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Cet ensemble bâti ancien,
à la fois résidence seigneuriale et exploitation agricole, est situé à 2800
mètres à l'ouest du bourg de Loguivy-Plougras et à 215 mètres d'altitude. Il
se trouve à proximité immédiate de la source du ruisseau de Toulec, affluent
de la rivière Saint-Emilion. Le toponyme est orthographié "Kroué" (Kerroué)
sur le cadastre de 1835. En breton, cela peut signifier littéralement le
"hameau du roi" ou "l'habitation d'un dénommé de Roué" (patronyme). Les
terres et métairies de Kerroué appartiennent à la famille de Beaucours en
1427 (Marguerite de Beaucours), puis à la famille du Dresnay de 1464 à 1713
(dont les armoires sont "d´argent à la croix ancrée de sable accompagnée de
trois coquilles de gueules") et enfin, à la famille Le Lagadec (seigneur de
Mezedern, paroisse de Plougonven) devenue de Lagadec de 1714 à 1792 qui
blasonne "d'argent à trois trèfles d'azur. L'ensemble est restitué en 1802 à
Claude-René de Lagadec. Dans l'église tréviale du bourg de Loguivy, le
seigneur possédait aussi une chapelle privative avec enfeu côté évangile (à
gauche de l'autel). Il s'agit d'une seigneurie relativement jeune qui
s'implante entre les seigneuries de Scozou, Trogorre, Menez, Callac et
Kerradenec. Son territoire s'étend sur un rayon de deux kilomètres autour du
château. La seigneurie possédait en Loguivy-Plougras 38 villages ou
lieux-dits (manoir et métairie de Kerroué, petit Kerroué, convenant Toullec,
Pen an Alé, Kertugdual, Cosquer, Garz ar Laour, Keruhel, Pempoul, Keravel,
Kermapalen, Kerelguen, Pen ar Gwern, Kerahouarn, Tregonven, Kerbihan, Pen an
Stiffel, Kerlemarch, Mézou, Kerlosquet, Rouel Bihan, Le Bot ou Botlan,
Quelennec, Goadet ou Kerroué Coat, Losseny, Kernevez ou Villeneuve,
Kerverder, Kereauzan, Quenechguen, Guerniou, Treuscoat, Toul an Danot,
Listrion, Kerforn, Lesvrech, parc Pont Thomas, pré du Dour Meur, Beuzidellou);
en Plougras, onze villages ou lieux-dits (Nec'h Guen, Louc'h, Lan Cam,
Sollier, Keraenor, Kerambellec, Kerloi, Kerollier, Penker, Pen an Yun et Pen
an Ménez) et un convenant en Lohuec.
Le domaine de la seigneurie s'étant constitué sur les fiefs des seigneurs
voisins, les propriétaires de Kerroué étaient vassaux et devaient rendre
aveu aux seigneurs du Scozou, de Callac, de Beffou, de Traounez, du Ménez et
de Trogorre et bien sûr, de Guingamp. Au Xe siècle, Kerroué dépendait de la
seigneurie de Trogorre. Charles du Dresnay et son fils Chrétien, édifient
une chapelle et achètent la seigneurie de Keraenor qui était dans la
mouvance de la seigneurie de Beffou. En 1536, Alain du Dresnay, seigneur de
Kerroué s'affranchit de la mouvance de Trogorre pour passer sous celle de
Guingamp. En 1573, Pierre du Dresnay (fils d'Alain du Dresnay) habitait
encore le manoir de Kerhuel, tandis que Jean, son frère, occupait Kerroué.
La construction du château va sans doute débuter après le décès de Jean et
le règlement de sa succession dans les années 1580, c'est-à-dire peu avant
ou pendant les premiers troubles de la Ligue. Les travaux seront suspendus
au début des années 1590 sous la pression de la Ligue et arrêtés
définitivement en 1594 avec la mort du seigneur de Kerroué devant le château
de Morlaix et la confiscation de tous ses biens par le roi. L´ensemble se
compose de plusieurs bâtiments ou édicules, par ordre chronologique: le
château datable du quatrième quart du XVIe siècle; il a vraisemblablement
été construit par Pierre du Dresnay et sa femme Anne de la Haye; la chapelle
datable du XVIe siècle; la grange datable de la deuxième moitié du XVIe
siècle ou du début du XVIIe siècle; la maison manale ou manoir datable de la
première moitié du XVIIe siècle; le colombier construit vers 1655 par
François du Dresnay et Antoinette Le Lay, sa seconde épouse, il est détruit
vers 1850; le mur d'enceinte aménagé en mur rucher; la grange à poteaux
datable du début du XIXe siècle. Le château de Kéroué était entouré de
jardins, prés, bois pour une superficie de soixante journaux. Pendant la
Révolution, le château abrite le chef chouan Charles-Guillaume Poens de
Kerilis ainsi que le prêtre insermenté de Plougras, Philippe-Ange Ellès.
Orienté vers le sud-ouest, le château de Kerroué est construit en pierre de
taille de granite de moyen appareil et dispose d'un sous-sol à usage de
cave. L'entrée d'honneur en arc plein cintre est ornée de deux colonnes
cannelées à chapiteau composite soutenant un fronton Renaissance. Il
comprend deux têtes humaines en ronde-bosse qui ont malheureusement été
martelées. Au dessus de l'entrée, se superposent trois étages de fenêtres
ornées de pilastres. L'entrée débouche sur un vestibule et sur un escalier
monumental rampe-sur-rampe. Un escalier en vis secondaire aménagé dans une
sorte d'avant-corps en éperon, coiffé d'un dôme dessert une pièce haute.
Cette dernière est dotée de latrines en encorbellement. Chacun des trois
niveaux s'organisent de la même manière: une salle principale avec cheminée
et une chambre avec cheminée et garde-robe. En plus de la chapelle
privative, un oratoire existait dans le château, sous la voûte supérieure de
l'escalier d'honneur du pavillon central, il occupait le passage vers
l'appartement privé dont l'accès se faisait par un escalier à vis. Les
angles du pignon sud-est sont flanqués par deux guérites à cul-de-lampe
reliées entre elles par une galerie à mâchicoulis. Le château de Kerroué est
demeuré inachevé comme le montrent les pierres d'attente sur la gauche du
pavillon central. Le manoir: édifice accolé par l'angle sud-est du château.
Porte en arc plein cintre encadrée de pilastre soutenant un larmier.
Lucarnes à fronton (présentant les armes du Dresnay en alliance avec
Penmarch) sommées de balustres.
La façade du manoir date de la moitié du XVIIe siècle. La chapelle de
Kerroué: située à 200 mètres au nord nord-ouest du château. Chapelle de plan
rectangulaire de quatre mètres sur huit mètres dédiée à sainte Catherine.
Pignon ouest à rampants et crossettes frisées et amortissements représentant
des chiens de chasse. Porte en arc brisé à montants chanfreinés, arcade à
voussures, ornée de d'une frise feuillagée à fleuron et écus vierges.
Clocheton (Saint-Jacut de Plestin de 1495) rappelle l'école Beaumanoir.
Cloche de 1636 fondue par Le Louarn, elle présente un médaillon avec
signature et écus de François du Dresnay et de Marie de Penmarc'h: "croix
ancrée de sable accompagnée de 3 coquilles de gueules et coupé au 1 de
gueules à la tête de cheval d'argent, au 2 d'or à la fasce d'azur
accompagnée de 6 pigeons de même 3,3". Inscription: "Je suis a Messire
François du Dresnay seigneur du Koetz". Cette chapelle abrite la sépulture
du dernier des Lagadec, né au château le 24 novembre 1751 et mort le 19 juin
1837, maire de Loguivy-Plougras de 1819 à 1830 et porte l'inscription
suivante: "Ici repose du sommeil du juste Messire Claude-René de Lagadec,
dernier du nom, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis,
époux de Dame Jeanne-Théodore de Saisy. Il naquit au château de Kéroué le 24
octobre 1751 et rendit sa belle âme à Dieu le 19 juin 1837, Resquiescat in
pace". En 1950, la chapelle possédait encore son autel de type renaissance
ainsi qu'un lambris de couvrement peint en bleu orné d'étoiles. La chapelle
a été déplacée en 1998 près du château. Comme d'autres châteaux bretons:
Maillé dans le Léon (Plounévez-Lochrist) ou encore le manoir de Lemay dans
le Morbihan (Guéhénno), le château/manoir de Kerroué est resté inachevé.
L'édifice a été acheté en 1992 par la famille de la Morinière qui a
entrepris sa restauration.
Éléments protégés MH: le château, à savoir le corps de logis en ruine et
l'aile parfois appelée manoir, ainsi que la grange faisant face à cette aile
: classement par arrêté du 27 septembre 1993 (1)
château de Kéroué 22780 Loguivy-Plougras, lieu-dit
Kéroué-Bras, visite libre des extérieurs et de l'intérieure de la chapelle
en saison et lors des journées du patrimoine en septembre.
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