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I - Avant les
Anglais. Le Vieux port appelé plus tard le Grenier. Le premier château. Les
murs de la ville et la forteresse reconstruite. Aliénor:
Apollin Briquet croyait que le château de
Niort, la Tour de Magné, Salbar et le château des Iles de Brelou, avaient
été élevés pour arrêter les barques Normandes qui remontaient la Sèvre.
Benjamin Fillon, lui eut volontier donné pour origine un châtelier auquel
aurait succédé une sale Mérovingienne. Il considérait même comme probable
que ce point avait été employé comme refuge dès le temps des Gaulois. N'y
aurait-il point eu tout d'abord autour de la belle fontaine qui naît au sud
du Donjon, un parc pour les troupeaux de la vallée de Bouillounouse,
palissadé et déjà fossoyé et telle ne serait-elle pas l'humble origine du
château incendié en 1104, mode de destruction qui n'évoque pas l'idée d'un
bâtiment en pierre et ne peut s'appliquer qu'à une antique motte féodale
avec donjon en bois et baille, ne servant plus de refuge aux bestiaux qu'en
temps de guerre, munie de quelques baraquements pour une garnison? Le
château de Niort occupait un petit promontoire peu saillant au confluent de
Bouillounouse et de la Sèvre. Il suffira de se reporter aux Archives
historiques du Poitou, consacré aux chartes de l'abbaye de Saint-Maixent,
pour constater qu'il y avait déjà en ce lieu un point fortifié, quel qu'il
fut, au Xe siècle. Le premier port creusé dans l'estuaire marécageux de
Bouillounouse, au nord du château, semblait s'être réfugié sous son abri
tutélaire. Il remonterait à une haute antiquité si le fragment de hache en
pierre polie recueilli par Paul Frappier dans la vase des fondations des
nouvelles halles, avait réellement appartenu à une doloire, ce que les
dimensions insolites de son tranchant sembleraient autoriser à penser.
Quoi qu'il en soit, les destinées du château et du vieux port sont
intimement liées jusqu'au jour où Jean de Berry décidera la création d'un
nouveau havre beaucoup plus vaste, vers le bief d'aval du Moulin du Roc
actuel (1377). Peu importe dès lors de parler d'abord de cette annexe de la
forteresse Niortaise. Lorsque Bouillounouse se transforma en égout de la
ville, son cours inférieur devint-il le Merdusson, toujours est-il que le
ruisseau fangeux ne tarda pas à encrasser le port qui s'était installé dans
son lit. Dans le vain espoir d'arrêter l'envasement, on l'avait bientôt
détourné jusqu'au pied de la butte Saint-André. Ainsi s'était formée l'île
du Palais desservie par l'église Saint-Gaudent, bâtie dans l'enceinte même
du château, mais ce ne fut qu'un piètre remède, le bassin restant privé de
toute eau de chasse hors des temps de crues. Bien qu'il fût abandonné depuis
un temps immémorial, le souvenir du vieux port persista jusqu'à la fin du
XVIIIe siècle. On l'appelait le port du Grenier ou plus simplement lei
Grenier. Le préfet Dupin y constata en 1803, lors de la construction des
halles Brisson, l'existence d'un pavé qui lui parut avoir appartenu à un
bassin et telle pourrait bien être l'origine de ce nom de Grenier que M.
Etienne Clouzot devait retrouver appliqué au bassin des portes de la
Roussille. Un arceau resté longtemps debout après l'abandon, fermait
l'entrée du Grenier du côté de la Sèvre. Il apparaît très nettement dans la
vue de Niort de Claude Chastillon dont les dessins auraient été pris du
temps d'Henri IV. Tout près, en amont, on voyait la poterne de la Grenouille
sur la Sèvre, desservie par un passage longeant le bassin du Grenier au
nord, indispensable pour son utilisation, qu'a remplacé la rue Brisson
actuelle.
Divers îlots enfin avaient surgi au dessous des gués de la Sèvre auxquels
ont succédé les Vieux ponts. Ceux que l'on voyait en face du Grenier et à la
formation desquels les vases du Merdusson ne furent pas étrangères, doivent
être mentionnés, car c'est entre eux et celui qui recevra plus tard le
Moulin du Château, que se trouvait le bras de rivière, resté toujours libre
jusqu'au XVIIIe siècle, qui donnait accès au Greniier. Tout porte à croire
que l'abandon du Grenier suivit de près l'inauguration du port de Jean de
Berry, aussi les renseignements qui s'y rapportent sont-ils des plus rares.
Cependant M. Clouzot note en 1494, dans le compte de Pierre de Pontbriand,
échanson du roi, capitaine du Château, la mention "d'une claveure Bernardine
avec la clef, faite à la porte par laquelle on sault du Chasteau au port de
Nyort..." il eût été pourtant mieux de dire "à l'ancien port de Nyort", le
Grenier étant déjà certainement abandonné. On constate, en effet,
l'existence en la même année 1494, d'une large passerelle jetée sur tout le
travers de la Sèvre, de la porte de fer du Donjon à la tour ovale du fort
Foucault, barrant entièrement entre le Donjon et l'îlot du moulin du Milieu
le bras de rivière qui avait servi de voie d'accès au Grenier. Plus tard, on
comblait, à l'extrémité occidentale du port abandonné, un espace suffisant
pour former une sorte de quai en retour au sud de la poterne de la
Grenouille, appelé à desservir le moulin du château. On lui enlève même, au
milieu du XVIIIe siècle, une largeur de trois toises dans toute sa longueur
pour la continuation jusqu'à la Sèvre du grand égout de la Brèche.
Finalement, il est devenu le fossé nord du château, livré à la culture
maraîchère. Vendu avec la forteresse en 1791, on ne lui trouve plus qu'une
contenance de 420 t. q. dans le procès ver bal d'expertise de Pinoteau.
Après l'incendie de 1104, la forteresse n'avait point tardé à être rétablie
et cette fois sans nul doute plus solidement. Dès le 19 Avril 1134,
Guillaume IX comte du Poitou, signe une charte pour l'abbaye de Fontevrault
dans la cour du château de Niort, "in aulâ Niortemis Gastri". Ce dernier
comte du Poitou mourut sans autre enfant qu'une fille, Eléonore, plus connue
sous le nom d'Aliénor. On lui fit épouser dès qu'elle fut nubile, le fils de
Louis le gros, roi de France, qui succéda à son père en la même année (1137)
et fut Louis VII le Jeune. Cette union toute politique, vrai mariage
d'enfants, eut des conséquences déplorables. On raconte que Louis VII ayant
eu, certain jour, la fantaisie de se faire couper les cheveux, Aliénor dit
qu'elle avait cru épouser un roi et non un moine. C'était tout au moins un
moine bourru. Il avait déjà noyé dans le sang une sédition des Orléanais,
lorsque les habitants de Poitiers, à leur tour, se fortifiant et se
constituant en Commune entraînèrent toute la province dans leur révolte
(1138). Cette fois, il est vrai, la haute autorité de Suger, abbé de
Saint-Denis, ancien ministre de Louis le Gros resté au service du nouveau
roi, et l'intervention d'Aliénor en faveur de ses sujets et compatriotes,
apaisèrent la colère du monarque et provoquèrent des mesures de clémence
plus efficaces sans doute que les massacres pour le maintien du prestige
d'un prince de 18 ans. En 1141, LouiS VII est de nouveau en Poitou; on le
trouve siégeant à Niort dans son palais où il signe avec plusieurs témoins
une charte en faveur de l'abbaye de Nieul sur l'Autise (Actum publice apud
Niortum, unno Incarnationis 1141 astantibus in Palatio nostro quorum nomina
substituta sunt). Quoi qu'on en ait dit, il paraît difficile de contester
sérieusement qu'il s'agisse bien ici du château de Niort transformé
momentanément en palais par la présence du Souverain. Enfin, l'existence
dans la ville naissante, très restreinte, de tout autre bâtiment assez vaste
pour loger cette nombreuse assistance, resterait fort problématique. On peut
faire observer combien il est peu probable que le comte de Poitou en 1134 et
le roi de France en 1141, aient été reçus dans un modeste château en bois.
Le caractère emporté de Louis VII se révèle de nouveau en 1143, lors de
l'incendie de Vitry, qui, malgré Suger, eut pour conséquence la plus
impolitique des Croisades. Pendant cette désastreuse expédition d'outre mer,
surviennent les galanteries de Saladin et de la jeune reine. Suger meurt en
1152 et dès la même année, Louis VII incapable de résister à ses impulsions
naturelles, fait prononcer son divorce. Aliénor, de son côté, que les
scrupules ne retiennent guère, met un empressement peu louable à convoler de
nouveau avec Henri II Plantagenet, comte d'Anjou et de Normandie qui reçoit
à son tour les immenses domaines des comtes de Poitou, ducs d'Aquitaine,
auxquels vient enfin se joindre la couronne d'Angleterre en 1154. Aliénor a
alors 32 ans et le jeune roi 21, aussi ne faut-il pas s'étonner outre mesure
si l'époux, cette fois, met le trouble dans le ménage. La reine se venge
cruellement; Henri II Plantagenet la tient seize ans en prison et les choses
vont de mal en pis jusqu'à la mort de ce prince (1189), Aliénor soulève
contre leur père, leurs fils qui bientôt se battront entre eux. On dirait
une famille d'Atrides. Ces Plantagenets se croient issus du Diable et
victimes de là fatalité comme les héros antiques. Les chartes de concession
de droit de commune à Poitiers et à La Rochelle par Aliénor, sont signées de
Niort en 1179. La vieille reine qui a ressaisi une dernière fois le pouvoir
à la mort de Richard Cœur de Lion, (1199) accorde enfin le droit de franche
commune à Niort par lettres données en 1203 à Fontevrault et décède dans
cette abbaye dans le délai de moins d'une année.
L'architecture des tours jumelles, seule partie encore debout de la vieille
forteresse Niortaise, révèle le XIIe siècle. M. Joseph Berthelé croit
qu'elles s'élevèrent de 1155 à 1160; pour M. Alfred Richard, la construction
n'en aurait été commencée qu'en 1174. Ces deux savants l'attribuent donc au
roi Henri II, second époux d'Aliénor. Châteaumur dans la Vendée, offre
certaines analogies. Comme il a été dit, l'existence à Niort, avant les
Plantagenets, d'un autre château solidement établi mais moins important,
reste fort probable. Au XIIIe siècle la Tour de Niort est souvent citée, on
a pu donc être porté à croire qu'il n'y eut tout d'abord qu'une tour unique,
et de là à un premier château en pierre antérieur aux Anglais, la conclusion
était facile, la contemporanéité des tours jumelles devenant manifeste par
l'identité des marques de tâcherons encore visibles à leurs bases malgré la
reconstruction partielle de la tour nord après son éboulement en 1749, il se
peut qu'on ait déjà désigné sous le nom de tour, tout le système de défense
comme on le faisait encore sous le 1er Empire. Quoi qu'il en soit, il est
généralement admis que les Plantagenet édifièrent entièrement le château au
XIIe siècle. On pense même que désireux de créer sur les bords de la Sèvre
un centre de résistance et d'approvisionnement, ils pensèrent les premiers à
faire de Niort une véritable ville en élevant une enceinte englobant les
trois bourgades jusque là séparées par la vallée de Bouillounouse. Niort
devient ainsi une véritable place forte, elle sera même par la suite souvent
une place de frontière, sièges et autres faits de guerre ne lui seront pas
épargnés. Son rôle militaire ne finira qu'avec les guerres de la Vendée.
Thibault de Boutteville donné 1350 toises à sa muraille abandonnée à la
commune par le Décret du 14 ventôse an XIII. La vente commencée en 1806 ne
se termina que dix ans plus tard.
II - Le château et le fort Foucault. Les Moulins du château. Le donjon:
Le château ferme du côté de la Sèvre au sud du Merdusson la muraille urbaine
et pénètre comme un coin dans la ville close. Son enceinte particulière,
flanquée de douze ou treize tours, reliée par des courtines de hauteur
Variable, est protégée par la Sèvre, le bassin du Grenier et sur les autres
points par de larges fossés. Elle se présente sous la forme d'un pentagone
irrégulier de 700 mètres de développement, borné à l'ouest par la rivière,
au nord par le vieux port, à l'est par la rue du Jeu de paume, par le
cimetière de Saint-Graudent, puis jusqu'en Pelet, par des propriétés
particulières, au sud par l'une des nombreuses rues qui ont porté ce nom de
Pelet. Le tout formait, fossés et fort Foucault compris mais en déduisant
les murs et les tours, une superficie de 10.500 t. q. environ d'après
l'estimation des experts en 1791 dont il nous faut contenter. Jusqu'au XVIe
siècle, le château ne communiqua avec la ville que par un pont-levis placé
au nort-est, conduisant à un couloir défendu par deux portes. En 1587,
Catherine de Médicis vint conférer avec les envoyés de son gendre, le roi de
Navarre, dans l'église de Saint-Gaudent bâtie sur l'esplanade. Pour s'éviter
les désagrément de la vieille entrée, elle fit jeter un pont-levis à l'angle
sud-est du fossé et percer une tour dans l'axe de ce pont. Ce passage fut
maintenu par la suite pour la commodité du service, il débouchait sur le
cimetière de Saint-Gaudent situé entre le fossé et la rue du Jeu de paume.
De l'autre côté de la Sèvre, s'élevait dans un îlot relié à la rive droite
par un pont-levis, le Fort Foucault remontant au moins au XIIIe siècle mais
dont l'origine n'est pas connue. Formé de quatre tours reliées par des
courtines, il n'occupait, avec un îlot contigu, qu'une superficie de 558
t.q. La terrible inondation de 1657 le ruina complètement, il ne fut pas
rétabli. A peine en subsiste-t-il aujourd'hui la moitié inférieure de la
tour ovale sur le grand bras de la Sèvre qui le sépare des îlots des moulins
du milieu, débris qui ne permettent de tirer aucun renseignement de son
architecture. On ne sait même d'où il tirait son nom.
Dès la fin du XVe siècle, on trouve une large passerelle en bois s'amarrant
par un pont-levis à cette tour ovale et terminée à l'autre extrémité, par un
second pont-levis à la porte de fer ou de secours du château, après avoir
pris un point d'appui sur le principal îlot du moulin du milieu. Cette
passerelle fut emportée par les eaux en 1657, il n'en fut plus parlé par la
suite, aucun plan ni dessin n'en subsiste, on l'avait réparée en 1494, comme
aucune partie mobile du tablier hors les deux ponts-levis de chaque
extrémité n'est signalée, on doit en conclure qu'elle barrait entièrement le
bras de la Sèvre qui servait d'entrée du Grenier, elle ne pouvait donc avoir
été établie avant l'abandon du premier port au XVe siècle. Comme la même
observation est applicable à tout pont de pierre qu'elle eût remplacé, nous
sommes donc conduits à nier l'existence de ce pont de pierre. La porte de
fer du château devant le donjon, sur la Sèvre, voûtée et cantonnée de deux
tourelles, offrait en réalité la seule entrée monumentale du château. Son
seul nom de porte de secours montrerait que là s'étaient amarrées les
barques venant de la rivière. Rien ne s'oppose, à ce que dans l'origine,
château et fort Foucault, n'aient été reliés que par leur moyen. Nous avons
mentionné, en 1494, l'existence d'une porte faisant encore communiquer le
château avec le vieux port déjà abandonné depuis longues années, aussi ne
faut-il pas s'étonner s'il n'en est plus parlé dans la visite d'Androuet du
Cerceau, en 1611. Cette fois, il s'agit d'une nouvelle issue de la
forteresse bien autrement importante. C'est "un escalier de vingt marches de
pierres de taille, neuf, haut de dix pieds, pour monter dans la tour proche
de la tour du maire au droit du Moulin du château, avec une muraille de
parapet de deux toises de long environ, haute de six pieds et de deux pieds
d'épaisseur". Il est évident que cet escalier mettait la forteresse en
communication avec le Moulin du château. Le soin apporté à sa création ou à
son rétablissement montre assez de quelle importance il devenait alors pour
le service de la forteresse.
Bien qu'il eût été compris dans le domaine royal dès 1490, le moulin du
château, complètement isolé, soit par la Sèvre, soit par le Grenier, était
resté longtemps dans de déplorables conditions d'exploitation. Un plan du
Ministère de la Guerre de 1768, nous montre une sorte de quai partant du
moulin du château tendant vers la future rue Brisson. Ce passage dont la
création s'explique par l'envasement du Grenier, semble avoir été établi
fort anciennement. Le constat notarié après l'inondation de 1657, considère
le moulin du milieu comme ayant été aussi chargé du ravitaillement du
château. Or, ce moulin du milieu dans des conditions d'exploitation
autrement favorables que le moulin du château par le dehors et relié à la
forteresse par le pont de bois, avait été aliéné dès le XVIe siècle; il y
avait donc eu urgence d'assurer promptement le service de la garnison au
moyen du moulin du château, d'ailleurs plus voisin, ce qui devenait très
possible depuis l'établissement du quai créé sans nul doute peu après
l'abandon du Grenier. Ces conditions meilleures pour le moulin du milieu,
d'ailleurs aussi compris dans le fief royal dès 1490, avaient déjà conduit
M. H. Clouzot à faire de ce moulin beaucoup plus important que le moulin du
château, le premier de ceux qui furent chargés du ravitaillement de la
forteresse. L'enceinte du château limitait une esplanade fort étendue où se
groupèrent, dit-on, à l'origine les maisons de la paroisse de Saint-Gaudent.
L'église avait été démolie à la fin du XVIe siècle, et la paroisse, après
avoir absorbé celle de Saint-Vaize, disparut à son tour dans celle de
Notre-Dame en 1600. Saint-Gaudent avait desservi la garnison, qui, après
l'occupation protestante, n'eut plus qu'une chapelle. On ne trouve guère en
outre sur l'esplanade que des bâtiments de servitudes et quelques logements.
Une salpêtrière entre la tour sud du donjon et la Sèvre, prendra le nom de
magasin à poudre en 1791. Un magasin à mèches, à plombs et à boulets, a été
installé dans un bâtiment qui domine la muraille au dessus de la rue du Jeu
de Paume.
Le 3 février 1728, visite est faite des travaux exécutés par la ville dans
l'appartement que Simonneau, garde d'artillerie, va occuper au château. Il y
a un jardin et un logement pour l'ingénieur attaché au château et aux
murailles de la ville, quoique cet officier préfère habiter au dehors.
Jusqu'à la Révolution, le gouverneur occupe un bâtiment et un jardin au
dessus du Grenier en avant de la porte principale de l'esplanade. Depuis
longtemps tout le reste de l'ancienne baille du donjon n'est plus occupé que
par les jardins loués au profit du gouverneur avec les fossés, et par les
habitations des maraîchers. Il y a un puits au milieu de toutes ces
cultures, c'était sans doute celui qui fut nettoyé au temps d'Alphonse. Ces
jardins avaient-ils réellement été créés sur l'emplacement des maisons
détruites de la paroisse Saint-Gaudent? Ne voit-on pas dans tous les
châteaux de grands espaces libres destinés à servir de refuges aux
populations en temps de guerre?... Le 14 mai 1791, la ville achetait le
château au district, elle abandonnait l'année suivante le donjon au
département, moyennant une somme à déterminer dans le prix d'achat, mais
faute de paiement, la situation de l'un et l'autre resta fort précaire
jusqu'au jour où le Décret de 1808 les mit enfin en possession sans bourse
délier. Cependant en 1792, par une sorte d'accord tacite avec l'État, la
commune transportait le siège de son administration dans l'ancien logement
du gouverneur qu'elle ne devait abandonner que 74 ans plus tard pour se
mettre en location rue Royale (Thiers), tandis (que le Département
transformait le donjon en maison d'arrêt. Les guerres de Vendée amènent une
occupation militaire, la commune en profite pour se refuser à payer toute
indemnité de location. En 1798, le Département obtient du Directoire de la
République l'abandon de la moitié sud de l'Esplanade pour la création d'un
jardin botanique destiné aux élèves de l'École Centrale alors que la ville
se voit refuser l'autorisation de bâtir un théâtre et une bourse sur le
fossé de la rue Thiers. Le Décret de 1808 n'amena aucun changement, il
fallut l'ordonnance royale du 15 janvier 1817 pour décider la ville a ouvrir
des rues sur l'Esplanade et à mettre en vente les terrains disponibles.
Enfin, la préfecture construite sur l'emplacement du Jardin botanique fut
inaugurée en 1832, et de tout le château, il ne resta plus que le donjon.
Le donjon est le dernier asile de la défense. A Niort, comme ailleurs, il
s'isole au milieu du château avec ses douves particulières et n'est
accessible qu'au niveau du premier étage. Celui de Niort a le caractère très
spécial de présenter deux loggias nettement séparées. Chacune d'elles offre
un plan carré renforcé aux angles et sur les trois faces apparentes par des
tours engagées. Elles sont actuellement couvertes par des plates-formes
crénelées. Primitivement une simple courtine a dû les réunir au niveau du
premier étage. Elle a été remplacée au XVe siècle, par un énorme bâtiment.
Le tout forme une masse imposante qui offrait à Arcisse de Caumont un
lointain souvenir de l'aspect du palais des papes à Avignon. Bien qu'on ait
détruit à une époque assez récente l'escalier qui, de la grande salle basse
voûtée établie au-dessous de l'ancienne courtine, montait au terre-plein
placé en avant du bâtiment gothique, c'est encore aujourd'hui, comme jadis,
au niveau du premier étage qu'on pénètre dans le donjon. Un escalier, que le
procès-verbal d'expertise de 1791, dressé en prévision de la vente, dit fait
en bois, conduisait à un pont-levis jeté sur la douve de l'est, amarré au
terre-plein, au niveau du premier étage. De là un degré de pierre monte à la
petite porte ouverte sur le couloir coudé qui mène aux appartements élevés
entre les deux tours. Ces appartements ont accès sur deux vis étroites
pratiquées dans les tours qui permettent d'atteindre l'étage inférieur,
desservent successivement les autres chambres de ces tours et arrivent enfin
aux esplanades. Au second étàge, le bâtiment gothique communique encore avec
les chambres correspondantes des tours, mais en considérant la porte ouverte
dans la tour sud, la seule qui n'ait pas été rebâtie, on remarque des
arrachements qui montrent de façon ostensible, qu'elle a été ouverte après
coup. Les nouveaux constructeurs n'avaient donc rencontré avant leurs
travaux que les seules portes qui s'ouvraient jadis de la courtine par eux
détruite, sur les deux tours, au niveau du premier étage. On avait très
sagement compris dans le principe que tout autre moyen de communication
entre ces tours n'eût fait que compromettre la défense de celle qui
résistait encore, l'autre prise. Les appartements auxquels on parvient tout
d'abord par le petit degré de pierre, reposent sur une longue voûte qui
porte le millésime 1752, très lisiblement inscrit. Elle recouvre une sorte
de casemate placée au-dessous de l'ancienne courtine dont la disposition
ancienne est difficile à déterminer, elle s'ouvre sur l'étage inférieur
aussi voûté des deux tours. On se gêna peu au XVe siècle, pour l'éclairer au
couchant par de hautes baies fort étrangères à toute idée de défense, sans
doute ne pensa-t-on qu'à rendre plus commode le service du four
littéralement creusé dans le mur opposé. Mention a déjà été faite de
l'escalier aujourd'hui détruit, voisin de ce four, qui, de cette casemate,
conduisait au terre-plein ménagé à l'est au devant du bâtiment gothique au
niveau de la plate-forme de la courtine détruite.
Vers 1854, l'architecte départemental Murisson à la recherche, semble-t-il,
d'un trésor, imaginaire, bouleversa sans raison les trois appartements
inférieurs du donjon, en abaissa le niveau et rendit leur accès très
difficile. L'architecte mal avisé découvrit dans la casemate un puits
aujourd'hui obturé, qui pendant quelques années fut muni d'une pompe. Il mit
même au jour un certain nombre de boulets d'un assez gros calibre, peut-être
provenaient-ils du puits? En 1749, la paroi extérieure de la tour nord se
détacha sur une surface étendue. Dans une lettre adressée au prince de
Conti, gouverneur du Poitou, le 26 janvier 1750, par de Carrel, lieutenant
du roi, commandant au château, on lit qu'on s'empressa de refaire une grande
partie de cette tour "par en haut et par en bas, croyant que le reste était
bon et que l'ouvrage était près d'être achevé lorsque la tour entière
s'écroula le 14 septembre 1749 sur les cinq heures du matin, ce qui ébranla
le reste de l'édifice". De Carrel ajoute même qu'il y a des propositions
pour démolir le donjon. Heureusement l'intendant en décida autrement.
L'ingénieur Artus, chargé de diriger les travaux, laissa la tour réédifiée
moins haute que sa jumelle et les divers dessins, antérieurs à 1749,
conservés au Ministère de la guerre, montrent bien qu'il en avait toujours
été ainsi malgré la gravure de Chastillon qui la représente à la fois plus
haute et plus étroite, seconde inexactitude, encore, facile à constater à
l'heure actuelle. Une fausse tradition pieusement entretenue par les
gardiens, fait naître Madame de Maintenon, en 1635, dans l'un des
appartements de la tour rebâtie après 1749. Sa réédification ayant été loin
d'être une restitution, arrivons à la tour sud entièrement conservée. Tout
en répétant encore que l'identité des signes lapidaires encore très visibles
à la base des deux tours, montre la parfaite contemporanéité de leur
édification première. A la tour sud, les caractères architecturaux du XIIe
siècle sont manifestes. Notons sans nous arrêter à des détails inutiles, les
deux arcs extérieurs qui laissent un vide entre eux et le corps de la tour,
rappelant les mâchicoulis si caractéristiques que l'on retrouve à
Château-Gaillard, bâti par Richard Cœur de Lion. L'un de ces arcs suspendus
regarde le midi, l'autre, diamétralement opposé, domine le grand bâtiment du
XVe siècle qui s'est substitué à la plate-forme primitive et suffirait à
prouver qu'à l'origine, la tour était complètement dégagée au nord,
l'utilisation pour la défense des projectiles jetés par le grand mâchicoulis
devenant autrement impossible.
III - Les gouverneurs de la ville et du château:
Plus habile ou moins scrupuleux que les autres chevaliers Poitevins faits
prisonniers à Mirebeau avec Arthur de Bretagne, qui périrent au château de
Korff en Angleterre, Savary de Mauléon était entré au service de Jean sans
Terre. Le jeune Arthur meurt assassiné à Rouen par son oncle; Philippe
Auguste poursuit le meurtrier devant ses pairs, fait prononcer la
confiscation de tous ses biens relevant de la couronne de France et se met
en devoir d'exécuter la sentence. Niort et Poitiers se donnent au roi de
France en 1204, mais SaVary réussit à s'emparer de Niort par surprise le 1er
mai 1205. Il savait que suivant un antique usage, les Niortais en ce jour
allaient couper des branches d'aubépine dans la campagne. Des soldats
Anglais, laissant leur harnais de guerre, firent de même, puis mêlés aux
bourgeois, entrèrent en ville et se saisirent d'une porte par où leurs
compagnons les suivirent sans plus attendre. A la suite de ce coup d'audace,
Jean sansTerre fait de Savary son Sénéchal en Poitou, emploi qu'Henri III
lui rendra en 1222 malgré ses fréquentes oscillations politiques. Philippe
Auguste meurt en 1223, Louis VIII envoie le Connétable de Montmorency en
Poitou; le 3 Juillet 1224, l'armée royale met le siège devant Niort défendu
par Savary qui se rend au bout de sept jours. Le féroce soudard entre au
service de la France, ses variations continuent, il meurt en 1233. En 1236,
des bandes de prétendus croisés se présentent devant le château où se sont
réfugiés les juifs de la ville qu'ils pourchassent. Obligés de se retirer,
ils vont faire une autre tentative sur l'abbaye de Maillezais. Louis VIII en
mourant avait constitué le Poitou en apanage à son fils Alphonse. Le futur
Saint-Louis en investit son frère à Saumur en 1241. On sait quelle fut à
cette occasion l'attitude d'Hugues de Lusignan, comte de la Marche, poussé
par sa femme l'impérieuse Comtesse Reine, Veuve d'Henri III roi
d'Angleterre. Louis IX soutient son frère contre le baron révolté, s'empare
de Frontenay après quize jours de siège et démolit cette forteresse beaucoup
trop voisine de Niort (1342).
Après la bataille de Crécy gagnée par Édouard III, contre Philippe VI auquel
il dispute la couronne de France (27 août 1346), le comte de Deiby envoyé en
Poitou échoue devant Niort défendu par Guichard d'Angle. La bataille de
Poitiers, plus désastreuse encore que Crécy (1356) a pour conséquence le
traité de Brétigny qui livre le Poitou et plusieurs autres provinces à
l'Angleterre. Taxart ou Tassart de Bazingant ou plutôt Basinguehem, était
Châtelain du châtel de Niort au moins depuis 1353. Ce fut lui qui, à la
requête des commissaires Français, remit le château à Ichan Chandos,
lieutenant du roi d'Angleterre. Les clefs lui furent rendues jusqu'au
lendemain où Guillaume de Montendre les reçut au nom d'Édouard III. En 1368,
le prince Noir, convoquait tous ses barons à Niort pour en obtenir des
subsides, sans autre résultat que de relever les affaires du roi de France.
Le 25 juin 1369, Charles V citait ce prince devant son parlement pour non
observation de la paix jurée et sur défaut de comparoir, faisait occuper le
Poitou. En 1372, Richard d'Évreux et Thomas de Percy qui n'avaient pu
secourir Poitiers à temps, se jettent sur Niort sans garnison, elle n'en
résiste pas moins par patriotisme mais la ville est forcée et livrée au
pillage, les habitants massacrés. Sous le gouverneur Jean d'Évreux, elle
devient le centre de ralliement des Anglais. Ce capitaine va au secours de
Chizé dont le château est assiégé par Du Guesclin et pour mieux reconnaître
ses soldats, il leur donne des tuniques blanches. Du Guesclin prévenu, bat
et fait prisonnier Jean d'Evreux; Chizé se rend sans tarder, le connétable
fait endosser à ses hommes les tuniques blanches des Anglais et se présente
devant Niort dont la garnison ouvre ses portes, croyant reconnaître les gens
partis pour Chizé le matin (1372). Le Poitou fut compris dans l'apanage de
Jean de Berry, frère de Charles V, qui fut pour Niort un autre Alphonse. Ce
prince fit rétablir les halles à moitié renversées par un ouragan, creusa le
nouveau port avec la rivière neuve (1377) qui y conduisait et mourut en
1416. Sous Charles VII le duc d'Alençon, Jean II, reçut encore Niort comme
apanage mais n'y laissa que le souvenir de ses exactions: Jean II, était un
Valois, le Père Anselme le fait naître en 1409. D'après Lucien Favre il
serait devenu seigneur de Niort.
Le Dauphin envoyé en Poitou pour rétablir l'ordre en 1439, paraît avoir
donné aux Niortais des preuves de bienveillance. Tel fut peut-être l'un des
motifs qui les firent jeter dans la Praguerie avec le duc d'Alençon en 1440.
Cette fatale détermination entraîna de justes représailles de la part de
Charles VII mais le Dauphin parvenu à la couronne n'oublia pas ses anciens
alliés; avec Louis XI s'ouvre une ère de paix et de prospérité qui ne prit
fin qu'avec les guerres de religion. Le nouveau roi s'empressa de faire
mettre en liberté le duc d'Alençon dont la condamnation à la peine capitale
en 1458, avait été commuée en prison perpétuelle. En 1562, Poitiers est aux
mains des Huguenots; Guy de Daillon, comte de Lude, gouverneur du Poitou, se
réfugie à Niort. En 1568, La Marcousse gouverneur catholique, rend la ville
à Coligny et à Dandelot à la vue du canon qu'ils ont fait venir de La
Rochelle. La reine de Navarre et les princes confisquent les biens
ecclésiastiques au profit de la Cause et les mettent en vente. Le 20 Juin
1569, Niort est assiégé par du Lude qui, d'un îlot où il est allé camper,
dirige ses derniers efforts contre la tour de l'Espingole. Pluviault accouru
à la rescousse force le blocus, reçoit le commandement, est blessé et
remplacé par La Brosse. Du Lude lève le siège le 2 juillet laissant l'église
Notre-Dame éventrée et sans toiture. On sait que les assiégés arrêtèrent
l'élan des colonnes d'assaut en faisant lever les vannes des moulins. De
cruels moulins s'agit-il? La Popelinière dit à ce sujet: "ce qui avait été
fait tout à propos la nuit précédente durant laquelle les assiégés
envoyèrent un homme au prochain moulin pour retenir l'eau et la faire par ce
moyen enfler à l'endroit des dites murailles, à quoi, ne prenant pas garde,
les assaillants se trouvèrent plus avant dans l'eau qu'ils n'eussent jamais
cru". Ne semble-t-il pas que les assiégés n'auraient pas eu tant de
précautions à prendre avec les moulins qu'ils avaient sous la main (moulins
du château et du milieu) et que ce sont les vannes de moulins situés en
amont du pont de Niort qu'ils firent manoeuvrer? Comment aussi expliquer
autrement l'envoi pendant la nuit d'un émissaire spécial? Après Moncontour
(1569), les vaincus se rabattent sur Niort dont Coligny laissa le
commandement à Mouy. Ce chef, en repoussant l'avant-garde catholique qui le
somme de se rendre, est traîtreusement blessé à mort près de Cherveux par
Maurevel, La Brosse conduisit la garnison à La Rochelle et le 8 octobre le
duc d'Anjou entra à Niort avec son armée victorieuse.
En 1578, Niort est au nombre des villes de sûreté laissées aux huguenots. En
1580, Philippe Frézeau de la Frezelière, capitaine du château de 1560 à
1566, réapparaît comme gouverneur de la ville et du château et intervient à
la demande des habitants pour faire éloigner la compagnie de Sourdis dont on
avait à se plaindre. Dans la nuit du 27 décembre 1588, Saint-Gelais surprend
Niort. Jean de Chourses, seigneur de Malicorne, qui avait succédé comme
gouverneur du Poitou en 1585, à son oncle Guy de Daillon du Lude, privé de
son artillerie restée sous les halles, est obligé de rendre le château. Le
roi de Navarre, arrivé le 27 confie la ville et le château à Jean de Baudéan
Parabère, lieutenant général du Bas-Poitou en 1596 et de toute la province
en 1599, maréchal de France en 1622, mort en 1631. Henri de Baudéan, baron
de Pardaillan, son fils aîné, fut gouverneur du Poitou par provisions du 15
février 1633 et lieutenant général en Angoumois, Saintonge et Aunis, il
mourut en 1653. Bien qu'il eût été installé solennellement comme gouverneur
de la ville et château de Niort, le 5 mars 1613, Jean de Baudéan-Parabère,
son père, en exerça les fonctions jusqu'en 1625. Ce fut en conséquence, le
dit Parabère qui, malgré son âge avancé, reçut à Niort, le 23 mai 1621, le
roi Louis XIII allant au siège de Saint-Jean-d'Angély. Sa fidélité éprouvée
n'empêcha pas le roi de faire occuper le château et ses avenues par deux
compagnies Françaises et deux compagnies Suisses, envoyées en avant-garde.
Parabère s'était empressé de faire réintégrer l'artillerie au château. On y
trouve tout au moins en 1608 deux couleuvrines bâtardes fondues à Niort en
1588, aux armes de Henri III, de la ville et du maire Pastureau, avec cinq
milliers de poudre. Henri de Baudéan, comte de Pardaillan, eut à se démettre
le 6 janvier 1625 des fonctions de gouverneur de la ville et du château
qu'il n'avait jamais exercées, en faveur de son puîné Charles de Baudéan,
comte de Neuillan, mort en 1644, qui transmit cette charge à son fils
François aussi comte de Neuillan, mort à Arras en 1648, à 19 ans, des suites
d'une blessure reçue à la bataille de Lens.
Suzanne de Baudéan Neuillan, sœur de François, épousa en 1651, Philippe de
Montault Bénac, duc de Navailles, plus tard maréchal de France, mort en
1684, à qui devait aussi échoir le gouvernement de la ville et du château de
Niort. Nous ignorons la date de cette promotion, postérieure peut-être à son
mariage, car le 25 novembre 1651, un différend éclate entre les capitaines
des régiments Français et Suisses envoyés à Niort et de la Grange, commis
par le roi pour le gouvernement des ville et château. Dans une lettre
adressée à Colbert, datée de La Rochelle le 22 avril 1666, Navailles
rapporte que les Niortais avaient tenu deux fois son beau-père assiégé dans
le château parce qu'il y avait donné asile aux gens qui levaient les deniers
du roi qu'ils voulaient jeter dans la rivière. Tout cela est fait, dit-il,
durant l'administration du cardinal de Richelieu, longtemps après la prise
de La Rochelle. Ces deux renseignements suffisent pour reporter les deux
émeutes de 1628 (année de la paix de La Rochelle), à la mort du cardinal en
1642. Simon Robert, notaire à Germond, a consacré un passage de son journal
à l'aventure d'avril 1633: "Le vendredi 22 avril 1633, y eut tumulte à Nyort
et se tua du monde de la ville par gens qui se retirèrent au château et les
jours suivants. Je sceus le Mardi 26 avril au soir que ceux du château et
ceux de la ville étaient d'accord et que les barricades qui estoient à tous
les cantons de la ville de Nyort, se deffoisoient et les retranchements. Les
bateries cessèrent dès Dimanche dernier (24 avril 1633) environ midy que
Monsieur le Commandant de la Porte arriva à Nyort. Il se tua plusieurs
personnes de Nyort par ceux qui estoient dans le château. Ceux qui estoient
au chasteau vouloient mettre impôts à quoy ceux de la ville s'opposoient. 0n
disoit que ceux qui estoient au chasteau tiroient avec coups de mousquets et
arquebus tous ceux qu'ils pouvoient de la ville". On ne voit pas pourquoi
Simon Robert se serait tu sur l'un des deux prétendus sièges. Il est
possible que Navailles qui ne savait rien que par ouï dire, ait signalé a
tort une seconde émeute des Niortais, enfin on peut voir dans les deux jours
de lutte, quelque image des deux sièges. Navailles signale le mauvais état
du château et son importance. "Il n'y a ny portes, ny pont-levis, ny
couverture pour mettre les soldats à couvert, ny canons montés, et pas une
munition. J'ajouteray que le château de Nyort est dans le plus mauvais état
qu'il puisse estre et que c'est la seule place qui puisse tenir la province
dans l'obéissance, que sa situation est très avantageuse estant sur la
rivière de Sêvre qui va se jetter dans la mer, qu'il se débite toutes les
années pour deux millions ou de sel ou de bled dans le port de la ditte
ville, qu'il y a beaucoup d'huguenots dans la province, que c'est un lieu
fort peuplé où il y a 7 à 8.000 habitans, que les peuples en sont fort
séditieux et arrogans. J'ai creu estre obligé de vous rendre compte de ce
détail qui n'a d'autre fin et intérest que le service du roy".
L'affreuse Dragonnade, de cause non religieuse, que les Niortais eurent à
subir en 1668, montre clairement qu'ils n'avaient pas toujours tort. Sur le
bruit d'une sédition imaginaire colporté à Paris par La Vieuville,
gouverneur du Poitou, par haine des habitants, sept régiments de cavalerie
vivant à discrétion, leur furent imposés, ce fut un désastre dont Niort ne
s'était pas encore relevé cinquante ans après. Il semblerait que de Lassara,
maréchal de camp des armées du roi, ait succédé immédiatement à Navailles,
mort en 1684, car il figure dès 1689 comme gouverneur de la ville et du
château de Niort. En 1716, c'est le marquis de Vilaine, lieutenant général
des armées du roi, ce qui n'empêche pas Jacques de Chasteauneuf, seigneur de
Pierre Levée, de se dire au temps de sa mairie Perpétuelle, si désastreuse
pour la ville (1692-1717), lieutenant pour le roi des ville et château de
Niort et inspecteur des Milices bourgeoises. Après Vilaine, le marquis de
Castellane, ambassadeur à la Porte, se voit attribuer le gouvernement de la
ville et du château avec deux mille francs d'appointements, sans
s'astreindra davantage à la résidence. Il avait cependant son logement au
château avec le commandant pour le roi. Les cinq lieutenants de la compagnie
d'Invalides détachés au château logent en ville. En fait, vers 1742, tout
l'état-major se compose du gouverneur et du commandant pour le roi en son
absence, et la majorité a été jointe au gouvernement avec huit cents francs
d'appointements. Le marquis de Castellane était encore en fonctions en 1744.
Cette sinécure paraît avoir fini avec lui et si de Carrel, lieutenant du
château (1750-56), prend parfois le titre de gouverneur de la ville, rien ne
prouve qu'il en ait jamais eu la charge effective. Dumouriez, maréchal de
camp de la 12e Division militaire, est le dernier officier supérieur qui ait
résidé au château. Il en partit lors de sa promotion au Ministère de la
guerre, le 12 avril 1792.
IV - Les châtelains, capitaines et gouverneurs du château:
Pendant longtemps ce ne fut qu'en présence de l'ennemi que ville et château
furent aux mains du même officier. Lorsque Niort se rendit aux Anglais, le
29 septembre 1363, les habitants firent seuls leur soumission. Tassart de
Basinguehem qui commande au château à titre de châtelain au nom de Jean le
Bon, en remet les clefs à Jean Chandos, lieutenant du roi d'Angleterre, qui
lui confie jusqu'au lendemain où il les donne à Guillaume de Montendre, pour
Édouard III. On ne connait pas d'autre officier commandant au château avant
la fin du XVe siècle, ni quand le titre de châtelain se changea en celui de
simple capitaine. Pierre de Pontbriand, échanson du roi, que nous avons déjà
signalé en 1494, était déjà capitaine du château dès le 23 octobre 1487.
Après lui, il est non moins impossible de déterminer les compagnies qui
tiennent garnison au château que de donner les noms des officiers qui y
commandent. Jacques de Conigham Ecer, Seigneur de Cherveux donne quittance
de ses gages comme capitaine du Château le 31 Juillet 1514 et le 8 juillet
1516. Aymon Goullard, capitaine de Niort, s'unit le 26 août 1549 à Guyonne
du Puys; Guyonne du Puys épousa en secondes noces en 1560 Philippe Frézeau
de la Frézelière, capitaine du château de Niort, Philippe Frézeau avait eu
d'un précédent mariage un fils, François Frézeau de la Frézelière tué par
les Huguenots le 15 Décembre 1566. En la dite année 1566, Antoine de Lezay,
seigneur de Surimeau, quoique protestant est nommé capitaine du Château par
lettres royales. En 1580, Philippe Frézeau de la Frézelière réapparaît comme
gouverneur catholique de la ville et du château. Il est après Malicorne,
lieutenant général en Poitou et meurt en 1590.
Nous avons très longuement parlé des Baudéan pour y revenir. L'éloignement
du gouverneur de la ville et du château amena souvent la désignation d'un
officier particulier pour le château. C'est ainsi qu'on trouve commandant au
château pour Navailles, successivement en 11657 Jacques Noyer, seigneur de
la Rose et en 1677 premier sieur de la Jarrie. Dans les dernières années du
règne de Louis XIV des compagnies d'Invalides viennent occuper le château.
De la Tuillière est dit capitaine des Invalides du château avant 1728. L'Etat
de 1744 donne de curieux renseignements sur les officiers commandant au
château: celui qui tenait cette place n'avait primitivement que 50 livres
d'anciens gages. L'un d'eux se fit enfin donner un brevet de commandement
mais sans appointements. Il mourut Vers le temps de la Régence. Le roi nomma
M. Morin de Préville à ce poste avec 3600 francs d'appointements. Il se
trouva très désagréable à M. le prince de Conti. On le fit passer à
Marienbourg et M. Jusset de la Marre lui a succédé mais il ne touche que
2.400 livres. De la Marre était en fonctions en 1727, il mourut au château
en 1749. De Carrel est mentionné de 1750 à 1756. En 1757, DeLannoy est
capitaine de la Compagnie des Invalides du Château. Bruchard de la Pomélie,
commandant pour le roi dans le château en charge dès 1763, meurt en 1785. Le
dernier titulaire fut Marc Antoine de Montfalcon, chevalier d'Adhémar, major
au régiment de Chartres, par provision du 26 Décembre 1785.
V - La garnison de la forteresse. Les prisonniers de guerre et les
prisonniers d'État:
Tout d'abord les officiers commandant au château sont à la tête de leur
propre compagnie comme on peut juger par les quittances délivrées par
Tassart de Bassinguehem le 2 mai 1353 et le 31 mai 1356. On ne sait si la
compagnie de Sourdis éloignée en 1580 sur la demande des habitants, par
Frézault de la Frezelière, était logée dans le château. La chose est peu
probable pour les trois compagnies de pied dont se compose la garnison de la
ville, réduites en 1599 à deux sous les ordres de Parabère et de Joncquières.
Ces officiers ont 33 écus 1 livre par mois et Parabère, comme gouverneur,
reçoit une seconde fois la même somme. Au siècle suivant les régiments
prennent peu à peu les noms qu'ils ont conservés jusqu'à la fin de l'ancien
régime. Le 5 septembre 1712 c'est une compagnie du régiment de Normandie qui
tient garnison au château, on y amène 300 prisonniers faits à Denain dont le
logement est assigné dans la vieille forteresse. Le roi, on ne sait
pourquoi, en a confié la garde à la milice bourgeoise au grand dépit des
officiers de Normandie. Une rixe éclate entre le capitaine des Norriers, le
lieutenant Teillé de l'Aubray, de la garnison du château et Jean Gabriau de
la Garlière capitaine au régiment de la ville faisant fonctions de major,
venu pour établir les corps de garde. Gabriau est traîtreusement assassiné
sans qu'intervienne le maire perpétuel, Jacques de Chasteauneuf, seigneur de
Pierre Levée, accusé même d'avoir favorisé l'évasion des coupables que,
suivant l'ordinaire, des lettres de grâce mettent à bientôt à couvert. On
avait eu déjà des prisonniers de Rocroy en 1643, des Espagnols en 1676 et en
1691 la forteresse, quoique mal close, devait continuer à recevoir des
prisonniers de guerre par la suite.
Lors de la visite des bâtiments du roi en août 1779, à l'occasion de la
prise de possession de son apanage par le comte d'Artois, il est encore
parlé des appartements que l'on prépare au château pour les prisonniers de
guerre que l'on attend. Dans leur nombre doit figurer la duchesse de Rohan
Soubise et sa fille qui n'avaient pas voulu être comprises dans la
capitulation de la Rochelle en 1628 et qui ne furent élargies qu'après
l'amnistie générale accordée par l'Édit de 1629. A Paris l'hôtel des
Invalides ne fut achevé qu'en 1706. On y réunit jusqu'à 10.000 vétérans. Les
inconvénients de cette concentration excessive ne tardèrent pas à se faire
sentir, on se décida à envoyer des compagnies en province où on les mit en
garnison dans de vieilles bicoques dont la garde n'avait plus grande
importance, c'est ainsi qu'on en voit aux châteaux d'Angers et de Niort, on
les y maintient jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Bien que l'État de 1716
ne parle point de la présence de cette garnison spéciale comme d'un fait
nouveau, les vétérans ne purent arriver à Niort avant 1713, la présence
d'une compagnie de Normandie est tout au moins constatée au château, le 5
septembre 1712. On en sait encore beaucoup moins pour les prisonniers d'État
que pour les prisonniers de guerre, bien que l'État de 1716 dise qu'il y en
avait presque toujours au château. Le sieur de Jousserans est envoyé au
château par lettres de cachet du 8 juillet 1728 mais il n'y a aucun logement
pour le recevoir, il demande en conséquence ou à être élargi, ou à aller
coucher en ville sur parole. Nous ignorons ce qui fut décidé mais il est
évident que Jusset de La Mare, capitaine au château se soucie fort peu
d'avoir en garde des prisonniers d'État. Vers 1728 encore, on lui expédie
Cornier de Chabant, ancien gendarme réformé de la garde du roi, en état de
rébellion, et le dit La Mare le laisse échapper sous prétexte qu'il est
"commandant au château et non pas geolier". Le 23 mars 1751 l'Intendant
enjoint à de Carrel de mettre en liberté les jeunes gens qu'il tient en
prison sans nous indiquer les causes de cette détention.
Sous la Fronde encore, La Roche Alais, secrétaire de l'assemblée de la
noblesse tenue à Niort pour protester contre la taxe qu'on voulait lui
imposer, est arrêté par les gardes du duc de Roannès, gouverneur du Poitou,
et conduit par eux au château. Les autres nobles marchent sur Niort pour
forcer sa prison mais il se dispersent sur l'intervention de Madame de la
Roche Alais qui s'oppose à ce que l'on tente rien de vive force pour
délivrer son mari. Le 14 mai 1757, Thibault François Gaspard Forien,
seigneur de Saint-Juire et du Plessis Asse, président du Présidial de
Poitiers depuis le 11 Décembre 1737 est relégué au château de Niort. Sa
détention ne s'explique guère, cependant on voit, dès 1735, ce Présidial
entrer en lutte avec l'hôtel de ville de Poitiers et l'on ne sait trop
comment finit ce différend. La prison du Palais servait pour la garnison du
château aussi bien que pour celle de la ville et les juges du Siège royal,
conformément aux règlements des 10 octobre 1642 et 4 novembre 1651, avaient
à connaître de tous crimes et délits commis par les officiers et soldats,
ainsi soustraits pour cause de suspicion très légitime à la juridiction
militaire. On conçoit que la perte de ce privilège ait amené de longues
protestations et provoqué des tentatives heureusement sans résultat pour
mettre fin à l'action des juges civils. Le 1er mars 1662, injonction était
faite à M. d'Illon, colonel, et autres officiers du régiment d'Infanterie
Irlandaise en garnison à Niort, de ne point s'opposer à ce que les juges du
Siège instruisissent les crimes et délits commis par les officiers et
soldats de ce régiment. Telles sont les notes que j'ai pu réunir en grande
hâte, sur la demande pressante de M. Georges Clouzot, en un moment où leur
insuffisance éloignait de moi toute idée de publication. On me tiendra
compte, je l'espère, de ce sentiment très motivé. Remerciements bien
sincères à tous ceux qui ont bien voulu m'aider et surtout à M. Henri
Clouzot, conservateur à la bibliothèque Forney, seul digne d'un pareil
travail, que de vives instances n'ont pu malheureusement décider à
l'entreprendre, à M. S. Canal, archiviste des Deux-Sèvres, toujours disposé
à faire profiter les chercheurs des documents confiés à ses soins, et à M.
Alphonse Farault, sous-bibliothécaire de la ville de Niort, qui m'a permis
d'utiliser ses précieuses notes. Niort, mai 1912. (1)
Éléments protégés MH: le château dit le Donjon : classement par liste de
1840. En totalité, le donjon et les vestiges du château, ainsi que le sol
des parcelles sur lesquelles ils se situent : classement par arrêté du 19
novembre 2014.
château dit Le Donjon, rue Duguesclin, 79000 Niort, tel. 05 49 28 14 28,
ouvert au public, visites du mardi au dimanche, de 10h à 12h30 et de 14h à
17h, expositions temporaires et ouverture d'une nouvelle pièce, le Cachot
Noir, qui abrite les nouvelles collections archéologiques. Fermé le 25
décembre et le 1er janvier.
Ce site recense tous les châteaux de France, si vous possédez des documents
concernant ce château (architecture, historique, photos) ou si vous
constatez une erreur, contactez nous. Nous remercions chaleureusement
Monsieur Bernard Drarvé pour les photos qu'il nous a adressées afin
d'illustrer cette page.
A voir sur cette page "châteaux
des Deux-Sèvres" tous les châteaux recensés à ce jour
dans ce département |
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