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Les origines d'Oysonville sont encore mal définies: les Archives du château,
celles des maisons de Garlande, de Corbeil et d'Escrosnes ne contiennent que
peu de détails au-delà du XIIIe siècle. L'on rencontre dans les chartes de
la célèbre abbaye de Saint-Père-lés-Chartres un "Bernerius de Osenvilla" au
XIIe siècle, était-il d'une famille du nom d'Oysonville? là encore les
recherches ont été vaines; cependant, il y a tout lieu de croire que, si ce
Bernier n'était à proprement parler seigneur d'Oysonville, il y possédait du
moins des fiefs importants, car il se trouve cité avec les personnages les
plus considérables de la féodalité chartraine à cette époque: Goslein de
Lèves, Amaury de Levesville, Guerry Baise-Diable, et plusieurs autres. En
1240, Guy, seigneur de Chevreuse, et Hélissende, sa femme, seigneurs directs
d'Oysonville, autorisent Gervais de Sèvres, chevalier, et Isabelle, sa
femme, à vendre à l'abbesse de Saint-Antoine-lez-Paris des terres sises à
Oysonville et la moitié du four valant environ 59 solz parisis de rente.
Gervais de Sèvres et sa femme avaient auparavant obtenu des seigneurs
dominants, Manassès de Garlande, Jean et Miles de Corbeil, la ratification
de l'acte précédent, le mardi après la Pentecôte 1241, ratification qui fut
également approuvée par nobles dames, Jeanne, femme de Jean de Corbeil, et
Mahaut, femme de Miles de Corbeil, secondes suzeraines des biens vendus.
Colin d’Escrosnes nous parait être le premier seigneur d'Oysonville de cette
maison beauceronne, dont le berceau (Ecrosnes) est situé aux environs de
Gallardon. On trouve ce personnage cité comme seigneur d'Oysonville dans
plusieurs actes. Son fils, Simon 1er du nom, lui succéda en cette qualité
vers 1319. Nous voyons ce seigneur acheter 27 livres 10 solz parisis de
rente, sise à Oysonville, de Manassès de Garlande, seigneur de Maisoncelles,
ainsi qu'un fief au même lieu de messire Jean de Cournoy, plus un autre fief
tenu par Guillaume le Bouteiller, plus une terre fieffée sise à Arbouville,
d'où les droits des seigneurs d'Oysonville sur ce domaine dans la suite.
Ces réunions successives, ces acquisitions sont la véritable formation du
domaine d'Oysonville dont Simon d'Escrosnes ne pouvait être encore que
co-seigneur, puisque nous voyons Manassès de Garlande tenir tous ces biens
de son propre héritage: un acte nous le démontre d'ailleurs en nous
apprenant qu'à la mort de ce Manassès, arrivée le 8 mai 1319, son fils
vendit ce qu'il possédait à Oysonville moyennant 263 livres payées comptant.
A Simon 1er, seigneur d'Oysonville, succéda son fils aîné, Regnauld ou
Renaud 1er du nom. Comme son père, il réunit au domaine d'Oysonville de
nombreux fief sis au territoire de Janville, tels qu'Amoy, Oison,
Lion-en-Beauce, etc. Il épousa Perronnelle de Corbeil, dame de
Blanchefouasse et de Marcilly-en-Corbeil d'où devait relever Oysonville. La
nouvelle châtelaine, qui se trouvait revenir dans les biens de ses pères
puisqu'elle était issue des Garlande, était alliée aux d'Amboise, aux
célèbres barons du Puiset. Regnauld d'Escrosnes et Perronnelle de Corbeil
firent quelques acquisitions à Oysonville, mais on les retrouve surtout à la
Roc-en-Linas. Ils laissèrent quatre enfants: Adam 1er du nom qui suit; 2°
Jeanne qui fut dame de Marcilly-en-Corbeil; 3° Guyot d'Escrosnes, seigneur
de Châtillon-le-Roy, mort en 1454 sans enfants; 4° Luce d'Escrosnes d'Oysonville,
femme de Guillaume de Morainville, chevalier. Le domaine d'Oysonville
consistait alors en une 'maison forte et basse-court, ung cloz de vignes
contenant troys arpens, une garenne, item ung four le tout assis en la ville
et au terrouer d'Ouesonville-en-Beausse". Adam 1er du nom, seigneur d'Oysonville
et de Montlouet, près Gallardon et Ecrosnes, succéda à son père vers l'année
1367. Il devait, à en juger par l'époque de sa mort, être très jeune et même
sous la tutelle de sa mère, puisqu'en 1380 c'est à la dame d'Oysonville que
s'adressaient les lettres du seigneur de Marcilly, alors son gendre,
touchant les fourches patibulaires de la haute justice d'Oysonville dont il
autorisait le déplacement comme étant trop proches des bois du dit lieu.
C'est à la fin de l'année 1367 que nous voyons Adam qualifié de seigneur d'Oysonville
et de Pussay dans une sentence concernant la justice d'Oysonville, dont il
semble s'être sans cesse occupé avec un soin particulier. L'accroissement du
domaine fut continué par ce seigneur d'Oysonville de 1403 à 1407, nous
rencontrons des actes d'acquisitions soit sur Oysonville même, soit sur les
paroisses environnantes; en cette dernière année il acquit une maison et un
jardin proche le château moyennant 42 écus d'or. Adam avait épousé Agnès le
Morhier, d'une des premières maisons du pays chartrain. Le seigneur d'Oysonville
eut de son mariage avec Agnès le Morhier trois enfants: Adam II qui suivra;
Marguerite, et Jehanne d'Escrosnes d'Oysonville qui mourut sans enfants.
Adam 1er mourut en 1409 et fut inhumé ainsi que sa femme dans le chœur de
son église d'Oysonville. C'est donc en 1409 qu'Adam II succéda à son père
comme seigneur d'Oysonville, de Pussay et en partie d'Esclimont, domaine
patrimonial de cette branche de sa maison: quelques années après il épousait
Jacqueline d'Angennes, de la maison d'Angennes Rambouillet. Plusieurs actes
d'hommages que nous trouvons à cette époque nous prouvent qu'Adam II faisait
d'Oysonville sa principale résidence. Le 16 avril 4437, sa sœur, veuve du
seigneur de Saint-Cymond, mourut et il en hérita; c'est ainsi qu'il put
vendre le moulin de Villeneuve en Yveline, qui venait d'elle. Cette même
année fut celle de sa mort; il ne laissait pas d'enfants de sa femme, et ses
domaines passèrent à sa sœur Marguerite d'Escrosnes d'Oysonville, femme de
Jean de Richebourg, seigneur d'Orval. Les nouveaux seigneurs d'Oysonville
laissèrent peu de traces et survécurent peu à leurs prédécesseurs, car ils
étaient morts en 1439, laissant deux filles, l'une Bertrade où Bertranne,
l'aînée, qui fut dame d'Oysonville et d'Ecclimont, et la seconde Michelle de
Richebourg, qui fut dame de Pussay. Avant de quitter cette époque nous nous
ferons ici l'écho d'une tradition constante qui veut que Le comte de
Schrewsbury, qui commandait es armées anglaises ait brûlé le château-fort d'Oysonville,
comme il le fit de ceux des alentours qui se trouvaient sur son passage, et
que ce château, dont la reconstruction aurait eu lieu peu après, n'ait été
terminé que par le baron d'Oysonville, François IIe du nom.
Bertranne de Richebourg, dame d'Oysonville et d'Esclimont, fille du
précédent seigneur d'Oysonville, avait épousé Charles dit Charlot d'Allonville,
seigneur d'Allonville au pays chartrain. En 1452, nous voyons le seigneur et
la dame d'Oysonville souvent occupés à faire d'importantes acquisitions:
c'est ainsi qu'ils achètent le 13 août 4454, de Jean et de Hutin de l'Estendart,
leurs cousins, le tiers d'un "noble fief appelé le Plesseys-Saint-Benoist,
paroisse d'Authon la Plaine" avec les "fruits des nobles fiefs de
Bretonville, Auconville, le Bois-Saint-Martin et Ésclimont" qui furent
naguère à leur tante Marguerite de Trye, dame du Boullay-Thierry. En 1460,
ils réunissent au domaine la seigneurie de Basmeville, paroisse de Châtenay.
Si le seigneur d'Oysonville savait gérer ses biens et ceux de sa femme d'une
façon avantageuse, il n'attachait pas une moindre importance au service du
roi; allant, en 1474, rendre au Prince l'hommage qu'il lui devait pour sa
seigneurie de la Roë-en-Linas; ce monarque le retint à son service, lui
donna des lettres de chambellan et de gouverneur châtelain des villes de
Montlhéry et de Meulan. Charles, seigneur d'Oysonville, d'Exeaux, du
Plessis-Saint-Benoit, d'Esclimont, de Basmeville, mourut en 1479: il
laissait deux fils et cinq filles dont Jehanne, Berteranne, Marie, Catherine
et Marguerite. Sa veuve, Bertranne de Richebourg, fut usufruitière des
terres d'Allonville et d'Oysonville, et le 8 juillet 1479, elle rendit
hommage pour cette dernière seigneurie au seigneur de Marcilly en Corbeil;
nous la trouvons encore le 17 mars 1500, dans une transaction qu'elle fit
avec son fils aîné Simon II et Etiennette d'Autry sa femme. Elle mourut fort
agée à Oysonville, vers 1508. Simon II, seigneur d'Oysonville, grand maître
des eaux et forêts, avait épousé, en 1483, Etiennette d'Autry, d'une famille
originaire d'Auvergne. Vers 1487, Simon II acquit le fief de Boutervillier
de Blanchet de Boutervilier et de Thomas, son frère; en 1489 et 1492, on le
voit aller rendre hommage pour cette terre au roi Jehan de Navarre, comte d'Etampes.
Simon II mourut en 1535 laissant de son mariage deux fils, François qui
suivra; et Florentin d'Allonville, seigneur d'Ezeaux, qui, ayant suivi
l'état ecclésiastique, devint protonotaire du Saint-Siège; puis deux filles,
Marie d'Allonville-Oysonvile, mariée à Jacques de Beaumaistre le 5 mai 1516,
et Marguerite d'Allonville-Oysonville, femme de François de la Motte,
seigneur du Boullay. François, seigneur d'Oysonville, second fils et
successeur de Simon, avait été page du roi, il épousa le 14 septembre 1528
damoiselle Louise de Buz. En faveur de ce mariage, Florentin d'Allonville
abandonnait à son dit frère son droit d'aînesse et lui faisait don d’un fief
noble sis à Boutervillier, d'un autre au Breau-Dannemarie. Devenu seigneur
d'Oysonville en 1535, François d'Allonville était alors chevalier de l'ordre
du roi et gentilhomme de la Chambre. Nous le trouvons souvent à Oysonville
lorsque la guerre ou son service ne l'obligeaient pas à suivre Sa Majesté,
ainsi le 29 novembre 1537 nous le voyons y renouveler ses baux, le 18 mai
1545 il achète conjointement avec sa femme, la terre et seigneurie de
Basmeville et celle du plessis Saint-Benoit de Louis d'Ath. De son mariage
avec Louise de Buz il laissait sept enfants dont François II qui suit; 2°
Charles de Basmeville, enseigne de la compagnie du comte de Bussy,
Chambellan du du d'Alençon; 3° Jean d'Allonville premier écuyer du Duc de
Nevers; 4° Antoine seigneur du Plessis-Saint-Benoist auteur d'une branche
cadette et dont l'une des arrières petites flles devait devenir châtelaine
d'Oysonville; 5° Marie d'Allonville d'Oysonville femme de Jean de Beaufils
6° Agnès d'Allonville Oysonville femme de Mathurin de Beaufils; 7° Catherine
d'Allonville Oysonville mariée le 4 décembre 1577 à Charles de Marvilliers,
capitaine de 50 hommes d'armes.
François II du nom, seigneur d'Oysonville, épousait le 19 octobre 1559
Jeanne du Monceau. François d'Allonville assurait à sa femme 700 livres de
rente à prendre sur la seigneurie d'Oysonville. L'alliance du Monceau était
brillante en tous points: par sa mère, Antoinette de Courtenay, la nouvelle
dame d'Oysonville tenait au sang royal de France; par son père, elle
appartenait à une race ancienne. Le baron d'Oysonville fut député de la
Noblesse aux Etats d'Orléans. Sa femme mourut le 15 novembre 1560, donnant
naissance à deux jumeaux, Claude, qui fut tué jeune étant au service, et
Gabrielle, qui épousa, le 5 septembre 1577, messire Guy de Rochechouart, lui
apportant les seigneuries du Monceau, de Quincampoix, d'Avon, de Saint-Cyr
et de Fontainebleau en partie, partie que le roi Henri IV lui changea contre
la terre de Sury-le-Comtal, en Forez. Le baron d'Oysonville ne resta pas
longtemps veuf de Jeanne du Monceau; le 4 mai 1564 il épousait Jeanne de
Billy. A partir de ce moment, Oysonville retrouve ses seigneurs tous les ans
dans ses murs: souvent mêlés aux affaires locales, ils font des acquisitions
à Oysonville, terminent la construction du château en y laissant les parties
respectées par l'incendie, tiennent plusieurs enfants de leurs vassaux sur
les fonts baptismaux de la paroisse, etc. Le roi Henri IV, qui l'honorait de
son amitié, vint à plusieurs reprises le voir à Oysonville. Nous sommes
arrivés à l'apogée de l'époque brillante des Allonville, à Oysonville. On
aurait alors pu prévoir les chutes successives des années suivantes. Les
bâtiments, les générosités, les réceptions royales et les autres
prodigalités des seigneur et dame d'Oysonville avaient obéré leurs finances:
les revenus sont insuffisants, au lieu des acquisitions passées, quelques
ventes sont opérées; l'on en arrive promptement aux expédients. Une grosse
somme est empruntée et aux échéances le 26 novembre 1612, tout paiement est
impossible, malgré mille promesses et des pourparlers avec le président
Sevin.
Le château consistait alors en un grand corps de logis couvert d'ardoises
avec d'autres bâtiments tant pour le logement que le service; de plus il y
avait le parc entouré de ses murs, les jardins d'agrément et d'utilité,
vergers, basse-cour, plusieurs clos de vignes en plein rapport, enfin une
quantité considérable de droits féodaux qui, bien plus que par l'étendue et
le revenu des terres, constituait l'importance du domaine composé de quatre
cent soixante-six arpens. Tout était bien fini, et cependant jusqu'à la mort
de François d'Allonville arrivée en 1615, et jusqu'à celle de Jeanne de
Billy, arrivée en 1620 environ, ce fut une rage de récriminations, Jacques
d'Allonville poussa plus loin les choses, il ne cessa de se qualifier de
baron d'Oysonville, et en 1632 encore, dans un partage entre son fils et
Pierre, seigneur de Vertron, il est fait allusion aux "prétentions de
Charles le Prévost", qui possédait Oysonville depuis tantôt vingt ans. A
partir de 1614, le nouveau seigneur, Charles le Prévost demeure souvent à
Oysonville, et semble s'être promptement accoutumé à sa nouvelle résidence.
Le seigneur d'Oysonville, alors connu sous le nom d'une de ses terres, la
Tour-Saint-Cyr, avait épousé le 21 février 1599 demoiselle Isabelle Sublet
de Noyers. La nouvelle châtelaine d'Oysonville se trouvait alliée, tant par
sa famille paternelle que par son côté maternel, à la plus haute noblesse et
pouvait revendiquer une parenté proche avec la femme du grand Condé,
Clémence de Maillé Brezet. Jusqu'à sa mort, arrivée le 21 mars 1634, le
baron d'Oysonville s'occupa beaucoup d'Osonville; il acquit de nombreuses
vignes pour augmenter son vignoble sis derrière le parc, vers Guillerville.
Le registre de ses acquisitions est volumineux et annoté de sa main.
Isabelle Sublet, devenue veuve, partagea son temps entre Paris, où elle
avait son hôtel, rue Tire-Chape, et Oysonville, où subsistent de nombreuses
traces de sa bonne gestion.
Elle habitait avec ses quatre enfants: Paul, qui sui; 2° Charles, qui suivit
la carrière ecclésiastique; 3° Barbe le Prévost; 4° Madeleine le Prévost,
morte jeune, sans alliance. Paul, baron d'Oysonville, fils et successeur du
baron d'Oysonville, dont il avait hérité en aîné, avec le consentement de
Charles, son frère, qui n'avait retenu pour lui que la seigneurie de
Vaubenard, suivait la carrière des armes. Rendu à la vie privée en 1664, il
habitait tantôt son hôtel de la rue Saint-Benoit, à Paris, tantôt, et
principalement, à Oysonville, avec sa femme et sa fille. Le 6 janvier 1667,
s'éteignait à Oysonville la baronne. Cette châtelaine laissa peu de marques
de sa vie à Oysonville; son nom donné à un bois du domaine, quelques
baptêmes où elle parait comme marraine, et c'est à peu près tout. Jusqu'à sa
mort, arrivée à Paris le 29 novembre 1679, le baron d'Oysonville passa son
temps à faire le bien autour de lui, à s'occuper de ses terres: on le suit
ordonnant des plantations de bois et de vignes, renouvelant ses baux, etc.
Charles-Bernard, marquis d'Oysonville, avait épousé le 12 septembre 1700,
Marie-Madeleine de Sève-Rochechonart, dame de Gommerville. Dès l'âge de
quinze ans, Charles-Bernard avait servi dans les armées du Roi, il avait été
capitaine au régiment "Colonel-Général", que commandait le marquis de
Coetmadeuc, et en 1701 il servit dans le Milanais, dans l'armée du maréchal
de Catinat. L'année suivante, Charles-Bernard acheta, avec l'agrément du
roi, un régiment d'infanterie, avec lequel il fit la campagne d'Allemagne,
mais sa santé précaire l'empêcha de le conserver longtemps. Dès lors, le
marquis habite soit à Paris, soit son château de Chateaurenault en
Bourbonnais, soit Oysonville. Ses affaires, abandonnées aux mains
d'intendants, s’embrouillèrent bientôt; une sentence du Châtelet de Paris
nous apprend que le 18 mai 1706, une séparation de biens fut prononcée entre
sa femme et lui. Miné par la fièvre, malade depuis longtemps, le marquis d'Oysonville
mourut le 2 juillet 1716, laissant quatre enfants: Paul-Guy, Charles-Bernard
III, Claude-Henry et Claude-Geneviève, demoiselle d'Oysonville.
La marquise d'Oysonville se montra, au moment de la mort de son mari, elle
avait tout surveillé, y compris son fils aîné, le marquis Paul-Guy, qui
avait terriblement hérité des goûts de son père. A peine s'était-il senti le
chef de sa famille, qu'il n'avait cesse de demander de l'argent à sa mère,
pour faire face à ses dépenses excessives. En 1719, 1720, 1721, il habite
souvent Oysonville, ainsi que sa mère, qui y passa même l'hiver de 1722. On
fit à cette époque quelques aménagements intérieurs dans le château, mais
Paul-Guy semble avoir surtout apprécié la proximité de la capitale. Toutes
ces folies, toutes ces dépenses n'empêchaient pas le marquis d'Oysonville
d'être un brave et vaillant officier au service du roi, trop vaillant même,
s'il était permis de parler ainsi, puisque sa bravoure téméraire lui ft
trouver la mort au combat de Parme, le 29 juin 1734. Il laissait à son frère
Charles-Beruard III, un droit d'aînesse auquel dès ce moment, la fatalité
semble s'être attachée. Le marquis Paul-Guy avait été marié le 25 août 1733,
à Marie-Anne Duché, dont il n'eut pas d'enfants, et qui mourut elle-même le
23 août 1736, à Paris. Devenu héritier de son frère, le marquis
Charles-Bernard III, avait épousé le 6 mai 1736 Louise-Renée de Fescan, dame
d'Avantigny, de Mettray, de Rochecorbon, de Colléon, etc. Comme son frère,
le marquis d'Oysonville avait été militaire, et s'était trouvé à la bataille
de Parme et y avait été dangereusement blessé: celle blessure le força de
quitter le service. L'exemple paternel fut encore une fois inutile:
Charles-Bernard joue, sa fortune s'obère, cependant Oysonville conserve pour
lui le même prestige qu'il avait eu pour ses ancêtres, il a à cœur de
conserver la terre de son nom, aussi rétablit-il la substitution. En 1759,
mourait très haut et très puissant seigneur Charles-Bernard Briçonnet,
marquis d'Oysonville, baron de Lasse, comte du Bouchet, seigneur de
Congerville, Exaux, Gueurville, Gommerville, etc, laissant deux filles, qui
furent religieuses, et quatre fils, sous la tutelle de leur mère et de
Charles-Mathieu du Pont-d'Aubevoye, comte de Lauberdière, leur voisin en
Anjou et le proche parent de leur tante de la Roussière.
De ces quatre fils, le second seul vécut; François-Guillaume-Simon était
donc devenu, de fait et de droit, marquis d'Oysonville, par le décès de ses
frères. Il se maria le 5 juillet 4763 avec Marie-Françoise-Félicité de
Mandat. La joie, hélas, ne dura pas longtemps: l'année même du mariage, le
chevalier d'Oysonville mourait. C'est au milieu de ces chagrins qu'une fille
naquit au marquis, Alexandrine-Louise, nommée Mademoiselle d'Oysonville.
Deux ans à peine après, le marquis état à Oysonville avec tous les siens
(1766); il n'en put répartir la mort, qui n'avait pas épargné l'un des
siens, s'abattait cruellement sur lui, il avait vingt trois ans. Le 25
janvier 1766, trois jours après sa mort le petit marquis si tendrement aimé,
allait reposer pour toujours dans le chœur de son église d'Oysonville,
laissant, pour tout espoir, sa femme prête à le rendre père une seconde
fois. Une seconde fille naissait, Angélique-Marie-Henriette qui fut tenue
sur les fonts en l'église Saint-Paul, à Paris, le 27 mars 1766, par
Claude-Henri, qui portait à son tour, le titre de marquis d'Oysonville, et
par Angélique-Simonne Boucher, femme de Jean-Antoine-Galyot, chevalier de
Mandat. L'année 1768 devait mettre le sceau à tous les malheurs passés:
Mademoiselle d'Oysonville mourait le 16 mars. Le marquisat d'Oysonville
était revenu à une autre génération. Claude-Henry, qui semblait destiné à
demeurer cadet, et à faire souche de cadets, devenait le chef d'une maison
anéantie par la mort et relevait ce titre tant de fois porté en si peu
d'années. Sa vie ne se ressentit pas de son changement de situation, et sans
rien négliger de ce qui regardait Oysonville, il n'y vint qu'une seule fois
pendant tout son régime seigneurial: le reste du temps, c'est son chapelain,
l'abbé Bréant, qui venait d'être installé à Oysonville, qu'il chargeait du
soin de ses affaires. Tout cela ne dura pas longtemps; le marquis
Claude-Henri s'éteignit à Paris, le 7 octobre 1773. Il restait alors pour
représenter cette famille, naguère si nombreuse, deux veuves abîmées dans la
douleur: Louise-Renée de Fescan, marquise douairière d'Oysonville, et
Claude-Geneviève de Briçonnet, qui, survivant à trois frères, quatre neveux
et deux petites-nièces, devenait héritière des biens de sa maison.
Claude-Geneviève de Briconnet d'Oysonville, née en 1709, était veuve, depuis
le 22 avril 1755, de messire André-René du Pont d'Aubevoye, marquis de la
Roussière, seigneur de Launay-Bafert. Ils s'étaient mariés le 25 janvier
1734, dans la chapelle du château du Bouchet. Le marquis et la marquise de
la Roussière eurent quatre enfants, deux fils, l'un devenu marquis d'Oysonville
et de la Roussière, l'autre nommé, jusqu'à son mariage, le chevalier de la
Roussière et depuis, le comte d'Oysonville, né le 15 janvier 4738; puis deux
filles, l'une morte religieuse le 4 juin 1774, et l'autre morte sans
alliance, le 5 décembre 4765. Une fois propriétaire d'Oysonville, la
marquise y établit sa principale résidence. Elle y avait été souvent dans sa
jeunesse et s'y était attachée; mais ce n'était plus l'époque brillante des
le Prévost et des Briconnet; elles sont passées les fêtes du baron Paul,
passées les chasses du marquis Paul-Guy: la marquise Claude-Geneviève,
hormis quelques voisins, ses enfants et de proches parents, reçoit peu; sa
vie est consacrée à Dieu et au soulagement des pauvres. Seule, avec son
vieux et fidèle chapelain, l'abbé Bréant, dans ce salon rempli de souvenirs
et des portraits de ceux qui n'étaient plus, car la grande salle ne
s'ouvrait guère que pour la réception des mariés du bourg, elle dut souvent
mêler aux regrets du passé, les appréhensions de l'avenir sombre qui
s'ouvrait alors. 1789 était arrivé; la marquise quitta Paris pour aller,
cette fois, à Launay en Anjou: ce fut la dernière étape; la Révolution se
faisait sentir, le comte d'Oysonville, sa femme et ses enfants partirent
pour l'Étranger. C'est en vain qu'on la supplie de les accompagner; sa place
est à Oysomville, elle veut y mourir. Le respect et les marques de
dévouement ne manquèrent pas en Beauce à celle qu'on appelait "la bonne
dame"; la population d'Oysonville sut manifester sa reconnaissance pour le
passé et le présent, mais comme dans ces temps troublés, il se trouve
toujours des gens prêts à mettre partout le désordre, quelques
fonctionnaires obscurs du district de Janville contestèrent les fondations
religieuses, les donations, l'établissement du chapelain surtout: la haine
contre le clergé donnait les arguments pour ces revendications, un procès
eut lieu.
L'issue n'en devait pas paraître douteuse, malgré tout, la marquise eut gain
de cause, les fondations furent jugées particulières, et comme telles, ne
furent pas décrétées bien national. Certes, nul ne s'était épargné pour
arriver à cette réussite. La vieille marquise elle-même avait rédigé un
mémoire à l'adresse du Directoire de Janville. Dans un langage noble et
élevé, elle exposait ses droits, les appuyait, chose étrange à pareille
époque, d'une courte énumération des charges élevées de ses ancêtres, et des
services rendus par eux à la France. Lorsque la marquise fut morte, le
comité révolutionnaire du district s'arrogea le droit d'agir en maître. Le
marquis d'Oysonville et de la Roussière ignora longtemps la perte de sa
mère, et lorsqu'il en fut instruit, étant aux prises avec les tribunaux qui
l'avaient inscrit sur les listes des émigrés, il ne put de suite quitter
l'Anjou pour se rendre à Oysonville. C'est pendant ces entrefaites que les
officiers du directoire de Janville, avec la municipalité de la paroisse,
firent procéder, contrairement au plus simple principe du droit et de
l'égalité, à l'inventaire "de la maison en laquelle est décédée, le 5
brumaire, la citoyenne Geneviève-Claude Briçonnet". Rien ne fut respecté: la
chambre où couchait ladite veuve est livrée au désordre de ces
investigateurs. Les commissaires décrètent la vente du domaine d'Oysonville
et de ses dépendances, c'est alors que la bonté des anciens seigneurs trouva
sa récompense; chaque fermier se rend, de moitié avec l'État, comme le
voulait la loi, acquéreur de la ferme qu'il occupait. L'un des fermiers se
rend en plus, possesseur de ce que les citoyens administrateurs appellent un
vieux château situé à Oysonville avec les bâtiments, jardins et parc qui en
dépendent. Il semble qu'à ce moment, c'en est fait du domaine et de ce nom
même d'Oysonville.
Mais tout ce mal ne s'était pas fait en quelques jours: lorsqu'il fut
terminé, la Révolution touchait à sa fin, l'ordre revenait, l'État n'avait
plus le temps de vendre à des étrangers sa moitié des domaines d'Oysonville.
René-Jacques-Claude, qui luttait en Anjou comme en Beauce, allait tout
recouvrer. René-Jacques-Claude, marquis d'Oysonville et de la Roussière, à
l'âge de seize ans, fut nommé page du roi; deux ans après, en 1750, il se
distingua à la bataille de Minden, où il fut blessé et revint chez lui.
C'est à cette époque que, par l'entremise de la marquise d'Oysonville, sa
tante, il épousa Marie Bouët de la Noüe, le 10 juillet 1763: Malgré son
mariage, le marquis de la Roussière ne quitta le service qu'en 1773, lorsque
la mort successive de chacun de ses parents l'eut rendu leur seul héritier.
Il fit dès lors de sa terre de Launay, en Anjou, son séjour habituel, tandis
que son frère, Oysonville, qui, lui aussi, s'était retiré du service,
demeurait fréquemment en Beauce, auprès de sa mère. Celui-ci, qui seul
devait continuer la postérité, avait épousé sa cousine,
Maric-Louise-Françoise du Pont d'Aubevoye de Lauberdière. La comtesse d'Oysonville
descendait des premiers seigneurs d'Oysonville par son aïeule, Anne d'Allonville,
fille de Pierre, seigneur du Plessis-Saint-Benoit, cadet de la branche d'Oysonville.
Le comte d'Oysonville avait trois enfants de ce mariage, lorsqu'il partit
pour l'émigration, en Allemagne d'abord, puis à Nimègue, où naquit le
dernier Marie-Thomas-Eugène. Henri-Charles et sa femme regagnèrent la
France, et, dès qu'ils le purent, Oysonville, où les attendaient le marquis
et la marquise de la Roussière. Après avoir fait les campagnes de 1813, 1814
et 1823, et avoir reçu, presque enfant encore, la croix d'honneur sur le
champ de bataille d'Hanau, le plus jeune fils, Eugène, dernier marquis d'Oysonville
de la maison du Pont-d'Aubevoye, mourut à Paris, en l'année 1875, sans
laisser d'enfants de Louise-Pauline-Eugénie Odart de Rilly, sa femme et
nièce, puisqu'elle état fille d'Henri Louis, marquis de Rilly.
Le marquis de la Roussière et d'Oysonville répara le mal que lui avait causé
la période révolutionnaire, il rentra en possession du marquisat d'Oysonville
et de ses dépendances. Quelques fermes furent vendues pour payer les frais,
le parc lui-même ne fut pas respecté; le 2 frimaire, de l'an VI, la vente
des bois est décidée. Le château abandonné depuis la mort de la marquise
Claude-Geneviève ou du moins resté tout ce temps sans entretien, était dans
un triste état, et il fallait toute l'affection qu'il portait à Oysonville
pour que le marquis de la Roussière put ainsi en faire sa principale
résidence. Oysonville, lorsque la marquise de la Roussière et d'Oysonville
mourut, passa au neveu de son mari, le marquis Henri-Louis-Jacques, fils
aîné du comte d'Oysonville, qui avait en outre laissé deux autres fils, qui
furent marquis d'Oysonville, et une fille, Geneviève-Emilie, qui épousa
Henri-Louis Odart. La dernière campagne d'Henri-Louis-Jacques fut celle de
1814, il resta bloqué à Wesel, du 12 janvier au 8 mai; depuis, le marquis d'Oysonville
se retira en Anjou, au Bouchet, où il mourut le 10 décembre 1849. Le comte
Théodore d'Oysonville, devenu par suite d'un échange avec
Henri-Louis-Jacques, propriétaire d'Oysonville, était né au château de
Lauberdière, près de Baugé, en 1784. Il épousa Rose-Caliste de Leyritz,
d'une famille originaire de France, mais établie à la Martinique; elle et la
fille unique qu'il en eut moururent après peu d'années de mariage. En 1822,
le comte Théodore fut nommé capitaine de vaisseau, puis gentilhomme de la
Chambre. Devenu marquis d'Oysonville, en 1849, le comte Théodore n'avait pas
attendu sa retraite pour s'occuper du domaine que l'échange lui avait donné.
Comme ses prédécesseurs, il était animé pour Oysonville de sentiments dont
toute la sollicitude de la fin de sa vie fut la preuve. Lorsqu'il y vint, le
château, pour ainsi dire abandonné, offrait plus une habitation possible;
c'était presque une ruine, que les épaisses grilles, qui cachaient les rares
fenêtres ouvertes sur ses façades ne rendaient ni hospitalière ni d'un
logement agréable, et si, ce qui doit plutôt être attribué à cette époque,
où le faux gothique se réunissait péniblement à un style grec de convention,
l'on peut regretter la "modernisation" de cette vieille demeure féodale,
l'on peut dire qu'en la réparant et en la rendant habitable, il en assura la
conservation. C'est à Paris, d'où il ne sortait plus, d'où aussi il envoyait
ses ordres, que le marquis d'Oysonville s'éteignit, en octobre 1862. (1)
château d'Oysonville 28700 Oysonville, propriété privée, ne se visite pas.
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