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L'origine de
la seigneurie de La Salle reste incertaine. Cependant, plusieurs faits et
l'analyse des bâtiments en place suggèrent qu'elle fut créée au moment du
grand mouvement d'affirmation de la hiérarchie féodale qui a donné lieu à la
multiplication de petits seigneurs locaux. Le toponyme même, "La Salle", qui
renvoie généralement en Guyenne, au Moyen Âge et au début des Temps
modernes, à un habitat de la petite noblesse, plaide en faveur d'une
implantation précoce d'une maison noble sur le site. En effet, le mouvement
de chasement de vassaux, par lequel les seigneurs-châtelains de Montignac
(dont dépendait Saint-Léon) concédaient des territoires à leurs chevaliers
ou écuyers pour les récompenser, est attesté par des textes, en 1257 pour la
paroisse du Cern, en 1280 pour celle de Sergeac. En estimant que les sources
ne reflètent que plus tardivement leur apparition réelle, on peut
raisonnablement penser que ce phénomène débuta en réalité au début du XIIIe
siècle. L'imposante tour-maîtresse de La Salle, de plan carré, bâtie en
pierre de taille (moyen appareil) à joints épais et à contreforts plats fut
dressée sur le modèle des grandes tours-résidences du centre et du nord de
la France (Tours, Loches, Gisors, Le Grand-Pressigny, Montrichard et
Semblançay) réalisées au XIe et XIIe siècle, et, dans le voisinage, à la
tour de l'église de Plazac ou, un peu plus loin, à celle du château de
Lauzun (au nord du Lot-et-Garonne) datée de la fin du XIIe siècle. Avec un
décalage chronologique induit par la géographie, l'histoire particulière du
Périgord et la différence des strates nobiliaires, et par les critères
internes que nous avons évoqués, la tour de Saint-Léon peut dater du début
du XIIIe siècle.
D'évidence, la création d'une seigneurie à cet endroit est liée à la volonté
de contrôler l'entrée orientale de la "ville" de Saint-Léon, qui était
située à proximité immédiate, le trafic marchand sur la Vézère revenant
assurément à la seigneurie de Clérans. En effet, deux péages, "par terre et
par eau", sont attestés dans les privilèges de Saint-Léon en 1490. De cette
tour primitive de La Salle, en grande partie détruite pendant la guerre de
Cent Ans, sans doute à la fin du XIVe siècle, ne subsistent que l'angle
sud-ouest sur la quasi totalité de sa hauteur et, à l'intérieur, le premier
niveau (un sous-sol semi-enterré) et partiellement le rez-de-chaussée; ces
parties portent les stigmates d'un violent incendie (pierres rubéfiées). Par
ailleurs, comme le suggèrent son toponyme évocateur, le site comprenait une
grande salle médiévale : les restes d'une baie géminée subsistent dans le
mur-pignon sud au premier étage du corps de logis oriental et une baie
complète, peut-être un remploi, est en place au-dessus, dans le même
mur-pignon. On retrouverait ainsi une organisation traditionnelle en
Périgord, où tour et salle sont adossées. C'est après la guerre de Cent Ans
que l'on trouve les premières mentions du fief de La Salle et de son
propriétaire. Jean des Martres "Las Mastres de Saint-Léon", dont la famille
est surnommée "Périgord", se présente comme "seigneur de La Salle" à la
montre des nobles du comté faite par Alain d'Albret à la fin du XVe siècle,
entre 1470 (date du mariage de ce prince avec Françoise de Blois-Bretagne
qui lui apporte en dot le comté de Périgord) et 1488 (date de la bataille de
Saint-Aubin-du-Cormier au cours de laquelle il est battu par les armées
royales).
Dans un document de 1491, il est encore fait mention de "nobilis vir
Johannes las Martras, de Santo Leoncio, co-dominus Rupe Sancti
Christoforis", ainsi que dans le rôle des nobles de l'arrière-ban du comté
de Périgord et de la vicomté de Limoges. A une date indéterminée (fin XVe ou
début XVIe siècle), Jean des Martres est aussi qualifié de "seigneur de La
Rochette, paroisse de Saint-Lyons". Ce gentilhomme avait contracté un beau
mariage avec Catherine de Carbonnières. Selon toute apparence, c'est à ce
couple que l'on doit attribuer la reconstruction de la tour-maîtresse et du
grand corps de logis attenant vers 1500. Des analyses dendrochronologiques
réalisées sur les bois de la charpente couvrant la tour révèlent une date
d'abattage comprise entre 1494 et 1506, probablement en une seule campagne.
Le fief de La Salle est succinctement décrit en 1502 comme une "metayrie
franche de guet et de commun et bel domaine" rapportant 60 livres tournois
de rente par an. La reconstruction de la demeure noble, qui se distingue
aisément par l'emploi de moellons pour la maçonnerie des murs, comprend la
tour-maîtresse (rebâtie en repartant sur les vestiges de la précédente), la
reprise de la grande salle médiévale, la construction d'un corps de logis
secondaire en retour d'équerre au sud avec, dans l'angle rentrant formé par
les deux corps, la construction d'une tour d'escalier de plan carré. A ce
moment, le corps de logis principal (à l'est) qui comprenait la grande
salle, était relié à la tour-maîtresse par une construction (disparue) qui
le prolongeait au nord.
Le corps de logis secondaire en retour d'équerre (en grande partie détruit
au XIXe siècle), comprenait alors une cuisine en rez-de-chaussée, comme
l'attestent son sol en pisé retrouvé récemment, l'emplacement de sa cheminée
sur le gouttereau et la proximité du puits dans la cour. Pour le reste, la
distribution de l'ensemble seigneurial se comprend aisément. On pénétrait
dans la maison noble par la porte au pied de la tour d'escalier au-dessus de
laquelle étaient sculptées les armes du seigneur du lieu; à l'étage était la
grande salle, qui se distingue encore par sa cheminée de taille imposante,
avec, à la suite, une pièce, peut-être une "sallette", qui semble
s'apparenter par sa place (au premier étage et après la grande salle) et sa
forme (carrée) à une chambre de parement. De là, on pouvait emprunter
l'escalier en vis attenant à la tour-maîtresse pour monter dans les chambres
du seigneur et de sa famille qui logeaient dans les parties supérieures de
la tour. Ces pièces ont conservé l'essentiel de leurs dispositions
d'origine, exception faite de leur cheminée: fenêtres, dressoir en meuble
d'attache, latrines. Le sous-sol semi-enterré de la tour servait de cellier
et le rez-de-chaussée surélevé renfermait une cuisine dont subsistent la
cheminée incorporée à arc segmentaire, deux placards muraux et un évier ;
cette cuisine devait être employée pour le seul service des chambres de la
tour.
Jean des Martres dut profiter peu longtemps de sa nouvelle demeure car il
meurt peu après, entre 1502 et 1506. Son fils, Marc des Martres, apparaît
comme seigneur de La Salle le 26 juillet 1506: il est qualifié comme tel,
auprès de sa sœur Jeanne des Martres, la fille de "feu" Jean des Martres,
qui se marie avec Jean de Bideran ; Jean de Massault (Mazault, Marault),
seigneur du château voisin de Clérans, et Frénon de Losse, seigneur de
Peyretaillade" (alias Losse), font partie des témoins au mariage. Marc des
Martres n'est déjà plus seigneur de La Salle en 1517: Hélie des Martres, dit
"Périgord", apparaît à cette date comme seigneur de La Salle, lorsqu'il se
marie le premier octobre à Marguerite de La Cropte, fille de François,
seigneur de Lanquais, et de Marguerite de Roffignac. Le 20 septembre 1541,
il rend encore aveu à son suzerain, Henri d'Albret, roi de Navarre, pour sa
"maison noble de La Salle, assize au bourg de Sainct-Lions", comme relevant
de la châtellenie de Montignac, et pour la co-seigneurie de La
Roque-Saint-Christophe. En 1592, le fief est entre les mains de Claude "de
Martres dict Perigort", puis il passe en partie dans la famille de Vivans
(ou Vivant) à une date indéterminée. Selon A. Boyer, le fief serait passé
par mariage à la famille de La Duguie: Catherine de La Duguie, ayant hérité
de La Salle, se marie le 16 novembre 1587 à Jean de Vivans faisant ainsi
entrer le fief dans cette famille; nous n'en avons pas retrouvé la preuve
archivistique. Quoi qu'il en soit, le 19 juin 1644, Jacquelin de Vivans,
seigneur de Ville-Franche et en partie de La Salle, résidant dans ce
dernier, baille à prix-fait à trois maîtres-charpentiers et à un
maître-menuisier la reconstruction "tout à neuf" du moulin de Saint-Léon. Il
semble donc que ce soit à la fin du XVIe ou au début du siècle suivant que
le fief est devenu une coseigneurie.
On ignore ce qu'il advint du domaine jusqu'au début du XVIIIe siècle. En
1709, il passe dans la famille du Cheylard par le mariage de Marguerite de
Vivans avec Joseph du Cheylard, écuyer, seigneur de La Quérelie (à
Valojoulx). A la veille de la Révolution, il appartient à "haut et puissant
seigneur" Guy du Cheylard, qui est seigneur de La Fleunie, La Salle et
co-seigneur du bourg de Saint-Léon ; Jean du Cheylard, chevalier de La
Fleunie, se dit "habitant du château de La Salle au bourg de Saint-Léon".
Adhérant aux idées révolutionnaires, ce dernier devient maire de Saint-Léon
et se marie, le 23 brumaire de l'an XI (14 novembre 1802), avec Anne-Sophie
Lacoste, la fille du conventionnel montignacois Élie Lacoste. En 1813, le
domaine est encore divisé en deux parties: au nord, l'ancienne
tour-maîtresse, la grange, la cour, le jardin ainsi que la ferme de La
Croix, appartiennent à un certain Léonard Ruau; la partie sud, qui comprend
les deux corps de logis en équerre, une grange, une cour et un jardin,
appartient à Jean "Ducheylard" (du Cheylard), résidant à La Salle. C'est
sans doute dans le courant de la deuxième moitié du XIXe siècle que
l'ancienne tour-maîtresse est isolée par la destruction d'une partie du
corps de logis oriental ; probablement dans le même temps, la partie
occidentale (qui comprenait la cuisine) du corps de logis sud et les
dépendances attenantes sont détruites. C'est peut-être de cette campagne de
travaux que date la nouvelle charpente du corps de logis. Plus récemment,
les édifices qui menacent de tomber en ruine font l'objet d'une protection:
l'ancien logis seigneurial, appelé par erreur "prieuré", et les façades et
les toitures du "manoir". Malgré cette protection, l'historien Jean Secret
peut encore dire en 1966 qu'au "pied du donjon meurt lentement une gracieuse
demeure du XVe siècle à demi effondrée". Depuis, des travaux ont permis de
réhabiliter l'ancienne maison seigneuriale et la tour.
Situé à l'entrée orientale du bourg de Saint-Léon-sur-Vézère, La Salle
comprend au nord une ancienne tour-maîtresse de plan carré, isolée et
flanquée d'une tour d'escalier en vis circulaire (à l'angle sud-est) et,
plus au sud, un logis composé de deux corps disposés en équerre avec une
tour d'escalier de plan carré placée dans l'angle rentrant. L'ensemble est
séparé de la rue principale du bourg par un haut mur de clôture en pierre
flanqué d'un petit pavillon de défense de plan rectangulaire faisant
également office de fuie, situé au nord-est. La tour maîtresse, construite
en pierre de taille (moyen appareil) et à contreforts plats sur une partie
de ses faces sud et ouest, est en moellon pour le reste. Elle comprend cinq
niveaux: un niveau de cave semi-enterré, un rez-de-chaussée surélevé, deux
étages carrés et un niveau de comble - celui-ci correspond au chemin de
ronde. La face ouest porte en outre deux bretèches en encorbellement sur
consoles à triple ressaut. La tour est couronnée par un chemin de ronde
continu dont le parapet repose sur des consoles en pierre également à trois
ressauts et qui est décoré d'accolades trilobées en réseau aveugle ; il est
percé d'orifices de tir circulaires à fentes de visée cruciformes. Le toit
en pavillon qui la protège est couvert en lauze. Autrefois de plan en L, le
logis situé un peu plus au sud est au même droit que la tour, avec à l'ouest
une tour de plan carré renfermant un escalier en vis circulaire en pierre.
Il est principalement bâti en moellon pour les murs et en pierre de taille
pour les parties vives: chaînes d'angle, portes et fenêtres. Il comprend un
rez-de-chaussée et un premier étage, ainsi que des combles habitables. (1)
Éléments protégés MH: le prieuré attenant : inscription par arrêté du 17
novembre 1941. Les façades et les toitures du château: classement par arrêté
du 21 mai 1957.
château de la Salle 24290 Saint-Léon-sur-Vézère, tel. 05 53 42 72 88,
ouvert au public de 10h à 18h. Le bourg de Saint Léon sur Vézère est classé
parmi les plus beaux villafes de France, à visiter...
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