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La première trace écrite de la
présence à Condat de frères hospitaliers de l'ordre se trouve dans une
charte de 1239: "in hospitali de Condato". Le premier acte faisant état d'un
commandeur à Condat date, quant à lui, de 1291. Une première "maison
hospitalière" avait donc été érigée avant cette dernière date, construction
que l'on reconnait par sa maçonnerie en pierre de taille (moyen appareil) et
par son épaisseur dans la partie inférieure de la tour maîtresse bordant la
dérivation du ruisseau Coly, à l'est, à laquelle était adossé un corps de
logis quadrangulaire abritant une salle seigneuriale, à l'ouest, selon une
disposition qui se voyait au château des évêques de Périgueux à Plazac ou
encore au château de La Salle à Saint-Léon-sur-Vézère. Lors de la guerre de
Cent Ans, sans doute aux environs de 1398-1399, avant ou pendant le siège de
Montignac, le château subit des destructions sévères, ce qui entraîne, à la
toute fin du XVe siècle ou au début du suivant, la reconstruction en quasi
totalité de la tour-maîtresse, qui se voit dotée d'un chemin de ronde
sommital crénelé sur mâchicoulis, et du corps de logis attenant. Ces travaux
se distinguent clairement par l'emploi de moellon et, surtout, pour les
fenêtres d'un ébrasement à moulures à listel et bases prismatiques ou d'un
simple chanfrein concave. Ils sont attribuables à Jean de Léoncel,
commandeur de 1489 à 1499, ou à François Flotte, commandeur de 1501 à 1519.
La reconstruction de la tour-maîtresse de Condat serait donc contemporaine
de celle de La Salle à Saint-Léon-sur-Vézère ou encore du repaire noble de
Cramirac à Sergeac, tous deux datés par des analyses dendrochronologiques.
Commandeur depuis 1543, François de Touchebœuf-Clermont s'attache à partir
de 1545 à remettre en bon état de marche le domaine agricole et industriel
de Condat: les moulins, la "maillerie", les ponts (pour le péage), la
pêcherie, le port font l'objet de travaux de reconstruction ou
d'aménagement. Surtout, à partir de cette date, Touchebœuf-Clermont fait
réédifier, agrandir et embellir le grand corps de logis principal. Celui-ci
se voit doter d'un nouvel escalier, rampe sur rampe dans un pavillon de plan
rectangulaire hors-œuvre disposé en façade antérieure, et d'un pont reliant
directement le logis au vaste jardin d'agrément situé au sud. Le corps de
logis occidental double en profondeur date peut-être de cette campagne de
travaux. La porte d'entrée de la demeure en plein-cintre (démontée puis
remontée isolée à l'est de la tour maîtresse), au nord, qui ouvrait la cage
d'escalier, était surmontée des armoiries de Touchebœuf-Clermont accompagnée
d'un chronogramme "1546" (date qui marque sans doute l'achèvement des
travaux de maçonnerie, telle cette citation de 1614: "que le feu sieur
commandeur frère François de Touchebœuf fit agrandir et bien accommoder l’an
1546"). Outre un cellier en sous-sol, une cave, une cuisine, un garde-manger
et plusieurs pièces annexes au rez-de-chaussée, la maison noble comprenait
les habituelles salles basse et haute, cette dernière suivie par la chambre
du commandeur et sa garde-robe (dotée au sud d'un banc de latrines) logée au
premier étage de la tour-maîtresse. Disposition intéressante, cette suite
principale commandait également un escalier en bois qui, seul, permettait au
maître des lieux d'avoir accès au second étage de la tour-maîtresse, où
étaient une autre chambre munie de sa garde-robe: ce second logis, commandé
par celui-ci du commandeur, ne peut être qu'un logis de retrait ou de
défense - à cette date, un logis de commodité serait anachronique.
Autre caractéristique intéressante du bâtiment: il abrite deux autres logis
au premier étage, dans le bâtiment double en profondeur, tous deux
constitués des habituels chambre, garde-robe et privés "dérobés dans la
muraille" (mentionnés en 1641) celui du sud accompagné en outre d'un
"cabinet" logé dans la tourelle sud-ouest, suite de pièces que l'on retrouve
plus tard au château des Eyzies. Comme il est d'usage en France, le pavillon
de l'escalier principal était plus haut que les bâtiments qu'il dessert: il
était surmonté d'une pièce haute, appelée le "beau cabinet", qui est "tout
de pierre de taille pour tenir les titres de ladite maison, le tout bien et
honorablement meublé et vitré", c'est-à-dire d'un chartrier, accessible par
un escalier en vis secondaire. Un document plus tardif (1605) indique que le
grand corps de logis était entièrement couvert en "pierre", c'est-à-dire en
lauze, excepté les parties les plus nobles et les plus hautes qui l'étaient
d'ardoises : la "grande tour" maîtresse, surmontée d'une "girouette en fer",
la "tour des degrés" (le pavillon de l'escalier principal) et le toit
conique de la tourelle sud-ouest, également sommée d'une girouette de fer,
"marquant seigneurie" précise un texte de 1705. Enfin, François de
Touchebœuf-Clermont fait transformer l'ancien fossé bordant le corps de
logis au sud en "gardoir (vivier) pour tenir des poissons", construire un
pont pour franchir celui-ci et aménager un vaste jardin d'agrément fermé par
le cours détourné du Coly et par des murs de clôture crénelés ("pour marque
seigneuriale" précise un autre texte de 1724); planté au fond de vignes,
celui-ci est doté à cet endroit, au milieu des plants comme il est habituel,
d'un "beau grand colombier" de plan carré sur piles couvert d'ardoises.
Le chantier est terminé en 1551, comme en atteste le procès-verbal de visite
dressé à l'issue de la grande campagne de travaux. Après le passage des
troupes protestantes dans les années 1570 et 1580, la commanderie est
reprise en main par André de Martin-Puyloubier, qui entreprend la remise en
état de l'ensemble, notamment de la tour orientale du château en 1588, puis
encore en 1595 et 1605. Les premières années du XVIIe siècle sont encore
consacrées à une remise en état générale du château et de ses dépendances,
ainsi qu'à une mise en défense du logis avec l'installation de grilles de
fer aux fenêtres du rez-de-chaussée, et à la construction de guérites et
d'un ravelin dans la cour. A partir des années 1680, une importante campagne
de restauration est initiée par le commandeur Henri de Thomas de Lavalette.
L'architecte Fraise (peut-être Étienne Dufraysse, qui travaille notamment
pour le marquis d'Hautefort à la même époque) et le maître-maçon Bernard
Granger sont retenus pour effectuer les travaux: la façade sud est
partiellement reconstruite, surtout en sous-œuvre pour toute la partie
inférieure en contact avec l'eau du vivier et au premier étage pour repercer
de fenêtres; la charpente est reprise ainsi que la couverture en ardoise; la
tour orientale est également reprise (mâchicoulis, déplacement du banc de
latrines du sud vers l'est en 1682, etc.). Enfin, on peut citer la campagne
de travaux réalisée par le commandeur Armand de Bourbon-Malauze à partir de
1731, qui modernise l'intérieur du corps de logis (certaines menuiseries
sont encore en place) et perce de nouvelles ouvertures dans la façade sud.
Au milieu du XVIIIe siècle, un "grand chai" est construit à l'est de la
cour, en retour de la tour. Visible encore en 1825 mais détruit depuis, son
mur extérieur est encore conservé. Dans son prolongement, une grange de la
fin du XVIIIe siècle longeant le canal du moulin vient fermer la cour. En
1792, l'ensemble des biens du site sont vendus comme biens nationaux. En
1828, l'ancienne commanderie passe aux mains du comte de Mirandol. Ses
héritiers vendent l'ensemble aux derniers propriétaires, la famille
Chabrelie, en 1951. Le château est alors utilisé à des fins industrielles
liées à l'exploitation de la noix. La distribution intérieure, qui avait peu
évolué jusqu'au milieu du XXe siècle, s'est vue complètement bouleversée à
partir de cette date. Les travaux nécessaires à l'installation de la
minoterie dans le château ont défiguré les aménagements intérieurs: le grand
escalier est détruit, les murs de refend sont supprimés ainsi que les
cheminées en plâtre du XVIIIe siècle; la porte d'entrée nord est déposée et
remontée en bordure du bief devant la façade orientale de la tour. La façade
côté cour présente depuis un portail métallique coulissant permettant
l'accès des camions. Le bâtiment principal présente aujourd'hui une
couverture provisoire en tôle ondulée, excepté la tour-maîtresse, encore
couverte d'ardoises.
Le château de la commanderie de Condat est situé au cœur ancien du bourg de
Condat. Orienté est-ouest, il comprend, de l'est vers l'ouest: l'ancienne
tour-maîtresse et un grand corps de logis de plan quadrangulaire (environ
6,7 x 25 mètres) doublé côté cour, au nord, par un deuxième corps de logis
(au nord-ouest; environ douze sur cinq mètres) et par un pavillon d'escalier
également de plan rectangulaire (environ sept sur quatre mètres). Seul le
corps de bâtiment secondaire nord présente une cave. Pour le reste, le
bâtiment renferme un rez-de-chaussée et un étage carré surmonté d'un vaste
grenier sous une charpente imposante. La façade nord du château, côté cour,
possédait une entrée. Au sud, face au jardin, l'accès se fait au moyen d'un
pont en pierre enjambant l'ancien vivier. Les anciennes douves ont été
comblées. A l'intérieur, le grand escalier est détruit, les murs de refend
sont supprimés ainsi que les cheminées; la porte d'entrée nord d'origine est
déposée et remontée en bordure du bief devant la façade orientale de la
tour. La façade côté cour présente un portail métallique coulissant
permettant l'accès des camions. Le bâtiment principal présente une
couverture en tôle ondulée. (1)
Éléments protégés MH: le logis et sa tour, les dépendances sur la cour, le
moulin avec son bief, le four banal, ainsi que le sol des parcelles de la
cour et du jardin : inscription par arrêté du 23 juillet 2012.
château de Condat 24570 Condat-sur-Vézère, propriété privée, visite des
extérieur autorisée. Voir la page consacrée à la
commanderie de Condat sur Vézère.
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