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Hugues II de Bouville,
chambellan de Philippe Le Bel, qui avait vu "ses biens si fort augmentez, et
qu'il n'avoit pas à Bouville une maison convenable à sa qualité, résolut de
faire bâtir un château considérable, qui fit voir ce qu'il étoit". Hugues de
Bouville avait acquis la terre de Farcheville en 1290, qui était alors un
petit hameau, par un échange qu'il fit avec ses cousins Jehannot et
Guillaume de Bouville. Et ensuite il fit bâtir en ce lieu de Farcheville le
château et la forteresse qui y est encore aujourd'hui. Il y fonda une
chapelle et l'enrichit de beaux et précieux ornements. Cette chapelle existe
vraisemblablement dès 1321; elle est mentionnée dans le pouillé rédigé vers
1350. Toutefois, aucune indication n'est fournie quant à son emplacement. On
sait enfin qu'en 1360, le château est racheté aux Anglais en vertu du traité
de Brétigny. Lorsque la lignée masculine des seigneurs de Bouville s'éteint
à la mort de Charles de Bouville en 1396, la propriété passe à Isabeau de
Bouville, soeur de Hugues III et tante du défunt. En 1407, le domaine entre
dans les possessions de la famille de Chastillon, qui le conserve pendant
plus de deux siècles. Entre 1567 et 1576, le château de Farcheville fut
pillé à trois reprises "la surprise de son chasteau de Farcheville, où il
recense beaucoup de dommages"; en 1578, un procès pour réparations est
ouvert, ce qui incite a supposer que la remise en état et la modernisation
eurent lieu entre 1578 et 1604, date de la mort de Charles III de Chastillon.
Le 3 janvier 1637, Philiberte de Chastillon, épouse d'Henry de Gournay, "
chevalier, comte de Marcheville, conseiller du Roy et cydevant son
ambassadeur en levant", vend le domaine a Etienne Jappin, secrétaire du roi.
Dans un "extrait des registres du palais du mercredy 30 mars 1639", on
apprend que Maisme Martin autorisé "a enchery et mis à prix le fonds et
propriété des lieux cy après déclares : "premièrement le chasteau et
baronnie de Bouville et Farcheville accompagnée de maisons ou il y a
plusieurs chambres : garderobbes, greniers, pavillons, escuryes, granges
bergeryes, estables a vaches et porcz et plusieurs autres bastiments
couverts d'ardoize et thuille, grande court, pont levis, clos a murs et
fosses, jardin parc et coulombier a pied et autres! closture ou il y a
plusieurs pavillons couverts d'ardoise, moulin, pressoir ...". Moins d'un
siècle plus tard,le 1er août 1704, Vincent François Maynon, secrétaire du
roi et surintendant des finances du duc de Berry achète le château de
Farcheville à Jean-Francois Jappin, chanoine de l'église cathédrale de
Verdun, troisième fils d'Etienne Jappin. La description faite a cette
occasion n'est guère plus précise que celle de la vente de 1637 : "le
chasteau appelé Farcheville, situé en ladite paroisse de Villiers, composé
de plusieurs corps de logis et de pavillons entourrez de fossés, chapelle,
serre, estables a vaches, toicts a porcs et poulailler, le bastiment couvert
d'ardoise, advenue au devant et a costé dudit colombier, jardin potager,
maison du jardinier, jardins d'arbres fruictiers, clos de vignes joignant
parc estant partie en bois taillis et futaye, partie en sainfoin et terre
labourable dans lequel parc il y a glacière". Certains bâtiments des communs
(étables à vaches, poulailler et peut-être l'orangerie désignée comme
"serre" dans le texte ainsi que la chapelle existent également. Cette
dernière occupe le même bâtiment que de nos jours. Pendant la période
révolutionnaire, Vincent-Michel Maynon, président du Parlement, à qui
Farcheville a été attribué par un partage de 1741, tente d'épargner à son
château la destruction "des tourelles, forteresse et fossée" prévue par
l'arrêté du Directoire du district d'Etampes paru le 11 janvier 1794. Grâce
a la correspondance que Maynon entretient avec son régisseur et à des
comptes relatifs aux travaux, il semble possible d'évaluer ceux-ci. Au
total, seize arcades, soit environ la moitié du pourtour, paraissent avoir
été détruites, ainsi qu'un "coin", "le mur du côté du potager" et “un petit
bâtiment des remparts". On apprend également à cette occasion que le
pont-levis, bâti en 1637, a disparu depuis cinquante ans au moins, alors
qu'un petit pont-levis servant uniquement à sortir immédiatement, et à pied,
du cabinet ou l'on se tient, dans le clos, a été construit il y a une
trentaine d'années. Enfin, les fossés de même que les terrasses sont à cette
époque "cultivés et en rapport". Dès 1786, un mémoire destiné au jardinier
de Farcheville faisait état des espaliers, figuiers et arbres à fruits dans
les fossés du château. Après être passé en 1805 à Adélaide Agnés Elisabeth
Bouvard, belle-soeur de Vincent-Michel Maynon, le domaine revient
successivement à Elisabeth Françoise Bouvard de Fourqueux, marquise de
Baliviére (en 1812 ou 1813), puis à la fille aînée de celle-ci, la
vicomtesse de Bonneuil (en 1839-1840). Au cours de la première moitié du
XIXe siècle, l'essentiel des travaux concerne la réfection du mur du parc,
ainsi que la couverture en tuiles et en ardoises. On notera également que
dès cette époque la réparation des arcades est entreprise. Enfin, à partir
de juillet 1823, on effectue des réparations à la chapelle; les vitraux sont
réparés en 1834. Félix René vicomte de Chabenat de Bonneuil et Marie
Antoinette Elisabeth Lecornu de Balivière son épouse, ainsi que Elisa
Francoise Bouvart de Fourqueux, marquise de Balivière, veuve de Benjamin
Pierre Aimé Lecornu de Balivière vendent le domaine de Farcheville à Jacques
Henri Thirouin, négociant en farine, et Flore Pauline Corpechot son épouse,
le 30 et 31 mai 1842. Une fois encore, la description est très sommaire et
ne fournit guère d'indications plus précises que le plan cadastral de 1825.
Le nouveau propriétaire entreprend divers travaux a partir de 1844, Il
s'agit en grande partie de la réfection des toitures (jusqu'en 1859, furent
livrées environ 154.000 tuiles et 213 faîtières ainsi que 1150 ardoises).
Mais on note surtout les énormes quantités de plâtre livrées au château
pendant cette même période (environ 183 tonnes de plâtre ordinaire et 360 kg
de plâtre fin). En 1845, le "mur de clôture séparant la cour du château
d'avec la basse-cour en moellons hourdés de terre nécessite un dépavage ;
une cave neuve est attestée en 1846 et la même année on bâtit une bergerie
dans les fossés attenant la basse-cour. Enfin, en 1845 et 1846, on livre
1166 écoinçons en grés. Leur destination n'étant pas précisée, faut-il
établir un rapport avec le mur d'enceinte ? Pour 1853, on conserve un projet
relatif à lL'agrandissement de la ferme consistant en la construction d'une
grange; la même année, on envisage d'ouvrir un passage de voitures au
travers de la terrasse de gauche". Celui-ci est toujours visible, couvert
par un pont, vraisemblablement construit au même moment. En 1858, Alphonse
Adam, architecte à Etampes, exécute des dessins et établit un devis pour une
remise de voitures. En 1897, la "tourelle proche le potager" sert
d'habitation au jardinier, les premiers projets de cet aménagement remontent
à 1855, alors que dans les angles est et ouest, les pavillons sont habités
par les gardes. Une nouvelle campagne de restaurations de grande envergure
est attestée à partir de 1899, alors que Farcheville est la propriété
indivise d'Edouard Victor Bartaumieux, commissaire-priseur et Alfred Emile
Robert, époux respectivement de Georgette Marie Pauline et Marie-Louise
Thirouin, petites-filles de Jacques Henri Thirouin. Un mémoire des travaux
exécutés en 1899 par A. Corty, entrepreneur à La Ferté Alais, permet d’en
apprécier l'ampleur : 41 morceaux de grés "pour la tourelle", 239 "pour les
ogives", 10 pour les "gueulards" (les gargouilles) furent livrés. Le mur
d'enceinte est alors repris dans sa totalité. Deux documents graphiques
antérieurs a 1899 donnent la preuve irréfutable que la façade principale du
château fut entièrement rhabillée par Bartaumieux et Robert. Un "mémoire des
travaux de charpente, menuiserie et serrurerie exécutés pour le compte de
Messieurs Robert et Bartaumieux" en 1900-1901 par Berthelot et Cailloux,
entrepreneurs a Etampes, sous la direction de l'architecte Anjubert, nous
apprend que la plupart des charpentes furent remaniées a cette époque. Cette
modification est très vraisemblablement liée a la construction du chemin de
ronde qui repose sur les arcades, puisque l'on a été obligé de modifier la
pente du toit du côté extérieur. La passerelle qui longe le chevet de la
chapelle du côté du rempart date aussi des années 1900-1901. Une promesse de
vente de 1910 fait état des "gros travaux de réparations et de
reconstructions" exécutés depuis l'adjudication du 30 avril 1898 et il
s'agit incontestablement des opérations énumérées ci-dessus.
Éléments protégés MH : les façades et les toitures des communs, des remises
et des écuries édifiées dans le fossé à l'est, du bâtiment d'habitation
accolé au mur ouest du château et du colombier en bordure de la route
d'Etampes à Fontainebleau : inscription par arrêté du 20 octobre 1947.
L'enceinte fortifiée, la chapelle et la grange, les façades et les toitures
du bâtiment principal élevé au-dessus du porche d'entrée, y compris la tour
de l'escalier et le bâtiment renfermant la cuisine au nord de ce dernier,
les façades et les toitures de la maison de Chapelain : classement par
arrêté du 29 avril 1948. (1)
château de Farcheville 91880 Bouville, tel. 01 60 80 63 64, propose la
location de salles pour réceptions.
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