589, puis trésorier général de France, conseiller du
roi, élu maire de Bourges en 1607. Cependant nous retrouvons l'Isle d'une
façon certaine entre les mains des fils de René de Varie qui y habitèrent.
Celui-ci avait eu au moins trois fils, Philippe, Hugues et Sylvain et une
fille, Gilberte, qui épousa Louis de la Brosse, seigneur du Poirier et
mourut après 1634; Hugues ne semble pas s'être marié; Sylvain, seigneur de
la Lande-Saulzay contracta vraisemblablement deux alliances: l’une avec
Antoinette de Bar en 1605, et la deuxième avec Barthélemye de Muriat. Quant
à Philippe il fut seigneur de l’Isle-sur-Arnon et de la Brosse; il épousa en
premières noces Marguerite Morne, puis en deuxièmes noces, le 40 novembre
1635, Louise de la Châtre, fille de son voisin René de la Châtre, seigneur
du Plaix. Sa résidence habituelle était son château de l'Isle. De ses deux
femmes il n’eut point d’enfant, cependant aux actes de la paroisse, nous
avons trouvé, à la date du 21 avril 1636, peu de temps après son second
mariage, le baptême de Marie, fille de Philippe de Varie, seigneur de l'Isle
et de Marie Allegret. Les mœurs étaient sans doute faciles à l’époque. Les
frères de Philippe devaient habiter également l'Isle, car le 1er mai 1634,
nous relevons le baptême de Hugues, fils de noble Sylvain de Varie et de
demoiselle de Muriat.
Nous ne saurions déterminer d’une façon exacte à quelle époque les de Varie
quittèrent l'Isle. Après eux, les représentants de deux illustres familles
posséderont cette seigneurie, les Longueval et les Villeneuve Trans. Les
différents manuscrits locaux, rapportent qu'à la mort de Philippe de Varie,
le sieur de la Brosse fit l'acquisition de la seigneurie de l'Isle. Or, en
1648, nous voyons, dans les actes de la paroisse de Touchay, le baptême d'un
enfant Bardelot dont est parrain "haut et puissant seigneur Charles de
Longueval, écuyer, seigneur de la Brosse". L'acte ne donne pas le nom de
seigneur de l'Isle au parrain, qui, probablement à cette époque, ne l'était
déjà plus; mais l'étude de la généalogie de cette famille prouve, sans
réplique, que Charles de Longueval posséda cette seigneurie. La maison de
Longueval de Picardie était une des plus anciennes du royaume; elle portait
bandé de vair et de gueules, depuis Walter de Longueval, surnommé le Dragon.
Quelle que soit la date à laquelle l'Isle fut à Charles de Longueval, en
1644, le château appartenait à la famille de Villeneuve Trans. Un acte de
baptême de cette date nous indique comme parrain d’un enfant "haut et
puissant seigneur Messire Anthoine de Villeneuve, marquis de Trans, seigneur
de l'Isle" et les différents textes s'accordent à dire que celte propriété
commença en 1645. Cependant à la suite de l'acte de baptême que nous citons,
nous lisons après la signature "Trans" celle de "Vary"; cette dernière
famille était donc restée attachée au pays. Anthoine de Villeneuve, marquis
de Trans, appartenait à une ancienne maison de Provence, dont l'origine
remonterait à un cadet des comtes de Barcelone, rois d'Aragon. Anthoine de
Villeneuve, marquis des Arcs, puis marquis de Trans, ayant d'abord eut
l'idée de se faire recevoir chevalier de Malle, il abandonna ce projet et
épousa, en 1624, demoiselle Gabrielle du Mas de Castellane, fille
d'Alexandre du Mas, baron d'Allemagne et de Marthe d'Oraison. Anthoine de
Villeneuve mourut en 1672 sans laisser d’enfants.
Les mémoires du temps disent que la veuve du marquis de Trans, Gabrielle du
Mas de Castellane, n'ayant pas d'héritiers directs, vendit ou donna la
seigneurie de l'Isle à Henry de Mosnier ou de Monnier. L'hypothèse de la
donation n’est pas invraisemblable, car la famille de celui-ci n’était pas
étrangère aux du Mas. La maison de Monnier, des seigneurs de Meslan ou de
Chateaudreuil, était originaire de la ville de Moustier en Provence. Henry
de Monnier avait épousé Catherine de Chaix, fille de Jean de Chaix, auditeur
à la cour des comptes, et de Catherine de Bourdon, qui lui donna trois fils
et une fille: Catherine, abbesse de Sainte-Catherine d'Apt; Nicolas,
religieux réformé; Laurent Henri, officier d’infanterie, qui a laissé des
enfants près de Courtenay où il s'était établi, au lieu dit Saint-Pierre.
Enfin l'aîné était "Jean Louis de Monier Melan, seigneur de l'Ile en Berry".
Il servit en qualité d'officier d’infanterie et épousa à Crest en Dauphiné
Marie-Anne de Bruyère des seigneurs de Vaumon et de Chaleauvieux, dont il
n'eut qu'une fille qui s’allia en 1795 à Jean-Joseph de Forges, seigneur de
Rousset. En 1722 la terre de l'Isle fut acquise par messire Georges Gougenot,
écuyer, secrétaire du roi, seigneur de Croissy, fils de Didier Gougenot
(1642-1701). Il épousa Michèle Ferouillat et eut plusieurs enfants dont
Catherine, née le 22 septembre 1715; Michelle Geneviève, née le 28 octobre
1716; Georges Jean, né le 24 septembre 1717; Louis, né le 13 mars 1719;
Angélique Catherine, née le 7 février 1720; Georges, né le 13 juin 1721 et
Antoine Pierre, né le 29 octobre 1724. Le nouveau seigneur de l'Isle habita
certainement sa terre, avec sa famille, pendant les instants de loisir que
lui laissaient ses occupations. Plusieurs appartements situés dans la partie
du château que l'on nomme le Porche ou le Donjon, restaurés dans le goût de
l’époque, avec des cheminées du style rocaille et chantourné, des boiseries
Louis XV, des alcôves lambrissées, des portes à trumeaux, ont dû être
aménagés par lui.
Sa présence est constatée à l'Isle Le 7 octobre 1739 et il signait en
qualité de parrain au baptême du fils de son régisseur, Claude Cuisinier,
homme important dans le pays, seigneur de Jarry et de Preugnes et plus tard
directeur des Contrôles. La marraine est une fille du châtelain, Catherine
Gougenot. En 1746, nous le voyons encore faire exécuter, par son régisseur,
des réparations dans l’église de Touchay, à la chapelle de l'Isle dédiée à
saint Marc "et après lesquelles, M. Demonville, supérieur du séminaire et
vicaire général du diocèse leva l'interdit dont avait été frappée cette
chapelle". Bien qu'il eut un régisseur, il ne négligeait pas ses affaires;
on le retrouve soutenant et gagnant plusieurs procès relatifs à sa terre de
l'Isle, devant le bailli de la baronnie de Linières qui le qualifie de "escuyer,
seigneur de l'Isle sur Arnon, conseiller secrétaire du roy, maison couronne
de France, pour son Altesse sérénissime, Monseigneur le Duc. Plusieurs de
ces jugements ne furent rendus qu'après sa mort, et ne profitèrent qu’à ses
descendants. Georges Gougenot devait mourir le 10 juin 1748, laissant la
terre de l'Isle à ses enfants. Des trois fils de Georges Gougenot, Georges
II ne semble pas avoir eu des intérêts en Berry; il fut nommé secrétaire du
roi, seigneur de Croissy, épousa Marie-Angélique Véramy de Varennes, et créa
une branche étrangère. Ce fut Antoine Pierre qui devint seigneur de l'Isle,
il y habita avec son frère Louis, lequel dut hériter d'une partie de cette
terre, car c’est au nom de ce dernier que se poursuivirent certains des
procès commencés par son père. Un autre titre rattachait Louis Gougenot au
Berry; il était abbé commandataire de Chezal-Benoît, couvent de Bénédictins.
Ce n’était d’ailleurs pas un esprit ordinaire que l’abbé Louis Gougenot. Sa
première éducation fut dirigée en vue de lui faire suivre la carrière de la
magistrature. Il devint en effet conseiller au Châtelet, puis conseiller au
Grand Conseil où il acquit bientôt la réputation d'un magistrat intègre,
éclairé, exact et laborieux.
L'abbé Louis Gougenot mourut le 24 septembre 1767 à Paris où il fut inhumé
dans la chapelle de la rue des Cordeliers. Antoine-Pierre Gougenot des
Mousseaux, le châtelain de l'Isle, portait le titre de seigneur de l'Isle
sur Arnon, Mallerays et autres lieux, il était conseiller du roi et fut
nommé, en outre, sans doute à cause des services que son père avait rendus à
ce prince, secrétaire des commandements de S. A. S. Monseigneur le prince de
Condé. Il fit dresser par Claude Cuisinier, son intendant, comme celui-ci
l'avait déjà été de son père, un terrier de la seigneurie de l'Isle qui
englobait ou atteignait les localités de La Nouë, Les Mousseaux, Mallerays,
Rezay, Les Forges et les Machounals, Les Jaux, Saint-Hilaire, Touché,
Ids-Saint-Roch. Antoine-Pierre Gougenot des Mousseaux avait épousé Zénobie
de Court qu'il laissa veuve en 1763 avec la charge de deux enfants mineurs:
Adrien, né le 12 avril 1764 et Antoine, le 19 juillet 1762. Ce fut sa veuve
qui dut administrer les biens de ses enfants, et c'est ainsi que nous la
voyons, le 9 juillet 4777, nommer bailli de la justice de l'Isle et de
Mallerays, Jean-Bapliste Durand, procureur à Linières, en considération de
ses capacités supérieures et des services qu'il avait rendus à la famille.
Adrien Gougenot, chevalier des Mousseaux, seigneur de l'Isle, Mallerays et
autres lieux, devait être avant la Révolution le dernier châtelain de cette
terre. Il n'avait d'ailleurs pas vingt-cinq ans, lorsqu’éclala la tourmente
et il partit pour l'émigration en 1792. Il venait d’affermer la terre de
l'Isle le 19 septembre 1789 au sieur Alloncle de Laumoy, mais le contrat ne
put être mis à exécution, ses biens furent confisqués et la seigneurie, en
exécution de la commission du district de Châteaumeillant, fut divisée par
lots et mise en vente. Le château, y compris la réserve, fut adjugé le 24
ventôse, an II, au citoyen Étienne Boulié dont la famille l’a gardé jusqu'en
1859. (1)
Éléments protégés MH : le château de l'Isle-sur-Arnon en totalité :
inscription par arrêté du 24 février 1926. (2)
château de l'Isle-sur-Arnon 18160 Touchay, propriété privée, ne se visite
pas. Le corps de logis est flanqué de deux tours circulaires avec bretèches.
Le pavillon d'entrée est garni de mâchicoulis muni d'une tour ronde avec
meurtrières. Il s'ouvre par un grand portail en tiers point avec rainures
pour le pont-levis. La chapelle est cantonnée par quatre échauguettes avec
mâchicoulis. Les fenêtres à remplages flamboyants. L'intérieur de la
chapelle conserve des traces de peintures murales.
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