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Rien de plus incertain que la position
topographique du premier château de Montpezat, édifié probablement vers la
fin du Xe siècle et ruiné dans le XIIIe siècle par Simon de Monfort, pendant
la guerre des Albigeois. La même incertitude règne sur le second château,
reconstruit vers l'an 1220 et rasé, après un siège meurtrier, par les
Français en 1324; et sur le troisième château reconstruit par Charles de
Valois et démoli par les Anglais et le comte de Derby en 1345. Par une
destinée aussi fatale que déplorable, le quatrième château, reconstruit en
1350 ou en 1351 par Rainfroy IV ou Amanieu 1e der Montpezat et
considérablement agrandi par les ducs d’Aiguillon, fut également détruit en
1793 par un spéculateur animé du vandalisme de l'époque et alléché, dit-on,
par l'espoir chimérique de trouver un immense trésor dans ses ruines. Il ne
reste donc aujourd’hui d'autre souvenir historique du dernier château, situé
sur la partie culminante de la ville, trois corps de bâtiment entourant une
cour sur trois côtés. L'aile nord est percée, sur la cour, de deux larges
arcades plein cintre et d'une petite porte du XVe siècle pour le
rez-de-chaussée; à l'étage, elle est percée de deux larges baies à croisées
et meneaux. L'aile Est se termine par une large tour carrée en partie ruinée
mais dont les baies à croisées et meneaux existent toujours. Elle possède,
au niveau de l'étage, une galerie en encorbellement. L'aile ouest se termine
au sud par une importante tour circulaire, flanquée d'une tourelle
d'escalier polygonale, portée par une trompe.
C'est dans les cartulaires latins de l’abbaye de la Sauve-Majeure de
Bordeaux que nous avons trouvé les documents les plus anciens et les plus
authentiques concernant les seigneurs de Montpezat en particulier, mais
encore sur les anciennes seigneuries de l'Agenais en général. Nous avons
relevé dans ces cartulaires les noms des seigneurs d’Albret, de Beauville,
de Caumont, de Nouaillan, de Gontaut, de Fumel, de du Fossat, de Madaillan,
de Pins, de Bouglon, de Pardaiïllan, de Blanquefort, etc. Nous engageons
fort ceux qui voudront composer des monographies historiques à les parcourir
en entier. Nous y avons relevé quatre Montpezat, dont les noms ont été
soulignés à dessein par un inconnu qui a été conduit à faire les mêmes
recherches que nous. Mango de Montpezat, cité parmi les bienfaiteurs de
Sauve-Majeure, en l'an 1087, sous le règne de Philippe 1er, nous semble être
le même personnage que Manaud de Montpezat dont M. de Bellecombe, dans une
note manuscrite, place l'existence en l'an 1028 de notre ère. Sans nous
prononcer sur cette assertion, il n'en résulte pas moins que Mango où Manaud
est le premier seigneur connu de Montpezat d'Agenais et probablement le chef
de la grande famille de Montpezat qui a produit les Montpezat du Quercy, les
Montpezat du Comminges, les Montpezat Laugnac, les Montpezat de Carbon, etc.
Raymond Mango, cité quelques pages plus bas dans le manuscrit de
Sauve-Majeure, c'est-à-dire en 1088, est le second seigneur de Montpezat
dont nous connaissons l'existence. Il ne peut être question que des
Montpezat d’Agenais dans les Cartulaires de Sauve-Majeure, abbaye située
dans les environs de Créon, à peu de distance du territoire agenais et des
frontières actuelles du Lot-et-Garonne. Ce Raymond Mango, qui parait avoir
été seigneur de Montpezat, associé à Mango vers l'an 1058, était mort vers
1103.
Étienne de Montpezat, mentionné dans le Cartulaire de Sauve-Majeure en l'an
1095, était, sans doute, frère de Raymond Mango, et je n'hésite pas à lui
attribuer l'honneur d'avoir été le fondateur et le chef de la famille des
Montpezat du Quercy; il eut pour successeur son fils Pons, vers l'an 1114.
Arnaud I, seigneur de Montpezat d'Agenais, en 1120, avait succédé à Raymond
Mango, probablement son père, vers l'an 1115; cela ne fait pas le moindre
doute. Il était le mari de Flandrine de Montpezat d'Agenais, fondatrice de
l'abbaye de Pérignac, en 1140, et veuve depuis peu d'Arnaud, puisque le nom
de ce seigneur ne figure pas à côté du sien dans l’acte de fondation.
Flandrine mourut en 1150, laissant sa seigneurie à ses deux fils, Arnaud II
et Bertrand, cités par dom Vaissete parmi les seigneurs qui rendirent
hommage au comte Raymond V de Toulouse, en 1159. Ce manuscrit nous apprend
qu'Arnaud II et Bertrand, appelé aussi Bernard, doivent être considérés
comme les enfants et les héritiers de Flandrine et d'Arnaud I de Montpezat.
Arnaud II et Bertrand furent les bienfaiteurs de l'abbaye de Pérignac,
fondée par leur mère. La mort d'Arnaud II de Montpezat, dont la femme est
restée inconnue, doit être placée vers l'an 1179 ou 1180; celle de son frère
Bertrand ayant eu lieu en 1177. Rainfroy 1er seigneur de Montpezat, fut
témoin, en 1181, avec Guillaume, abbé de Gondon-lès-Montastruc, et Arnaud,
abbé d'Eysses, d’un traité passé entre Amanieu 1er de Madaillan, seigneur de
Cancon, et Izarn de Balencie, son vassal, seigneur de Cahuzac, au sujet du
château de Casseneuil et sur la médiation d'Hélie de Castillon, évèque
d'Agen. Ce même Rainfroy 1er, que le Gallia Christiana appelle Narenfred de
Montpezat, est cité à l'occasion d'une donation qu'il fit, en 1188, des
terres situées aux lieux de Vopillon et de Malvat, pour la construction d'un
couvent dédié à Sainte-Marie de Fontevrault, en présence de Bertrand de
Béceyras, évêque d'Agen; de Pérégrin de Jorset, abbé de Condom; et d'Arnaud
d'Abino, abbé de Clairac.
Ce Rainfroy 1er, selon une tradition, prit la croix et passa en Palestine.
Combien de temps restat-il dans la Terre- Sainte, y trouva-t-il la mort ou
revint-il mourir dans l'Agenais? C'est là un problème à élucider. Norman de
Montpezat, cité dans une charte du château d'Aiguillon, datée de l'an 1200,
fut singulièrement éprouvé par la destinée. En 1213, pendant qu'il
combattait, son château fort de Montpezat en Agenais fut pris et démoli par
Simon de Monfort et par les croisés. Norman de Montpezat, remis en
possession de ses domaines, vers 1218 ou 1219, après la mort de Simon de
Monfort, fit rétablir son château et se maria avec Anne de Lusignan, fille
du seigneur de Lusignan. Norman de Montpezat est cité à l'occasion d'une
lettre adressée par le roi Henri III d'Angleterre aux barons de l'Agenais
chargés de surveiller ses droits et ses intérêts dans la province. Après
cette lettre, datée de 1242, il n'est plus question de Norman de Montpezat,
qui mourut probablement dans le courant de la même année, laissant pour
coseigneurs de Montpezat Pierre et Arnaud II. En 1246, le comte Raymond VII
de Toulouse vint à Agen et y conclut une ligue avec le roi d'Angleterre et
plusieurs seigneurs de Gascogne et d’Agenais, parmi lesquels Amanieu
d'Albret, Arnaud de Montpezat, Begon et Nompar de Caumont, Arnaud de
Montaigut, etc. Le 4 juin 1249, Arnaud fut présent à l'hommage rendu à
l'évêque d'Agen, Guillaume III, par Arnaud Garcie du Fossat, seigneur de
Madaillan. Arnaud III de Montpezat, seigneur de Lusignan, avait épousé
Jeanne de Beauville, fille de Léon de Beauville, séné- chal d'Agenais.
Aymerie, Emerie ou Amaury, fils d'Arnaud III et de Jeanne de Beauville, est
mentionné dans les mémoires des syndics comme seigneur de Montpezat en 1258,
après la mort d'Arnaud III. Ce fut lui qui porta le premier le titre de
baron. Le 3 mars 1272, Aymeric de Montpezat acheta d'Astorgie de Castillon,
une tierce partie du fief qu'elle avait dans les paroisses de Saint-Denis et
de Castillon, fief appelé de Chillies.
Aymeric de Montpezat épousa Marie du Fossat, fille de Garcias du Fossat,
seigneur de Madaillan; il mourut en 1279, laissant trois fils: Rainfroy II,
son successeur, Pierre II et Aymeric où Amaury II qui devint coseigneur
d'Aiguillon vers l'an 1285. Rainfroy II de Montpezat était né en 1254, ainsi
que nous le savons par un acte de prestation de serment en 1271 et par la
publication des coutumes qu'il donna aux habitants de Montpezat. Le 12
février 1290, Bertrand de Balencx, seigneur de Cahuzac, et sa femme,
Guiraude de Bredemil, font hommage et reconnaissance au baron Rainfroy de
Montpezat pour les fiefs qu'ils ont dans Saint-Sardos, Saint-Amand,
Saint-Jean, Saint-André et Saint-Caprais, ainsi que de sept livres d'oublies
où rentes en argent qu'ils possèdent dans lesdites paroisses. Rainfroy II de
Montpezat était un baron très puissant et très redouté, et il menait un
train de riche seigneur. Rainfroy II de Montpezat d'après les mémoires des
syndics, mourut le 2 novembre 1303. Il avait épousé, vers 1280, Aydeline ou
Adeline de Rieux, fille d'Hélie, seigneur de Blagnac, près de Mussidan, et
en avait eu trois fils et une fille: Rainfroy III et Raymond-Bernard, tous
les deux majeurs à la mort de leur père, Raymond-Guillaume et Juliane ou
Julienne. Aydeline de Blagnac demeura tutrice des enfants mineurs. Juliane
ou Julienne, épousa Arnaud I de Durfort, seigneur de Bajamont. Rainfroy III,
fils aîné de Rainfroy II, lui succéda à l'age d'environ vingt-trois ans. Il
continua à jouir des domaines usurpés par son père, ainsi que le prouve une
information faite en 1311 par Guillaume Cazes, juge d'Agen. Mais
l'information n'amena aucun résultat satisfaisant et, à la faveur des
guerres qui survinrent entre les Français et les Anglais, les barons de
Montpezat, qui avaient embrassé le parti des Anglais, jouirent impunément du
fruit de leurs conquètes.
Rainfroy fut sommé, en 1314, par le roi Édouard II, d'avoir à venir à son
secours avec armes et chevaux. Rainfroy III dut mourir, sans doute, peu de
temps après, puisque son nom ne figure plus à côté de ceux de ses frères,
dans la lettre datée du 5 avril 1315 et adressée d'Yorck par le roi Édouard
II à ses barons de Gascogne et d'Agenais dans le même but. Rainfroy III fut
marié deux fois, avec Jeanne de Lomagne de Fimarcon, fille de Bernard
Trancaléon de Lomagne, seigneur de Fimarcon et d'Astañfort, puis avec
Allemande de Casenove. Il mourut sans enfants. Raymond-Guillaume et son
frère Raymond-Bernard 1er sont désignés individuellement, et selon toute
apparence, comme coseigneurs ou barons de Montpezat dans la lettre du roi
Édouard II, adressée d'Yorck, le 5 avril 1315, à ses barons de Gascogne et
d’Agenais. Il est à supposer que Raymond-Bernard épousa Indie ou Indiette du
Fossat, sa ousine, fille de Gautier, baron de Madaillan, et qu'il mourut peu
de temps après, ne laissant aucun enfant de son mariage. Son frère
Raymond-Bernard 1er, fut le véritable auteur de la guerre qui éclata, à
cette époque, entre les rois Charles le Bel et Édouard II, roi d'Angleterre.
Déjà, avant l'année 1320, Raymond-Bernard, mû par des sentiments d'intérêt
personnel, et tour à tour Anglais ou Français, selon les circonstances,
s'était signalé parmi les seigneurs agenais les plus actifs, les plus
remuants et les plus tracassiers de son temps. En avril 1324 le sénéchal
Aymeri de Cros, à la tête des troupes royales, s'empare du château de
Montpezat et en expulse le baron Raymond-Bernard, qui se réfugie sur les
terres anglaises. Au mois de juillet le château de Montpezat est repris, le
capitaine John de Sconore en prend possession comme gardien, au nom du roi
d'Angleterre, après avoir rappelé près de lui Raymond-Bernard de Montpezat.
Fin septembre, reprise du château de Montpezat sur John de Sconore et les
Anglais par Charles de Valois et Mathieu de Trie, maréchal de France. Une
trêve passagère n'étant pas ratifiée par Édouard II, le Pape envoie
Guillaume de Loudun, archevêque de Vienne, et Gaillard de Fougères, évêque
d'Angoulème, pour négocier la paix. Le 1er juillet 1325 Édouard II ordonne à
ses officiers de remettre au roi Charles les places de la Guyenne et de
l'Agenais qui tenaient encore pour lui. Raymond-Bernard ne survécut pas
longtemps à la prise et à la destruction de son château par Charles de
Valois. Il mourut, en effet, de chagrin et de désespoir, vers la fin de
l'année 1324 où au début de l'année suivante. Il s'était marié en 1308 ou
1309 avec Marthe de Roquajon, dame de Lagraulet, veuve d'Amanieu IV du
Fossat, baron de Madaillan, qui apporta en héritage la seigneurie de
Lagraulet aux descendants de Raymond-Bernard et laissa un fils appelé
Rainfroy IV, alors àgé d'environ quinze ans, qui fut placé sous la tutelle
de son cousin Arnaud de Montpezat, seigneur d'Aiguillon, et protégé par les
rois d'Angleterre, Édouard II et Édouard III. Après la prise du château de
Montpezat le roi Charles IV accorda la seigneurie à Izarn ou Izam III de
Balencx, seigneur de Cahuzac, fils de Bernard de Balencx. Ainsi sous la
protection du roi de France, Izarn III de Balencx jouit paisiblement de la
possession de la baronnie de Montpezat jusqu'à sa mort, survenue en 1340.
Mais son fils, Izarn IV, eut bientôt des compétiteurs. En effet, le roi
Philippe de Valois, par un acte daté du 13 octobre 1341, accorda la moitié
de la seigneurie de Montpezat à Pierre de Gontaut, premier baron de Biron,
son partisan dans l'Agenais, et à Marquise d'Aix, veuve de Bertrand de
Caumont, baronne de Lauzun, parente des Montpezat. En 1345, après avoir
repris Aiguillon, avec l'aide probable d'Arnaud de Montpezat et de son neveu
Rainfroy IV, le comte de Derby et ses troupes marchèrent sur Montpezat et de
là sur Castelmoron, que défendit Anissant de Caumont et où les Anglais
n'entrèrent, comme dans Montpezat, qu'après l'avoir chèrement payé.
Il est probable que Izarn IV de Balencx, établi par le roi de France, a été
massacré en 1345 par les habitants de Montpezat, comme le dit la chronique
de Flandrest. Pierre de Gontaud mourut cinq ans après la prise de Montpezat.
Rainfroy IV fut rétabli l'année suivante dans son château de Montpezat par
le comte de Derby, qui le récompensa, en outre, en lui faisant donation, au
nom du roi d'Angleterre, des lieux et châteaux de Saint-Sardos, Saint-Damien
de Granges, Pech-Bardat, Sainte-Foy, Lacépède, Saint-Michel-le-Bas,
Dolmayrac et de l'abbaye de Pérignac. Cette donation, dans laquelle Rainfroy
IV est qualifié de coseigneur d’Aiguillon avec Guillaume II de Lunat, fils
d'Astorg, fut confirmée par lettres patentes du roi Édouard III, datées de
Westminster, le 20 août 1348. Rainfroy IV, nommé le 10 août 1351 par Édouard
III sénéchal d'Agenais et de Gascogne,, aurait rempli ces fonctions jusqu'à
sa mort en 1360. Amanieu 1er de Montpezat succéda à son père comme baron de
Montpezat, sous la protection des Anglais. Le 20 janvier 1362 Amanieu 1er de
Montpezat, seigneur de Lusignan, épousa, au château de Miremont, Philippine
de Monleydier, fille de Rudel de Monleydier et d’Indie de Castillon d'Eauzac.
A la reprise de la guerre entre la France et l'Angleterre, Amanieu 1er
entraînant son frère Rainfroy V, furent vaincus et faits prisonniers par
Antoine de Lomagne, bâtard de Terrides, après un combat acharné où le
vainqueur faillit perdre la vie. Mis en liberté en 1372 par ordre du Roi,
Amanieu de Montpezat, se jeta dans le parti de la France. L'interruption de
la guerre anglo-française permit à Amanieu de s'occuper de l'administration
de ses terres et de ses châteaux; dans un acte royal de l'année 1405 il est
qualifié chambellan du duc d'Orléans, frère de Charles VI, ce qui prouve
qu'il n'avait pas baissé dans la faveur royale. Amanieu 1er avait eu deux
fils et une fille de son mariage avec Philippe de Monleydier, morte vers
1392: Amanieu II, Arnaud et Marie, femme de Pierre de Gélas de Léberon, qui
vivait encore en 1425.
Vers l'an 1405, il fit épouser à son fils aîné, Amanieu II, Jeanne de Béarn,
fille unique et héritière de Simon de Béarn et de dame Jeanne du Fossat, qui
lui apporta en dot l'hérédité future de la baronnie de Madaillan et de la
seigneurie de Prayssas. Amanieu 1er dut mourir peu de temps après ce
mariage, en 1408, laissant à son second fils, Arnaud de Montpezat, la
seigneurie de Lagraulet. Amanieu II fut le plus illustre des seigneurs de
Montpezat et l'un des capitaines les plus renommés du XVe siècle. En 1418,
Amanieu II de Montpezat chassa les Anglais du château de Monbran, près
d'Agen, et de la ville de Sainte-Livrade. En 1423, Amanieu de Montpezat
s'empara par assaut et par escalade, au nom du jeune roi Charles VII, de la
ville de Sainte-Foy-la-Grande dans l'Agenais. En 1426, Amanieu de Montpezat
soumit plusieurs châteaux au roi Charles et reprit, encore par escalade, la
ville de Marmande qui avait été livrée par trahison aux Anglais. En 1430, la
ville et le château de Montpezat, après une bataille des plus animées,
furent pris par les Anglais. Mais en 1431, le vaillant Amanieu reprit sa
ville et son château et enleva encore aux Anglais le Port-Sainte-Marie. En
1432, Amanieu de Montpezat se rendit à Agen et alla assiéger le château de
Lafox et s'en empara en dépit des efforts des assiégés. En 1442, Amanieu II
assista à l'entrée du roi Charles VII dans la ville d'Agen et à la
prestation de serment des habitants de l'Agenais au roi de France. Il mourut
en 1444, entre les bras de Guillaume de Senneterre. Amanieu, le bon et le
brave baron, ne laissa, à notre connaissance, de Jeanne de Béarn, qu'un seul
fils, Raymond-Bernard II; mais il eut un fils naturel, du nom d'Amaury. Les
mémoires des syndics de Montpezat ne sont pas favorables à Raymond-Bernard
II, qu'ils nous représentent comme un tyran domestique et un seigneur haï et
exécré. Ses états de services, justifiés par des preuves authentiques sont
au contraire des plus glorieux et des plus méritants. Devenu sénéchal
d'Agenais, il consacra le reste de sa vie à des luttes et à des querelles
privées avec les seigneurs ses voisins.
Raymond-Bernard, marié à Catherine de Caumont, fille de Jean Nompar de
Caumont, seigneur de Lauzun, et de Marguerite de Grignols, laissa plusieurs
enfants de ce mariage dont Amanieu, l’aîné, surnommé Bellecombe, tué à
l'époque de la reddition de Bordeaux, en 1452; Catherine, femme de Géraud de
Montaut, fils d'Eudes et de Marguerite de Lupé; et Charles, baron de
Montpezat après son père. Raymond-Bernard laissa aussi un fils naturel,
Bernard de Montpezat, brave et vaillant capitaine qui fut légitimé depuis.
Il l'avait eu d’Audiette de Cours, sa maîtresse, ainsi qu'il est établi par
l'acte de légitimation. Charles, baron de Montpezat et de Madaillan, marié
en 1466 à Jeanne de La Roque-Fariel ou de Roquefeuille, fille de Jean de La
Roque-Fariel, seigneur de Blanquefort et d’Isabelle de Peyre, allié au
puissantes familles de Caumont Laforce, Lauzun et Pardaillan, continua le
système de déprédations et d'usurpations de Raymond-Bernard son père et
agrandit considérablement ses domaines. Charles de Montpezat devint ainsi le
possesseur d'une grande partie du territoire d'Agen; cette ville était
entourée de ses domaines et de ses possessions, ainsi que l'on peut le
constater dans l'hommage qu'il rendit au Roi en 1483. Il serait difficile de
dire au prix quelles violences et de quelles injustices Charles de Montpezat
parvint ainsi à l'apogée d’une fortune aussi extraordinaire. Dévoré de
remords vers la fin de sa vie, il demanda et obtint du pape Innocent VIII,
tant en son nom qu’en celui de sa femme, un rescrit portant absolution de
tous les crimes commis dans les églises et destructions d'icelles. Charles
de Montpezat mourut en 1486, laissant de sa femme, Jeanne de Roquefeuille,
qui lui survéeut, cinq fils: Raymond III, Guy, Antoine, Pierre et Alain, et
une fille Jeanne, mariée à Étienne de Durfort, seigneur de Bajamont et de
Castelnoubel. Guy de Montpezat, frère et successeur de Raymond III, fut
assurément le plus audacieux, le plus violent et le plus cruel des barons de
Montpezat.
Rapace, violent et pillard, disent les mémoires, aucun moyen ne lui coûtait
pour parvenir à ses fins; les cachots du château étaient continuellement
remplis de ses vassaux et de ses tenanciers, qui ne pouvaient en sortir
qu'après s'être remis entièrement à sa merci. Guy de Montpezat aurait été
sénéchal d'Agenais de 1493 à 1498. Il mourut au mois d'août 1526 se
repentant de ses crimes. Il établit à Montpezat quatre chapelains qu'il
dota, les chargeant de prier pour le repos de son âme. Il avait épousé, en
1502, Jeanne de Mareuil de Villebois, d’une famille noble du Périgord.
Françoise, héritière de la baronnie, mariée à Alain de Foix, vicomte de
Castillon, en 1522; Jeanne, femme de François, seigneur de Montberon et d’Archiac,
dans le Périgord; Anne, la plus jeune, mariée à Bernard de Montpezat de
Carbon, capitaine de La Réole. D'après le testament du baron Guy de
Montpezat, Jeanne de Mareuil, sa veuve, lui succéda comme usufruitière de
ses biens. A la mort de Jeanne de Mareuil vers l'an 1544, et à la suite d'un
nouvel arrêt rendu le 3 août 1545 ses filles, Anne et Jeanne transigèrent
avec le syndic de Montpezat, pour des rentes personnelles que leur mère leur
avait laissées. Alain de Foix prêta hommage au roi François 1er, en 1538, et
mourut en 1546, après avoir eu de son mariage avec Françoise de Montpezat,
Gaston, mort avant son père; Jeanne, femme d’Honorat de Savoie, marquis de
Villars; Marie, morte jeune; et Marguerite, mariée en 1550 à Louis de
Carmaing, seigneur de Négrepelisse. Honorat de Savoie, gendre d'Alain de
Foix, né en 1509, était le second fils de René de Savoie, comte de Tende,
fils naturel de Philippe II, duc de Savoie, et de Bonne de Romagne. Honorat
de Savoie mit fin aux prétentions d'Alain de Montpezat sur la baronnie de
Montpezat; il fut le parrain d'un de ses petits-fils, Honorat de Montpezat,
connu sous le nom de comte de Laugnac durant le règne de Henri HI, dont il
fut un des favoris.
Honorat de Savoie, marquis de Villars, devenu l'un des personnages les plus
riches et les plus considérés de la Cour de France, maria sa fille Henriette
de Savoie, en premières noces, le 26 juillet 1560, à Melchior de Lettes des
Prés, marquis de Montpezat du Quercy, fils d'Antoine de Lettes, marquis de
Montpezat, maréchal de France, et de Lyette du Fou en Poitou, mariage qui
réunit pour la première fois, depuis Pons de Montpezat, les deux familles de
Montpezat d'Agenais et du Quercy. Leur destinée fut pareille: elles devaient
trouver une fin simultanée par l'extinction de la descendance masculine.
Meichior 1er de Montpezat, mourut le 17 décembre 1572, à Agen, laissant
d'Henriette de Savoie quatre fils et quatre filles qui suivent:
Emmanuel-Philibert des Lettes de Montpezat, marquis de Villars et de
Montpezat, qui prit une part active et brillante aux guerres des Ligueurs
catholiques contre les protestants du Quercy et de l'Agenais. Marié à
Catherine Thomassin, le marquis de Villars mourut sans enfants en 1621, la
même année que le duc Henri d’Aiguillon, son frère utérin; 2° Claude, mort
en 1597; 3° Jacques, mort en 1616; 4° Henri, marié à Suzanne d'Aure de
Grammont, en 1599, mort évêque de Montauban, en 1619; 5° Madeleine, femme de
Rostaing de la Baume, comte de la Suze; 6° Gabrielle, femme de Jean de Saulx
de Tavannes, comte de Lagny: 7° Éléonore, femme de Gaspard de Pontevès; 8°
Marguerite, abbesse de Saintes et de Nonnanques le 29 août 1595. Il semble
qu'après la mort de Melchior de Montpezat et le second mariage de sa veuve,
Henriette de Savoic, avec le duc de Mayenne, un partage se fit à l'amiable
entre les enfants du premier lit, qui héritèrent des domaines paternels et
de Montpezat du Quercy et renoncèrent aux possessions de Montpezat d'Agenais
et d'Aiguillon qui venaient de leur mère. Cette transaction permit sans
doute au duc de Mayenne et à sa femme, Henriette, de faire ériger en
duché-pairie, en 1599, au profit de leur fils aîné Henri de Lorraine, les
terres d’Aiguillon et de Montpezat d'Agenais, de Madaillan, de Dolmayrac et
de Sainte-Livrade. Les familles de Montpezat d'Agenais et du Ouercy
s'éteignirent en 1621.
Hénri de Lorraine, né le 20 décembre 1578, connu d’abord sous le titre de
marquis de Mayenne, grand chambellan de France en 1597, épousa Henriette
Catherine de Gonzague-Clèves, fille du duc de Nevers; il figura dans presque
toutes les intrigues qui agitèrent la régence de Marie de Médicis et
contribua à la chute du maréchal d'Ancre. Dans l'acte d'érection du duché
d'Aiguillon, en faveur d'Henri de Lorraine, il est dit que Montpezat était
la première baronnie du pays d'Agenais. Montpezat était donc la plus
ancienne et la première baronnie d'Agenais, lorsqu'elle fut incorporée au
duché d’Aiguillon, selon la hiérarchie nobiliaire. Après la mort du duc
Henri, le duché d'Aiguillon demeura vacant jusqu'en 1634, c'est-à-dire
l'espace de treize ans. Le cardinal de Richelieu, après avoir désintéressé
sans doute la veuve d'Henri, Henriette-Catherine de Gonzague-Clèves, et les
duchesses de Nevers et d'Ognano, sœurs du duc ou leurs héritiers, fit
rétablir ce duché avec ses anciennes dépendances en faveur d'Antoine de
l'Age, seigneur de Puylaurens. Mais le bonheur de Puylaurens fut de courte
durée, et le nouveau duc d'Aiguillon, soupçonné d'entretenir des
intelligences avec son ancien maître, fut mis à la Bastille, où il mourut en
1635. Il ne jouit pas de son titre de duc et pair, et il est à croire qu'il
ne parut jamais à Aiguillon et qu'il ne prit pas possession de la baronnie
de Montpezat. Marguerite-Philippine du Cambout de Coislin, veuve d'Antoine
de l'Age de Puylaurens et duchesse d’Aiguillon, épousa en secondes noces un
cousin d'Henri de Lorraine, duc d'Aiguillon, Henri de Lorraine, comte
d'Harcourt, fils de Charles de Lorraine, duc d’Elbœuf, né le 20 mars 1601,
l'un des capitaines les plus braves et les plus capables de son temps,
chevalier des ordres du Roi, général en chef de l'armée du Piémont en 1639
et grand écuyer de France. Henri de Lorraine d'Harcourt, mort le 25 juillet
1666, ne prit en aucune façon le titre de seigneur ou de duc d'Aiguillon,
mais ceux de seigneur de Montpezat, de Miramont et de Grateloup qu'il
transmit, au moins pour Montpezat, aux enfants issus de son mariage avec
Marguerite-Philippine.
Son fils aîné, Jean-François de Lorraine-Armagnac, comte d'Harcourt, mort en
1694, porta comme lui les titres de seigneur de Montpezat, de Miramont et de
Grateloup, qu'il transmit à son fils Alphonse-Henri-Charles de
Lorraine-Armagnac, mort en février 1719. L'année 1789 ne fut pas heureuse
pour le duc d'Aiguillon. Elle fut signalée par le prise de la Bastille,
l'écroulement de l'ancienne monarchie et la perte de son duché d'Aiguillon
et sa baronnie de Montpezat. Le château fut démoli presque en entier, en
1796, par le citoyen Pierre Roudier, officier municipal de Montpezat, qui
s'en était rendu acquéreur pour une médiocre somme et qui le détruisit, non
par un sentiment de vandalisme politique, mais dans le seul but d'y
découvrir des trésors cachés. Il n’y trouva absolument rien, sinon les
éperons des anciens chevaliers et des armes rouillées et hors d'usage. Le
même spéculateur fit démolir aussi une vieille masure qu'il avait achetée à
Bouzons, dans le même but, et en fut également pour ses frais. La chapelle
ducale du duc d’Aiguillon, transformée en club républicain sous la Terreur,
fut préservée et érigée en église paroissiale après le Concordat de 1802.
L'histoire des accapareurs de biens nationaux est aussi très restreinte et
très limitée. Si le chateau de Quissac, appartenant aux Montazet, fut acheté
au prix minuscule d'un troupeau de moutons estimé alors à environ 400
francs, le château de Laugnac fut conservé à la famille de Brancas; celui de
Lusignan, à la famille de ce nom; le château ducal d'Aiguillon, aux
Chabrillant, héritiers du dernier duc. Pour le château de Madaillan, il fut
acheté par un M. Andrieu, mais on ne saurait fixer le prix de l'acquisition.
A Granges, M. Dagassan fut l'acquéreur du château; le château du Temple fut
adjugé à M. Jauzenque; celui de Cours, absolument en ruines, demeura la
propriété de M. de Montalembert. M. Chaudruc, acquéreur de l'abbaye de
Pérignac, la laissa tomber en ruines... (1)
Éléments protégés MH : les façades et les toitures du château : inscription
par arrêté du 6 décembre 1949. (2)
château de
Montpezat 30730 Montpezat, propriété privée, visite des extérieurs
uniquement.
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