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L'hôtel connu à Guéret
sous le nom de "château des Comte de la Marche", n'a jamais appartenu aux
comtes de la Marche, il n'a même commencé à recevoir cette dénomination qu'à
la fin du XVIIIe siècle, et c'est dans une liste des fiefs de la province,
dressée vers 1778, qu'il figure pour la première fois avec le titre un peu
trop pompeux qui lui a été conservé depuis. Ce fut un de ses derniers
propriétaires avant la Révolution, François Tournyol, seigneur du Râteau et
de Boislamy, avocat du Roi au présidial de Guéret, mort après 1780, qui émit
l'opinion, admise encore dans le pays, que cette habitation avait été une
des résidences des comtes de la Marche. Dans une notice qui nous a été
communiquée par son arrière-petite-fille et héritière, Madame Callier (née
Tournyol de Boislamy), François Tournyol cherche à étayer son système
uniquement sur les armes et les chiffres qui se voyaient de son temps dans
l'intérieur et à l'extérieur de l'édifice, armes des Bourbons, "sur des
cheminées et sur des frontispices", lettres P et A entrelacées, lesquelles
étaient, suivant lui, les initiales du comte Pierre de Bourbon et d'Anne de
Beaujeu, fille de Louis XI, sa femme, enfin, écusson des Armagnacs "sculpté
sur une clé de voûte, dans l'embrasure d'une fenêtre de la salle à manger".
De toutes ces sculptures, il ne reste aujourd'hui que l'écusson aux armes
des derniers comtes de la Marche, de la maison de Bourbon, appliqué sur une
immense cheminée du corps de logis le plus moderne, écusson mutilé, mais où
l'on reconnaît pourtant la trace des trois fleurs de lis et de la bande
brochant sur le tout. Quant à l'écusson des Armagnacs, il a disparu, ainsi
que les chiffres entrelacés; mais, l'existence de la clé de voûte armoriée
ne saurait être révoqué en doute, car, une cassure, très apparente de la
pierre, atteste encore la place qu'elle occupait, tandis qu'il est plus
difficile de retrouver les traces des lettres sculptées qui "se voyaient en
dehors". Du reste, la raison d'être des symboles héraldiques et de ces
initiales est aisément explicable, à l'aide des renseignements que nous
fournissent les papiers de la famille Tournyol et différents titres
conservés aux archives de la Creuse.
L'auteur de la notice du XVIIIe siècle nous apprend que sa maison fut
possédée par Antoine Alard, seigneur de Monneyroux, et que ce fut de là
qu'elle fut appelée le château des Monneyroux, c'est l'inverse qu'il aurait
dû dire; que Pierre Alard, fils du précédent, fonda deux vicairies, en 1494,
dans la chapelle du château; que Pierre Billon, trésorier pour le Roi, était
propriétaire du fief des Monneyroux en 1521; enfin, que Catherine Lécuyer,
veuve de Jean Billon, conseiller en la chambre des comptes, vendit cette
seigneurie à Etienne Faure en 1568. Ces données essentielles sont confirmées
par les documents des archives départementales, qui nous font connaître plus
complètement les personnages dont il est ici question. Antoine Alard,
écuyer, fut d'abord secrétaire de Bernard d'Armagnac, comte de la Marche, et
en cette qualité, il a contresigné deux ordonnances de ce prince, en date
des 23 juin 1438 et 19 octobre 1447, rendues au profit du couvent des
Célestins des Ternes et de la commune de Guéret. Plus tard, dans deux pièces
des 16 et 28 août 1473, il figure comme trésorier de la Marche. Ce fut lui
qui commença la construction du château des Monneyroux, et qui, sans doute
en l'honneur de son maître, fit sculpter les armes d'Armagnac qu'on voyait
encore au XIXe siècle sur une clé de voûte, dans la salle à manger. La place
de celte clé de voûte est facile à reconnaître, avons-nous dit: elle se
détachait au centre de l'arceau qui surmonte l'embrasure de la fenêtre
pratiquée au premier étage de l'ancienne construction, dans le fragment de
façade complété plus tard par l'adjonction du principal corps de logis.
Grâce à cet écusson, nous sommes donc déjà certain que la partie primitive
de l'édifice n'est pas postérieure au dernier comte de la Marche, de la
maison d'Armagnac, c'est-à-dire à l'année 1477, date de la mort de Jacques
III, duc de Nemours, décapité aux halles de Paris, pour ses révoltes
répétées contre l'autorité royale.
D'un autre côté, si l'on réfléchit qu'Antoine Alard n'était certainement pas
originaire du pays, où son nom ne se retrouve pas avant lui, ni après son
fils, et que la nature de ses premières fonctions l'obligeait de vivre
continuellement à la suite du comte, qui ne faisait que de rares apparitions
dans ses domaines de Marche, on ne peut admettre qu'il ait songé à
construire son hôtel de Guéret, avant d'être appelé par sa charge de
trésorier à résider d'une manière permanente dans celte ville. Or, il ne fut
pourvu de ce dernier office qu'après le 29 juillet 1447, époque où
"honorable homme, Jacques de la Ville", en exerçait encore les fonctions; on
est donc forcément amené à cette conclusion que le château des Monneyroux,
dont il est le fondateur, a été bâti, pour la partie ancienne du moins, dans
le troisième quart du XVe siècle, entre les dates extrêmes de 1447 et 1477,
Pierre Alard, seigneur des Monneyroux et de la Prugne, près Guéret, fils
d'Antoine et de Marguerite Boinchaude, s'allia à une des familles les plus
considérables de la province, en épousant Marie Barthon, il ajouta à son
château la petite chapelle qui termine l'aile de l'ouest, et par acte du 12
avril 1494, il y fonda, en l'honneur de Notre-Dame, deux vicairies qu'il
dota de plusieurs rentes en grains à prendre sur la dîme de Mornac, paroisse
de Saint-Pardoux-les-Cars, et sur le village de Villevaumont, paroisse de
Bonnat. Cette fondation fut approuvée par ordonnance de l'official de
Limoges, datée du château épiscopal d'Isle, le 2 janvier 4495. Il serait
tentant et commode tout à la fois d'attribuer aussi à Pierre Alard
l'exécution de ces lettres entrelacées, P et A, initiales de son nom, qu'on
voyait autrefois en relief sur un des murs extérieurs du château. Mais il
est impossible de reconnaître la trace d'aucun ornement de ce genre sur la
paroi lissé et encore complètement intacte de l'aile ancienne, la seule qui
existait du temps des Alard: il faut donc chercher la place de ces entrelacs
sur ces grosses pierres imagées qui surmontent une des fenêtres ornées du
corps de logis le plus récent, et qui gardent les empreintes bien visibles
des dégradations dues aux iconoclastes de la Révolution.
Posées là, les deux lettres P A n'ont plus le sens que nous entrevoyons tout
à l'heure, et l'on doit les interpréter comme l'a fait François Tournyol, en
y reconnaissant les initiales de Pierre de Bourbon et d'Anne de Beaujeu.
Pour nous en convaincre, entrons dans l'intérieur de ce corps de logis, et
nous nous trouverons en face de la cheminée, que décore l'écusson de la
branche aînée de Bourbon de France, à la bande de gueules. Or, ces armes ne
peuvent convenir qu'au mari d'Anne de Beaujeu, car les autres comtes de
cette maison, qui depuis 1357 avaient possédé le grand fief de la Marche,
appartenaient à la branche cadette de Bourbon-Vendôme, et en cette qualité,
ils chargeaient la bande de leur écu de trois lionceaux d'argent, qui ne se
trouvent nullement indiqués ici. Du reste, l'aspect seul de cette partie de
l'hôtel, dans laquelle est placée la cheminée, suffisait pour interdire
l'idée d'une attribution plus ancienne. Nous ne savons à quel titre cet
écusson princier figurait dans une habitation privée. Rappelons-nous la
raison qui a été donnée pour expliquer la présence des armoiries des
Armagnacs, dans la partie du château, élevée par Antoine Alard. Comme l'aile
de l'ouest, la grande façade du centre est l'oeuvre d'un trésorier de la
Marche, qui a su, lui, abriter et dissimuler en quelque sorte ses armes,
armes parlantes, sous le blason de son maître, auquel revenait naturellement
la place d'honneur. Du reste, cette modestie a été récompensée; car, tandis
que les écussons du comte ont été impitoyablement brisés, l'humble figure
héraldique, à laquelle nous faisons allusion, a été préservée de toute
atteinte. Les deux blocs de pierre qui portaient probablement les initiales
P A, aujourd'hui disparues, et qui, il ne faut pas l'oublier, surmontent
l'imposte d'une fenêtre ouverte au milieu de la façade la plus récente de
l'édifice, ces blocs ont conservé, malgré les mutilations qu'ils ont
souffertes, quelques-unes de leurs sculptures. On reconnaît encore sur
chacun d'eux un personnage grossièrement façonné, vêtu du costume des
clercs, de la robe à plis serrés, un ange sans doute, tel qu'on les a
représentés souvent au moyen âge, qui soutenait au-dessus de sa tête un
écusson entièrement mutilé, l'écusson du comte de la Marche. En avant de ce
support est taillé en relief l'emblème, ou le rébus dont nous voulons
parler.
C'est un de ces attributs héraldiques que, dans le langage du blason, on
appelle un billon ou un écol, bout de sarment auquel adhèrent les attaches
des branches coupées près du tronc. Tel est aussi l'ornement qui figure dans
les armes de la famille Billon, famille qui apparaît dans la Marche dès le
XVe siècle, époque où l'un de ses membres, Jacques Billon, était chanoine de
la Chapelle-Taillefert, et qui a fourni quatre abbés aux monastères du
Moutier-d'Ahun et d'Aubignac, et plusieurs grands officiers du comté,
pendant le XVIe siècle. C'est un de ces derniers, Pierre Billon, trésorier
de la comtesse Anne, en 1510, qui fit continuer le bâtiment commencé par les
Alard. Ce point est hors de doute. Les billons sculptés sur la façade
dénoncent, en effet, le nom du constructeur, comme les armes du comte de la
Marche prouvent que ce membre de la famille Billon était un des serviteurs
et des officiers du prince. Mais nous sommes plus embarrassé pour fixer la
date précise de la construction. Pierre Billon ne devint trésorier de la
Marche qu'à la fin de 1509. Car, cette charge était occupée encore au 15 mai
de cette année par Jean Baquet, seigneur de la Chezotte. Or, à cette époque
Pierre de Bourbon était mort depuis plusieurs années déjà. Comment motiver
alors la présence de l'initiale de son nom dans le cartouche où elle
s'entrelaçait avec le chiffre d'Anne de Beaujeu? Faut-il admettre que Pierre
Billon, avant d'être trésorier, exerçait une autre charge dans
l'administration de la province, ou ne doit-on pas supposer plutôt qu'il a
voulu rendre hommage aux regrets et à l'affection de la veuve, en associant
au nom d'Anne de Beaujeu le nom de son mari, propriétaire au même titre
qu'elle du comté de la Marche? Nous inclinons d'autant plus vers cette
dernière explication, que le caractère peu monumental de la portion la plus
récente de l'édifice accuse les limites extrêmes du style gothique,
florissant encore dans le pays pendant les premières années du XVIe siècle.
Cependant, l'écusson de la cheminée ne permet pas d'assigner à l'oeuvre de
Billon une date plus éloignée de nous que celle de 1522, époque de la mort
d'Anne de Beaujeu, la dernière comtesse feudataire de ce pays de la Marche
qui, moins de cinq ans après, fut réuni définitivement à la couronne, par la
confiscation des biens du connétable de Bourbon. Celte date doit donc être
circonscrite entre les années 1510 et 1522, et nous pouvons maintenant
affirmer, en dehors des preuves qui nous seront fournies par l'architecture
du monument, que l'hôtel des Monneyroux est le produit de deux constructions
différentes, dont l'une ne peut remonter au delà de 1477 et l'autre
descendre au delà de 1522. Le château des Monneyroux ne reste pas tout à
fait soixante ans dans les mains de la famille Billon. Pierre, le trésorier,
l'abandonna momentanément au commencement de l'année 1510, "parce qu'on se
mouroit à Guéret", et fuyant la peste qui sévissait dans la ville, il se
retira avec sa femme, à l'abbaye du Moutier-d'Ahun, dont un de ses frères,
Martial Billon, était alors abbé. Sa femme ne tarda guère à y accoucher, au
grand scandale des religieux, et peu de temps après Martial Billon vint à
mourir. Il fut enterré dans le coeur de son église abbatiale, sous une tombe
qu'on reconnaît encore à l'écusson chargé de trois billons posés deux et un,
qui est gravé en creux sur la dalle. Deux autres membres de la famille
Billon possédèrent, à titre d'abbé commendataire, l'abbaye du Moutièr:
Philippe qu'on trouve, le 16 novembre 1525, présent à un acte passé dans son
logis, à Guéret, et qui avait cessé d'exister au mois de décembre 1541,
puis, François, frère et successeur du précédent qui résigna, le 12
septembre 1547, son bénéfice au profit de Mathieu Dubois, curé de Jabreillés,
son neveu, fils d'une de ses soeurs. François était en même temps abbé
d'Aubignac, et il figure avec ce titre dans différents actes, depuis le mois
de décembre 1532 jusqu'au mois de juin 1551.
Il eut pour successeur dans cette abbaye cistercienne, de 1555 à 1564, un de
ses parents, Jean Billon qui, après avoir dévasté l'habitation monacale,
pillé le trésor de l'église, alla se joindre aux religionnaires d'Orléans
pour lutter avec eux contre l'autorité royale, et osa revenir ensuite, après
l'édit de pacification d'Amboise, dans son monastère dont il fit un vrai
repaire de brigands. Une information dressée contre lui, en 1567, l'accusait
du meurtre de quatre ou cinq personnes, parmi lesquelles son propre
beau-frère, François Magny, juge de la Châtre. Pendant que les Billon se
transmettaient ainsi, comme un bien patrimonial, les abbayes de la Marche,
le château des Monneyroux demeurait l'apanage des membres de cette famille
qui n'avaient pas embrassé l'état ecclésiastique, Philippe de Billon, comme
seigneur des Monneyroux, nommait, en 1514 le vicaire chargé de desservir la
chapelle du château. En 1555, un autre Philippe de Billon, écuyer, capitaine
de la ville dé Guéret, usait de la même prérogative, comme le fit, en 1565,
Catherine Lescuyer, veuve de noble Jean de Billon, conseiller maître en la
chambre, des comptes. Ce fut elle qui, par contrat du 3 février 1568, passé
devant Fournier et Brusle, notaires au Châtelet de Paris, vendit, pour le
prix de 3,200 livres, la maison et la chapelle des Monneyroux, avec leurs
dépendances, à maître Louis Faure, seigneur de Prugnes, paroisse de Nouziers,
élu pour le Roi au pays et en l'élection de la Marche. L'acte de prise de
possession en date du 29 mai 1569, donne des renseignements précieux pour la
topographie de la ville de Guéret et pour l'état du château lui-même à cette
époque: aussi nous allons en extraire lès principaux passages.
L'acheteur, accompagné d'un notaire et de deux témoins, se présente "audevant
la grand porte de la bassecourt estant sur le devant de certain grand hostel
et maison, vulgairement appelée des Monnéroulx, posée et située dans la
ville de Guéret, joignant, d'une part, aux foussés de ladicte ville,
d'autre, à la rue par laquelle on va de la grand porte de ceste dicte ville,
appelée du Chamelier, à la tour des murailles, appelée la tour Mulet, et
faisant partie des tours et murailles de ladicte ville". Là, il exhibe le
contrat en forme "de la vendition à lui faicte par demoiselle Catherine
Lécuyer de ladite maison et de la chapelle y attenant, enclose dans la
bassecourt et enseincte de ladite maison, ladicte chapelle appelée de
Sainct-Silvain, ou autrement, des Monnéroulx avecq tout droict de
patronnaige et nomination de ladicte chapelle, ou vicairie de Sainct-Silvain,
ensemble de deux jardins estans aux deux couslés de ladicte maison, tous
deux joignantz ausdistes murailles de ladicte ville de Guéret". Puis il
expose que "pour faire courir l'an et jour introduitz par la coustume de ce
pays et comté de la Marche en faveur de lignagiers, il luy est nécessaire
prendre et appréhender la réale, actuelle et corporelle possession desdietz
immeubles, à ces causes, a ledict maistre Loys Faure ouvert ladicte grand
porte de ladicte bassecourt de ladicte hiaison, et après l'avoir ouverte,
est entré dans ladicte bassecourt, et incontinent après en est sorty et a
fermé ladicte porte, et encore l'ayant fermée, tost après et en mesmes
instant l'a de rechief ouverte, et est de rechief entré dans ladicte
bassecourt; s'en est alé et entré dans ledict hostel et maison, et y est
demeuré comme seigneur et maistre d'icelle; et en ce faisant, ledict maistre
Loys Faure a pris et appréhendé la réale, actuelle et corporelle possession
desdittes maisons, chapelle et dépendances". Louis Faure exerça ses droits
de patronage sur la chapelle de Saint-Silvain, en 1571, 1573 et 1576.
De même, en 1594, noble Etienne Faure, élu en l'élection de la Marche, sieur
de Prugnes, Noziers et la Chassagne, paroisse de Ladapeyre, et en 1610, René
Faure, écuyer, sieur de la Chassagne, trésorier en la généralité de Lyon,
agissant pour lui et au nom de son neveu, noble Gilbert Faure. Gilbert
Faure, écuyer, seigneur de Bertignac, vendit le château des Monneyroux, avec
ses dépendances, à Jean Vallenet, sieur de la Ribière, lieutenant
particulier en la sénéchaussée de la Marche, pour le prix de 7,000 livres,
par acte du 3 mars 1612, reçu Aurousset, notaire à Guéret. Vingt quatre ans
après, les religieuses de la Visitation, voulant fonder un établissement de
leur ordre à Guéret, envoyèrent dans cette ville quelques filles de leur
maison de Metz, et celles-ci, représentées par leur supérieure, soeur
Marie-Catherine Charrier, acquirent, le 11 octobre 1636, de François
Vallenet, écuyer, sieur de la Mazeire, intendant en l'élection de la Marche,
pour la somme de 11,600 livres, la maison "vulgairement appelée des Faure et
Billon, composée d'un grand corps de logis et pavillons, où y a cuisines,
sommelleries, chambres basses, deux grandz salles a plain pied, estudes et
cabinetz haultz, estant de dernier, jongnante et appointée aux muralhes,
murs et closture de la ville, où y a fenestres et tours deppendantes
d'icelle maison et par le devant une grande bassecour à laquelle aboutissent
des galleryes à trois estages couvertes en pavillon, du costé du couchant,
et une chappelle dédiée à l'honneur de sainct Silyain, autrement, de sainct
Seauve deppendante en tout patronage, fondation et collation des
propriétaires de ladite maison et hostel , lesdites maison, hostel et
deppendances tenues directetement, ligement et franchement du roy, nostre
sire". Les soeurs de la Visitation ne firent pas long séjour à Guéret. Leur
nouvelle habitation ne leur plaisait pas: elles la trouvaient malsaine, à
cause de sa situation au pied de la montagne de Grandchier, trop éloignée du
centre de la ville, et surtout très mal distribuée pour les besoins d'une
communauté religieuse.
Elles avaient bien essayé d'y faire quelques réparations, elles avaient même
commencé par abattre "les deux grandes cheminées des meilleures chambres",
qui tenaient trop de place; mais les travaux qu'il restait à exécuter encore
auraient coûté plus cher qu'un bâtiment neuf. Bref, elles se plaignirent à
l'évêque de Limoges "du mauvais air de la ville et de la cherté des vivres",
et elles obtinrent leur exeat, le 15 décembre 1640. Leurs préparatifs de
départ furent bientôt terminés: le 21 février suivant, elles quittaient
Guéret, pour n'y plus revenir, et allaient se fixer à Périgueux, où les
appelait l'évêque, François de la Béraudiôre». L'hôtel des Monneyroux resta
un peu plus d'un an inoccupé; enfin, les Visitandines de Périgueux
trouvèrent à le vendre, mais bien moins cher qu'elles ne l'avaient acheté.
Etienne Tournyol, sieur du Bouchet et du Râteau, alors conseiller et premier
avocat du Roi, puis président au siège présidial de Guéret, en devint
acquéreur, le 24 février 1642, pour le prix de 8,000 livres payable en deux
termes. Plus tard, en 1648, ayant obtenu de Gaston d'Orléans, oncle du Roi
et son lieutenant-général dans tout le royaume, l'exemption du logement des
gens de guerre, avec le droit d'apposer les armes royales sur sa maison, en
signe de ce privilège, il fit encastrer l'écu de France au milieu de
l'accolade qui surmontait l'imposte de la fenêtre la plus haute de la façade
centrale. Cette pierre, renversée à l'époque de la Révolution, gît encore
sous le vestibule, près de là porte d'entrée. Par son testament du mois
d'avril 1658, Etienne Tournyol partagea son hôtel entré ses deux fils,
Gabriel, sieur du Bouchet et de Monchaudurier, président au présidial de
Guéret, et Antoine, sieur du Râteau, conseiller au même siège. Gabriel,
l'aîné, eût dans son lot le grand corps de logis élevé par les Billon, et
Antoine devint propriétaire de l'aile de l'ouest et de la chapelle y
attenante. Celte division dura tout un siècle, jusqu'à ce que Marie Tournyol,
petite-fille de Gabriel, épouse de Pierre Rogier des Essarts,
lieutenant-général en la sénéchaussée de Limoges, vendit sa part à
Pierre-André Barret, sieur de Beauvais, pour le prix de 4,400 livres, par
contrat du 24 mars 1656. Alors, Guillaume Tournyol, sieur dil Râteau,
petit-fils d'Antoine, exerça ses droits de lignager, et réunit entre ses
mains la totalité de l'hôtel qui, depuis ce temps, est toujours resté dans
sa famille.
L'hôtel est formé de deux parties bien distinctes: un long corps de logis
tourné au nord et parallèle à la rue, et une aile au couchant, formant angle
droit avec la façade principale. L'aile occidentale, la plus ancienne et la
seule vraiment monumentale, se compose de deux étages élevés au-dessus d'une
galerie ouverte et recouverts d'une de ces hautes toitures en forme de
pavillons, qui donnent tant d'élancement aux constructions de cette époque.
Chaque étage est éclairé par trois fenêtres rectangulaires qu'encadre un
double cordon, dont l'arête aiguë se profile sur les assises régulières et
polies de la paroi pour se terminer à son sommet en une égante grappe de
crochets. La galerie qui tient lieu de rez-de-chaussée s'ouvre sur la cour
par trois arceaux presque cintrés; elle sert de base à la cage de l'escalier
qui occupe toute la partie antérieure du bâtiment, et qui donne accès aux
chambres établies toutes sur le côté opposé. Ainsi se trouve remplacée cette
inévitable tour de la vis, ou de l'escalier, dont on n'avait pas su se
dispenser jusqu'ici, et qui faisait racheter par des ascensions bien
fatigantes l'aspect pittoresque et militaire à la fois que lui devaient des
habitations d'ailleurs extrêmement modestes. Antoine Alard avait débuté par
l'escalier et les corridors: le principal corps de logis était à peine
ébauché lorsqu'il s'arrêta. Ce fut dommage, car, ce premier morceau est d'un
aspect vraiment élégant et harmonieux. L'oeil est attiré par cette espèce de
tourelle qui masque si heureusement l'angle des deux ailes, et le
commencement de façade dont la fenêtre supérieure se détache avec son pignon
aigu et ses gerbes de crochets sur la masse de la toiture. Pierre Billon
voulut compléter l'oeuvre laissée interrompue par son prédécesseur; mais il
se préoccupa avant tout de créer du logement et se montra fort peu soucieux
du côté architectural. La longue façade qu'il a ajoutée ne se fait remarquer
que par son extrême irrégularité. Quelques baies de dimensions et de formes
toutes différentes, la trouent de loin en loin, ouvertes comme au hasard; il
n'y a que les fenêtres du centre qui aient été soumises à une ordonnance
quelque peu régulière, encore ne correspondent-elles pas avec celles de
l'ancien bâtiment. Elles commencent plus près du sol pour se terminer plus
haut, tout au-dessus du toit. Par ce système on a gagné, il est vrai, une
ouverture de plus, mais on a détruit toute la symétrie. Ajoutons que les
meneaux et les encadrements des fenêtres sont taillés sans goût, et que les
murs montrent, sous leur couche de crépissage, une maçonnerie des plus
vulgaires.
Le détail architectural le plus intéressant de ce corps de logis, c'est la
vaste cheminée qui se dresse dans une des salles du bas: le manteau touche
au plafond et s'avance jusqu'au milieu de l'appartement, il est arrondi à
ses angles et ses pieds droits, ornés de moulures en creux, sont surmontés,
chacun, d'une aiguille hérissée de crochets. Nous ne parlerons pas de
l'écusson des Bourbons qui en faisait le principal ornement; nous
mentionnerons seulement la plaque du foyer, où se montrent accolés les
blasons de deux anciennes familles de Guéret, aujourd'hui éteintes, les
Bonnet et les Nesmond, qui portaient, les premiers d'argent, au chevron de
gueules, accompagné de trois casques de sable posés de profil, deux en chef
et un en pointe; armes parlantes, si l'on admet l'assimilation un peu
prétentieuse du casque au bonnet. Les seconds d'or, à trois cors de chasse
ou huchets de sable, viroles et embouchés d'or, enguichés d'azur, deux en
chef et un en pointe. Quant à la chapelle attenante à l'hôtel, elle ne
diffère des granges les plus ordinaires que par une petite fenêtre ogivale à
deux baies trilobées, surmontées d'un quatre feuille qui en éclaire le
chevet. Tout l'intérêt du monument se concentre donc sur l'aile de l'ouest
et sur le commencement de la façade qui s'y rattache. Mais, cette partie est
un curieux et élégant spécimen de l'architecture civile, qui commençait à
s'introduire en France dans les dernières phases de la période ogivale, et à
laquelle les innovations de la Renaissance n'ont malheureusement pas laissé
le temps d'atteindre son entier développement. (1)
Éléments protégés MH: le château (à l'exception des parties classées)
: inscription par arrêté du 15 juin 1926. Les façades et les toitures depuis
l'escalier circulaire à l'est jusques et y compris la chapelle des Pénitents
ainsi que les salles et cheminées de l'ancien donjon et l'escalier sur plan
carré de l'aile ouest : classement par arrêté du 27 octobre 1941. (2)
château des Comtes de la Marche, place Louis-Lacrocq, 23000 Guéret, siège du
Conseil général.
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