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Lorsque
l'on quitte le bourg de Coatméal, ancienne paroisse qui fut un prieuré
dépendant de l’abbaye de Daoulas, direction de Lannilis on ne tarde pas à
apercevoir sur la droite une longue allée d’arbres menant au château de
Kerascoët, aujourd’hui en Coatméal, mais naguère en Plouguin. Le manoir
ancien, datant du XVIe siècle, se composait d’une grande maison accostée sur
l’arrière d’une tour carrée, à cul-de-lampe, avec deux tourillons et à
laquelle on accédait par un bel escalier de granit qui a subi les assauts du
temps. Vers le milieu du XIXe siècle, M. de Blois, le propriétaire d’alors,
agrandit le château en y ajoutant deux pavillons qui l’alourdirent en
l’enlaidissant. Sur la gauche du bâtiment, une pittoresque fontaine allonge
son ombre verte dans l’eau morte d’un petit étang. Après avoir admiré un
très joli four à pain, on peut voir, derrière la ferme et sur la droite, le
colombier à porte gothique dont l’intérieur est parfaitement conservé. Du
salon du château, on aperçoit à l’orée du bois voisin, un dolmen transporté
ici et jadis en Plouguin. Tout près, dominée par un minuscule clocheton, se
tient la chapelle désaffectée, où, pendant l’occupation, le chanoïne
Cardialaguet, réfugié à Kerascoët, célébrait la messe chaque dimanche. À
l’intérieur, des boiseries sculptées sur les murs et sur la tribune de
format réduit, on remarque des tableaux représentant les quatre
Evangélistes. Cette chapelle, construite en 1756, comme l'indique une date
qui se détache sur la façade, contient trois tombeaux, l’un ancien, et
armorié, avec l’épitaphe d’un Olivier du Vieux Chastel, sieur de Kérascoët,
capitaine de vaisseau au XVIIIe siècle; les deux autres, plus récents, sont
ceux de Jonathas de La Boissière, décédé à Kérascoët, le 22 mai 1860, et
d’Albert-Marie-Dominique de La Boissière, son frère, mort aussi à Kérascoët,
le 12 janvier 1875. Ces deux tombes se trouvaient auparavant dans l’église
de Plouguin avec celles des du Cleuziou. Sous la tribune gît également la
pierre tombale d’une dame du Vieux Chastel.
Selon P. de Courcy, le vicomté de Coatméal était aux Rohan vers 1400.
Tanneguy du Chastel, vassal de ces derniers, possédait alors Kerascoët. Il
semble que le château passa ensuite à la famille de Kerléach. Hervé
Kerléach, sieur de Kerascoët, fut, en effet, excusé lors de la montre de
1534, comme "mineur estant aux études". L’abbé Calvez, dans son histoire de
Coatméal, affirme, sans citer la référence, qu’en 1427, Kerascoët
appartenait aux Hingant de Kerhingant de la paroisse de Saint-Quai. Les
lieux-dits Kerascoët sont trop communs en Basse-Bretagne, l’auteur aa été
victime d’une homonymie trop tentante. Par contre, plus sérieuse est sa
source, lorsqu'il affirme qu’en 1594 "le riche seigneur de Kerascoët versait
3 écus par an au sieur de Sourdéac, gouverneur de Brest, moyennant quoi
celui-ci garantissait Kerascoët contre le pillage, fréquent en son temps".
Nous étions, en effet, alors à l’époque où La Fontenelle ravageait Léon et
Cornouaille à la tête de ses brigands. À la fin du XVIe siècle, Kerascoët
appartient à Maurice de Parcevaux qui blasonne "d’argent à trois chevrons
d’azur". Il est en même temps sieur de Mézarnou et de La Palue. Son fils,
Hervé, né de son union avec Françoise de Carné, épousa en premières noces
Gabrielle du Parc et en secondes noces, Renée de Coetlogon, veuve de
Lancelot Le Chevoir. Alain de Parcevaux, fils d'Hervé, chevalier de l’ordre
de Saint-Michel, en 1613, épousa, cette même année, Suzanne de Guémadeuc, de
cette famille qui donna un évêque de Lavaur, surnommé "la linotte mitrée"
par Mme de Sévigné. De cette union naquit une fille, Françoise, que l’on
maria à l’âge de douze ans à René Barbier, marquis de Kerjean, âgé de
quatorze ans. Le torchon ne tarda pas à brûler dans le jeune ménage, retirée
à Paris, Françoise devint dame d’honneur de la Reine Anne d'Autriche et
vendit une partie de ses biens, les époux étant séparés de biens, il
apparaît que Kerascoët ait alors été vendu.
En 1674, le marquis de Coatanfao, demeurant à Rennes et qui le possède, le
voit évaluer à 324 livres de rente, somme importante pour l’époque et qui
classe Kerascoët parmi les châteaux cossus de la région. On ignore comment
le château passa ensuite à la famille du Chastel. Toujours est-il qu’en
1696, le seigneur du lieu n’est autre que Charles-Marie-Olivier du Chastel,
capitaine d'artillerie des armées du Roi, des vaisseaux du Roi et chevalier
de Saint-Louis. Par la suite, le 13 décembre 1715, il est acquis pour 20.000
livres par Claude Olivier, écuyer, conseiller, secrétaire du Roi,
commissaire de la Marine et des Galères au port de Brest, époux de dame
Catherine Le Verduc, sur Marie Truchot, veuve de Nicolas Baudran, écuyer.
Claude Olivier dut mourir sans enfants, car le château passa alors à son
frère, prieur de Lampaul-Plouarzel, qui le vendit, le 31 mars 1750, à
Charles-Marie-Olivier du Vieux Chastel pour la somme de 11.000 livres. C’est
la tombe de ce dernier, sieur du Vieux Chastel et de Kerascoët, capitaine de
vaisseau, chevalier de Saint-Louis, que l’on peut voir dans la chapelle. De
son mariage avec Françoise-Charlotte du Beaudiez, naquit une fille,
Marie-Charlotte qui, le 17 juin 1771, s’unit à
Jean-Raymond-Marie-Jonathas-Raison du Cleuziou, de Lannion. À la Révolution,
le château était donc habité par les du Cleuziou. Lorsque les soldats bleus
vinrent pour arrêter le châtelain, ils firent chou blanc, le fermier du
Questel l’ayant caché dans sa charrette parmi les fagots. Mais plutôt que de
rentrer bredouille, ils se saisirent de son épouse qui priait dans la
chapelle en compagnie de sa fille, la future marquise de La Boissière. Comme
la fillette, en pleurant, courait derrière la carriole transportant sa mère
à Brest, l’un des soldats la saisit brutalement et la hissa dans la
charrette en disant: "Puisque tu veux y aller aussi, vas-y". Elles furent
toutes deux emprisonnées dans la tour Azénor et ne durent leur salut qu’au 9
thermidor.
Mme de Blois, née La Boissière, qui fut bercée dans son enfance par ces
récits avait gardé une profonde horreur du bleu. Elle s’habillait toujours
en rouge et se refusait même à ouvrir un télégramme: il était bleu. Elle n’a
jamais été chez elle, à Kerascoët, car son mari ayant servi sous
Louis-Philippe et Napoléon III n'avait pas été reçu par son beau-père,
fervent légitimiste, et ses beaux-frères qui avaient, eux, brisé leur épée
en 1830, se refusaient à le fréquenter. A ce propos, signalons qu’on
conserve à Kerascoët un morceau du drapeau blanc du régiment de Messieurs de
la Boissière lequel aurait été partagé entre les officiers au moment où
ceux-ci refusèrent de servir "l’usurpateur" Louis-Philippe. C’est par
alliance que le château était passé à la famille de La Boissière, par
l’union de Charlotte-Marie-Josèphe-Raison du Cleuziou avec, le 9 mai 1842,
Marc-Hilaire de La Boissière. Jonathas et Albert de La Boissière vivaient à
Kerascoët, recevant souvent chez eux leur jeune neveu de Blois. Au cours de
l’une de ces visites, celui-ci se brûla profondément aux jambes et demeura
au château jusqu’à sa guérison. Ses oncles s’attachèrent à tel point à lui
qu’ils décidèrent d’en faire leur héritier. Quand il venait à Kerascoët,
dans sa jeunesse, c'était toujours à cheval. On le nichait dans un panier
d’osier ayant pour contre-poids un panier semblable contenant ses bagages.
La monture était conduite par un valet de chambre, la tenant par la bride.
On peut voir dans le salon du château, où l’on remarque une table à treize
pieds qui aurait servi d’autel pendant la Révolution (ses 13 pieds
figureraient les douze apôtres et le Christ à la Cène), on peut donc voir le
portrait d’Etienne-Gabriel de Blois de La Calande, général de brigade, grand
officier de la Légion d’honneur, né au Launay en Ploujean, en 1801 et décédé
à Brest, en 1879, lequel avait épousé, en 1842, à Saint-Pol-de-Léon, Mélite
de La Boissière. Leur fils, Louis, comte de Blois de La Calande, entre dans
la magistrature est est en 1869 substitut à Villefranche-de-Rouergue. En
1870, il quitte la robe de magistrat pour endosser la tenue de capitaine des
mobiles.
Il épousera, à Briec-de-l’Odet, en 1877, Mélanie de La Grandière, native de
Quimper, fille du Vice-Amiral Paul de La Grandière. De cette union naquirent
Louis, né à Kerascoët, le 16 janvier 1880, futur officier de cavalerie. Il
eut un garçon et six filles de son alliance avec Anne de Lavau, et c’est
l’une d’elles qui épousa M. de Poulpiquet. Albert, né aussi à Kerascoët, le
3 avril 1887, colonel, qui s’unit à Antoinette Roche de La Rigodière. Marie,
née aussi à Kerascoët, le 15 juin 1878 et qui s’unit au marquis de
Briqueville. Mélite, née le 22 juin 1882 à Kerascoët. Elle se maria à
Coatméal, le 26 juillet 1904, au lieutenant de vaisseau Maurice de Rotalier.
Lorsque Louis Le Guennec visita, en 1928, le château de Kérascoët, il nota
l’existence d’une remarquable galerie de portraits de famille, dix-neuf en
tout. Il y avait là, entre autres, le portrait d’Aymar, comte de Blois,
capitaine de vaisseau, né à Morlaix, le 2 novembre 1760, décédé au Launay,
en Ploujean, en 1852, maire de Ploujean, conseiller général, député du
Finistère en 1806, préfet du département par intérim en 1809; celui de
Louis-Alexandre de Bourbon, grand Amiral et gouverneur de Bretagne, offert
par lui, en 1732, au président de Boisbilly; celui de Charlotte Olivier du
Vieux Chastel, épouse de Thomas-Raison du Cleuziou; celui de Thimottier de
Blois, seigneur de La Calande, capitaine de Frégate et d’une compagnie
franche de la Marine, chevalier de Saint-Louis, né près de Nogent, en 1674,
et décédé en 1719 sur le vaisseau "Mars" après avoir été blessé à l’assaut
de Pensaesle, en Floride; celui de Pierre-René Péan de La Livaudière,
commissaire de la marine, né au Canada, en 1724, décédé au Cap en 1767. Il
perdit une jambe dans l'incendie du magasin à poudre de Brest. Il avait
épousé, en 1754, Françoise Briochet, dame de Blois; deux portraits de
Françoise Thoman du Main d’Angerets, veuve Villiers de l’Isle Adam qui
épousa au Nivot, en Lopérec, en 1711, Jean Thimothée de Blois, capitaine de
Frégate. Aujourd’hui, malheureusement, ces portraits ont été dispersés dans
la famille et seulement quelques-uns sont encore accrochés aux murs de
Kerascoët. (1)
château de Kérascoët 29870 Coat-Méal, propriété privée, ne se visite pas.
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