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Château de Sauveboeuf à Aubas
 
 

      Mentionné dès 1365, l’"hospitium de Sauvebuo" appartient au XVe siècle à la famille de Ferrières: "Guido de Ferreriis, domicellus, dominus de la Brunia et de Salvobuou, parochie de Aubasio, dioc. Sarlatensis" (17 juin 1440). La première description du domaine est délivrée dans un mémoire sur la châtellenie de Montignac et de ses paroisses rédigé pour Alain d’Albret, comte du Périgord, en 1502: "En la paroisse du Bas (Aubas), pauvre paroisse et de petite étendue, ne paye nul guet, en laquelle y a un gentilhomme nommé Salvebœuf, qui tient sa metayrie franche, son hostel noble de Saulvebœuf, et est ladite métayrie franche de guet commun". Dès cette époque, les Ferrières sont l’une des familles influentes du Périgord, qui compte dans ses rangs des officiers du roi et des abbés. Le domaine passe au milieu du siècle à Jean II de Ferrières, qui fait une brillante carrière à la cour de France et dans la province de Guyenne. Décédé peu après 1566, il laisse tous ses biens à son fils aîné encore mineur, Jean III de Ferrières. Celui-ci fait un mariage qui lui est fort favorable le 3 octobre 1595 avec Claude des Cars, fille et héritière de François, comte des Cars, chevalier des ordres du roi, et de Claude de Bauffremont. Dans le contrat de mariage, Sauvebœuf est désigné comme "chasteau" pour la première fois: le domaine comprend alors "tous les cens, rentes, droictz et debvoirs seigneuriaulx, domaines, héritaiges, boys, champfroys, jardrins, guarenne et générallement avec touctes ses autres appartenances, déppendances". De cette observation et de la description (en somme, un château environné par des jardins, une garenne, des bois et d'autres terres), on doit aussi inférer que des travaux importants avaient eu lieu dans le courant du XVIe siècle; peut-être, comme souvent en Périgord, à la suite de destructions intervenues au cours de la guerre de Cent Ans.

Jean de Ferrières, après avoir été fait chevalier de l’ordre de Saint-Michel (1596) et en 1597 maréchal des camps et armées du roi; brevet remis encore en 1621, après avoir également acheté à Henri IV les droits de justice sur les paroisses d’Aubas et du Cheylard qui lui octroient des pouvoirs étendus sur un très vaste territoire (1598 et 1600), décide de bâtir a novo un "vrai" château, afin de matérialiser dans la pierre ces changements de statut, de sa terre et de lui-même. Le château neuf semble avoir été réalisé en deux phases de chantier, la première à partir de 1623-1624, la seconde de 1631. Ces travaux peuvent être attribués sur critères stylistiques et de mises en œuvre à l'architecte Nicolas Rambourg, à qui l'on doit les châteaux d'Excideuil et de Hautefort. Partisan de Gaston d’Orléans qu’il tente de soutenir en levant des troupes, Jean de Ferrières sort vaincu avec les autres insurgés à la bataille de Castelnaudary remportée par l’armée royale commandée par le maréchal de Schomberg (1er septembre 1632). Condamné à la peine de mort avec son fils aîné Charles-Antoine, il est contraint de s’exiler en Espagne et décède peu après. Par mesure de rétorsion, sur ordre de Richelieu, décision est prise du "razement de la maison de Sauvebœuf" en 1633. En réalité, Sauvebœuf ne fut que dérasé. Livre de Raison des Raffailhac, rédigé au moment des faits (transcrit sur l'original en 1899 et publié en 1900 par J.-B. Champeval), "la maison de Sauveboeuf fut commencée de démolir par d'Argenson, maître des requêtes": elle fut seulement "commencée de démolir", contrairement à une autre possession (Pont-Breton) de Jean de Ferrières qui n'a pas eu cette chance.

Bien que Charles-Antoine de Ferrières retrouve peu après la faveur royale et que le domaine est érigé en marquisat par Louis XIII vers 1635, le nouveau seigneur semble délaisser Sauvebœuf pour ses domaines du Limousin. En effet, du château entièrement découvert à ce moment, seul le pavillon postérieur droit (nord-est), qui abrite le logis seigneurial, reçoit une nouvelle charpente en 1638; et il faut attendre les années 1647/1648, soit quatorze ans après le "rasement", pour que le château fasse enfin l'objet d'une campagne de réparations et de recouvrement de l'ensemble de ses parties hautes. Un acte du 9 février 1657 précise que Charles-Antoine de Ferrières "demeure ordinairement à Pierrebuffière", seigneurie qui a, entre autres avantages, celui de lui donner le titre prestigieux de premier baron du Limousin. La descendance de Charles-Antoine de Ferrières s’éteint avec Marie-Anne de Ferrières, mariée en 1716 à Charles, marquis de Vassan, décédée vers 1765. La fille unique issue de ce mariage, Marie-Geneviève de Vassan, épouse en secondes noces, en 1743, Victor Riquetti (ou Riquetty), marquis de Mirabeau; elle est la mère du célèbre tribun, qui fit plusieurs séjours à Sauvebœuf. De 1743 à 1745, les époux y font des réparations et mènent grand train. Dans des circonstances qu’on ignore, le domaine revient ensuite à une branche cadette des Ferrières: François de Ferrières, marquis de Sauvebœuf, né au château du Moulin-d’Arnac en 1750, en est propriétaire en 1769.

Revenu de son exil après la Révolution (le château avait été mis sous scellés et inventorié en 1793): "ce jourd’huy, premier mars mil sept cent quatre vingt treize, l’an second de la République française, nous, Pierre Bernard Merilhou Charveix, maire de la ville de Montignac, et Jean Grangier, avoué au tribunal du district de Montignac, commissaires nommés par les citoyens administrateurs du Directoire dudit district de Montignac, par leur délibération en date de ce jourd’huy aux fais d’apposer les scellés, et faire les inventaires des meubles et effets, fruits et revenus de Ferriere Sauveboeuf, nous sommes transportés dans la maison dudit Sauveboeuf située en la parroisse d’Aubas, assistés des citoyens Jean Chaboisseuil, procureur de la dite commune d’Aubas, et de François Bayle, officier municipal de la même commune, où étant arrivés, nous avons procédé à l’apposition des scellés sur les meubles et effets dudit Ferrière Sauveboeuf de la manière qui suit, scavoir: en premier lieu, nous sommes entrés dans une chambre à main gauche de la porte d’entrée, ladite chambre appellée le salon, où nous avons apperçu une commode à quatre tiroirs dont deux tout du long et les plus hauts divisés en deux sur les serrures de laquelle nous avons posé les scellés. Plus, nous avons trouvé dans la dite chambre, une armoire à deux portes, sur la serrure duquel nous avons également apposé les scellés. Ensuite, sommes passé dans la salle où nous n’avons trouvé aucun meuble. De là, nous avons passé dans une chambre appellée la chambre de Guinot, dans laquelle nous avons trouvé deux tas de bled, où avons apposé les scellés sur la serrure de la porte d’icelle. Ensuite, nous sommes montés dans les appartements d’en haut et avons apposé les scellés sur la porte d’entrée de la chambre appellée le magasin. De là, nous sommes montés dans les greniers et avons posé les scellés sur la porte d’entrée de celui à main gauche. Ensuite, sommes descendus à la cave, et avons apposé les scellés sur la serrure de la porte d’entrée et n’ayant plus aucun endroit où il est nécessaire de poser les scellés, avons clos le présent procès-verbal que nous avons signé avec le citoyen Pierre de la Connu et non le dit Bayle, officier municipal pour ne l’avoir ainsi qu’il l’a déclaré et le citoyen Nicolas, que nous avons pris pour secrétaire, signé: Chabacheul, Merilhou, Grangier, Nicolas".

François de Ferrières vend le domaine au citoyen Chassagne-Latrade (maire d’Aubas en 1813) pour le prix de 80000 francs par acte passé à Brive le 16 octobre 1803. Sauvebœuf est ensuite revendu, en 1854, au général Deffis; celui-ci n’a qu’une fille, qui épouse le commandant du génie Baillemont; leur unique enfant, Madame Bayeron, en hérite. Madame Oberkampff de Dabrun (née Le Cointe) s’en rend acquéreur au tribunal de Sarlat le 19 juin 1891. Dans un article du Bulletin monumental consacré aux fontaines de Sauvebœuf paru en 1893, le baron Émile Oberkampff de Dabrun précise que le château fait "actuellement l’objet de réparations importantes". Les signes les plus évidents de ces travaux de réfection sont aux frontons placés en plusieurs endroits du château: à une lucarne sur cour du pavillon nord-ouest, avec la date "1892" et la mention "renovavit oberkampf de dabrun"; aux lucarnes du corps de logis, qui présentent un cartouche ovale central portant les initiales "OE" (pour Émile Oberkampff de Dabrun), "ZO" (pour son épouse Zélia Oberkampff, née Guizot) ou "HO" (pour leur fille Henriette); à la porte d’entrée et sur une grande cheminée, à l’intérieur, sculptés aux armes de la famille. Dans le même temps, après la terrible crise du phylloxéra des années 1870-1880, Émile Oberkampff de Dabrun replante des vignes dans son domaine: "un vignoble rouge admirablement situé et soigné de la façon la plus parfaite. Ses vins, faits selon toutes les règles de la science moderne, sont des meilleurs de la contrée et constituent d’excellents vins d’ordinaire". Le château passe par la suite entre différentes mains. Des travaux de rénovation ont été menés récemment: les couvertures et les planches sont refaits; les arcades en anse de panier de l’aile est, murées au XIXe ou au XXe siècle, sont rouvertes.

Situé dans un méandre de la vallée de la Vézère, en bordure immédiate de la rive gauche et face à un versant karstique qui domine à cet endroit la vallée depuis l’autre rive, le château de Sauvebœuf se dresse isolé dans la plaine alluviale, surplombant de quelques mètres le cours de la rivière. Il comprend un corps de logis principal en fond de cour (au nord), flanqué de deux grands pavillons quadrangulaires, et un corps de galerie en retour d’équerre à droite (est). Deux pavillons antérieurs (au sud-ouest et au sud-est) complètent l’ensemble. La cour est fermée au sud et à l’est, entre les pavillons, seulement par un mur bas et des piliers entre lesquels prenaient place des grilles en fer. Les fragments d’une ancienne fontaine monumentale sont aujourd’hui remontés dans le garde-corps bordant la Vézère au nord et en appliques aux rez-de-chaussée de l’aile droite. Ouvert au public, on peut y admirer la cour d'entrée (malgré l'absence de deux monumentales fontaines, datées de 1610 qui émigrèrent, l'une aux États-Unis, et l'autre à Clairac, dans le Lot et Garonne) les façades et les toitures du château, la galerie Est et le pavillon en demi-hors-oeuvre qui lui fait suite, le pavillon isolé, la charpente, l'escalier d'honneur, la clôture de la cour d'honneur et le pigeonnier. (1)

Éléments protégés MH: les façades et les toitures du château, de la galerie est et du pavillon en demi-hors-oeuvre qui lui fait suite, du pavillon isolé, la charpente du château, l'escalier d'honneur, la clôture de la cour d'honneur et le pigeonnier en totalité: inscription par arrêté du 2 juillet 1987. Le château, son terrain d'assiette et la balustrade nord sur la Vézère, en totalité : inscription par arrêté du 9 octobre 2009.

château de Sauveboeuf 24290 Aubas, tél. 06 74 65 89 54, ouvert au public du 1er avril au 1er octobre.

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   source de l'historique : https://inventaire.nouvelle-aquitaine.fr/dossier/chateau/53eba6c1-45b6-4e4b-aabc-c5eceb8f09c2

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