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L'histoire de Coly est intimement liée à celle de la
proche abbaye de Saint-Amand: sous l'Ancien Régime, le territoire paroissial
de Coly était compris dans la seigneurie abbatiale de Saint-Amand-de-Coly;
la présence de l'ancien château des abbés dominant la vallée à Coly en
témoigne encore aujourd'hui. Un bourg a ainsi profité de la fortification du
château pour se développer à ses pieds. Un pont franchissant le Coly est
attesté à proximité en 1406: "juxt terram de la Buxeria"; et encore en 1460:
"Iter quo itur de Ponte de Coly versus fontem de Boex". Les contours de la
commune correspondent approximativement à ceux de l'ancienne paroisse
figurée sur la carte de Belleyme de 1768: plus de la moitié du territoire de
la paroisse est alors constituée par la "forêt de Coly" (aussi appelée "Bois
de la Bat"), qui relevait directement des biens de l'abbaye, et pour le
reste de vignes, plantées autour du château des abbés et du repaire noble d'Hautegente.
Les XIVe et XVe siècles marquent sans doute l'âge d'or de l'abbaye de
Saint-Amand et, par voie de conséquence, de celle de Coly, qui dénombrait
alors 16 feux, soit approximativement 80 personnes. D'autres dénombrements
des feux de la paroisse, datant du début du XVIIIe siècle, indiquent 57 feux
en 1709 (environ 285 habitants). Une moyenne de 300 habitants est relevée
pendant la Révolution. On note une chute entre 1794 et 1796, période durant
laquelle Coly perd plus de la moitié de sa population (de 300 à 136
habitants).
L'ancienneté du site semble être avérée du seul fait que l'église
paroissiale, qui remonte au XIIe siècle, lui est subordonnée: tout comme le
bourg castral, elle est située en contrebas du promontoire du château. La
mention la plus ancienne du "castrum de Coly" ne remonte guère plus haut
qu'au début du XVe siècle: le premier mars 1407, les biens meubles de
l'abbaye de Saint-Amand et du château de Coly font l'objet d'un inventaire,
ce qui revient à dire que le château était alors bâti et meublé. Toutefois,
un acte établi en 1309, citant Raimond, abbé de Saint-Amand, et conservé
autrefois dans les archives du château de Coly, suggère que celui-ci
pourrait être antérieur, peut-être d'un siècle, voire plus. De fait, le mur
de soutènement oriental de la plate-forme haute du château (qui comprend la
partie basse de la tour d’angle circulaire sud-est du bâtiment principal)
présente un appareillage en moyen appareil de pierre de taille rectangulaire
à joints relativement fins en assises régulières qui peut remonter aux
XIIIe-XIVe siècles. D’autres vestiges de maçonneries médiévales sont
également visibles en d’autres endroits du site: au mur oriental de
l’enceinte basse et à la tour de flanquement sud-est, au mur gouttereau
occidental du corps de logis secondaire ouest, au mur-pignon oriental du
petit bâtiment flanquant le portail d’entrée de la plate-forme haute et aux
murs gouttereau occidental et pignon sud du bâtiment principal. Celui-ci,
par sa place (sur la plate-forme supérieure), ses dimensions et ses
dispositions, ne peut être qu'une partie subsistante du logis abbatial.
Le château était une dépendance de l'abbaye de Saint-Amand comme en
attestent les documents précités : "castro de Coly de dicto monasterio" (1er
mars 1407). En 1411, après le départ des Anglais chassés de Coly, Pierre de
Fleury, capitaine de Montignac, invite l'abbé à restaurer ses
fortifications, restaurations qui durent être effectives puisque, dès 1464,
l'abbé rend hommage au comte de Périgord Alain d'Albret pour son "chastel et
forteresse de Coli". On est tenté de lier ces travaux à certaines
modifications et reprises de maçonnerie, tout spécialement celle de la tour
sud-est qui a été dérasée et dont la fraction subsistante à l’angle du corps
de logis qui comprenait la porte d’accès intérieure a alors été transformée
en fenêtre à traverse (une demi-croisée). En 1541 puis en 1543, l'abbé
commendataire de Saint-Amand, Alain de Ferrière, rend hommage au roi de
Navarre, comte de Périgord, pour son abbaye et ses dépendances (dont fait
partie le château de Coly) dans deux actes, dont le dernier fut précisément
passé au "château de Coly". Le château a encore fait l’objet d’une
importante campagne de travaux probablement intervenue au cours des guerres
de Religion : la reprise des remparts et des tours d’angle ou de flanquement
de la plate-forme haute en moellons équarris et le percement de ces tours
par des canonnières à la française (à embrasure extérieure rectangulaire à
redents), le portail d’accès principal situé à l’ouest de la plate-forme
haute, à arc en plein-cintre extradossé et doté d’une feuillure pour
recevoir le tablier d’un pont-levis, ne peuvent dater que de la seconde
moitié du XVIe siècle.
En outre, deux bâtiments situés à l’intérieur de l’enceinte basse, l'un au
nord est une grange étable qui avait peut-être autrefois une fonction de
chai et de cuvier, l'autre au sud est aujourd’hui en ruine et adossé au mur
d'enceinte: tout comme la grange-étable, il est percé de petites fenêtres à
cadre à chanfrein droit autrefois dotées de barreaux; en outre, ses angles
sont flanqués de tourelles dotées de canonnières à la française analogues à
celles de l’enceinte haute. Ce dernier bâtiment présente encore les ruines
d’une cheminée à piédroits et manteau chanfreinés dotée d’un four à pain,
ainsi que celles d’une porte en plein-cintre à piédroits également
chanfreinés. Ces travaux attestent non seulement d’une remise en état des
fortifications du site mais aussi d’une reprise en main du domaine. Le
château reçoit encore épisodiquement les abbés au XVIIe siècle: en 1691,
Jean de Ferrières, un autre abbé commendataire de Saint-Amand issu de cette
famille originaire de la seigneurie de Sauvebœuf à Aubas, signe un acte "datum
in castello nostro de Coly". Une description du château rédigée en 1751 et
un croquis du chanoine Brugière de la fin du XIXe siècle indiquent la
présence de quatre tours circulaires aux angles des remparts, ainsi que de
celle de l'ancien pont-levis, aujourd'hui portail principal d'accès au site
(à l'ouest). Outre la maison-forte, le château comportait alors un
pont-levis, des tourelles crénelées, des souterrains avec meurtrières, un
logis secondaire et une porte basse au pied des remparts. La description
nous apprend également que le château comprenait une salle haute ouverte par
des fenêtres à meneaux surmontées de lucarnes à croisillons éclairant les
petites pièces des combles.
Le château de Coly est encore indiqué en état par la carte de Belleyme levée
en 1768. D'ailleurs, l'ancienne maison abbatiale semble avoir fait l'objet
d'une dernière campagne de travaux peu avant la Révolution, comme le
suggèrent les portes qui ouvrent son niveau de soubassement et son
rez-de-chaussée surélevé, à plate-bande délardée en arc segmentaire (et à
chambranle pour celle du niveau de soubassement). Cependant, la période
révolutionnaire n'épargna pas le site castral: selon les Annales du
Terrassonnais, un paysan acheta le château de Coly, moyennant le prix de
vente de deux veaux. L'acquisition réalisée, l'acheteur entreprit la
démolition d'une partie des corps de logis subsistant. Du site castral ne
subsistent aujourd'hui que l’ancienne maison abbatiale et les imposants
remparts flanqués de tours; ils ont été restaurés en 2013.
Situé à l'extrémité d'un éperon rocheux dominant la confluence de la
Chironde avec le Coly, l'ancien château comprend une première enceinte,
basse et relativement grande (environ 3200 m²), constituée de murs en pierre
calcaire de différents appareils de pierre de taille, de plan grossièrement
rectangulaire, flanquée de tourelles circulaires aux angles nord-ouest,
sud-ouest et sud-est. Une deuxième enceinte, plus réduite (environ 1000 m2),
forme plate-forme et est comprise à l'intérieur de la première, à l'ouest,
flanquée elle aussi à l'ouest de tourelles circulaires et dont les murs, à
la fois de soutènement et de clôture, sont en différents appareils de pierre
de taille calcaire. C'est à l'intérieur de cette deuxième enceinte que se
trouve le bâtiment principal, qui comprend un niveau de soubassement et un
rez-de-chaussée surélevé. Celui-ci abrite aujourd'hui une seule pièce
principale dont l'élément le plus remarquable est l'épaisseur de sa
maçonnerie; sa cheminée a été très remaniée. La cave occupant l'étage de
soubassement est percée à l'ouest par une porte dont la plate-bande est
délardée en arc segmentaire et ornée de motifs sculptés. (1)
château des abbés de Saint-Amand, chemin des Remparts,
24120 Coly, propriété privée, ne se visite pas, vestiges.
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