|
A
dix-sept lieues de Paris, près de la route d’Orléans, entre Étampes et
Angerville, est le bourg de Méréville, dont l’étymologie pourrait être mira
villa, maison de campagne admirable. Il est renommé pour son château et son
parc dessiné à l’anglaise ou plutôt dans le genre suisse; les eaux, les
ponts, les plantations, les bois, les bosquets, les rochers, les monuments
qui en font l’ornement, sont dignes de fixer l'attention des amateurs de la
nature, des amis des arts, et attirent chaque jour une foule de voyageurs.
Ce délicieux séjour, comparable aux plus magnifiques de l'Angleterre,
l’emporte par la grandeur sur tous ceux que la France offre dans ce genre.
Le château de Méréville, qui remonte au temps de François 1er, était un
bâtiment sans caractère, qu’on eût pu appeler les Quatre-Tours, à cause des
tourelles construites aux quatre angles: les deux du levant forment des
avant-corps très saillants. Après avoir longtemps appartenu à une famille de
La Tour-du-Pin, il fut vendu, en 1784, à M. de Laborde, riche banquier de la
cour, qui le fit entièrement restaurer. On y ajouta deux grandes ailes, dont
le toit en plateforme était orné d’une rampe en pierre; aux quatre coins
étaient comme suspendues de petites tourelles qui se terminaient en cul de
lampe. Un M. Despagnac, devenu propriétaire du château de Méréville, diminua
de moitié les deux ailes et enleva ainsi à la maison les deux plus belles
pièces; par là, il fit preuve ou du plus mauvais goût ou d’une sotte
avidité. La pièce du sud était le salon d’été, où l’on admirait six grands
tableaux du célèbre Vernet, qui ont été achetés pour le château royal de
Saint-Cloud. Celle du nord, la grande salle à manger, toute en stuc, était
décorée de huit colonnes, de l’ordre toscan, qui sont maintenant l’ornement
du petit temple. On y voyait six belles statues aussi en stuc, presque de
grandeur naturelle, placées sur des piédestaux cannelés; quatre de ces
statues sont actuellement dans la grande salle à manger, et représentent
Vertumne et Flore, les deux autres se trouvent dans la petite salle à
manger. Les cornes d’abondance qu’elles tiennent servaient à porter des
girandoles.
A la place de ces deux superbes pièces se trouvent deux jolies terrasses,
garnies de rampes en fer et ornées de fleurs et de plantes odoriférantes,
telles que le laurier-rose, le citronnier, l’oranger, le grenadier, et le
mvrthe. Devant la porte d’entrée est un large perron de cinq marches qui
s’étend d’une tourelle à l’autre. Le château a trois étages. Il est éclairé
par cent dix croisées, dont trente quatre sur la façade occidentale. Il a
cent quarante quatre pieds de long, non compris les terrasses, et soixante
trois de large. L’intérieur offre une suite d’appartements remarquables par
le bon goût qui y règne et l’effet que produisent les portes vitrées du
rez-de-chaussée est admirable. Le vestibule, qui a trente trois pieds de
longueur sur quinze de largeur, est orné de six colonnes en pierre, de
l’ordre toscan, dont la base repose sur de grandes dalles de marbre blanc
avec des veines bleues, qui forment le pavé. En y entrant, vous croiriez
apercevoir dans un enfoncement un autel tel que les anciens en dédiaient à
Vesta: c’est un très beau poêle surmonté de l’oiseau favori de Jupiter, qui
tient dans ses serres les foudres de ce maître des dieux, et qu’à son air
majestueux vous prendriez pour le roi Périphas changé en aigle. La grande
salle à manger, jadis la petite, toute en stuc, pavée en marbre blanc, a
trente six pieds de long, dix neuf de large et vingt de haut. Quatre
colonnes supportent une belle et large corniche de laquelle s’élève une
espèce de dôme terminé par un vitrage. Dans quatre niches, sur des
piédestaux, sont placées les statues de l’ancienne salle à manger, qui,
quoiqu’un peu raides, méritent de fixer l’attention des connaisseurs. De
belles glaces, d’un seul morceau et de huit pieds de hauteur, enrichissent
deux cheminées de marbre jaune, chargées de décorations en cuivre doré. Les
tables, les portes, ainsi que presque toutes celles du rez-de-chaussée et du
premier étage, sont en bois d’acajou. La petite salle à manger, qui était
auparavant la salle de billard, n’a de remarquable qu’un riche buffet de
service et deux statues de Flore. On y voit quatre portraits de la famille
de Saint-Roman, faits par Diteler, peintre suisse.
Le grand salon, autrefois salon d’hiver, a trente pieds de long sur vingt et
un de large. Il est éclairé par cinq portes vitrées, dont trois sur une
terrasse d’où l’on découvre les plus riantes perspectives. On voit dans
cette pièce quatre grands tableaux de Robert, représentant les quatre ordres
d’arcbitecture: toscan, dorique, ionique et corinthien; ils sont très
estimés des connaisseurs. Cet appartement est décoré d’un lustre en cristal;
les chambranles de la cheminée, la pendule, les glaces, les consoles sont
d’une grande beauté. La salle de billard, auparavant la bibliothèque, est
une très belle pièce qui a vingt six pieds de longueur, dix huit de largeur
et vingt de hauteur. Comme dans la grande salle à manger, les lambris sont
en stuc et, se rapprochant par le haut, forment une sorte de dôme également
éclairé par un vitrage. Les chambranles en marbre noir, la glace et le
billard sont remarquables; et ce qui n’échappe pas aux regards, ce sont deux
beaux tableaux qu’on croit être de Vernet. La salle d’acajou, qui servait de
cabinet à M. de Laborde, est une rotonde dont les murs sont revêtus de
lambris d’acajou; les armoires et les portes sont aussi en acajou. La
profusion de ce bois précieux rend cet appartement très riche, mais sombre
et triste: effet qu’on a voulu détruire par les glaces qu’on y a
multipliées; celle de la cheminée est magnifique. Cette pièce sert de salon
dans l’automne, lorsque la famille est seule. Les chambres à coucher, tant
du rez-de-chaussée que du premier étage, ainsi que la salle des bains, pavée
en marbre, sont remarquables par la grandeur des glaces, la beauté des
cheminées en marbre de diverses couleurs, et par la richesse des meubles et
des portes en acajou. La chapelle nouvellement construite au fond du
corridor du premier étage et décorée avec soin, mérite d’être vue. Les vases
sacrés, la garniture de l’autel, les ornements sacerdotaux, ouvrages des
pieuses châtelaines, réunissent ce que le bon goût et l’art peuvent offrir
de plus élégant et de plus beau. A la vue de tant de beautés et de tant
d’opulence, le voyageur, l’amateur des beaux-arts, saisi d’étonnement et
d’admiration, demeure extasié. On trouve rarement en effet, excepté dans les
maisons royales, des appartements aussi remarquablement beaux.
Le château n’avait qu’une cour et une petite prairie. Pour former le parc,
digne objet de la curiosité générale, M. de Laborde fut obligé d’acheter, au
prix de l’or, diverses portions de terre, qui, comme une partie considérable
de la vallée, n’étaient qu’un marais fangeux et un terrain stérile. Le sol
fut créé, animé, couvert d’agréables bosquets et d’épais bocages, et planté
d’arbres de toutes espèces; on y fit des mouvements de terrain prodigieux,
des montagnes et des rochers furent composés, des grottes construites, des
canaux creusés, de beaux ponts jetés sur la rivière dont on divisa les eaux;
l’utile étant joint à l’agréable, il fut formé de bonnes prairies. Le génie
triompha de tout; et la nature, façonnée à volonté et heureusement imitée,
fut surprise de se trouver dans le parc de Méréville dessiné comme par
miracle; les enchanteurs qui opérèrent cette métamorphose, furent le peintre
Robert et l’architecte Bellanger. On ne voit point dans le parc de ces
petites fabriques qui ne sont que des colifichets; le grandiose, la richesse
et l’élégance sont le caractère distinctif des beaux monuments dont il est
décoré; ils attestent le bon goût et le talent des grands artistes qui les
ont élevés, l’amour de M. de Laborde pour les arts et sa fortune colossale;
pour leur création et leurs ornements, neuf ou dix millions ont été
dépensés. En considérant ce jardin délicieux, dont les masses sont
imposantes et les détails charmants, où règne la variété, où l’art se cache
si bien sous les traits de la nature qu’on le prendrait pour elle-même, où
l’on ne voit point de ces symétriques alignements, de ces courbes calculées
qui commandent la stupide admiration, où tout séduit les yeux, où tout parle
au cœur, où se trouvent des bois toujours verts, des arbres odoriférants,
des prairies semées de fleurs et entrecoupées de ruisseaux qui coulent avec
un doux murmure, des oiseaux qui chantent sans cesse dans les bocages. (1)
Éléments protégés MH: les façades et les toitures du château et les pièces
suivantes avec leur décor : l'antichambre, la salle à manger et le salon au
rez-de-chaussée, le Grand parc avec ses dix-sept fabriques ou vestiges de
fabriques, à savoir : la basse-cour suisse, le colombier, les deux
glacières, les grottes des Demoiselles, la grotte au nord de l'ancienne
laiterie, les grottes sous l'ancien Temple de la Piété filiale, la laiterie,
la maison du jardinier, le moulin, le pavillon, le pont d'acajou, le pont
des boules d'or, le pont cintré, le pont du chemin (pour la partie
appartenant au groupement forestier de Landeroyne), le pont de roches, les
grandes Roches, le lavoir situé au sud du pont sur la Juine : classement par
arrêté du 15 juin 1977. La "Colonne Trajane", fabrique de l'ancien petit
parc : classement par arrêté du 7 septembre 1978. Les parties subsistantes
des cinq fabriques suivantes de l'ancien petit parc : le "fort" (1, avenue
Raymond-Poincaré), les "écuries anglaises" (3, avenue Raymond-Poincaré), le
pont du chemin, le "petit château" (1, avenue de Laborde), la "fausse
chapelle" (route de Saint-Cyr) : inscription par arrêté du 7 septembre 1978.
Toutes les pièces avec leur décor au rez-de-chaussée du château, à
l'exception des trois pièces déjà classées : classement par arrêté du 17
décembre 1993. Les intérieurs du château, à l'exception de toutes les pièces
du rez-de-chaussée classées : inscription par arrêté du 17 décembre 1993. En
totalité, l'aqueduc du domaine, y compris la vanne permettant sa prise d'eau
au moulin de Semainville : inscription par arrêté du 29 juin 2013. (1)
château de Méréville 91660 Méréville, domaine ouvert au public, visites
tous les dimanches de juin et d'octobre de 10h à 18h.
Ce site recense tous les châteaux de France, si vous possédez des documents
concernant ce château (architecture, historique, photos) ou si vous
constatez une erreur, contactez nous. Nous remercions chaleureusement
Monsieur Bernard Drarvé pour les photos qu'il nous a adressées afin
d'illustrer cette page.
source
des photos par satellite:
https://www.google.fr/maps
A voir sur cette page "châteaux
de l'Essonne" tous les châteaux répertoriés à ce jour
dans ce département. |
|