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Château de Jeurre
 
 

   Alors que les données concernant l'architecture sont pour ainsi dire inexistantes jusqu'à la fin du XVIIe siècle, la première mention relative au Grand et Petit Jeurre se trouverait dans le cartulaire de l'abbaye de Morigny en 1246. Un siècle plus tôt, en 1120, "par une charte signée à Jeurre-le-Chatel, Louis VI accorda divers privilèges à l'abbaye de Morigny". Mais il est actuellement impossible de vérifier à quoi pouvait correspondre cette désignation. En 1412, i est fait état d'un "hébergement appelé la Tour de Jeurres". Cette appellation perdure jusqu'en 1751, année ou l'on évoque "Adrien Constant Esprit Regnault chevalier comte de Barres... demeurant ordinairement en son château de Barres les Étampes, cy devant la grosse tour de Jeurs”. L’Atlas de Trudaine, contemporain, illustre clairement l'état des bâtiments au milieu du XVIIIe siècle : Le château de Barre est alors en ruines, le château de Joeur appartient semble-t-il au comte de Barre, et le Petit Joeur est également figuré, Ainsi l'évolution historique du domaine conduira a étudier successivement le château de Barre, le château de Joeur et ses communs, le parc et les fabriques et le Petit Joeur. Le château de Barre ne semble pas figurer dans les documents avant le milieu du XVIIIe siècle, lorsqu'il apparaît sur le plan de Trudaine. On distingue a cet emplacement les ruines d'un édifice de plan centré, peut-être muni de tours si l'on en croit une carte sans doute contemporaine, et elles pourraient fort bien correspondre à ce qui fut jusqu'alors appelé la Tour de Jeurre. Celle-ci est en la possession de Pierre de Pavyot, écuyer, seigneur de Joeurs en 1481. La seigneurie demeure dans sa famille jusqu'en 1637 au moins, bien que ladite tour de Joeurs ait été adjugée le 18 novembre 1631 a Guillaume Millet. Vingt ans plus tard, ce dernier est à son tour désigné comme seigneur de Joeurs, toujours à propos de ladite tour de Joeurs (acte de foy et hommage du 15 janvier 1658). Le domaine passe dans la famille Regnault des Barres le 3 décembre 1689, lorsque Guillaume Millet en fait don a sa soeur, veuve en secondes noces de Jean Regnault des Barres.
C'est après plus d'un demi-siècle seulement que l'ancienne grosse tour de Jeurs est dénommée château de Barres les Étampes, à une époque ou le château de Joeur existait déjà, tout comme le Petit Joeur. Cette nouvelle appellation s'explique par l'érection de la grosse tour de Jeurre en comté de Barre au mois d'août 1698. Actuellement, il subsiste une cave voûtée a l'endroit ou dut s‘élever autrefois la grosse tour de Joours. Il n'est plus possible aujourd'hui de situer ce qui était décrit en 1547 comme “le lieu, circuy et maison de Jeurre qui se consiste en maison couverte de chaume, court close a murailles, les deux grandz portes dudit lieu avecques le jardin cloz a murailles". A occasion de la donation faite par Guillaume Millet à sa soeur Marguerite Millet le 3 décembre 1689, "ladite terre et fiefs des Grand et Petit Jeures sont dits consistant en chateaux, maisons, bastiments, clos, jardins..." mais aucune description plus détaillée n'y figure. C’est seulement dans 'aveu et dénombrement du 2 janvier 1696 que fon trouve quelques détails : "le lieu seigneurial et principal manoir du Grand Jeures appelé la grosse Tour de Jeurs se consistant en corps d'hotel, chateau, chapelle, pavillons, colombier a pied, escuries, remises, granges et estables, cour et basse cour, fossés canaux, jardins et enclos...". On notera que le Grand Jeures est ici assimiléà la grosse tour de Jeurs ; quant aux bâtiments énumérés, il semble difficile de les identifier avec précision, même sur le plan de Trudaine. On peut y distinguer toutefois la cour entourée par trois corps de bâtiment formant un U ainsi que la basse-cour bordée par les communs.
Le 8 octobre 1760, Adrien Constant Esprit Regnault, comte de Barres, petit neveu de Guillaume Millet, "seigneur de Joeurs et autres lieux, capitaine, grand bailly et gouverneur desdits ville, château et duché d'Estampes, demeurant ordinairement en son château de Joours" vend le domaine à Louis de Talaru, marquis de Chaimazel, comte de Chemarande, chevalier des ordres du Roy, brigadier de ses armées, et premier maître d'hotel de la Reine, l'acte énumère "le fief, terre et seigneurie de la Tour de Joeurs scitué en la paroisse de Saint Germain lez Etampes, consistant en un chateau en très mauvais état, dont un des pavillons n'est pas couvert, et l'autre n'est pas fini, et au surplus manquant de portes et de fenêtres, terres bois, et autre appartenances et dépendances". Moins de dix ans plus tard, le 24 novembre 1768, après la mort du marquis Louis de Talaru, son fils César Marie vend à Germain Petit, laboureur et receveur de la terre et seigneurie de Mesnil Girauit, "le chateau de Joeur scitué audit lieu de Joeur". Celui-ci consiste alors "en plusieurs batimens, chapelle etante dans ledit château, cour devant, d'une ferme y tenant convenable a exploitation d'un fermier, batimens écuries, vacherie, granges, colombier, droit d'yceluy, cave dessous avec une seconde cour à usage du fermier, abreuvoir en ycelle, potager, prés, aulnois, préz...". L'évocation ici du "rang d'ormes que ledit seigneur vendeur à fait planter sur la partie d'héritage aboutissant sur laditte sente de Villemartin” serait peut-être rapprocher des quelques arbres figurés par Trudaine le long du chemin débouchant en face du Petit Joeur. La ferme ou basse cour de Joeur comprend alors deux granges, écurie, vacherie, toit à porcs, colombier et poulailler.
Le 23 mars 1792, Germain Petit vend le domaine à son gendre Etienne-Louis Collard-Dutileul, ce dernier agissant comme prète-nom de Louis César Alexandre Dufresne-Saint-Léon, Directeur général de fa liquidation de la dette publique. La description du "grand et petit Joours" n'est pas différente de celle donnée lors de la vente de 1768. Menacé d'arrestation en novembre 1782, puis en novembre 1793, le nouveau propriétaire évita de se faire connaitre. Lorsque ses biens immobiliers de Jeurre furent mis sous séquestre, il prit la fuite, et bien qu'il n'eut pas, semble-t-il, quitté la France, il fut déclaré émigré. Radié définitivement de la liste le 16 prairial an VIII (5 juin 1800) il put enfin entrer officiellement en possession de son domaine. Des difficultés financières l'obligèrent sans doute à revendre la propriété le 30 Thermidor an X (18 aoct 1802) à son ancien prète-nom. Il en conserva toutefois usufruit jusqu'en 1809, date a laquelle il le céda à sa filleule, la comtesse Mollien, file de Collard-Dutilleul et femme du ministre du Trésor impérial, Dufresne-Saint-Léon continua d'ailleurs à résider à Jeurre où un appartement lui fut aménagé dans les nouveaux communs(archives du chateau de Jeurre). De 1809 à 1814, les Mollien firent exécuter importants travaux à Jeurre ; agrandissement du château, reconstruction des communs, de la ferme et de la maison du jardinier, aménagement du parc, sous la direction de Pierre-Nicolas Bénard puis de Jacques-Charles Bonnard (a partir de septembre 1813). Une dizaine de mémoires concernant des travaux effectués au château pendant cette période sont conservés dans les archives de Jeurre. On retiendra en particulier la construction de deux pavillons faisant aile en 1810, réalisée par Simoneau père, maître maçon à Étampes.
L'ancienne ferme fut partiellement démolie en 1809 : on en conserve la grange (aile sud de la ferme) et ses annexes : étables et poulailler. En 1810-1811 on construit l'aile nord de la ferme, contenant d'est en ouest : une écurie, une vacherie, un passage charretier, le logement du fermier et un fournil, ainsi que les deux hangars ouest, les murs de clôture, l'abreuvoir et le pont. Les bâtiments de la cour du colombier encore appelée jardin en 1811, furent bâtis en 1812-1813. Ils se composent de deux bergeries flanquant une laiterie qui forme le soubassement du colombier. En 1812 également, on commença à construire les communs, achevés au début de l'année suivante, ils se composent au rez-de-chaussée d'écuries, sellerie et remises surmontées de greniers. La nouvelle maison du jardinier dut être entreprise en 1813, année de la pose de la couverture. Tous les travaux étaient achevés le 15 février 1814. A la mort de Mme Mollien en 1878, l'héritage est vendu a Baffoy, qui le cède son tour à Alexandre Henry Dufresne de Saint-Léon en 1890. A partir de cette date, le domaine demeure dans la même famille. Hormis une brève énumération de 1696, où sont cités fossés, canaux, jardins et enclos, les informations ayant trait au parc sont quasi inexistantes. Les canaux, que l'on distingue sur l'atlas de Trudaine, de même que l'organisation géométrique du jardin sont également mentionnés dans un acte de vente en 1768. L'aménagement du parc s'inscrit parmi les travaux effectués entre 1809 et 1814. A défaut de sources écrites, le plan cadastral de 1824 illustre parfaitement les transformations intervenues depuis le milieu du XVIIIe siècle. Quant aux fabriques, elles proviennent pour l'essentiel de Méréville, ou elles menaçaient ruine après abandon du domaine à la suite de l'exécution capitale de son créateur Jean-Joseph de Laborde et du lotissement dune grande partie du parc entre 1896 et 1897.
Il s'agit du Temple de La Piété filiale, élevé entre 1786 et 1790 par l'architecte J.B. Barré sur les dessins d'Hubert Robert; les sculpteurs sont de Méziéres et Hermand. Le Cénotaphe de Cook, sculpté par Pajou, de Méziéres et Le Vieux, d'après des dessins d'Hubert Robert et achevé en 1788. La Colonne rostrale, exécutée entre 1787 et 1789 par le sculpteur Leprince sur les ordres d'Hubert Robert. Autrefois placée dans une île à Méréville, elle avait été dédiée par M. de Laborde à deux de ses fils, péris dans le Pacifique, dans l'expédition de La Pérouse en 1786. La façade de la Laiterie, construite entre 1790 et 1792; les dessins sont d'Hubert Robert, les sculptures de J.B. Pailhet dit La Liber. Par ailleurs, le portail de l'hôtel de Verrue élevé par Victor-Thierry Dailly entre 1735-39 et 1741 à Paris a été remonté prés de la route nationale, de même que le fronton provenant du château de Saint-Cloud placé au fond de allée verte en 1938. Ce fronton fait partie de la campagne de travaux entrepris par Jules Hardouin-Mansart qui succéda ici a Le Pautre; Mansart édifia l'aile droite qui abritait la Galerie et redécora l'aile gauche déjà construite partir de 1670; c'est à ce moment que Mansart conçut les grands frontons qui ornaient les façades de ces deux ailes; on peut dater ces travaux aux environs de 1677. Enfin, la partie supérieure du corps central de l'hôtel Le Juge puis a'Anglade fut intégré à la façade arrière du château. La colonne surmontée d'une sphère armillaire datant du XVIIe siècle doit également être citée ici. Tous ces éléments épars furent acquis par l'arrière-grand-père de l'actuel propriétaire. Le Petit Joeur est attesté dans les actes et sur le plan de Trudaine jusque vers le milieu du XVIIIe siècle. On ne connait pas de description détallée, pour lequel noble homme Pierre des Mazis, écuyer, seigneur de Bruyéres les Scollez et du Petit Jeure rendait foy et hommage à noble homme maître Jean Le Verrier, seigneur de Villemartin, conseiller du Roi, le 10 août 1588. Pierre des Mazis en fit l'acquisition de Charles de La Tranchée, écuyer, le 17 novembre 1512.
Le domaine s'étend le long de la rive gauche de la vallée de la Juine, sur un terrain légèrement en pente. Le château est entièrement enduit, mais on distingue dans le soubassement un mur antérieur aux travaux du XIXe siècle composé de grès, pierre de taille et moellons et calcaire. Château de plan rectangulaire flanqué de deux pavillons sur chaque côté. Les adjonctions successives sont lisibles tant dans le sous-sol qu'au niveau du comble où les modifications apparaissent clairement. L'ensemble du bâtiment s'élève sur un sous-sol. Toits à longs pans brisés et croupes; bulbe sur l'avant-corps central (façade surcour). Les treize ouvertures de l'élévation ouest, du côté de la R.N.20, sont disposées en travées sur quatre niveaux. L'avant-corps saillant à trois pans se distingue par une ornementation plus proche de la travée centrale : fenêtres plus cintrées, balcon en fer forgé a l'étage, volutes flanquant la lucarne; deux bas-reliefs figurant des chutes d'instruments de musique sont placés de part et d'autre de la fenêtre à l'étage. On accède a la porte principale par un escalier droit de dix marches. Une seconde porte se trouve dans le pavillon gauche, au niveau de la cour. Le corps de logis est rythmé par sept travées sur deux niveaux, alors que les pavillons possèdent seulement une fenêtre et une lucarne sur la face principale et le retour vers le corps de logis, On accède à ce dernier par la porte centrale précédée d'un perron de trois marches. C'est sur les élévations nord et sud (faces latérales) que la juxtaposition entre les pavillons construits pour Mollien en 1810 et ceux élevés par le comte de Saint-Léon à la fin du XIXe siècle apparaît clairement. La jonction est matérialisée par une jambe de refends qui reproduit le motif des chaînes d'angle. Dans le premier pavillon, deux travées d'ouvertures sur deux niveaux plus deux lucarnes dans le comble. Dans le deuxième pavillon, trois fenêtres très hautes éclairent une grande salle; au niveau du comble, les lucarnes sont identiques a celles du premier pavillon. Alors que le bâtiment donne à l'extérieur une apparence homogène, les agrandissements successifs sont visibles tant dans le soubassement et dans la charpente qu'au premier niveau, où une fenêtre subsiste dans l'ancien mur gouttereau: elle devait a l'origine donner de la lumière à l'escalier...

Éléments protégés MH : le temple de l'Amour, le tombeau de Cook, la colonne rostrale, la façade principale de l'ancienne laiterie ainsi que la façade postérieure y compris les bas-reliefs qui la décorent, le gnomon, provenant du château de Méréville et réédifié dans le parc : classement par arrêté du 9 août 1957. La porte provenant du château de Saint-Cloud, l'avant-corps central et le fronton de l'hôtel d'Anglade remontés sur la façade du château de Jeurre : inscription par arrêté du 9 août 1957. Le fronton provenant de l'ancien château de Saint-Cloud et réédifié dans le parc : classement par arrêté du 1er juin 1973. Les façades et les toitures, y compris les éléments rapportés : inscription par arrêté du 6 mars 1980.

château de Jeurre 91150 Morigny-Champigny, propriété privée, ne se visite pas.

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