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Le château de Kermerzit a été fondé au
début du XVe siècle par la famille Jourdrain. Dès le 10 mars 1463, le lieu
est en effet cité dans un aveu de la Cour de Guingamp comme possession de la
famille Jourdain. L'aveu est une déclaration écrite que doit fournir le
vassal à son suzerain lorsqu’il entre en possession d’un fief (par achat,
héritage ou échange). L’aveu est accompagné d’un dénombrement ou décrivant
les biens composant le fief. A la Montre de Tréguier en 1503, Jean de
Kergrist comparait "en robe" pour le dénommé Yvon Jourdain, seigneur de
Kermerzit en qualité de curateur et parrain. Il lui est enjoint au premier
mandement de fournir "deux archers en habillement suffisant" ce qui prouve
des revenus relativement importants. Au fil des siècles, la seigneurie de
Kermerzit a appartenu successivement à Robert Jourdain (mort en 1418),
seigneur de Kermerzit et sa dame de Kermerzit de la famille Hélory, seigneur
de Kermartin originaire de la paroisse du Minihy-Tréguier. Sa femme serait
ainsi parente de Saint Yves (Yves Hélory de Kermartin né en 1253 et mort en
1303). Selon les archives de la Bibliothèque de Rosmorduc, une chambre du
château portait le nom du Saint. Allain Jourdain (fils, né avant 1427),
seigneur de Kermerzit ; Guillaume Jourdain (petit-fils mort en 1463),
seigneur de Kermerzit dit "héritier et douarain de Robert" en 1459. Il a
épousé Anne Le Rouge (fille de François Le Rouge, seigneur d'Ancremel et de
Denise de Bégaignon) ; Yves Jourdain (arrière petit-fils, né avant 1463 -
mort avant 1506), seigneur de Kermerzit ; il est marié à Marguerite Toupin,
Dame de Lostanguern qui meurt en 1505. Yves Jourdain (né avant 1505),
seigneur de Kermerzit ; son curateur est Jean de Kergrist, son parrain. Yves
Jourdain (avant 1506-1557), seigneur de Kermerzit, de Lostanguen et du
Plessis-Quinquis a épousé Anne de Lochrist. Il est mentionné comme "sergent
féodé" de la cour de Guingamp en 1552, prévot de la cour en 1558. Guillaume,
son oncle mort en 1521 fut aumônier de la reine Anne et professeur au
Collège de Tréguier. Sa pierre tombale à Saint-Louis de Paris fut gravée à
l'effigie d'un prêtre et portait ses armoiries : "écartelé d'un croissant et
d'un sautoir chargé d'une mâcle". Alain Jourdain, écuyer, seigneur et du
Plessis devient seigneur de Kermerzit en 1557. Il a épousé Anne de Kergoët.
Guyon Jourdain (1556-1607), seigneur de Kermerzit (aveu de 1583) : prévôt
féodé de la sénéchaussée de Guingamp au bailliage de Plougastel en Plestin,
il a été inhumé dans son enfeu à l'église de Trémel. Philippe Jourdain vers
1573-1649, seigneur de Kermerzit, de Kerahel et du Plessis, prévôt féodé. Il
est l'époux de Anne de Kergrist (morte en 1618). Son fils Fiacre Jourdain
devient seigneur du Plessis. Sa fille Marguerite Jourdain hérite de
Kermerzit. Marguerite Jourdain (1613-1662), dame de Kermerzit hérite de la
seigneurie et du Plessis. Elle a épousé Josias de Kerleau, seigneur de
Goazanharant, de Lisle en Pédernec en 1633. Jean-Philippe de Kerleau, né en
1636, seigneur de Kermerzit et du Plessis, de Goasanc'harant ; François Le
Rouge fait aveu de la seigneurie de Kermerzit en 1665. C'est le fils de
Jean, seigneur de Keranguen et de Jeanne de Kergroas, petit fils de Yves de
Kergroas et de Vincente Jourdain de Kermerzit. Toussaint de Tuomelin,
seigneur de Kerbourlon en Plestin, seigneur de Kermerzit en 1673. Il a
épousé Jeanne de Quelen, dame du Guerjan, fille de Roland et de Anne le
Sparler de Coatcaric. Renée de Tuomelin, dame de Kermerzit, de Kerbourdon,
de Poulanvran a épousé François de Bizien, seigneur de Munchorre en
Ploumagoar qui est lieutenant des maréchaux de France en 1734. Il fait aveu
de Kermerzit en 1704. En 1707, la métairie de Kermerzic est louée par Hervé
Cariou et Françoise Guillou, sa femme. François de Bizien décide également
de louer pour 7 ans (bail à ferme) les dépendances à Lazare et Nouelle,
frère et sœur de Hervé Cariou. Le seigneur conserve cependant pour son
propre usage les parties suivantes : le "manoir tant vieux que neuf", "la
cour en dépendant, l'écurie sous la chambre blanche, la galerie et les
chambres en haut de la touraille joignant la grande porte cochère, le jardin
et le verger derrière, le colombier, le bois, etc".
Le contrat passé à
Plestin devant les notaires Aubry et Brigant, précise "les preneurs seront
tenus de fournir de paille la litière des chevaux du seigneur quand il sera
à Kermerzit, car le fumier leur appartiendra ; de plus, le dit seigneur
pourra cuire dans le four lorsque les métayers l’allumeront pour leur propre
compte, en fournissant le bois de chauffage. Ils disposeront de
l'emplacement du vieil étang et acquitteront pour le tout 435 livres
payables en 2 termes ; le vieil étang sera clos du côté de l'avenue et mis
en pré. Ils jouiront de même de la vieille ou de la nouvelle cuisine du
manoir et des deux greniers dans le grand corps de logis, à l'option du
seigneur, lequel s'oblige à la Saint-Michel prochaine de fournir 20 bêtes
tant juments que bêtes à cornes, à commencer par la moitié de celles qui se
trouvent en ladite métairie [occupée par les Cariou] à charge d'en rendre le
même nombre à la sortie des preneurs". Jean-Marie Séverin de Bizien, comte
de Munchorre fait aveu de la seigneurie de Kermerzit en 1754. Elle lui vient
de sa mère. Renée Rolande de Bizien (morte en 1755), sœur de Jean-Marie
Séverin de Bizien : elle a épousé Gabriel Procope Corentin de Launay,
seigneur de Lestang et en seconde noce Jean Bart du Parc, capitaine au
régiment de Brie. Jean-Marie Gabriel Paul André, comte de Launay fournit
aveu de la seigneurie de Kermerzit en 1772 pour le rachat à Jean-Marie
Séverin de Bizien, comte de Munchorre. Le 6 juin 1796, la citoyenne
Marie-Mauricette de Crémeur (qui habite le château de Munehorre en Pabu)
fondée de procuration spéciale du citoyen Roland Jules de Quélen de
Kerprigent (il était marié à Renée Jeanne Marie Josèphe de Bizien) loue "la
jouissance de la métairie et dépendances, la jouissance dudit Kermerzit et
des objets" au citoyen Yves Guillou, veuf et à ses enfants majeurs pour la
somme annuelle de 660 livres. En 1881, le château appartient à la comtesse
Stéphanie Marie Thérése Renée de Quélen du Plessis, veuve de monsieur le
comte Joseph Prosper Le Corgne de Launay, vicomte de Bonabry (propriétaire
du château de Keréga à Plounérin). Elle loue pour 9 ans la "moitié
distincte" du château de Kermerzit à Jean Marie Bivic et Marie Augustine
Person son épouse. Le fermage est fixé à 900 francs annuel. "Les preneurs
fermiers seront tenus de jouir de la métairie en bon père de famille, de
faire les charrois de tous les matériaux nécessaires pour les grosses et
menues réparations des édifices, de fournir des manœuvres et de nourrir les
ouvriers qui seront employés pour les dites réparations ; ils feront en
outre les réparations des pierres volantes, le tout gratis et sans indemnité
à prétendre". En 1891, la comtesse Marie Louise Françoise du Dresnay, veuve
de monsieur le comte Louis François Marie de Kersauson loue l'autre moitié
du château devenu ferme à François Beuzic et Marie Jeanne Le Drein, son
épouse. En 1917, le vicomte Henri de Kersauson loue cette "moitié distincte"
du manoir à Philippe Rivoalen et Marie Perrine Le Bris, sa femme. La
location comprend outre des terres agricoles et le verger : "la maison d'en
bas avec la chambre et le grenier au-dessus, la tourelle au couchant de
cette maison, droit au puits, les deux chambres au-dessus de l'écurie de
Riou (Le voisin qui loue l'autre moitié du château), l'écurie de tuile au
couchant de la dite cour, la soue à porcs et les deux crèches à vaches à
l'angle nord-est de la dite cour, la chambre au-dessus de l'une de ces
crèches fréquentée par un escalier de pierre donnant sur la cour d'en haut,
toute la cour au nord des maisons manoriales à l'exception d'une petite
bande passée devant la maison - pièce de logement habitée par Riou et en
face de la crèche sous genêts... laquelle bande est délimitée par un petit
caniveau d'eau dans le pavé, toute la grange ainsi que l'aire au levant de
cette grange. Communauté dans l'avenue de Kermerzit". Le prix annuel de
fermage est fixé à 850 francs et 50 francs pour les terres de Penn an Allé.
Selon les archives de la Bibliothèque de Rosmorduc, la famille de Kersauson
aurait donné l'autorisation de prélever des pierres de taille de granite au
château de Kermerzit pour l'édification de la nouvelle église de Plounérin.
En 1925, le château est vendu aux familles Prigent et Louédec.
Une longue
allée venant du nord-nord-est et filant vers le sud-sud-ouest dessert cet
important ensemble manorial. Si une fontaine est signalée immédiatement au
nord des logis, la présence d'un étang est également mentionné dans les
archives familiales. Au nord-est du manoir se dresse un colombier (datable
du début XVIe siècle). La mise en scène de l'entrée se fait par un portail
au décor flamboyant percé d'une porte piétonne et d'une porte charretière
surmontées d'armoiries. Ces portes permettent l'accès à la cour ouest dite
"cour basse" fermée par un mur. A noter, que ce mur de forte épaisseur sert
de pignon au logis est. Au sud de la cour se dressent deux logis construits
à des périodes différentes : orientés vers le nord, ils font face à l'entrée
monumentale. À l'ouest se dresse le logis primitif avec tour d'escalier en
élévation antérieure. La façade nord est percée d'une porte tout comme la
tour est percée à l'ouest d'une porte basse (aujourd'hui murée). Cette
dernière est ornée d'un linteau à accolade. L'extrémité ouest du logis,
figurant sur le cadastre de 1848, a été détruite. Si la façade sud, à
l'origine aveugle, a été percée par de multiples ouvertures dans la deuxième
moitié du XXe siècle, la façade nord semble avoir été remontée à une date
indéterminée. L'analyse stylistique, linteau à accolade et arc de décharge
en pierre debout, et la mise en œuvre soignée en pierre de taille de granite
permettent de dater la tour de la fin du XVe siècle. La fenêtre de l'étage
du logis semble plus ancienne que celle du rez-de-chaussée : il pourrait
s'agir, à l'origine, d'un logis long ressemblant à celui du Launay à
Ploubezre.
À l'est un vaste logis secondaire couronné par deux lucarnes ;
il est flanqué d'une tour d'escalier en élévation postérieure. La tour
affecte un plan parallélépipédique puis circulaire : elle est percée de
plusieurs fenêtres. Au rez-de-chaussée, le logis comporte : à l'ouest une
pièce à feu (à usage de cuisine) ; à l'est, une pièce froide (à usage
probable de cellier) ; au centre, un couloir dont la porte est surmontée par
un jour d'imposte dessert la tour et son escalier en vis. Les deux pièces du
rez-de-chaussée disposent chacune d'une porte débouchant au sud. Une porte
relie la pièce ouest à usage de cuisine, à la tour d'escalier. A l'étage, le
palier comporte deux portes. D'après le propriétaire de l'une des deux
parties du manoir, il s'agit de deux pièces à feu. A l'est, la chambre du
seigneur avec son accès direct à la galerie et à l'ouest, une salle haute.
Au niveau des combles (peut-être prévus pour être habitables dans le projet
initial), le palier comporte trois portes qui donnent, d'une part sur deux
greniers séparés par un mur de refend et, d'autre part sur un petit escalier
en vis secondaire donnant accès à une pièce haute. La partie supérieure de
la tour a été arasée au XXe siècle : la pièce haute n'existe plus tout comme
la partie sommitale de l'escalier en vis secondaire. Des désordres
importants affectent la tour. Les deux lucarnes du logis développent un
répertoire gothique flamboyant : baies trilobées à meneaux avec linteaux à
double accolade, colonnettes tores, choux frisés et fleurons. Les appuis
saillants sont sculptés d'une frise représentant un lièvre et un chien
mangeant des pommes de pin. Certains détails comme les crossettes des
lucarnes, dont la forme perdure jusqu'au XIXe siècle, semblent pourtant
montrer une simplification relative du chantier. Ce grand logis est
vraisemblablement datable des années 1500-1510, il se distingue par sa
distribution particulière et la puissance qui se dégage des lucarnes ornées.
Au premier étage de la tour, on peut observer les vestiges d'une petite
cheminée. Il est probable que cette tour ait pu servir de logement à un
chapelain affecté à l'office de la chapelle seigneuriale. Le rez-de-chaussée
de la tour est percée d’ouvertures de tir pour des arquebuses (fente de
visée et embrasure). Une console en pierre est fichée dans le mur est. Selon
les cadastres anciens de Plestin et de Trémel, la galerie a été détruite
entre 1818 et 1848, date à laquelle elle ne figure plus sur le plan masse.
Au XIXe siècle, un puits a été aménagé à proximité immédiate des deux
manoirs devenus deux exploitations agricoles.
Éléments protégés MH: le château de Kermerzit en totalité : inscription par
arrêté du 3 juin 1927. (1)
château de Kermerzit 22310 Trémel, propriété privée, ne se visite pas, en
très mauvais état malgré son inscription IMH, cet édifice mériterait
un sauvetage rapidement, que fait la DRAC des Côtes
d'Armor ???
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