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Le Duché, classé parmi les
monuments historiques, se trouve sur le point le plus culminant de la ville
et probablement à l'endroit même où les Romains avaient établi leur camp
retranché pour soumettre les Volces-Arécomiques, anciens habitants d'Uzès.
Il se compose d'un ensemble de constructions de diverses époques présentant
plus particulièrement au dehors l'aspect des fortifications du moyen-âge.
C'est un des beaux spécimens de l'architecture militaire de cette époque.
Son aspect est imposant et révèle la puissance de cet ancien et illustre
fief qui autrefois relevait directement de la grosse tour du Louvre à Paris.
L'ancienne porte du duché, à pont-levis, était jadis plus rapprochée de la
tour ronde, dite de la Vigie, que l'on remarque au couchant près d'une vaste
salle d'armes qui s'écroula il y a plusieurs années. Cette tour ressemble
aux tours de l'ancienne Bastille de Paris. Elle fut construite par Raymond
dit Rascas, seigneur d'Uzès, à la fin du XIIe siècle. La porte d'entrée
actuelle est plus au levant. Elle est ornée de belles colonnes de granit qui
proviennent des exploitations des Alpes Françaises, et elle est surmontée
des armoiries du duc d'Uzès qui sont écartelées au premier et quatrième
quartier, partie fascé d'or et de sinople qui est de Crusssol, et d'or à
trois chevrons de sable, qui est de Lévis, au deuxième et troisième d'azur à
trois étoiles d'or en pal, qui est de Gordon Genoilhac, et d'or à trois
bandes de gueules, qui est de Galiot Genoilhac, sur le tout de gueules à
trois bandes d'or, qui est d'Uzès. L'écu surmonté d'une couronne ducale et
pour cimier une tête de levrette avec deux lions d'or pour support, le tout
sur le manteau ducal. La devise est Ferro non auro. Les armes de la maison
d'Uzès sont à la première salle des croisades. Sous la monarchie légitime,
au sacre des rois et au parlement elles passaient avant toutes celles des
maisons nobles de France.
En entrant dans la cour on est frappé de cette imposante tour carrée
surmontée de tourelles qui est, sans contredit, la plus ancienne de toutes
ces constructions. Elle a été établie sur les débris d'une tour romaine par
Bermond, seigneur d'Uzès, qui est un des ancêtres du duc d'Uzès actuel.
Encore aujourd'hui elle s'appelle la tour Bermonde. L'ancienne tour romaine
devait être la résidence de la princesse Doda ou Duodène, cette fille de
Charlemagne si lettrée, si aimante, qui mourut en 843 à Uzès, où son cruel
époux, le duc Bernard de Septimanie l'avait reléguée, et où elle composa
pour son fils Guillaume, devenu plus tard duc d'Aquitaine, le "liber
manualis", ce monument de sagesse chrétienne et de tendresse maternelle. La
tour Bermonde était donc le donjon primitif des seigneurs d'Uzès, avec ses
créneaux, ses meurtrières et ses oubliettes. Les pièces ou chambres qui s'y
trouvent sont toutes voûtées, depuis le rez-de-chaussée jusqu'à l'étage le
plus haut. Les escaliers sont en colimaçon et ont des marches étroites et
fort élevées. Au fond de cette tour aboutissaient divers souterrains qui
sillonnaient la ville en tous sens et mettaient autrefois toutes les portes
de la ville en communication avec cette tour, à peu près imprenable avant
l'invention de la poudre à canon. Au levant de cette tour se trouve le
bâtiment de la vicomté, au nord, celui construit par les ducs d'Uzès, et
tout à côté la jolie chapelle à la toiture armoriée qui recouvre le caveau
de famille situé au rez-de-chaussée. Chaque objet mérite d'être examiné en
détail.
Le Bâtiment de la Vicomte; ce bâtiment s'appelait ainsi parce qu'il servait
de logement particulier aux vicomtes d'Uzès. Il fut construit par Robert,
créé vicomte d'Uzès par Philippe de Valois, en 1328. Il est terminé au
levant par une tour en pignon octogone dont l'escalier conduit au couchant à
un couloir qui mène à la chambre d'honneur de la duchesse d'Uzès, au midi à
la salle des archives, qui devait être autrefois la chapelle du château
vicomtal, et au levant aux remparts. Le balcon, qui fait face à la porte
d'entrée, a été assez récemment construit avec des colonnes de granit
provenant de l'église des Capucins. Les armes du vicomte d'Uzès reproduites
sur la cheminée de la pièce qui est au rez-de-chaussée étaient de gueules à
trois bandes d'or. Le bâtiment construit par les ducs d'Uzès; c'est celui
qui se trouve entre la grosse tour carrée au nord et la jolie chapelle à
laquelle il est incorporé au midi et entre la cour principale du duché au
levant et une autre cour au couchant, sur laquelle s'ouvre la grande salle à
manger du duché. La belle façade de ce bâtiment, faisant face au levant et
ornée de colonnes, de pilastres et de bas-reliefs fut construite au XVIe
siècle par le duc Antoine et Louise de Clermont sa femme, sur les dessins
dit-on, de Philibert Delorme, architecte du palais des Tuileries. On peut le
considérer comme un modèle de l'architecture de la Renaissance. Le grand
escalier en voûte qui mène aux divers appartements est d'une construction
plus ancienne et rappelle celui du château de Pau. Charles de Crussol et
Françoise de Genouilhac, sa femme, le firent construire. Au premier étage,
on trouve à gauche le cabinet du duc qui était autrefois la salle des armes
transformée aujourd'hui en chambre à coucher, à droite, l'anti-chambrequi
mène d'un côté à la chambre d'honneur de la duchesse d'Uzès, et de l'autre à
la salle de la bibliothèque.
Au fond du premier étage se trouve le grand salon de réception décoré des
portraits de tous les ducs d'Uzès, savoir: Antoine de Crussol, comte de
Crussol, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, duc d'Uzès (1565), pair de
France (1572), marié à Louise de Clermont Tallard, le 10 avril 1556 reçut
Charles IX et sa cour au château de Saint-Privat, dont il était seigneur
suzerain; fut chargé par la cour de pacifier le Bas-Languedoc, la Provence
et le Dauphiné durant les guerres de religion et mourut de ses fatigues au
premier siège de la Rochelle; 2° Jacques de Crussol, son frère, né le 20
juin 1540, décédé en 1568, avait épousé Louise de Clermont. Il avait d'abord
porté le titre de baron d'Acier, sous lequel il joua un grand rôle durant
les guerres de religion, à la tête des protestants. Rallié à la cour à la
mort de son frère, la reine Catherine de Médicis l'opposa avec succès au duc
de Montmorency, qui s'était révolté contre l'autorité royale. Lors de la
création de l'ordre du Saint-Esprit par Henri III, en 1578, Jacques de
Crussol, duc et pair de France, fut le second sur la liste de promotion; 3°
Emmanuel 1er de Crussol épousa en 1601 Claudine d'Ebrard de Saint-Sulpice,
fut chevalier et commandeur des ordres du roi en 1619. Par la mort du duc de
Montmorency, décapité à Toulouse le 30 octobre 1632, le due d'Uzès devint le
doyen des pairs et prit le titre de premier duc et pair de France. Il porta
les honneurs (la couronne royale) aux obsèques de Louis XIII; 4° François
1er de Crussol, né en 1604, mort le 4 juillet 1680, avait épousé Henriette
de la Châtre, puis Marguerite
d'Apchier. Il assista au siège de Perpignan et contribua à l'annexion du
Roussillon à la France en 1642. Il figura, avec la duchesse d'Uzès, au
mariage du roi Louis XIV avec l'Infante Marie Thérèse sur les bords de la
Bidassoa en 1660; 5° Emmanuel II de Crussol, né en 1642, chevalier des
ordres du roi, épousa Julie Marie de Montausier, alla combattre contre les
Turcs en Hongrie. Il porta les honneurs pour le roi d'Espagne au mariage de
Louise d'Orléans avec Charles II d'Espagne, et fut en 1674, duc et pair de
France par la démission de son père en sa faveur; 6° Louis de Crussol, né en
1673, fut tué à l'age de vingt ans à la bataille de Nerwinde. Ses titres et
dignités passèrent à son frère qui suit; 7° Jean-Charles de Grussol, né en
1675, chevalier des ordres du roi, chevalier d'honneur de la reine régente
Anne d'Autriche, épousa Anne de Grimaldi, fille de S. A. S. Louis, prince de
Monaco en 1606, puis Marguerite de Bullion; porta les honneurs (la couronne
royale) aux funérailles de Louis XIV. Il échangea, en 1721, avec le roi
Louis XV, la terre de Lévis pour les droits du roi à Uzès, ce qui augmenta
considérablement la puissance des ducs d'Uzès dans la ville; 8°
Charles-Emmanuel de Crussol, né le 11 janvier 1707, décédé en 1762, avait
épousé en 1725 Émilie de la Rochefoucauld. Il reçut a la bataille de Parme,
en 1734, une terrible blessure qui le rendit bossu; fut député des États de
la province du Languedoc pour la noblesse en 1729; 9° François Emmanuel de
Crussol, né à Paris le 18 janvier 1728, mort à Paris le 22 mars 1802, prit
part à la guerre de sept ans et devint maréchal de camp. Il porta les
honneurs (la couronne royale) aux obsèques de Louis XV. Il émigra, alla se
fixer en Angleterre et revint en France en 1801. Il avait épousé Julie
Victorine de Pardaillan d'Antin, fille de Louis d'Antin, duc et pair de
France; 10° Marie François Emmanuel de Crussol, né le 30 décembre 1750,
épousa en 1777 Émilie de Chastillon. Il fut nommé le premier sur la liste
des pairs de France à la Restauration, et était décoré des ordres du roi et
lieutenant général de ses armées. Il exerça les fonctions de grand maître de
la maison de France aux obsèques de Louis XVIII et au sacre de Charles X; 10
bis, on a mis le portrait d'Adrien Emmanuel de Crussol, duc de Crussol et
député d'Uzès, qui avait épousé Victorienne de Mortemart-Rochechouart, parce
que étant décédé avant son père, il n'avait pu porter le titre de duc
d'Uzès, titre qui passa à son fils qui suit; 11° Géraud Emmanuel de Crussol,
né à Paris le 28 janvier 1808, épousa Elisabeth de Talhouët, fut député de
la Haute-Marne et du Gard; 12° Jacques Emmanuel de Crussol, né à Paris le 28
novembre 1838, avait épousé Anne de Mortemart-Rochechouart. Sorti de
Saint-Cyr il servit dans la cavalerie, devint membre du Conseil général du
Gard et député d'Uzès. Son fils aîné, Jacques de Crussol, a hérité du titre
de duc d'Uzès.
En quittant le salon, on revient dans la salle de la bibliothèque où se
trouve une porte donnant accès à un long corridor servant de dégagement à un
grand nombre de chambres et au fond duquel on arrive à l'entrée de la jolie
chapelle du style gothique flamboyant. Elle a été restaurée par le duc
d'Uzès, bisaïeul du duc actuel et ornée de magnifiques vitraux où l'on
remarque les armes du duc d'UzêS et de la duchesse née de Talhouët. La porte
de la chapelle est richement sculptée. La Foi, l'Espérance, la Charité et la
Religion y sont symbolisées sous forme de personnages dans quatre panneaux.
La toiture est aiguë et couverte de briques en couleurs jetant au loin des
reflets de lumière et dessinant dans de vastes proportions les armoiries des
ducs d'Uzès. Le second étage du duché est à peu près abandonné. On y
remarque une très vaste salle dont la voûte en ogive est très élevée. Les
personnes qui visitent le duché ne manquent par d'aller à ce second étage
prendre la porte de l'escalier en colimaçon qui conduit au haut de la grosse
tour carrée appelée Bermonde et d'où l'on domine tout Uzès qui offre, il
faut le reconnaître, pour une petite ville, de remarquables monuments dans
son enceinte ou sur son territoire. C'est d'abord, au midi et en face du
duché, la Tour de l'Horloge jadis donjon des évoques, appartenant
aujourd'hui à la ville. Et immédiatement après, entièrement caché par ce
monument, la Tour des Prisons autrefois château du roi, où descendit Louis
XIII lors dé son entrée à Uzès durant les guerres de religion. Plus loin le
château Bèrard près lequel on trouve à gauche les restes de l'aqueduc romain
qui conduisait à Nîmes les eaux de la fontaine d'Eure d'Uzès en passant sur
le Pont du Gard, et à droite au milieu d'un bois de pins un temple des
druides monument celtique dans lequel on immolait des victimes humaines...
En descendant de la haute tour du duché et pour sortir de ce château il faut
revenir à la cour d'entrée dans laquelle s'ouvre la porte du caveau qui sert
de tombeau de famille. Dans la pièce qui précède le caveau on remarque à
droite la pierre tombale en marbre de messire Emmanuel de Crussol, duc
d'Uzès, pair de France, baron de Levis et de Florensac, seigneur d'Acier,
prince de Soyons, chevalier des ordres du roi et chevalier d'honneur de la
reine régente Anne d'Autriche. La pierre tombale est décorée des armes des
ducs d'UzèS, entourée du collier des chevaliers du Saint-Esprit. En entrant
dans le caveau on est frappé de la vue du magnifique Christ en bronze, plus
grand que nature, qui domine les pierres tumulaires. La première pierre en
entrant à gauche est celle qui recouvre les cendres de
Marie-François-Emmanuel de Crussol, duc d'Uzès, premier Pair de France, né à
Paris le 31 décembre 1756, et mort à Bonnelles le 6 août 1843. C'est le même
qui a fait construire le caveau actuel et y a fait transporter, en 1825, les
cendres de deux de ses ancêtres qui reposaient dans le Caveau de l'église du
couvent des capucins, fondé parles dues d'Uzès, qui en avaient été
constamment les bienfaiteurs. Ce sont très haut et très illustre seigneur
Mgr Jean Charles de Crussol, duc d'Uzès, Pair de France, prince de Soyons,
comte de Crussol et autres places, lieutenant général pour le roi des
provinces de Saintonge et Angoumois, chevalier des ordres de Sa Majesté,
décédé dans son château d'Uzès le 19 juillet 1739, âgé de 63 ans. Au-dessus,
Emmanuel de Crussol, chevalier d'Uzès, marquis de Montsalez, décédé le 22
novembre 1743, à l'âge de 32 ans, puis toujours à gauche une grande plaque
portant ces mots: A la mémoire de: Mme Anastasie de Crussol d'Uzès, duchesse
de Toursel, née à Paris le 24 juin 1809, morte à Hyères le 18 février 1838,
ensevelie à Saint-Symphorien (Saithe); Mme Amable-Emilie de Chastillon,
duchesse d'Uzès, née â Paris le 4 juillet 1760, morte à Paris le 7 mai 1840,
ensevelie au château de Wideville (Seine-et-Oise); Mme Célestine de Crussol
d'Uzès, marquise de Rougé, née à Parts le 6 janvier 1785, morte à Paris le 5
avril 1866 ensevelie à Moreuil (Somme).
Enfin en face, de gauche à droite, Magdeleine-Julie-Victorine de Pardailhan
de Gotidrin d'Antin, duchesse d'Uzès, née à Paris le 1er octobre 1728, morte
à Londres le 13 septembre 1799; François-Emmanuel de Crussol, duc d'Uzès,
premier pair de France, né à Paris le 1er janvier 1728, mort à Paris le 28
mars 1802; Catherine-Victorienne de Rochechouart de Mortemart, duchesse de
Crussol, née à Paris le 4 juin 1776, morte à Paris le 15 juillet 1800;
Adrien-François-Emmanuel de Crussol d'Uzès, duc de Crussol, pair de France,
né à Paris le 16 novembre 1778, mort à Marseille le 1er avril 1937;
Jacques-Frédéric de Crussol d'Uzès, élève de l'école navale, né le 1er
septembre 1841 décédé à Paris le 17 novembre 1859;
Antoinette-Elisabeth-Sophie de Talhouët, duchesse d'Uzès, née à Paris le 18
février 1818, morte à Paris le 16 février 1863;
Armand-Géraud-Victorien-Emmanuel de Crussol d'Uzès, duc d'Uzès, né à Paris
le 28 janvier 1828, mort à Paris le 21 mars 1872; Jacques-Emmanuel de
Crussol d'Uzès, duc d'Uzès, né à Paris le 18 janvier 1840, et mort à Paris
le 28 novembre 1878. Autrefois les seigneurs d'Uzès étaient ensevelis dans
l'église du couvent des Cordeliers située presque en face du temple
protestant. Postérieurement leur sépulture fut dans l'église des Capucins
d'Uzès. Après la révolution, et lorsqu'ils rentrèrent en possession de leur
Duché, qui avait été pris comme bien national et transformé en collège, les
ducs ont établi le caveau actuel. On peut saluer avec respect leurs cendres.
Les ducs d'Uzès ont toujours fait tourner au bien du pays leur pouvoir et
leur haute influence.
Les anciens seigneurs d'Uzès: Sur la fin de la race de Charlemagne et
au commencement de celle de Hugues Capet, les gouverneurs des provinces, des
villes et des châteaux, firent ériger à leur profit, avec les pays et
territoires qui en dépendaient, ces mêmes provinces, villes et châteaux sons
les titres de duchés, marquisats, comtés, vicomtés, châtellenies, et s'en
rendirent véritables propriétaires sous le simple hommage au roi. Dans cette
révolution les comtes de Toulouse augmentèrent beaucoup leur puissance et
leur grandeur. Ils avaient sous leur suzeraineté un grand nombre de
seigneurs, et parmi eux les seigneurs d'Uzès qui, d'abord comtes, perdirent
ce titre par suite d'une révolte du comte de Toulouse à laquelle ils prirent
part contre le roi. Le plus ancien seigneur que l'on connaisse est Elzéard
d'Uzès qui souscrivit à la charte de Raymond de Saint-Gilles en faveur de
l'abbaye de Saint-André-d'Avignon. Il vivait encore en 1125. Il eut pour
fils Decan. Decan appelé par certains auteurs Raymond Decan, deuxième
seigneur d'Uzès, se maria avec la fille de Rostaing de Posquières qui lui
apporta en dot la baronnie de Posquières, située dans le diocèse de Nîmes.
Voilà pourquoi on trouve dans les actes de cette époque la baronnie d'Uzès,
qui se rapporte à celle de Posquières, Raymond Decan ayant pris depuis son
mariage le titre de seigneur et baron d'Uzès et de Posquières. Ce seigneur
suivit Raymond IV de Saint-Gilles, comte de Toulouse, à la première croisade
commandée par Godefroy de Bouillon et prêchée par le pape Urbain II, qui
était venu dans nos contrées, mais avant de partir, suivant en cela
l'exemple du comte de Toulouse, Raymond Decan donna une partie de ses biens
au clergé. C'est ainsi que le chapitre d'Uzès reçut le moulin Bladîer, situé
au bas du plateau de la ville. Il est appelé depuis cette époque Moulin du
Tournai, à cause de la tour que les chanoines y firent construire pour le
préserver des ennemis. Le moulin a changé de destination et renferme de
puissantes machines qui élèvent sur le plateau d'Uzès les eaux d'une source
abondante, et la tour avec le terrain qui l'environne, a été récemment
achetée par le duc d'Uzès, qui est ainsi devenu propriétaire d'un terrain
qui avait appartenu à un de ses ancêtres, il y a plus de 800 ans.
Decan, qui avait pris pour armoiries de gueule à trois bandes d'argent, fut
l'un des plus distingués des seigneurs qui accompagnèrent le comte de
Toulouse aux croisades, et il dut séjourner en Syrie, puisqu'il fut l'un des
témoins du testament fait par le comte Raymond, le 31 janvier 1105, dans son
château dit le Mont-Pèlerin ou des Pèlerins, parce qu'il avait été construit
par eux. C'est dans ce château qu'Elvire de Castille, femme de Raymond de
Toulouse, accoucha d'un fils nommé Alphonse, du nom du roi de Castille son
aïeul, et Jourdain, parce qu'il fut baptisé dans le fleuve de ce nom Cet
Alphonse Jourdain, devint plus tard le gendre de Raymond Decan. Ce qui
indique la haute situation sociale de la maison d'Uzès dès cette époque déjà
lointaine. A son retour de la croisade, le pape Calixte II écrivît à Raymond
Decan pour le féliciter et le remercier de son dévouement à la cause de
l'Église, et Sa Sainteté le chargea de régler le différend survenu entre
Raymond comte de Malgueil et Guillaume seigneur de Montpellier, et le 9 mai
1125 Raymond Decan signait comme témoin le traité de paix entre ces deux
seigneurs. Le 5 mai 1126, il fit à Bernard-Aton V, vicomte de Nîmes, une
reconnaissance des fiefs qu'il possédait dans cette vicomté et qui
relevaient de ce vicomte, notamment des fiefs de Bezouce, Bouillargues,
Marsillac, des boutiques bâties dans Nîmes sur l'emplacement du Pré
Vicomtal, enfin de la Tour épiscopale et du château des Arènes. Il mourut le
30 août 1138 et fut enterré dans l'abbaye de Saint-Pierre de Psalmodi.
Raymond Decan fut porté au tombeau par ses quatre fils, évêques, dont les
noms vont suivre.
Ses enfants furent: Rostaing II qui reçut en partage la seigneurie de
Posquières et épousa en 1121, Ermesinde de Béziers, fille de Bernard-Aton,
vicomte de Béziers et autres lieux; 2° Faydide, qui épousa Alphonse-Jourdain,
comte de Toulouse; 3° Bermond qui suit. Il continua la tige de la maison
d'Uzès. Il hérita dans la succession paternelle, de la terre de Peccaïs,
voisine du lieu où depuis ont été établies, en 1284, les belles salines qui
subsistent encore; 4° Adalbert, qui fut évêque de Nîmes de 1141 à 1182. Il
fut sacré à Rome en 1141, le jour de Saint-Thomas, par le pape Innocent II,
et jouit de beaucoup de considération dans l'Église et de faveur auprès du
roi Louis le Jeune. Le pape Alexandre III le chargea de réconcilier le comte
de Toulouse Raymond V avec sa femme, sœur du roi de France, que son époux
avait répudiée. L'évêque de Nîmes fut un des pères du concile de Loubers en
1165, qui condamna les doctrines des Albigeois et les déclara hérétiques.
Adalbert mourut en 1180, après un épiscopat de 39 ans; 5° Raymond, évêque
d'Uzès de 1150 à1188, obtint de Louis le Jeune certains fiefs dont l'abbaye
de Saint-Privat. Il concéda aux Templiers l'église Saint Paul de Montfrin en
1162. Il échangea avec Guillaume, prieur de Saint-Pierre de
Pont-Saint-Esprit de l'ordre de Cluny, le prieuré de Chusclan pour celui de
Saint-Florent en 1164. Il donna le lieu des Augustines à l'abbesse Ermesinde
pour y fonder un monastère de Cisterciennes. Ses armes étaient celles de sa
maison de gueule à trois bandes d'or; 6° Pierre, évêque de Lodève, qui fit
entourer cette ville de murailles et acquit beaucoup de biens à son église
en obtenant du roi Louis VII, en 1157, des droits régaliens et les mines
d'or et d'argent de son diocèse; 7° Raymond, évêque de Viviers de 1158 à
1160; 8° Guillaume, abbé de Saint-Thibéry de 1147 à 1175. Qualifié de "très
célèbre" par les moines de son abbaye, il dressa un règlement de discipline
pour sa communauté. Il assista comme témoin au contrat de mariage de Roger
vicomte de Béziers avec Adélaïde de Toulouse. Il apparaît aussi en 1174 dans
un plaid tenu à Montpellier pour le monastère de Samt-Guilhem-du-Désert, et
dans une donation faite par Raymond Rascas à l'abbaye de Franquevaux.
Bermond I, troisième seigneur d'Uzès, apparaît de 1144 à 1181. Il se maria
deux fois; la première avec Douce de Mezoargues dont il n'eut qu'un fils,
Raymond dit Rascas, et la seconde avec Rose X... de laquelle il eut trois
fils, Reinon, Elzias et Rostang. En 1145, Alphonse comte de Toulouse tint à
Uzès un plaid auquel assistèrent comme médiateurs Pierre abbé de
Saint-Gilles, Rostaing de Posquières, Pons de Montlaur, Raymond de Castries
et Bermond de Marguerites. Dans cette assemblée le comte de Toulouse
prononça une sentence définitive au sujet des difficultés qui divisaient
Bermond seigneur d'Uzès et l'évêque de cette ville. Bermond est cité avec
deux de ses fils Raymond et Elzias, comme témoins dans l'acte de donation
faite par Raymond VI à l'abbé Bertrand de Franquevaux et à ses moines, en
mai 1168, pendant la foire de Beaucaire. En même temps il donne au dit
Bertrand et à ses moines une terre située sur le terroir d'Airoles avec les
objets nécessaires pour faire aller le moulin de Figoret et lui confirme l'albergue
de quatre chevaliers que Rostaing de Posquières leur avait donné dans sa
terre de Dalmas. Cette donation fut faite à Sainte Marie de Franquevaux en
présence de Pierre d'Uzès, abbé de Psalmodi, de Guilhaume, abbé de
Saint-Tibéri, de Pons Pierre, prieur de Saint Bonnet et du prieur de Ste
Marie de Franquevaux. Peu de temps après il accorde encore à ces moines le
droit de pâturage pour tous leurs bestiaux dans la forest de Gotlesque, le
franc alleu de tout ce qu'ils avaient acheté ou qu'on leur avait donné dans
le territoire de Posquières, et les exempte de tous droits aux marchés.
Cette donation fut approuvée par ses fils et faite dans la maison du prieur
de Saint Saturnin d'Ainjargues en présence d'Aldebert évêque de Nîmes et de
Bertrand abbé de Franquevaux. Dans ces donations, Bermond se qualifie
seigneur d'Uzès et de Posquières par la grâce de Dieu.
Rien ne prouve mieux le degré de puissance et d'indépendance auquel la
maison d'Uzès était parvenue déjà en 1174. Bermond, qui était alors seul
seigneur d'Uzès, partagea cette seigneurie entre ses trois fils, Raymond dit
Rascas qui suit; il était l'aîné et en eut la moitié, Reinon et Elzias
chacun un quart. Rostang, le quatrième fils, qui était chanoine à l'église
de Saint Nicolas de Campagnac ne fut pas mentionné dans ce partage, son père
lui ayant déjà assuré une pension alimentaire. Bermond mourut en 1181. Cette
moitié léguée à Raymond Rascas resta dans la tige d'Uzès et passa aux
Crussol. C'est le château ducal actuel. Le quart légué à Reinon fut divisé
par moitié par ses descendants et parvint aux évêques d'Uzès. Ainsi le 3
août 1242 Reinon II vendit son huitième de la seigneurie d'Uzès à Pons,
évêque d'Uzès, et le 3 juillet 1280 Guillaume de Sabran descendant par les
femmes de Reinon I vendit son huitième à Bertrand, autre évêque d'Uzès, de
sorte que les évoques possédèrent un quart de la seigneurie d'Uzés, ainsi
que la Tour de l'Horloge. Le quart légué à Elzias fut vendu par un de ses
descendants, Guillaume de Laudun, baron de Montfaucon, au roi Charles VIII,
le 8 août 1493, rétrocédé plus tard, en 1721, par le roi Louis XV au duc
d'Uzès. C'est le château qui servait de prison au XIXe siècle, dont le
département s'est emparé depuis la Révolution, et qu'il conserve toujours
malgré les protestations sans cesse renouvelées du duc d'Uzès. Il serait à
désirer que par des traités, soit avec la ville, soit avec le département,
le duc d'Uzès put obtenir la tour de l'horloge et la tour des prisons pour
les joindre au château ducal, afin de de rentrer dans l'ancien patrimoine
que possédait un de ses ancêtres, Bermond, au XIIe siècle.
Raymond dit Rascas, quatrième seigneur d'Uzès, hérita de la moitié de la
seigneurie d'Uzès à la mort de son père et continua la tige principale. Il
apparaît de 1168 à 1209. Il fut présent à la donation que fit Raymond comte
de Toulouse au mois d'août 1187 à l'abbaye de Franquevaux, de ce qu'il
possédait dans le territoire de Fourques, de la succession d'Agnès, sa sœur.
Il fut aussi présent à celle que fit son frère cadet Elzias, seigneur de
Posquières à Saint-Gilles en 1181, de toutes les terres qu'il avait à
Villeneuve, toujours en faveur de la même abbaye. Ce Raymond dit Rascas
était non seulement un riche et puissant seigneur, mais encore un homme de
tête et de courage. C'est pour l'avoir pour partisan que Raymond V comte de
Toulouse, son parent, lui fit don en avril 1185, du château d'Aimargues,
afin qu'il l'aidât à soutenir une guerre qu'il avait entreprise contre le
roi d'Aragon, le comte de Provence, le seigneur de Montpellier et Bernard
Aton V, vicomte de Nîmes et de Béziers. Après s'être vaillamment battu pour
le comte de Toulouse, Raymond Rascas, revenu à Uzès, contribua par ses
libéralités, sous l'épiscopat de l'évêque d'Uzès, Guillaume de Vénéjean, en
1204, à la fondation de la chartreuse de Valbonne, située près la ville de
Pont Saint Esprit et placée au milieu d'une vaste forêt. Sur la prière des
habitants d'Uzès, il fit le 3 mai 1206, de concert avec ses deux frères,
Reinon et Elzias, un règlement concernant la police, la justice et le droit
public de la seigneurie. Ils promirent tous les trois de faire observer ce
règlement par leurs enfants et en firent jurer l'exécution par leurs
officiers de justice sur les Saints Évangiles. Le 13 août 1207 Raymond
Rascas fut arbitre avec Pierre de Château-Neuf, légat du Pape, et Guillaume,
évêque de Nîmes, d'un différend survenu entre Ebrard, évêque d'Uzès, et
Elzias, seigneur d'une portion d'Uzès, à l'occasion de certains fiefs et
principalement du château de Blanzac qui était alors fort vaste et bien
fortifié. Il parvint à les mettre d'accord.
Raymond Rascas fut un des barons qui assistèrent à la cérémonie à laquelle
se soumit l'infortuné Raymond VI, comte de Toulouse, dans l'église de
St-Crilles, dans le but d'obtenir la levée de l'excommunication lancée
contre lui en 1207 et 1208 pour avoir favorisé les Albigeois. Après qu'il
eut été fustigé à la porte, étant en chemise, par le légat du pape, Milon,
il fut traîné au dedans par ce prélat qui lui avait passé une étole autour
du cou. Ce dernier exigea en outre de lui le serment d'obéir en tout aux
ordres du Pape et aux siens comme son représentant. Raymond, comte de
Toulouse, donna pour caution de son serment, seize de ses barons au nombre
desquels se trouvaient Raymond Rascas et son fils Decan. Malgré l'absolution
du comte de Toulouse, les croisés, sous la conduite de Simon de Montfort,
envahirent la province du Languedoc qui était en 1210 sous la domination du
légat du Pape, Raymond, évêque d'Uzès. Ce prélat se fit surtout redouter
dans son diocèse et n'eut pas beaucoup de peine d'obtenir foi et hommage des
seigneurs d'Uzès, d'autant plus que le comte de Toulouse semblait ne devoir
plus rentrer dans ses droits de seigneur suzerain, car en 1214 il fut tenu
un concile national à Montpellier où les prélats attribuèrent au comte de
Montfort la souveraineté de toutes les con quêtes de la croisade sur le
comte de Toulouse. On sait qu'à quelque temps de là la conduite du comte de
Montfort lui attira la haine de ses nouveaux sujets et lui fit perdre la
ville de Toulouse au siège de laquelle il fut tué en 1222. Par cette mort
Raymond VI rentra en possession de sa capitale et de sa province. Au milieu
de toutes ces guerres Raymond Rascas fit réparer et augmenter les bâtiments
et les fortifications de son château seigneurial. On lui attribue la
construction de la tour ronde, dite de la Vigie, qui est au couchant du côté
de la rue Condamine, ainsi que du bâtiment aujourd'hui démoli qui était
adapté à cette tour et dont le rez-de-chaussée servait d'écurie et les
pièces au-dessus de logement aux hommes d'armes.
Raymond dit Rascas testa en août 1209 et mourut le 27 février de l'année
suivante, laissant trois fils, Bermond qui suit, Reymond, et Decan qui
mourut sans postérité. Bermond II, cinquième seigneur d'Uzès, épousa Gèraude,
de la famille d'Adhémar de Rochemaure. Il apparut de 1208 à 1254. Par un
acte du 11 mars 1208, il reconnut que le père du comte de Toulouse, lors
régnant, avait établi cette coutume dans tout le comté que, tous les biens
de ceux qui seraient décédés ab intestat retourneraient aux héritiers de
ceux d'où ils sont venus. Il reconnut aussi que son père et son aïeul
avaient approuvé cette coutume qu'il déclare vouloir faire exécuter dans
Uzès et dans Saint-Quentin, dont il était seigneur. Mais la guerre des
Albigeois continuait toujours. Le pape Innocent III convoqua à Narbonne, en
janvier 1211 le roi d'Aragon, le comte de Toulouse et Simon de Montfort.
L'évêque d'Uzès et l'abbé de Citeaux, délégués de la cour de Borne, furent
présents à cette réunion et demandèrent au nom du Saint-Siège, l'expulsion
générale des ennemis de l'Église et la confiscation de leurs biens. Le 9
février de l'année suivante l'évêque d'Uzès obligea Raymond II à prêter
serment devant lui, en présence des chanoines de la cathédrale et des
principaux seigneurs du Pape, parmi lesquels figurait R. de Remoulins. Enfin
après la bataille de Muret, où Simon de Montfort gagna une victoire complète
sur les Albigeois, l'évêque d'Uzès reçut des mains du vainqueur, la viguerie
d'Uzès que Raymond tenait du ci-devant comte de Toulouse. En conséquence
Raymond dut la même année faire hommage à l'évêque du fief de la viguerie
d'Uzès, pour lequel il était obligé de fournir une albergue de cent
chevaliers. Pendant les années qui suivirent, Raymond jouit en paix de sa
seigneurie d'Uzès. Il acquit en février 1225, de son parent Elzias,
co-seigneur d'Uzès, le moulin de Nadal situé au milieu de la plaine des
Fouses.
En 1226 le roi Louis VIII entra en Languedoc avec une armée de 100.000
hommes, pour combattre Raymond VII, comte de Toulouse. Uzès lui ouvrit ses
portes le 2 juin et Nîmes le 5. Tous les pays environnants se soumirent à
lui sans aucune résistance. C'est le premier roi de France qui est apparu
dans les murs d'Uzès. Par une charte du mois de juillet 1226, il mit les
consuls de la ville et Cité d'Uzès sous la sauvegarde spéciale du roi. Ce
fut quelques années après que le roi Saint Louis établit le poids du roi,
sorte d'impôt indirect sur certains objets de consommation. Ce qui donna
lieu plus tard a bien des difficultés entre les évêques et les ducs d'Uzès.
Bermond testa dans son château de Collias et mourut quelque temps après
laissant de sa femme plusieurs enfants: Robert, mort évêque d'Avignon, Deean
qui suit, et deux filles, Marie et Ermesinde. Bermond et sa femme furent
ensevelis dans l'église des Templiers de Saint-Gilles. Deean II, sixième
seigneur d'Usès, apparaît de 1254 à 1285. Il céda au roi Saint Louis, par
acte passé à Paris le jeudi après la fête de Saint Pierre et Saint Paul de
l'an 1264, au nom de son frère Robert, chapelain du Pape, et moyennant vingt
mille livres de rente, le château de Calvisson. Ce Robert d'Uzès fut évêque
d'Avignon en 1267. Vers le milieu du XIIIe siècle, les frères Mineurs ou
Cordeliers vinrent s'établir dans Uzès. Decan fut un de ceux qui par ses
libéralités contribua le plus à la fondation de leur église et de leur
couvent, et par son testament fait à Uzès le 4 juillet 1283, il voulut être
enterré chez les frères Mineurs ou Cordeliers. Leur couvent et l'église y
attenant se trouvaient sur la partie de la promenade de l'Esplanade qui
longe aujourd'hui le temple protestant, ainsi qu'on a pu le constater en
1850 en créant cette promenade. Ce couvent et cette église avaient été
détruits par les routiers. En faisant des fouilles on trouva des ossements,
une très belle pierre d'autel, la même qui a été transportée dans la nef de
la crypte et qui sert au saint sacrifice de la messe.
Decan II testa le 4 juillet 1283 et fut enterré selon son désir à l'église
des Cordeliers. Decan II laissa de sa femme Ermingarde, fille de Pelet
seigneur d'Alais, cinq enfants dont Bmrmond seigneur d'Uzès qui suit; 2°
Boniface, chanoine à Avignon; 3° Robert, dominicain, décédé â Metz en 1296;
4° Philippine, mariée au vicomte de Lautrec; 5° Degane, mariée à Isnard,
seigneur d'Olières, devenu plus tard seigneur de Roquefeuille. Bermond III
apparaît comme seigneur d'Uzès et d'Aimargues de 1290 à 1318. Par acte du 7
mars 1290, il échangea avec le roi Philippe le Bel les salines de Paccaïs
pour la seigneurie de Remoulins et autres lieux. Bermond III fit plusieurs
campagnes militaires, notamment en Flandre, dans l'armée de Philippe
Auguste. De retour de la guerre; il porta des plaintes au roi contre le
sénéchal Alphonse de Rouvrai qui lui disputait le droit dont il prétendait
que ses ancêtres et lui avaient toujours joui de punir leurs officiers
particuliers quand ils venaient à prévariquer dans leurs fonctions. Il
parait qu'il fut débouté et que ses officiers, ainsi que ceux des autres
seigneurs particuliers furent soumis à la juridiction des officiers royaux
dans le ressort desquels ils se trouvaient. Parmi les seigneurs particuliers
qui avaient adressé la même plainte au roi figurait Raymond Gaucelme, parent
de Raymond III. Ce Raymond Gaucelme était riche et possédait un grand nombre
de seigneuries et fiefs. C'est à lui qu'est attribué la construction du
château de Saint-Ferréol,devenu dans la suite une citadelle et une des
principales défenses de la ville. On prétend que n'ayant pas de château dans
l'enceinte de la ville il fit élever celai-ci pour y résider quand il se
trouvait à Uzès. En 1304, Clément V (Bertrand de Goth) passant dans ce pays
alla visiter le Pont du Gard, le 21 octobre, et coucha à Uzès. Il continua
de là sa route pour se rendre à Lyon où il fut couronné.
Bermond III fut un des seigneurs du Languedoc qui donnèrent leur procuration
à Guillaume de Mogaret pour les représenter en mai 1308 aux États généraux
de Tours, et délibérer sur l'arrestation et le sort des Templiers. Il fut
enterré comme son père dans l'église des Frères Mineurs, conformément à son
testament du 23 mai 1309. Ce testament contient l'explication et la date de
la pose d'une pierre tumulaire placée autrefois dans l'église de Psalmodi,
mentionnant divers personnages de la famille d'Uzès. De ses deux femmes,
Alix et Hermessinde, Bermond eut plusieurs enfants dont Robert qui suit; 2°
Degan, abbé du monastère de Saint Guilhem du Désert; 3° Bermond, religieux;
4° Pons, prieur du prieuré de N-D (Beate Marie) du bourg de Narbonne; 5°
Raymond, épouse None Raymonde, fille de noble Raymond d'Avignon; 6°
Estnengarde, épouse Guillaume de Randon, seigneur de Luc et de Portes, puis
Aymeric de Besiac seigneur de Montbazet; 7° Annette; 8° Dalmasse se marie
avec Guiraud d'Adhemar son parent au quatrième degré; 9° Degane, mariée avec
Guiraudet, fils de Guiraud d'Adhemar. Elle se maria le même jour que sa sœur
Dalmasse, l'une épousant le père, l'autre le fils. Le contrat de mariage fut
dressé par Jean Bezon d'Avignon. Robert 1er d'Uzès prit part aux guerres de
Gascogne et surtout à la guerre de Flandre. A la tête d'une bonne troupe de
ses vassaux, il combattit valeureusement et contribua au succès de la
bataille de Cassel, remportée sur les Flamands par le roi le 23 août 1328.
Aussi en reconnaissance de ses services, comme de ceux que ses ancêtres
avaient rendus à la couronne, le roi Philippe Auguste, après la bataille le
4 septembre 1328 érigea la seigneurie d'Uzès en vicomté. Les lettres
direction de la vicomté d'Uzès portent que les prédécesseurs de Robert
d'Uzès étaient appelés comtes à cause de leur naissance illustre et
l'étendue de leurs terres, mais qu'ils avaient perdu ce titre, ayant pris
part à une révolte du comte de Toulouse contre le roi. Ce qui prouve bien
que les prédécesseurs de Robert étaient du nombre des plus grands seigneurs
du pays.
Du reste l'ancien marquisat de Gothie qui était appelé auparavant duché de
Septimanie, comprenait entr'autres lieux les comtés d'Agde, de Béziers, de
Nîmes et d'Uzès. Avant l'érection d'Uzès en vicomté, en l'an 1316, Philippe,
comte de Poitiers, frère cadet du roi dit le Hutin, et devenu régent du
royaume après son décès, nomma pour son lieutenant dans la sénéchaussée de
Nîmes et Beaucaire, Armand de Poitiers, comte de Valentinois et proche
parent de Robert par sa mère. Ce lieutenant fit prêter serment de fidélité
aux consuls et habitants d'Uzès au mois de juillet. La cérémonie eut lieu
dans Uzès sur la grande place, en présence de l'évêque André, de Robert,
principal seigneur d'Uzès, et d'autres personnes de distinction. Robert
remit le 4 décembre 1320 trois grandes clefs du portail de la cité, aux
trois consuls dont la nomination lui était réservée. Le 11 mars 1333 il fut
passé une transaction entre le vicomte d'Uzès, l'évêque et Béranger,
co-seigneur d'Uzès, d'une part, et les consuls de l'autre, sur la police des
graines et denrées et la vente des étoffes et autres marchandises. Les
émoluments sont partagés entre le Vicomte d'Uzès pour 1/3, Béranger et
l'évêque chacun pour 1/4. On convient qu'on ne pourra vendre qu'à certains
poids et mesures; et l'acte porte que les étoffes seront vendues à la canne,
dont l'empreinte fut faite sur la muraille de l'église Saint-Théodorit,
auprès de la porte d'entrée de l'église qui touchait à la maison où se
tenait le chapitre. En 1344 l'évêque d'Uzès Hélias fit son entrée solennelle
dans la ville. Le procès-verbal porte que les consuls de la ville d'Uzès
allèrent prendre l'évêque au lieu de Saint Firmin et tenant la bride de son
cheval le menèrent jusqu'à la porte Saint Étienne, où l'évêque s'arrêta;
qu'il demanda où étaient les autres pairs ou co-seigneurs, afin qu'ils
l'introduisissent dans la ville suivant la coutume, et qu'alors apparurent
deux gentils hommes, l'un pour Bérenger d'Uzès, l'autre pour Robert (qui
était le vicomte), que ce dernier dit à l'évêque qu'il venait pour le
vicomte sans être informé de ce qu'il devait faire et qu'il protestait que
tout ce qu'il ferait ne serait que pour rendre honneur à l'évêque et non de
soumettre le vicomte ni ses successeurs à aucune servitude ou obligation, et
aptes cette protestation les deux gentilshommes prirent la bride du cheval
et accompagnèrent ainsi l'évêque jusqu'à sa cathédrale.
"Robert habita souvent son château de Belvezet, situé à 15 kilomètres
d'Uzès. La proximité de la cité vicomtale où il pouvait se rendre
facilement, et les agréments de chasse que lui procuraient les immenses et
giboyeuses forêts qui entourent ce village déterminèrent son séjour dans ce
pays. Peut-être un sentiment de fierté ne fût pas étranger à cette décision.
Malgré le titre de vicomte qu'il avait obtenu du roi, Robert n'était que le
second à Uzès: l'évêque marchait le premier. Qui sait si cette fière nature
ne préféra pas rester dans la solitude des champs et des bois plutôt que de
n'être que le second dans la cité d'Uzès". Robert 1er testa le 28 mars 1349
et conformément à son testament, il fut enterré à l'église des frères
Mineurs d'Uzès. Il avait épousé en premières noces, par contrat passé à
Saint Remi en Provence, le 11 avril 1306, Dulcine de Sabran, fille d'Elzéard
de Sabran, seigneur d'Ansouis, qui apporta pour dot quarante mille gros
tournois blancs et anciens, et comme elle était cousine de Robert au
quatrième degré, ils avaient obtenu dispense du pape Clément V le 17
septembre 1305. Elle est nommée dame d'Uzès dans le testament d'Elzéard de
Sabran son neveu, l'an 1317. En secondes noces Robert épousa Guiote de
Posquières, veuve de Gui III de la Roche, seigneur de Posquières, qui lui
apporta en dot les terres de Bellegarde et de Broussan près de Beaucaire. De
ce mariage naquirent quatre garçons et deux fille: 1° Decan III qui suit; 2°
Louis d'Uzès qui apparaît en 1369; 3° Raymond, qui hérita de Bellegarde et
Broussan par donation de sa mère du 27 mars 1341; 4° Jehan d'Uzès, évêque de
Nîmes en 1378; 5° Guiote d'Uzès, née à la fin de 1332 qui épousa en
premières noces, en mars 1346 n'ayant que 13 ans, Louis d'Espagne, prince
des Îles Fortunées, comte de Talmon et seigneur de l'île d'Oléron; et en
dernières noces, le 5 avril 1351, Aymard de Poitiers, fils d'Aymard, comte
de Valentinois; 6° Catherine, épousa le 11 juin 1353 Archambaud de Boulbon,
seigneur de Boulbon et de Saladrenque.
Decan III, deuxième vicomte d'Uzès, seigneur d'Aimargues, fut émancipé par
son père le 27 mars 1341 et reçut en même temps une dotation générale. Le 24
octobre 1352 il prêta serment de fidélité au roi, et le 18 octobre de
l'année suivante il prêta le même serment à Hélias, évêque d'Uzès (Archives
ducales). Ce fut sous lui qu'on établit, non sans peine, en 1341, l'impôt
sur le sel dit gabelle, supprimé seulement par le fait de la révolution. En
1344, le roi Philippe de Valois passa à Uzès venant d'Avignon où il était
allé visiter le pape. Il coucha dans le château du vicomte. On ne lui fit
aucune entrée de crainte de réveiller la contagion de la peste qui sévissait
alors à Uzès et dans les environs. Le 24 octobre 1352, Decan, vicomte
d'Uzès, fait serment de fidélité au roi de France pour la vicomté d'Uzès et
ses dépendances, entre les mains d'Aymeri de Rochechouart, sire de Mortemart,
qui commandait dans le Languedoc avec l'autorité de capitaine souverain pour
le roi. Plus tard, en 1355, le fameux prince de Galles, dit Prince noir,
pénétra dans le Languedoc, mais il fut repoussé par les milices de la
Province. Cette irruption engagea les villes à réparer et à augmenter leurs
fortifications. Celles d'Uzès consistaient alors dans un rempart et un fossé
qui entouraient son enceinte et dont on reconnaît encore aisément les
vestiges en faisant le tour de la ville, sauf l'emplacement où sont situés
actuellement l'église cathédrale et l'ancien Palais Épiscopal. Le rempart
partait de ce côté de la porte Saint-Julien à travers ces deux édifices et
allait aboutir à la tour Martine, dite le Pavillon Racine, et venait se
joindre à la porte dite de l'Évêché, de manière que le cloître du chapitre
était comme l'église cathédrale d'alors, enfermé dans l'enceinte. On
comptait quatre principales portes, celle dont je viens de parler; celle de
Saint-Etienne, défendue par une tour, celle de la Condamine, ayant également
une forte tour, dite la Tour Banastière, ou étaient les mesures publiques
qui servaient à mesurer les grains les jours où le marché se tenait au
dedans de cette porte; celle dite de Saint-Julien.
Les approches de la ville étaient défendues au nord, par le château ou fort
de Saint-Firmîn où sont aujourd'hui les enclos de la Perine et de la
Bernarde; du même côté, le château-neuf appartenant au vicomte et sur
remplacement duquel les ducs firent bâtir une église et un couvent qu'ils
donnèrent aux pères capucins avec plusieurs jardins attenant du côte du
couchant, par la forteresse dite la Tour du roi, située à la place appelée
aujourd'hui marché aux cochons. Du côté du midi, par un boulevard dit la
Barrière, élevé â l'endroit appelé la Croix des Pommiers, et enfin du même
cote par le château de Saint Ferréol dont les huguenots dépossédèrent les
évêques et firent une vraie citadelle. De ce côté du midi les remparts
étaient au niveau du sol de l'abreuvoir public alimenté par les eaux d'une
source dite Fontaine-Marie. Là et vis-à-vis la ruelle devenue cul-de-sac, et
qui alors aboutissait à la rue de la Monnaie, se trouvait une autre porte ou
plutôt un guichet appelé Lou Pourtalé, par lequel on se rendait comme à
l'abri de la ville au château de Saint-Ferréol. En 1361, les routiers se
rassemblèrent à côté de Lyon pour de là se rendre en Languedoc. Le roi de
France ordonna à Jacques de Bourbon, comte de la Marche, de les combattre.
Jacques mit sur pied un corps d'armée où il y avait divers seigneurs de la
province du Languedoc, entr'autres le vicomte d'Uzès, et leur livra bataille
près de Lyon, le 2 avril, mais il eut le malheur d'être défait. Le vicomte
d'Uzès y demeura prisonnier avec plus de 200 chevaliers, en sorte que les
compagnies (ou routiers) eurent la liberté de s'étendre partout où elles
voulurent. Après avoir recouvré sa liberté moyennant rançon, Decan vint à
Uzès et, quelques années après, il mourut. Conformément à son testament du
10 février 1360, il fut enterré à l'église des Frères Mineurs d'Uzès.
Il avait épousé Agathe de Baux, fille d'Agoult de Baux, sénéchal de
Beaucaire et de Nîmes, de ce mariage il eut huit enfants dont Robert; 2°
Bermond; 3° Decan; 4° Pons, religieux dans l'abbaye de Psalmodi; 5° Raymond,
vicomte d'Uzès par le décès de son frère aîné; lui-même n'ayant point laissé
d'enfants, ses seigneuries passèrent à: 6° Alzias qui continua la postérité;
7° Alix mariée le 12 février 1363 à Guillaume III, seigneur de Tournon; 8°
Guioto d'Uzès religieuse à Sainte Praxède d'Avignon. Alzias, cinquième
vicomte d'Uzès par la mort de ses deux frères sans postérité, aima la chasse
et la guerre. Il reçut à son château en 1374, le duc d'Anjou, lieutenant
général du roi Charles V qui était venu il Uzès au mois d'avril. Les consuls
allèrent au-devant de lui à cheval, accompagnés de leurs conseillers aussi à
cheval. Le duc fut harangué par le premier consul, Elzéard de Montaren. On
lui offrit pour présent un veau et six salmées d'avoine. Ce prince alla
visiter les châteaux de Collias, de Castille et de la Bastide d'Engras,
accompagné du viguier et escorté par les Pavoisins de la ville, auxquels il
voulut bien accorder cet honneur, et qui marchaient précédés de tambours et
de fifres, le drapeau de la ville déployé. A quelques années de là, Alzias
qui était d'un caractère aventureux fit partie de l'expédition de Tunis,
entreprise en 1390. Elle fut faite à la prière des habitants de Gênes dont
les Tunisiens et autres corsaires africains désolaient le commerce. Louis II
de Bourbon surnommé la fleur des chevaliers, élève et compagnon de Du
Guesclin, qui passait pour un des plus grands princes de son siècle, fut le
chef de cette nouvelle croisade. Il fit équipée un grand nombre de bâtiments
sur lesquels furent embarqués 500 hommes d'armes, tous chevaliers ou
écuyers, et un grand nombre d'arbalétriers Génois, jouissant alors d'une
grande réputation. Dans le nombre des principaux chevaliers on comptait
Philippe d'Artois, comte d'Eu, comte d'Harcourt, l'amiral de France, Jean de
Vienne, le sire d'Albret, le comte de Derby, fils du duc de Lancastre, et
parmi ceux de nos contrées, outre le vicomte d'Uzès, Bermond de Sommières,
Hugues de Laudun, Pierre d'Albaron, Guillaume de Sabran, Astorg du Cailar...
Cette armée forma effectivement le siège de Tunis, mais au bout de six
semaines elle fut tellement harassée par la chaleur, les travaux, les
escarmouches et les maladies, que bien qu'elle eut gagné un grand combat
contre les Maures dans lequel le vicomte d'Uzès fut tué, les nouveaux
croisés abandonnèrent la partie et se rembarquèrent. Les ossements d'Alzias,
dont on avait fait bouillir et ensuite enterrer les chairs, furent rapportés
dans une caisse à Uzès, par l'un de ses chevaliers Silvestre de Guison, et
honorablement ensevelis dans l'église des frères Mineurs,alors réparée,
suivant son testament du 12 mai 1390 fait à Saze. Alzias avait épousé
Delphine de la Roche le 11 septembre 1378, qui lui apporta en dot la terre
de Saint Privat. Veuve, elle se retira dans le monastère des Clarisses d'Alais.
De cette alliance naquirent Robert II qui suit et Pierre qui prit le titre
de seigneur de Vallaurie. Robert II, sixième vicomte d'Uzès seigneur
d'Aimargues, Broussan, Bellegarde, Remoulins, Sernhac, Saint-Bonnet, Saze,
etc, avait à peine douze ans lorsqu'il succéda à son père. Il fut élevé sous
la direction et la tutelle de sa pieuse mère. Il épousa en premières noces,
le 28 février 1400, Claire de Joyeuse dont il eut une fille, Delphine,
mariée à Lancelot de Poitiers, et en deuxièmes noces Gilette de Pressigny
fille de nobles de Parseval de Pressigny et d'Isabelle de Verneuil, à
laquelle ses deux oncles, les frères Boucicaut, donnèrent quatre mille
livres d'or dans son contrat de mariage du 19 mai 1405. Cette alliance fut
très avantageuse à Robert II par la protection des Boucicaut, dont l'un,
Geoffroy le Maingre était gouverneur du Dauphiné, et l'autre, Jean, était
maréchal de France et gouverneur du Languedoc. Ils jouissaient l'un et
l'autre d'une haute estime et avaient un grand crédit à la cour. Leur
renommée était égale à celle des chevaliers les plus illustres de leur
époque. La ville d'Uzès se livra, à cette occasion à des réjouissances
publiques.
En 1412 le maréchal Boucicaut vint prendre le commandement des troupes
levées contre les Armagnac qui ravageaient nos contrées. Il arriva à Uzès le
11 juin 1412. La ville lui fit présent de six perdrix et d'une salmée
d'avoine, n'en pouvant faire plus, disent les registres, à cause de sa
misère. Il y retourna au mois de mars 1413, et après avoir visité les
forteresses il fit diviser les habitants en compagnies ou bandes. La
première fut composée des nobles, des avocats, des docteurs bacheliers,
licenciés ès lois et des bourgeois n'exerçant aucune profession manuelle. La
seconde comptait des notaires, greffiers, clercs, chirurgiens, apothicaires,
marchands, etc. La troisième des menuisiers, serruriers, tisserands, etc. La
quatrième des tailleurs de pierre, des maçons,des travailleurs de terre,
etc. Chacune se choisit une enseigne. La première mit sur la sienne
Saint-Firmin, la deuxième Saint-Ferréol, la troisième Saint-Etienne et la
quatrième Saint-Roman, sans doute à cause de la vénération particulière des
Uzétiens pour ces quatre saints. L'enseigne générale portait d'un côté les
armes du roi, et de l'autre côté les armoiries anciennes de la ville. Les
consuls, comme gouverneurs, nommèrent les quatre capitaines, et ceux-ci
choisirent les chefs d'escouade. Il fut ordonné qu'en cas d'attaque la
première bande se porterait du côté de lest, la deuxième du côté de l'ouest,
la troisième du côté du nord et la quatrième du côté du midi. Le château de
Saint-Ferréol et la tour du roi restèrent sous le commandement du viguier
royal, le château neuf, celui de Saint Firmin et les tours confiés à ceux
des seigneurs à qui ils appartenaient. Les rondes devaient être faites au
moins par quatre hommes armés d'un bouclier, d'un coutelas et d'un bâton
ferré et aiguisé. Les guets devaient durer douze heures, être placés, l'un
sur la tour de l'évêque, l'autre sur la tour du roi, et en cas de prochain
danger les consuls devaient faire sonner le tocsin et chaque habitant se
rendre à so poste, mais on n'eut pas à mettre en pratique ces dispositions,
l'ennemi ne se présenta pas.
Le maréchal venait souvent visiter sa nièce. Aussi il finit par dispenser
les consuls et les habitants de lui faire aucune entrée publique, de le
haranguer et de lui faire des présents. Il leur dit un jour "Je ne viens pas
comme gouverneur du Languedoc, mais comme un simple chevalier qui vient
visiter ses parents". Robert, profita de l'autorité de ce parent pour
augmenter ses droits dans la ville et dans la contrée sur les fiefs qu'il
possédait. En 1422, Charles VII, après son sacre à Poitiers, étant venu
passer quelque temps à Espali en Languedoc, y reçut l'hommage et le serment
de fidélité des principaux vassaux de la province. Robert II vicomte d'Uzès
le lui fit rendre en son nom par Jehan son fils aîné. Robert testa le 3 août
1426 et fut enterré à l'église des Frères Mineurs d'Uzès ainsi que sa femme
née de Parseval de Pressigny. Il eut de sa seconde femme six enfants dont
Jehan qui suit; 2° Eléasard qui apparaît en 1437; 3° Arnault, prieur de
Prévenchères en 1470, au diocèse de Mende; 4° Guiote qui apparaît de 1459 à
1498 et épouse Michel de Valperga des comtes de Caumont; 5° Alix ou Hélix,
épouse le 19 mars 1464 Tristan de Montlaur; 6° Alzias ou Eleazard. Jehan,
septième vicomte d'Uzès, était le filleul du maréchal Boucicaut, son grand
oncle, qui lui avait donné son prénom de Jehan. En1437 Bertrand de Cadoëne,
évêque d'Uzès, désirant faire revivre d'anciens usages, chercha à obliger le
vicomte d'Uzès et Eleasard, son frère, à lui rendre foi et hommage. A cet
effet il leur fit des difficultés sous le prétexte qu'ils avaient maltraité
des religieux. Il envoya l'excommunication au concile de Bale qui était
alors assemblé et les fit excommunier par le concile à la requête de son
procureur fiscal. En même temps il se fit envoyer la commission pour les
absoudre dans le cas où ils consentiraient à lui rendre hommage.
A cette époque de foi vive, la crainte de l'excommunication l'emporta sur
toutes autres considérations. L'évêque parvint à ses fins. A la date du 21
octobre 1437 il intervint une transaction d'après laquelle on fit d'abord
déclarer par le vicomte et son frère qu'ils voulaient terminer le procès
afin que, dans cette vallée de larmes et de misère, ils pussent attendre en
sûreté le terrible jugement de Dieu, et peu après, acceptant tout ce
qu'exigeait d'eux l'évêque, le vicomte d'Uzès et son frère lui rendirent foi
et hommage et tous les deux furent relevés de l'excommunication. En 1439 le
roi fit un voyage en Languedoc et tînt les états au Puy. Parmi les seigneurs
qu'il y appela on cite le vicomte d'Uzès, les seigneurs de Montfaucon, de
Crussol, de Tournon, de Montlaur, etc. Ces états du Languedoc ainsi
assemblés au Puy, en avril 1439, accordèrent au roi un subside de cent mille
livres tournois pour la guerre. Les états lui demandèrent, pour régler
plusieurs affaires importantes, de laisser Louis le Dauphin pour commander
en Languedoc. Le roi se rendit à leur prière et établit le Dauphin son
lieutenant-général dans cette province. L'assemblée pria instamment le roi
d'interposer son autorité pour faire cesser le schisme qui désolait
l'Église; le pape Eugène IV fut si content de cette démarche qu'il remercia
les États par une lettre qu'il leur adressa au commencement de juin. Jehan
fut un homme doux et pacifique. Des lettres patentes du roi Louis,
conservées au duché d'Uzès, constatent qu'il fut nommé conseiller du roi.
Les traditions du pays rapportent qu'il fut aimé de ses vassaux, qu'il fit
du bien et protégea constamment et surtout les habitants d'Uzès, au milieu
desquels il se plaisait à vivre.
Il eut le regret de voir brûler les archives de son château à la suite d'un
incendie. Il demanda à faire extraire des dépôts publics des copies
authentiques des actes qui les concernaient. Le sénéchal de Beaucaire,
Raymond de Vilar, accorda l'autorisation par une ordonnance du 26 octobre
1443. Jehan avait épousé en 1453, Françoise Anne de Brancas, dont le père,
Barthélemy de Brancas seigneur de Vilhois et d'Oyse, était le fils aîné de
Benfile de Brancas, seigneur napolitain du parti de la maison d'Anjou. Jehan
testa le 9 mars 1472 et mourut le 14 février 1475. Il fut enterre, comme ses
prédécesseurs, dans l'église des Cordeliers avec beaucoup de pompe. Les
prêtres des diverses terres des environs dont il était le seigneur y
assistèrent ainsi que ceux de la ville. Les habitants l'escortèrent en
armes, enseignes couvertes de deuil. Le corps était porté par ses écuyers,
Eustache de Laudun, chevalier, Pons de Ville, écuyer, viguier royal et les
deux consuls Michel de Roche et Michel du Lac tinrent les coins du drap
mortuaire. Jehan fut le dernier mâle de la famille des Decan, seigneur
d'Uzès depuis le Xe siècle. Il ne laissa en effet qu'une fille, Symone
vicomtesse d'Uzès, seule héritière de la vicomté, qui épousa le 24 juin
1486, Jacques, baron de Crussol, d'une très ancienne et très noble famille
du Vivarais, grand chambellan et grand pannetier de France, gouverneur du
Dauphiné, capitaine de 200 archers de la garde du roi. Il était fils de Loys
de Crussol et de Jeanne de Levis. Symone lui apporta en dot la vicomté
d'Uzès à la condition qu'il prendrait désormais le nom et les armes d'Uzès,
écartelées avec celles de Crussol. Elle lui apporta aussi les baronnies de
Lévis et de Florensac, dont le vicomte rendit hommage au roi le 17 mars
1514. Les futurs époux obtinrent de la cour de Rome des dispenses pour se
marier, attendu qu'ils étaient cousins au second degré. Le contrat de
mariage fut reçu par Maître André Salvaire, notaire à Uzès.
Les noces se firent au château vicomtal avec une grande pompe et au milieu
des fêtes et des plaisirs. Plusieurs nobles seigneurs et chevaliers,
parents, alliés ou amis y assistèrent. Les consuls de la ville furent
haranguer les nouveaux mariés le lendemain des épousailles. Ces consuls
étaient Albert de Montyron et Castor Licon. Ce dernier porta la parole. Le
soir il y eut sur la place publique un feu de joie que les nouveaux mariés
allumèrent tout en répandant beaucoup de dragées depuis leur départ du
château jusqu'à leur rentrée. Le 1er septembre 1486, le vicomte d'Uzès
rendit hommage de sa vicomté au roi Charles VIII. Ce fut ce même roi qui, le
30 juin 1493, acheta le 1/4 de la seigneurie d'Uzès à Guilhaume de Laudun,
baron de Montfaucon, fils de Blanche d'Uzès, de la branche des Gancelin. En
1504. Jacques de Crussol, vicomte d'Uzès, fut pourvu de la change de
sénéchal, par lettres patentes du roi Louis XII. En même temps le roi lui
accorda la charge de capitaine ou châtelain des châteaux royaux de Nîmes et
de Gallargues. Le sénéchal, vicomte d'Uzès, assisté de Jean de Montcalm, fit
publier une sage ordonnance sur un grand nombre d'articles concernant les
élections des consuls, conseillers politiques et sur leur administration. A
quelque temps de là il se rendit à l'armée d'Italie et se trouva au siège de
Ravenne, en 1511. L'armée française était dans une position critique. Un
conseil de guerre fut tenu par les chefs de l'armée, sous la présidence du
duc de Nemours, général en chef. D'accord avec le chevalier Bayard, Louis de
Brézé et Jacques de Crussol, vicomte d'Uzès, fut d'avis de livrer bataille
immédiatement. Cet avis fut adopté par le duc de Nemours. Une grande
bataille fut livrée souples murs de Ravenne et gagnée par les Français, qui
eurent la douleur d'y perdre leur chef le duc de Nemours. A son retour
d'Italie, sur la supplication des habitants de Nîmes, Jacques de Crussol se
rendit dans cette ville pour empêcher les désordres qu'un nombreux corps de
troupe, revenu d'Italie, aurait pu commettre.
La ville de Nîmes lui fit présent à son retour de douze perdrix, de six
chapons, d'un demi tonneau de vin, et lui témoigna, par l'organe de ses
magistrats, combien tous les habitants étaient reconnaissants de ses bons et
loyaux services. Peu après, par lettres patentes du 8 juillet 1512, données
à Blois par le roi de France, seigneur de Gênes, Jacques de Crussol, vicomte
d'Uzès, fut nommé lieutenant-général et gouverneur du pays de Gênes.
Lorsqu'il eût termine sa mission en Italie il revint en Languedoc. En ce
moment la France venait de perdre Louis XII, véritable père de ses sujets.
Il était mort à Paris, le 1er janvier 1515. Comme il ne laissa que des
filles, ce fut le comte d'Angoulême qui lui succéda sous le nom de François
1er, âgé de 21 ans. Aussitôt après son avènement au trône, les états
particuliers de la sénéchaussée de Beaucaire s'assemblèrent à Uzès, Jean de
Montcalm, juge mage de la sénéchaussée, fut député par cette assemblée pour
présenter a François 1er les hommages de la sénéchaussée, et obtenir de sa
bienveillance la confirmation des privilèges des villes de la Province. Ce
qui fut accordé. En 1517, les états de Languedoc furent assemblés à
Pont-Saint-Esprit. Jacques de Crussol, vicomte d'Uzès et sénéchal de
Beaucaire, y assista. Une question de préséance s'éleva entrelui et le
seigneur d'Apchier, baron de la Tour de Grévaudan, et il fut décidé que le
seigneur de Crussol le précèderait en qualité de vicomte. A quelque temps de
là, une autre assemblée des états du Languedoc eut lieu extraordinairement à
Beaucaire, dans le réfectoire des Cordeliers, le 8 février 1520, au milieu
de la peste qui affligeait le pays. Les envoyés des vicomtes de Polignac et
d'Uzès se disputèrent la pré séance, qui fut adjugée à ces derniers.
Vers cette époque mourut Symone, vicomtesse d'Uzès, qui avait testé le 30
décembre 1514. Elle avait fait son mari Jacques de Crussol, son héritier
universel. Elle fut enterrée à l'église des Cordeliers d'Uzès. Son man
mourut en 1525, des suites des blessures qu'il avait reçues à la bataille de
Fornoue. Son testament date du 30 mais 1509. Il avait obtenu du général des
Cordeliers pour lui, son épouse et sa famille, de se faire enterrer dans
l'église des Cordeliers, avec l'habit de Cordelier et c'est dans cette
église qu'il fut inhumé. Il laissa de son mariage avec Symone sept enfants,
deux garçons et cinq filles, savoir: Charles qui suit; 2° André, seigneur de
Beaudiné, mort sans lignée de Péronnelle de Lévis-Vefitadour; 3° Marie,
épousa Guillaume d'Ancezune, seigneur de Codolet le 4 novembre 1509,
puisJean de Pontevès; 4° Jeanne épousa le 6 juin 1518 Mayfred de Voisins,
vicomte de Lautrec; 5° Anne épousa le 19 novembre 1526 le baron de Cassillac,
vicomte de Quemoyen; 6° Jeanne épousa de Marze, seigneur de Belleroche.
Charles de Crussol, neuvième vicomte d'Uzès. Du vivant de son père il épousa
Jeanne de Genouilhac, fille de Jacques de Genouilhac dit Galiot,
seigneurd'Acier, grand écuyer et grand maître de l'artillerie de France. Le
contrat de mariage fut passe a l'entrée de la chapelle du château de
Charmes, par Antoine de Couches, notaire à Valence, le 29 juillet 1523. Sur
la démission de son père, Charles fut nommé sénéchal de Nîmes et Beaucaire.
En cette qualité il passa la revue à Nîmes, en février 1523, des bans et
arrière bans des nobles du pays. Ceux-ci reçurent l'ordre de se trouver a
Béziers, le 25 juillet de la même année pour s'opposer au passage d'un grand
nombre de gens de guerre qui s'efforçaient de traverser la province pour
aller en Espagne au service de Charles Quint et qui commettaient beaucoup de
désordres et de dégâts.
Le roi François 1er étant prisonnier, la reine régente sa mère, Louise de
Savoie fit expédier le 11 mars 1535, des lettres adressées au sénéchal de
Beaucaire, pour lui ordonner de faire réduire à un certain nombre les ports
établis le long du Rhône, de forcer les bateliers ou pêcheurs de renfermer
dans les ports tous leurs bateaux dès que la nuit serait venue, et d'être
attentifs à la sûreté des places fortes et des villes de la sénéchaussée.
Chartes de Crussol se trouvant absent, pour le service du roi, ce fut son
père, Jacques, auquel il avait confié l'exercice de sa charge, qui fit
exécuter les ordres de la reine. Quelques contrées s'étant livrées
l'anarchie, surtout dans la partie nord du diocèse d'Uzès, à Saint-Ambroix
et ailleurs, Chartes de Crussol envoya sur les lieux noble Louis d'André,
seigneur de la Calmette, qui ne tarda pas ç éteindre les troubles. Au mois
de novembre 1528, Jeanne de Genouilhac, femme de Charles de Crussol, se
Tendit à Nîmes. Avertis de son arrivée, les consuls et les conseillers de
cette ville, avec une compagnie des habitants en armes à l'enseigne de la
ville, furent au devant d'elle jusqu'à la descente des vignes sur la route
d'Uzès, et firent tirer l'artillerie à son arrivée à Nîmes. Par le nom
qu'elle portait et par celui de son père dont elle était la seule héritière,
cette noble dame jouissait d'une très grande considération. Aussi, par une
déclaration royale du 11 novembre 1554, elle obtint le droit qui avait été
cédé à son père de faire ouvrir des mines d'or, d'argent, de cuivre, etc,
dans la seigneurie de Capdenac. En 1533 la reine Eléonore d'Autriche,
deuxième femme de François 1er, traversa le pays avec le fils du roi pour se
rendre à Toulouse, où se trouvait ce prince. Au retour le roi s'arrêta à
Nîmes avec toute sa cour. Le premier et le deuxième consuls d'Uzès furent
admis à lui offrir les hommages et les assurances de fidélité des habitants
de cette ville. Ces consuls étaient Barthélémy de Roche, docteur es droits
et Jean Abauzit, licencié ès lettres. Ils furent présentés au roi par
Charles de Crussol.
Vers la fin de l'année 1544, le maréchal de Montpezat, gouverneur du
Languedoc, vint à mourir. Son poste était réservé au comte d'Enghien, mais
comme ce prince était fort jeune et avait besoin d'avoir auprès de lui un
homme intelligent et expérimenté, le roi, par lettres patentes du 19
décembre 1544, nomma pour son lieutenant en Languedoc, Charles de Crussol,
grand pannetier de France et capitaine de 50 hommes d'armes de la garde du
roi. Charles de Crussol fit son entrée à Nîmes dans les premiers jours de
janvier 1545. On le reçut au bruit de l'artillerie à cause de sa nouvelle
qualité, à laquelle les registres du temps donnent le titre de Vice-Roi. Le
26 novembre 1545 il présida en qualité de lieutenant de François de Bourbon,
comte d'Enghien, les états ordinaires du Languedoc tenus à Montpellier. Il
leur permit de traiter des affaires de la province en attendant l'arrivée du
comte d'Enghien, nouveau gouverneur du Languedoc, qui devait y présider.
François de Bourbon, comte d'Enghien, après avoir assisté aux états de
Montpellier se rendit à Toulouse, comme gouverneur de la province, le 15
décembre 1545, mais il ne jouit pas longtemps de ce gouvernement, étant mort
le 23 février à l'âge de vingt-six ans et quelques mois. Le vicomte de
Crussol, son lieutenant, mourut le 11 mars 1546. Il laissa une nombreuse
famille, savoir: Antoine, devenu duc et pair de France,qui suit: 2° Jean,
mort au siège du Havre en 156, sans avoir été marié; 3° Jacques, baron
d'Acier, qui succéda à son frère; 4° Galiot, qui périt aux massacres de la
Saint-Barthélémy; 5° Louis, tué à Metz d'un coup de pistolet, par accident;
6° Charles, qui fut tué dans les guerres de religion, le 19 janvier 1563 et
inhumé à Orange; 7° Marie, qui épousa en 1564 François de Cardaillac,
seigneur de Peyre, tué à la Saint Barthélémy, puis Guy de Combret en 1574;
8° et cinq autres filles. Sa veuve, Jeanne de Genouilhac, épousa Jean
Philippe Rhingrave palatin. On conserve au château ducal le portrait de
Jeanne de Genuuilhac, peint en 1523.
Les ducs d'Uzès: Ici commence l'histoire proprement dite des ducs
d'Usés. Le premier fut Antoine de Crussol né à Uzès le 21 juin 1528 et
baptisé le 15 juillet suivant dans l'église cathédrale de cette ville. Il
était fils, de Charles de Crussol et de Jeanne de Genuuilhac dame d'Acier.
On ne sait rien de sa jeunesse sinon qu'il fut élevé sous les yeux de sa
mère par un ami de la famille, Raymond de Viel Castel, seigneur d'Aigaliers.
Il épousa le 10 avril 1556 Louise de Clermont-Tallart, fille de Bernardin de
Clermont, vicomte de Tallart, et d'Anne de Husson de Tonnere. Elle était
veuve de François de Bellai, prince d'Yvetot, et à cause d'elle comte de
Tonnere. Ce mariage fut célébré au château d'Amboise en présence du roi
Henri II, du connétable de Montmorency, des cardinaux de Lorraine, de
Vendôme et de Chastillon, du prince de Ferrare, des ducs de Guise et de
Nemours, du maréchal de Saint-André, du garde des sceaux de France de
L'hôpital, de Marie Stuart, reine d'Ecosse, de Madame, sœur du roi, duchesse
de Berry, de la duchesse de Valentinois, de la duchesse de Guise et de la
maréchale de Saint-André. A l'occasion de ce mariage, le roi, par lettres
patentes du mois d'avril 1556, érigea la baronnie de Crussol en comté.
Louise de Ciermont-Tallart, la nouvelle mariée, acquit par son esprit, son
savoir et sa naissance, une haute considération à la cour de France et à
l'étranger. Elle devint une des favorites de Catherine de Médicis et fut
très liée avec la reine d'Angleterre, Elisabeth, avec qui elle échangeait
une correspondance assidue. Aussi elle contribua par son crédit à faire
obtenir pour son mari, qui n'était pas du reste sans valeur, des emplois et
des commandements qui lui firent jouer un grand rôle dans les événements de
son époque. Elle même obtint un évêché, fait assez bizarre.
Un an après leur mariage, les nouveaux époux firent leur première entrée à
Uzès, où ils forent reçus avec beaucoup d'allégresse et aux salves
d'artillerie. Mais le jeune comte ne put pas jouir longtemps des douceurs de
la vie de famille. Il fut appelé à combattre sous les ordres du duc de Guise
et il ne cessa de guerroyer depuis la prise de Calais sur les Anglais
jusqu'à la paix de Cateau-Cambrésis, en 1559. Aussi cette même année, et le
17 septembre, en récompense de ses faits d'armes, le roi lui donna une
compagnie de 50 lances de ses ordonnances. L'année suivante il présida les
états du Languedoc tenus à Montpellier, et il fit part à la reine-mère, par
une lettre du 13 mars 1560, de la première requête des réformés. Après la
paix de Cateau-Cambrésis les gouvernements de France et d'Espagne qui
cessèrent de se craindre, songèrent à se rendre plus redoutables à leurs
sujets que surexcitaient les idée religieuses de Calvin et de Luther. A
Henri II, tué accidentellement dans un tournoi, avait succédé François II
qui se laissa gouverner par les Guise. La sévérité que ceux-ci montrèrent
contre les protestants produisit le seul fait saillant du règne de François
II et qui est connu dans l'histoire sous le nom de conjuration d'Amboise. On
sait que cette conjuration fut dévoilée et qu'elle amena la mort de beaucoup
de conjurés. On soupçonna le roi de Navarre et le prince de Condé d'en avoir
fait partie mais on ne fit d'abord rien contre eux. A quelque temps de là,
le roi pour sortir des difficultés que lui causaient les querelles
religieuses, ordonna la convocation des états à Orléans, mais comme on était
informé à la cour des dispositions du roi de Navarre et de celles du prince
de Condé et qu'on pensait qu'ils profiteraient des moindres occasions pour
se dispenser d'y venir, le roi envoya le comte de Crussol à Nérac, auprès du
roi de Navarre pour lui ordonner de sa part de se rendre au plus tôt à la
cour et d'y amener son frère.
La lettre du roi se terminait ainsi "Vous pouvez assurer que là où votre
frère refusera de m'obéir, je sauray fort bien faire cognaistre que je suis
Roy, ainsi que j'ai donné charge à Monsieur de Crussol vous faire entendre
de ma part. Donné à Fontainebleau le 30 août 1560. Après bien des
hésitations, le roi de Navarre et le prince de Condé arrivèrent aux états.
Ils furent faits prisonniers et le prince de Condé ne tarda pas à être
condamné à mort, pour avoir été le chef de La conjuration d'Amboise. Les
Guise qui étaient maîtres de la situation pour arriver plus facilement au
trône, rêvaient la perte non seulement du prince du Condé, mais du roi de
Navarre. Heureusement la reine mère se réconcilia avec le roi de Navarre et
la mort du roi François II qui survint peu après, le 15 décembre 1560,
abattant de beaucoup l'autorité des Guise, sauva les Bourbons. Pendant ce
temps là les religionnaires faisaient tous les jours de nouveaux progrès
dans la province. Un ministre de Genève se rendit à Uzès et y prêcha
publiquement le 10 septembre 1560. Les gens de l'évêque et du comte de
Crussol en étant avertis se présentèrent pour se saisir de sa personne, mais
ils ne purent y par venir à cause du grand nombre de ceux qui
l'accompagnaient et le prédicant s'enfuit. Il fut rendu compte de tout cela
au cardinal de Lorraine et au duc de Guise. Le roi Charles IX qui avait
succédé à François II songea, pour pacifier les troubles qui s'étaient
élevés dans la province, au comte de Crussol. Et tout d'abord en souvenir
des services qu'il avait déjà rendus, il le nomma chevalier de l'ordre de
Saint-Michel et membre du conseil privé. A cette occasion de grandes
réjouissances eurent lieu à Uzès et les consuls chargèrent Jean de Rosser,
seigneur de Sainte-Anastasie, députe aux états généraux, de remercier le
roi, la reine mère et le roi de Navarre, de cette double nomination.
Mais la joie des habitants d'Uzès fut bien plus grande lorsqu'ils apprirent
que par lettres patentes du 10 décembre 1561, datées de
Saint-Germain-des-Prés, le comte de Crussol était nommé commandant pour le
roi des provinces du Languedoc, de la Provence et du Dauphiné. C'était une
bonne fortune pour la petite ville d'Uzès de voir son seigneur revêtu d'une
si grande autorité et sur un territoire aussi étendu. Le roi, dans les
instructions qu'il fit délivrer au comte de Crussol, pour la pacification du
pays, lui ordonna de se rendre d'abord à Lyon et en Dauphiné et d'y veiller
a la dernière ordonnance qui défendait le port d'armes. Le comte de Crussol
devait aller ensuite en Languedoc pour y rétablir la paix et veiller sur la
frontière du Roussillon à la place du vicomte de Joyeuse, qui avait pour
mission de se rendre à Toulouse, pour y maintenir le bon ordre. Ils devaient
agir de concert pour punir ceux qui se trouveraient coupables des séditions
précédentes, de quelque religion qu'ils fussent. Le roi nomma Fumée, grand
rapporteur, et du Drac, conseiller au parlement de Paris, pour informer sur
tous ces excès, en qualité de commissaires, à la suite du comte de Crussol.
Le roi déclara qu'il ne souhaitait que le maintien de son autorité et qu'on
laissât vivre chacun dans sa religion. Il donna au comte, en cas qu'il eut
besoin de troupes pour se faire obéir, le commandement des cinq compagnies
de gendarmes qui étaient alors dans la province, et la permission de lever 2
à 300 arquebusiers, avec ordre de se concerter avec le sieur de Montluc qui
était en Guienne,et d'aller pacifier la Provence. Le comte partit de la cour
pour exécuter sa commission et s'arrêta quelques jours à Lyon, puis il se
dirigea vers le Languedoc. Dès qu'ils en furent informés, les habitants
d'Uzès et de Nîmes lui envoyèrent des députés qui allèrent le trouver sur sa
route à Donzère, pour lui rendre les hommages des habitants.
Ce seigneur les assura qu'ils n'avaient pas d'ami qui désirât plus que lui
le repos de leurs villes, mais il les pria d'engager les habitants à se
rendre de leur côté fidèles observateurs des ordres et des intentions du
roi. Continuant sa route, le comte de Crussol arriva à Villeneuve les
Avignon le 10 janvier 1562, ou il séjourna quelque temps. Il y fut visité
par le neveu du pape et vice légat. Il manda auprès de lui les principaux
religionnaires de Nîmes, d'Uzès, de Montpellier et des villes voisines,
notamment le président de Calvières et le ministre Viret, qu'il reçut avec
distinction. Il leur signifia que suivant la volonté du roi ils eussent a
vivre en paix, sans exciter aucun trouble, ni de part ni d'autre. C'est de
Villeneuve qu'il rendit une ordonnance par laquelle il enjoignait aux
réformés de rendre toutes les églises aux catholiques et aux consuls des
villes, d'avoir à faire remettre toutes les armes de leurs habitants à
l'hôtel de ville. Il voulut de plus qu'on rendit aux ecclésiastiques les
biens qui leur avaient été confisqués. Cette ordonnance fut publiée à Nîmes
le 14 janvier 1562 dans toutes les rues à son de trompe. L'ordre était
précis: le comte de Crussol à des manières douces et agréables joignait un
caractère ferme et résolu; il fallut obéir. Les religionnaires rendirent le
jour même toutes les églises qu'ils avaient prises. Les clefs de la
cathédrale furent portées au président de Calvières pour les rendre aux
chanoines et partout les religieux revinrent dans leur couvent. Les mesures
pacifiques du comte de Crussol furent heureusement secondées et confirmées
par l'édit du 17 janvier 1562. Modifiant l'édit du 31 juillet, l'assemblée
de Saint-Germain autorisait les protestants à exercer leur culte dans les
faubourgs mais non dans l'enceinte des villes, en attendant la décision du
concile général. Ce fut le premier édit de tolérance.
Mais le comte de Crussol eut à réprimer des troubles suscités en Provence
par les catholiques que l'on appelait les Flassannistes, du nom de leur chef
Durand de Pontevès seigneur de Flassan, lesquels combattaient les
protestants et commettaient de grands excès. Le comte se rendit en Provence
en février 1562 et il ne tarda pas à apaiser ces troubles. Puis il se
dirigea vers Uzès, où il n'avait pas encore paru en sa nouvelle qualité, et
il y arriva le 13 mars. Il y fut accueilli avec une grande joie et
triomphalement. Les quatre consuls, les quatorze conseillers, tous à cheval
et escortés par vingt jeunes gens bien montés et équipés, furent au devant
de lui jusqu'à Jonquerolles, près du chemin de Montpellier, d'où il venait.
Les habitants en armes formaient la haie depuis la tour du roi jusqu'à la
porte Saint Etienne et ensuite depuis cette porte jusqu'à celle de son
château. Il fut harangué sous le portail de Saint Etienne par Jean de Janas,
docteur ès-droits. Les dames et les demoiselles en grande toilette lui
jetèrent de leurs fenêtres des lauriers et des fleurs, tandis que les cris
mille fois répétés de Vive Crussol se mêlaient aux salves d'artillerie.
L'évêque d'Uzès, le premier consul et le sieur Roche, président du conseil
presbytéral, dînèrent au château et eurent avec le comte une longue
conférence qui fut tenue secrète. Peu après le comte de Crussol se rendit à
Nîmes. Ensuite il partit pour Montpellier où il trouva le comte de Joyeuse,
afin de faire vivre en bonne intelligence les catholiques avec les
religionnaires. La messe fut dite et achevée à Saint-Firmin malgré une
sédition. Le comte de Crussol, pour empêcher un plus grand désordre, resta à
la porter. Cette messe fut appelée la messe des comtes. Le comte de Crussol
fut obligé de retourner en Provence ou il battit complètement les derniers
partisans de Pontevès.
Cette mission terminée il se rendit à la cour où, mécontent de toutes les
intrigues auxquelles se livrait le duc de Guise, il ne fit qu'un court
séjour et alla se reposer de ses fatigues à son château de Charmes en
Vivarais. Mais voilà que les religionnaires de Nîmes et des environs,
surexcites par le massacre de Vassy, ayant appris que le comte de Crussol
venait de quitter la cour mécontent l'élirent pour chef et lui envoyèrent au
château de Charmes une députation pour le prier d'accepter. Il refusa tout
d'abord et partit pour son château d'Uzès. Les religionnaires insistèrent et
le 2 novembre de la même année, dans une seconde assemblée tenue à Nîmes,
Antoine de Crussol fut élu une seconde fois pour chef et ce jusqu'à la
majorité du roi Charles IX. Les membres de cette assemblée allèrent en corps
à Uzès le 11 novembre 1563, jour de la clôture des états, pour prier le
comte de Crussol d'accepter le commandement qui lui avait été déféré à
l'unanimité. Les députés, arrivés à Uzès, se rendirent à l'Hôtel de Ville
où, étant tous réunis, ils s'acheminèrent suivis d'une foule au château
vicomtal. Ils furent introduits dans la grande salle du dit château où le
seigneur les reçut très courtoisement. Charles de Barges, président de
l'assemblée harangua le dit seigneur et le pria d'accepter les fonctions
auxquelles il avait été nommé. Étaient présents le seigneur prince de
Salernes, Odet de Chastillon qui se faisait appeler le comte de Beauvais,
Mgr Jean de Saint-Gelais et plusieurs gentils hommes du pays. Le comte de
Crussol accepta la proposition qui lui était faite à la condition que son
frère, Beaudiné, serait son lieutenant-général et que l'on ne s'écarterait
pas de l'obéissance due au roi. Le serment fut prêté de part et d'autre et
consigné dans un procès-verbal reçu par Maître Ursy, notaire royal à Nimes,
et Jacques Rossel, notaire royal à Uzès. Puis l'assemblée se retira aux cris
de Vive le roi vive Crussol, cris qui furent répétés par la foule réunie
dans la grande cour du château.
Le premier acte d'Antoine de Crussol, en sa qualité de commandant en chef,
fut d'expédier des ordres pour réparer les fortifications de la ville et des
environs, sur tout les forts de Saint-Ferréol et de Saint-Firmin. Il envoya
le capitaine Louis Merle, frère aîné du fameux Mathieu Merle, commander le
fort de Sainte-Anastasie, poste regardé comme important. Il nomma d'autres
commandants pour les forts de Saint-Siffret, Montaren, Arpaillargues,
Blausac, Serviers, Garrigues, etc. D'un autre côté il réduisit de quatorze à
huit le conseil politique d'Uzès, et ce conseil, chargé de toutes les
affaires ordinaires et extraordinaires, eut une grande importance. Uzès et
ses environs ne furent pas seulement l'objet des préoccupations du comte. Il
disposa des principaux gouvernements du pays et des villes dont les
religionnaires étaient les maîtres. C'est ainsi que le gouvernement de Nîmes
fut donné à son frère Jacques de Crussol, baron d'Acier. Le comte de Crussol
étant encore a Uzès, reçut une lettre du prince de Condé en novembre 1563,
pour se recommander aux prières des églises réformées à la veille de marcher
contre les ennemis. Il en fit part à toutes les villes de son commandement,
et un jeûne suivi de prières publiques eut lieu les lundi, mardi et
mercredi, 23, 24 et 25 novembre. On sait que peu après fut livrée la
bataille de Dreux, dans laquelle le prince de Condé fut fait prisonnier.
Enfin le mois suivant et le 23 décembre, Antoine de Crussol partit d'Uzès
pour se rendre à Nîmes. Il emmena avec lui 27 jeunes gens formant une
compagnie d'arquebusiers à cheval pour lui servir de gardes et dont il donna
le commandement à Jean de Barjac, chevalier. On lui fit une entrée
solennelle et on le logea à l'évêché, où les consuls de la ville avaient eu
soin de faire apporter tous les meubles nécessaires, ce palais étant dégarni
depuis l'expulsion de l'éveque. Pendant son séjour à Nîmes il reçut une
lettre de la reine mère Catherine qui lui annonçait que le prince de Condé
était prisonnier et l'engageait à se joindre au comte de Joyeuse pour
pacifier le pays, l'avertissant du déplaisir qu'il causerait à la cour en
restant à la tête des religionnaires mais fidèle aux engagements qu'il avait
pris il passa outre, sans vouloir abandonner ses nombreux adhérents.
Sur ces entrefaites le comte de Crussol se préoccupant des menées du baron
des Adrets qui, naguère la terreur des catholiques, trahissait maintenant la
cause protestante comme il l'avait embrassée par un caprice d'amour propre,
parvint à le faire arrêter à Romans, le 9 janvier 1563, au moment où il se
disposait à livrer toutes ses places au duc de Nemours. Le capitaine de
Bouillargues conduisit le prisonnier à Nîmes, puis à Montpellier, où il fut
enfermé an fort Saint-Pierre, d'où il fut ensuite transféré de nouveau au
château du roi, à Nîmes. Durant le temps de la captivité du baron des Adrets
qui dura jusqu'à la paix, le comte de Crussol fut reconnu par les Dauphinois
pour leur général en chef. Vers cette époque se produisit un événement
important qui changea les destinées de la France. Le duc de Guise tombait
assassiné par Poltrot, le 23 février 1563, sous les murs d'Orléans, au
moment où la victoire semblait prête à remettre entre ses mains la puissance
des anciens Maires du Palais. Cette mort relevait le parti protestant et
livrait à Catherine le pouvoir qu'elle ambitionnait depuis longtemps. Son
premier soin, d'après les conseils du chancelier de l'Hôpital, fut d'établir
la paix entre catholiques et protestants. Cette paix "l'édit d'Amboise" fut
publié le 19 mars 1563. Le comte de Crussol était à Montpellier lorsqu'il
fut informé de cet édit. Il le fit publier à l'audience du présidial et de
là dans les carrefours de la ville, au bruit des canons des remparts. Il
était de retour dans son château d'Uzès fin 1564, lorsque le roi Charles IX
passa dans ces contrées. Sa Majesté parcourait les provinces.
C'est de Toulouse que le roi ayant égard aux supplications que les reformés
de Nîmes lui avaient faites, permit à ces derniers de bâtir deux temples,
l'un près de la Maison Carrée, l'autre à la Calade et d'y faire l'exercice
public de leur religion. Enfin le roi Charles IX quitta le Languedoc en
avril et s'en fut à Bordeaux, puis à Mont de Marsan, d'où il créa le duché
d'Uzès en mai 1565 en faveur d'Antoine comte de Crussol pour le récompenser
de son dévouement à la royauté et en considération de sa grande situation et
du rôle important qu'il avait joué dans les affaires publiques. Les lettres
patentes d'érection enregistrées au Parlement de Toulouse le 26 mars 1566 et
à la Chambre des comptes de Montpellier le 8 mai suivant, portent qu'à
défaut de descendants mâles d'Antoine de Crussol et de ses frères, les
terres qui composent le duché d'Uzès feront reversion à la Couronne. C'est
le seul duché de France qui soit sujet à cette condition, car dans
l'érection de tous les autres, on a dérogé à l'Edith de 1566 et à
l'ordonnance de Blois, qui veulent que ces grandes seigneuries soient
réunies à la Couronne, au défaut de descendants mâles. Les dépendances du
duché d'Uzès étaient outre Uzès: Aimargues, Broussan, Remoulins,
Saint-Bonnet, Collias, Vers, Congéniès et Florensac. Un peu plus tard ce
duché fut érigé en pairie en faveur du même Antoine de Crussol, duc dUzès,
par lettres patentes données à Amboise au mois de janvier 1572, enregistrées
au Parlement le 3 mars 1572 et à la chambre des comptes le 2 janvier 1573.
Dans l'intervalle de ces deux époques, le duc Antoine séjourna presque
constamment à la cour, où il exerçait les fonctions de chevalier d'honneur
de la reine. Il assista à la procession de Sainte-Geneviève faite le 8
septembre 1570, dans laquelle la noblesse précéda le Parlement. Le duc
d'Uzès y figura immédiatement après le duc de Montpensier et le prince
Dauphin. La même année le duc acheta à l'évêque de Valence, Jean de Montluc,
la principauté de Soyons située dans le baillage du Vivarais, dans le
ressort du Parlement de Grenoble. Le duc vint très peu dans le Midi. Il eut
toutefois la satisfaction de rétablir l'exercice de la religion catholique
dans Nîmes. Chargé de veiller à l'exécution de l'édit de pacification, il
écrivit au roi de Marignan en Provence, le 9 janvier 1566, qu'il avait
rétabli l'évêque de Nîmes dans son évêché et le clergé dans les églises de
la ville et du diocèse pour y faire le service divin à l'ordinaire.
Le duc ne résida pas longtemps dans son château ducal, mais il l'embellit en
faisant construire cette belle façade que l'on admire au levant d'après les
plans de Philibert Delorme, architecte du Palais des Tuileries. Le duc
d'Uzès revint malade du siège de La Rochelle et mourut le 11 août 1573 des
fatigues qu'il y avait endurées. Il fut enterré suivant son désir exprimé
dans son testament, à l'église des Cordeliers d'Uzès. N'ayant point de
postérité son nom et ses titres passèrent à son frère Jacques de Crussol,
baron d'Acier, qui sui: Jacques de Crussol était le troisième fils de
Charles de Crussol et de Jeanne de Genouilhac. Comme ses deux frères aînés
Antoine et Jean, il naquit à Uzèset fut baptisé à l'église cathédrale de
cette ville le 14 juillet 1540, 24 joursaprès sa naissance. Avant de devenir
duc d'Uzès par la mort de ses deux frères, if fut connu sous le nom de baron
d'Acier, seigneurie qu'il possédait du chef de sa mère. Il avait embrassé la
religion calviniste en même temps que son second frère Jean de Beaudiné qui
lui céda toujours la première place à cause de sa fougue et de son
impétuosité. La paix générale entre catholiques et protestants fut conclue
le 14 mai 1576. Elle accordait abolition générale pour tout ce qui s'était
passé pendant les troubles, rétablissait l'exercice de la religion
catholique et permettait celui de la religion protestante dans tout le
royaume, excepté à Paris et dans tous les lieux où résiderait la cour. Le
duc d'Uzès profita de la paix pour se faire soigner à Avignon, d'une forte
fièvre dont il avait été atteint pendant la guerre, puis il se rendit à
Paris, après avoir assisté, le 12 janvier 1576, à la procession générale du
grand jubilé. Cest au mois de septembre 1586 que mourut Jacques de Crussol,
duc d'Uzès et pair de France.
Jacques de Crussol avait épousé le 29 août 1568, Françoise de Clermont,
nièce de sa belle-sœur la duchesse d'Uzès, et fille d'Antoine de Clermont,
comte de Clermont, premier baron du Dauphin, seigneur d'Ancy le Franc,
chevalier de l'ordre du roi, et de la dame Françoise de Poitiers, dont il
eut Emmanuel qui suit; 2° Louise, épousa le 2 avril 1590 Anne de la Jugie,
baron de Rieux, chevalier des ordres du roi, capitaine de cinquante hommes
d'armes de ses ordonnances; 3° Marie, épousa le 29 septembre 1590, au
château de Clermont en Auvergne, Christophe de Chabanne, marquis de Cartou,
comte de Rochefort, fils du marquis et de la marquise née du Prat; 4° Diane,
mariée le 23 novembre 1594 à Jean Vincent d'Ancezune, baron du Tor; 5°
Elisabeth, religieuse à qui le roi fit don le 1er décembre 1589, de l'abbaye
de Montmartre; 6° Diane, épousa le 23 novembre 1594 au château ducal d'Uzès,
Jean Vincent Cadus, seigneur de Caderousse, fils de Rostan Cadus, seigneur
de Caderousse, baron du Thor, et de la baronne née Magdelaine de Tournon. La
veuve du duc d'Uzès mourut en 1608 à Pézenas. Emmanuel 1er succéda à son
père le duc d'Uzès, au moment où de graves événements se passaient à la cour
de France et amenaient la fin de la dynastie des Valois dans la personne du
roi Henri III. Celui-ci, malgré les sages avis de la reine sa mère, de la
duchesse douai rière d'Uzès, de Chiverni, chancelier de France, et de
Villequier, faisait assassiner par ses gardes dans son palais, à Blois, le
due de Guise qui aspirait au trône, et à quelque temps de là, le roi à son
tour tombait à Saint Cloud, en 1589, sous les coups d'un fanatique assassin
Jacques Clément. Le duc d'Uzès fut des premiers à se rallier à Henri IV et à
l'aider à conquérir son royaume. Après avoir bien combattu il songea à se
marier, et le 2 septembre1601, il épousait Claudine d'Ebrard, dame de
Saint-Sulpice. Elle était fille de Bertrand d'Ebrard, marquis de
Saint-Sulpice, et de Marguerite, dame de Montsalés.
Les jeu-les époux ne tardèrent pas à venir à Uzès, où eut lieu a cette
occasion une très belle fête. Pendant son séjour à Uzès le duc eut à
intenter un procès à l'évêque de cette ville, qui prenait depuis 1600, pour
lui et ses successeurs, le titre de comte d'Uzès. L'évoque prétendait
posséder ce titre depuis l'excommunication du comte de Toulouse et avoir
aussi un droit de suzeraineté sur les vicomtes, et par suite, sur les ducs
d'Uzès. Ce procès fut porté au parlement de Paris. Le duc et sa femme
retournèrent bientôt dans la capitale, soit pour en suivre les phases, soit
pour occuper leurs charges à la cour. Ce procès fut fort long, mais le
parlement finit par donner gain de cause au duc d'Uzès et défendre à
l'évêque de prendre le titre de comte. Dans le courant de l'année1610 le duc
revint à Uzès, et c'est là qu'il apprit l'assassinat par Ravaillac du roi
Henri IV, le 14 mai de cette même année. Le 21 juillet 1610 le duc d'Uzès
prêtait serment de fidélité à la reine régente Marie de Médieis et au roi,
devant le parlement de Paris. Devenu majeur, le roi Louis XIII annonce au
duc d'Uzès qu'il a pris le gouvernement du royaume dans une lettre datée du
8 octobre 1615. La reine mère écrit en même temps au duc d'Uzès une lettre
pour lui rendre compte de la cérémonie de déclaration de majorité de Louis
XIII. Par une autre lettre, en date du 10 octobre 1615, elle engage le duc
Emmanuel d'Uzès à venir pour accompagner en Espagne sa fille, Elisabeth,
qu'elle se propose de marier au roi d'Espagne Philippe IV, en même temps que
le roi son fils épouserait l'infante Anne d'Autriche. A la mort de Henri de
Montmorency, décapité le 30 octobre 1632, le duc d'Uzès devint le doyen des
pairs et prit le titre de premier duc et pair de France. Le duc d'Uzès
mourut le 19 juillet 1657 à Florensac, au couvent de cette ville, où il
s'était retiré, après s'être démis en faveur de son fils aîné, François de
Crussol, de la charge de chevalier d'honneur de la reine mère.
Il laissa plusieurs enfants dont François qui suit; 2° Jacques Christophe,
qui a fait la branche des marquis de Saint Sulpice; 3° Louis, abbé de
Figeac, surnommé marquis de Crussol; 4° Alexandre Galiot, marquis de
Montsalez, décédé en 1680, qui a fait la branche des marquis de Montsalez;
5° Anne Gaston, seigneur de Florensac, tué au siège de Turin, on 1640; 6°
Louise de Crussol, mariée à Hercule de Budos, marquis de Portes, chevalier
des ordres du roi, vice amiral, morte en avril 1695. François de Crussol, né
à Uzès le 24 avril 1604 et baptisé le même jour dans le château ducal,
succéda à son père en 1657, au moment où Louis XIV se préparait à prendre
les rênes du gouvernement et à donner à sa cour une splendeur inusitée.
C'est au milieu de cette cour brillante que François de Crussol, à la mort
de son père vint occuper le rang que lui donnait sa naissance, au milieu de
la noblesse de France. Il s'y trouvait d'autant plus à l'aise qu'il y avait
presque toujours vécu. Dès qu'il fut en âge de porter les armes on le mit à
la tête d'un régiment de cavalerie qui portait son nom de Crussol, et on ne
tarda pas à le marier avec Marie Henriette de la Châtre, fille de Louis de
la Châtre, chevalier des ordres du roi et de darne de Chabot d'Etampes. Se
rendant à Paris pour contracter cette alliance, il passa par Saint-Péray
tout près de son château de Crussol qui avait été en grande partie détruit
par les protestants en 1623. Aussi il logea chez son bailli, noble Claude
Teste de La Mothe, pour attendre son frère cadet le marquis de
Saint-Sulpice, qui arriva trois jours après et qui l'accompagna ensuite à
Paris il ses noces. Ce mariage fut célébré en 1625 à Paris. La jeune mariée
mourut quelque temps après et le comte de Crussol se consola de son veuvage
dans le métier des armes.
Le comte de Crussol, pas plus que son père le duc d'Uzès, ne prit part aux
troubles qui suivirent la mort de Richelieu et de Louis XIII. Ils restèrent
tous les deux fidèles à ta royauté. Le 1er juin 1656, le duc d'Uzès,
affaibli par son grand âge, se démit en faveur de son fils de la charge de
chevalier d'honneur de la reine-mère. Il mourut l'année suivante, et son
fils aîné, le comte de Crussol prêta serment de fidélité au roi devant le
Parlement de Paris en qualité de duc et pair de France, le 12 avril 1656.
L'année suivante le nouveau duc d'Uzès, accompagné de sa femme, se dirigea
vers la ville, berceau de sa famille. A peine arrivés à Remoulins, ils
reçurent une députation des habitants d'Uzès qui leur offrit de respectueux
hommages et les accompagna jusque cette ville, où on leur fit une réception
digne d'eux. Après un assez long séjour à Uzès, le duc et la duchesse s'en
retournèrent à Paris, où ils se trouvèrent mêlés à toutes les fêtes de la
cour. On s'occupait depuis quelque temps du mariage du roi avec l'infante
Marie Thérèse d'Autriche. Le 7 mars 1674, le duc d'Uzès se démit du
duché-pairie d'Uzès et de ses dépendances, en faveur de son fils aîné
Emmanuel de Crussol. Néanmoins, le roi, par un brevet en date du 20 mars
1674, permit au duc et à la duchesse d'Uzès d'entrer au Louvre dans leurs
carrosses, et à la duchesse de s'asseoir sur un tabouret devant la reine.
C'est ce qu'on appelait les honneurs du Louvre. Par un autre brevet en date
du 29 mars 1674, il fut permis au duc d'Uzès de porter un justaucorps de
couleur bleue, garni de galons avec dentelles et broderie d'or et d'argent.
C'était le justaucorps à brevet, inventé par Louis XIV et fort recherché par
les courtisans comme signe distinctif. Ceux qui le portaient avaient le
droit de suivre le roi à la chasse et à ses promenades.
A quelque temps de là, le duc François et sa femme étant à Uzès, furent
obligés de faire un voyage à Paris, dans le but de traiter d'un mariage pour
l'un de leurs enfants. Le duc était alors âgé et infirme. Le séjour de
Paris, si contraire à ses goûts et à sa manière de vivre, le conduisit
promptement au tombeau. Il mourut à Paris, le 4 juillet 1680, et fut déposé
dans l'église du couvent des Carmélites, où l'une de ses tilles, Marguerite,
était religieuse. Il fut très regretté des Uzétiens. Sa veuve mourut bien
longtemps après lui, le 17 avril 1708 âgée de 91 ans. Elle lui avait donné
huit enfants dont Emmanuel II, qui suit; 2° Armand, marié le 7 janvier I658
à Isabeau de Paulian, fille du baron de Paulian et d'Isabeau de
Saint-Gilles; 3° Louis, marié à Marie-Thérèse de Lestrange, et mort en 1716,
le roi Louis XIV le nomma pour être assidu auprès des Dauphins. Louis de
Crussol fut l'auteur de la branche des marquis de Florensac, éteinte en
1814; 4° Galliot dit l'abbé d'Uzès; 5° Marguerite, carmélite à Paris, au
Couvent du faubourg Saint-Jacques; 6° Anne-Louise, religieuse à La
Ville-l'Evêque; 7° Marie-Rose, mariée en premier le 10 janvier 1668 avec
François-Joseph de Porcellet, comte de Laudun, marquis de Serviers, fils
d'Henri de Porcellet et de Louise d'Albenas et ensuite avec Charles, marquis
de Murviel, baron des états et lieutenant du roi dans la province du
Languedoc. Elle devint veuve en 1713 et mourut à Béziers en août 1723; 8°
Suzanne, ancienne abbesse d'Hyères (Var). Le 7 mars 1674, Emmanuel II de
Crussol, âgé de 32 ans, devint premier duc et pair de France, par suite de
la démission de son père en sa faveur. Jusque là il avait porté le titre de
comte de Crussol et c'est sous ce titre qu'il épousa, le 16 Mars 1664,
Julie-Marie de Montausier, fille unique et héritière de Charles, duc de
Montausier, chevalier des ordres du roi, gouverneur du Dauphin sous Louis
XIV, et de Julie-Lucie d'Angennes, marquise de Rambouillet, gouvernante des
enfants de France.
Peu après, les jeunes époux quittent la capitale pour aller dans le Midi
visiter leurs divers châteaux et notamment Uzès. A peine arrivés à Florensac
ils voient venir près d'eux une députation d'Uzès, pour leur rendre les
devoirs de la ville qui se dispose à leur faire une entrée aussi solennelle
que possible. Le soir un superbe feu d'artifice est tiré, et des danses ont
lieu durant plusieurs jours. Peu après, quoique jeune marie, le comte de
Crussol, avide de gloire, se déroba aux charmes du plaisir pour aller faire
essai de sa valeur en Hongrie, contre les turcs, ennemis du nom chrétien. Le
jeune comte de Crussol revint couvert de gloire de cette expédition. Il
aimait passionnément le métier des armes, et il faut reconnaître qu'il
arriva à une époque ou il lui fut facile de satisfaire ses goûts avec le roi
Louis XIV. Le comte de Crussol, guerrier accompli, assista à maintes
batailles, et, en récompense de ses services et de son brillant courage, il
fut chargé d'apporter au roi, à Fontainebleau, la nouvelle de la prise des
forts de Gallas, en Allemagne. Le duc d'Uzès (François 1er de Crussol)se
démit en 1674, en faveur de son fils aîné, Emmanuel II, de son titre de duc
et pair de France. Le duc d'Uzès mourut en 1680. Son fils qui venait
d'assister aux fêtes du mariage de Mlle d'Orléans avec le roi d'Espagne,
prit le titre dont il héritait, de duc d'Uzès, premier duc et pair de
France. En 1692 deux mariages eurent lieu à Versailles et furent l'occasion
de grandes réjouissances. Ils concernaient deux enfants que la marquise de
Montespan avait eus du roi, Mlle de Blois, sa fille, épousa le duc de
Chartres, et le duc du Maine, son fils, la princesse Bénédicte de Bourbon,
petite-fille du Grand Condé, princesse célèbre par son esprit et son goût
pour les arts. Le duc d'Uzès assista à ces deux mariages.
Le 1er juillet 1692, le duc d'Uzès mourut. Il avait été fait chevalier des
ordres du roi, gouverneur de Saintonge et Angoulême, et s'était signalé dans
les armes. De son mariage avec la fille du duc de Montausier il eut Louis de
Crussol, duc d'Uzès qui suit, tué à la bataille de Nerwinde; 2° Jean-Charles
qui suit; 3° Julie-Françoise de Crussol, mariée le 11 août 1686 à
Louis-Antoine de Gondrin de Pardaillan, duc d'Antin, morte à Paris le 6
juillet 1742, âgée de soixante-treize ans 4° Louis, abbé, mort le 9 juin
1684; 5° François comte d'Uzès, lieutenant-général des armées du roi et
mestre de camp de cavalerie. Dans sa jeunesse,ayant pour second le comte
d'Albert, il eut un duel avec les comtes de Rantzau et de Schwartzembert,
autrichien, Madame de Luxembourg fut la cause de ce duel dont on parla
beaucoup; 6° Félix-Louis, chanoine de Strasbourg; 7° Catherine-Louise,
mariée le 1er novembre 1691 au marquis de Barbezieux, et que Louis XIV
voulait marier au duc du Maine. La duchesse d'Uzès, peu après son veuvage,
se retira à l'abbaye de Sept-Fonds, où elle mourut a l'âge de 83 ans. La vie
de Louis de Crussol fut courte, mais elle fut couronnée d'une mort
glorieuse, car il fut tué, à peine âgé de vingt ans, à la bataille de
Nerwinde en 1693. Les biens, titres et dignités de Louis de Crussol duc
d'Uzès passèrent à son frère, Jean-Charles de Crussol, né en 1675, il fut
baptisé le 9 février à Parts. Il était à peine âgé de dix-huit ans, lorsque,
par la mort de son frère aîné Louis, il devint premier duc et pair de
France, colonel du régiment de Crussol Infanterie et gouverneur des
provinces de Saintonge et Angoumois. Il prêta serment de fidélité au roi
devant le parlement de Paris, en qualité de duc et pair de France le 18
avril 1694. Il s'empressa de suivre les traditions de sa famille et marcha
sur les traces de son glorieux frère en allant combattre les ennemis de
Louis XIV.
Le duc profita de la cessation des hostilités pour se marier avec Anne
Hyppolite de Grimaldi, fille de S. A. S. Louis, prince de Monaco, duc de
Valentinois, pair de France, chevalier des ordres du roi. Sa mère était la
sœur du duc de Gramont. La noce se fit chez la duchesse de Lude, veuve en
premières noces de ce galant comte de Guiche, frère aîné du duc de Gramont.
Le duc et la duchesse ne tardèrent pas à venir â Uzès, où tout se passa
comme de coutume avec beaucoup de solennité et d'enthousiasme. On profita du
séjour du duc et de la duchesse d'Uzès pour régler les honneurs qui leur
étaient dus dans la cathédrale. Le duc et la duchesse ne firent qu'un assez
court séjour à Uzès. Ils s'en retournèrent à Paris où la duchesse avait des
devoirs à remplir auprès de la duchesse de Bourgogne, princesse si piquante,
si étincelante d'esprit, qui savait si bien amuser le roi et Mme de
Maintenon. Mais hélas la pauvre duchesse d'Uzès ne jouit pas longtemps du
bonheur que pouvait lui donner sa haute situation sociale. Elle mourut un an
après son voyage d'Uzès des suites de couches de deux jumelles qui ne
tardèrent pas à mourir aussi. C'était, dit Saint-Simon dans ses Mémoires,
une femme de mérite et fort vertueuse. Cette même année une ère de combats
s'ouvrait au duc d'Uzès pour dissiper son chagrin et suivre les nobles et
chevaleresques traditions de sa famille. Quelques années après, en 1706, il
épousa en secondes noces Anne-Marie-Marguerite de Bullion, fille de Charles
Denys, marquis de Gaillardon et de Bonnelles, prévôt de Paris, gouverneur du
Maine, Perche et Laval, et dont le père Claude de Bullion était garde des
sceaux et surintendant des finances sous Louis XIII. Elle apporta dans la
maison d'Uzès la belle terre de Bonnelles, ayant hérité de deux de ses
frères, Jean-Claude marquis de Bonnelles, maître de camp du régiment de
Royal-Roussillon, mort, sans alliance des blessures qu'il avait reçues à la
bataille le 7 septembre 1706, et d'Auguste Léon marquis de Bonnelles,
chevalier de Malte, colonel de dragons, égale ment mort sans alliance.
Par lettres patentes du là juin 1724, le duc d'Uzès fut nommé chevalier de
l'ordre du Saint-Esprit et reçut le collier des mains du roi Louis XV dans
la chapelle du château de Versailles, puis il maria son fils aîné avec Mlle
de la Rochefoucauld et se démît en sa faveur de son titre de duc et pair de
France; mais le roi, par un brevet en date du 18 décembre 1734, lui conserva
les mêmes honneurs dont il jouissait avant cette cession. Il ne profita pas
longtemps de cette faveur royale. Après avoir vécu au milieu des plaisirs,
il n'aspirait qu'à la retraite, et son esprit et son cœur le poussaient vers
les idées religieuses. Il vint donc à Uzès avec la duchesse pour y passer,
dans le recueillement et la prière, les dernières années de sa vie. Lorsque
les consuls apprirent la mort du duc d'Uzès en 1739, ils convoquèrent le
conseil qui décida d'aller en corps au duché témoigner à Mme la duchesse,
ainsi qu'à M. le duc de Crussol, son fils, la part que prenait la ville à
cette mort. Le duc fut enterré le 25 juillet, avec grande pompe, dans
l'église des Capucins. Le procès-verbal de cette cérémonie fut rédigé par le
curé Briquel, en présence de MM. Gabriel Froment, d'Argeliers, Alexandre de
La Tour du Pin Gouvernet, L. de Verfeuitet noble Joseph Drôme. Le due
Jean-Charles, mort à Uzès le 20 juillet 1739, laissa plusieurs enfants dont
Charles Emmanuel qui suit; 2° Louis Emmanuel, d'abord comte d'Acier, puis
marquis de Florensac, né à Uzès le 14 mars 1711, et mort célibataire en
1743; 3° Anne-Julie-Françoise, née à Paris 1713, mariée en 1732 à Louis
César de la Baume-Le-Blanc de la Vallière, duc de Vaujours, célèbre
bibliomane; 4° Quatre autres enfants étaient morts en bas âge.
Charles-Emmanuel de Crussol était un fort joli homme, bien fait, d'une
physionomie agréable et spirituelle; malheureusement une terrible blessure
qu'il reçut à la guerre le rendit bossu et les traditions locales lui ont
laissé ce nom. Il naquit à Paris le 11 janvier 1707 et fut baptisé dans la
chapelle de l'hôtel à Uzès. Sou parrain fut messire de Bullion, chevalier,
marquis de Gallardon, seigneur d'Esclimont, Bonnelles et autres lieux,
gouverneur, lieutenant-général pour le roi des provinces du Maine, Perche et
comté de Cassai, conseiller du roi en tous ses conseils, prévôt de la ville
et vicomté de Paris. Sa marraine, Mlle Eléonore Le Tellier de Barbezieux,
fille du marquis de Barbezieux, secrétaire d'Etat, chancelier des ordres de
Sa Majesté. Charles-Emmanuel, très intelligent, reçut uns brillante
éducation. Poète, il chanta sa bosse et devint plus tard philosophe et ami
de Voltaire. Tout jeune encore il fut nommé par la duchesse de Berry,
capitaine de ses gardes, en remplacement du marquis de La Rochefoucauld, et
ayant été pourvu en survivance des gouvernements de son père, il prêta
serment de fidélité au roi le 29 septembre 1720. On eut hâte de le marier,
et le 4 janvier 1725, il épousa Émilie de La Rochefoucauld, fille de
François duc de La Rochefoucauld, pair de France, chevalier des ordres du
roi, grand-maitre de sa garde-robe, et de la duchesse née Charlotte Le
Tellier de Louvois. A l'occasion de ce mariage le duc d'Uzès se démit de son
titre de pair de France en faveur de son fils qui prit dés lors le titre de
duc de Crussol, après avoir prêté serment de fidélité au roi devant le
parlement en sa qualité de pair de France. La nouvelle de ce mariage ne
tarda pas d'arriver à Uzès. Elle fut annoncée à la population par le sieur
Malarte, consul de la ville, accompagné de tambours et de trompettes et
suivi d'un grand nombre de personnes, aux cris mille fois répétés de vive M.
le duc d'Uzès, vive M. le duc de Crussol.
Le duc de Crussol aurait bien voulu présenter la nouvelle duchesse à Uzès,
mais il fut retenu à la cour par le mariage du roi Louis XV qui eut lieu la
même année. Le duc de Crussol vint à Uzès en 1728, avec sa femme, la
duchesse de Crussol et le duc et la duchesse d'Uzès. La ville envoya à leur
rencontre, à Pont-Saint-Esprit, une députation de huit membres, y compris
les consuls et le greffier pour les accompagner à Uzès, qui par suite se
trouva en fêtes durant plusieurs jours. En 1734, à la bataille de Parme le
duc de Crussol étant à la tête de son régiment et au premier rang, genou
terre, selon l'usage de l'époque, reçut une affreuse blessure. Une balle lui
fracassa la mâchoire et sortit par l'épaule droite. Un de ses domestiques,
nommé Bobert dit Valliguière, l'emporta sur son dos hors du champ de
bataille. Cette blessure le rendit bossu et en outre lui cloua les mâchoires
au point qu'on fut obligé d'enlever deux ou trois dents afin de laisser une
ouverture pour pouvoir introduire des aliments dans la bouche. Dès qu'il put
supporter le voyage, le duc de Crussol fut transporté à Paris. Le duc de
Crussol à son grand regret se retirera du service militaire, il s'occupa des
intérêts généraux du pays. Il fut député des états de la province du
Languedoc pour la noblesse, et eut en cette qualité audience du roi, le 16
août 1729. Devenu veuf en 1739, il eut aussi la même année la douleur de
perdre son père. Par cette mort, le duc de Crussol devint duc d'Uzès et
prêta serment de fidélité au roi, devant le parlement de Paris, le 18
janvier 1740. Immédiatement après il se rendit à Uzès, et comme il entrait
dans cette ville pour la première fois, en qualité de seigneur duc d'Uzès,
on envoya à Pont-Saint-Esprit, au bord du Rhône, une députation pour
l'attendre. Les corps des métiers s'assemblèrent, choisirent leurs
capitaines, prirent les armes et escortèrent dans la ville le duc, à qui on
fit une réception aussi magnifique que possible. Le maire, M. d'Argilters,
lui offrit cent pistoles au nom de la ville, mais le duc d'Uzès ne voulut
pas les accepter, se contentant de la réception qui lut avait été faite.
On profita du séjour du duc à Uzès pour s'occuper de l'affaire des casernes.
Les troupes étaient alors logées à la Grande Bourgade dans les maisons Le
Merle et Saint Eloi. On décida d'établir les casernes où elles sont
aujourd'hui, sur l'emplacement de l'ancien cimetière de l'église
Saint-Julien. Elle ne furent terminées qu'en 1762. Le duc d'Uzès s'en
retourna à Paris, où il eût quelque temps après une affaire d'honneur dont
on parla beaucoup et se termina par un duel ou le duc tua raide son
adversaire. Cette affaire fit grand bruit. On trouva qu'elle était fort
glorieuse pour le duc d'Uzès, pour sa famille et son titre de premier duc et
pair de France. Néanmoins une lettre de cachet fut lancée à cette occasion
contre le due qui fut exilé à Uzès, et son exil dura plusieurs années. Ce
fut une bonne fortune pour la ville que le séjour prolongé du duc avec toute
sa maison. Il y vécut en grand seigneur. Il ne se contenta pas de donner des
fêtes dans son château ducal. Pour éviter les chaleurs de l'été il fit bâtir
un château dans la plaine des Fouzes, tout pi es d'Uzès, non loin de la
vieille tour et du moulin. Ce domaine des Fouzes était dans la maison d'Uzès
depuis le XIIIe siècle. Bermon Decan, seigneur d'Uzès, un des ancêtres du
duc, l'avait acheté en 1225 à son parent, Alzéar, co-seigneur d'Uzès et de
Saint Quentin. Le château a été démoli, mais au-dessus de la porte du moulin
on reconnaît encore les traces des armoiries ducales. De très belles fêtes
avaient eu lieu dans ce château. En 1753 le duc d'Uzès maria son fils aîné
avec la fille du duc d'Antin et deux ans après il se démit en sa faveur de
sa qualité de pair de France. Le roi Louis XV révoqua à cette occasion
l'exil qu'il subissait à Uzès par suite de son duel avec le comte de Rantzau,
et lui permit de se rendre à Paris et de reparaître à la cour. Mais il ne
profita pas beaucoup de son pardon. Uzès fut jusqu'à sa mort sa principale
résidence. C'est là qu'il apprit la naissance de son petit fils en 1757.
Le duc était surtout retenu à Uzès par l'amour que lui avait inspiré une
jeune fille extrêmement jolie, Mlle de Gueydan. Elle demeurait avec sa
famille dans la rue Massargue. Cette rue n'était qu'un cul-de-sac
aboutissant aux anciens remparts. Le duc, pour arriver plus facilement chez
cette famille en voiture fit ouvrir le rempart et construire une porte. Mais
dans la crainte d'une opposition de l'évêque en sa qualité de co-seigneur,
il fit tailler les pierres à l'avance et achever tout le travail dans une
seule nuit. Cette porte, qui fut maintenue, s'appela la porte ducale.
Cependant le duc, de plus en plus épris de la jeune personne, finit par
l'épouser et se rendit à Paris. Quelques mois après, ayant appris la
grossesse de Mme la duchesse, la municipalité écrivit à M. le duc qu'elle
désirait présenter sur les fonts baptismaux le jeune enfant qui devait
naître. La proposition fut agréée. L'enfant qui naquit bientôt après fut une
fille. Elle fut baptisée le 2 mai 1760. L'enfant ne vécut pas longtemps;
aucun autre enfant ne survint et ce mariage n'eut pas d'autre suite. Du
reste le duc mourut deux ans après, en 1762. De son mariage avec Mlle de La
Rochefoucauld, il laissa François Emmanuel quisuit; 2° Charles-Emmanuel de
Crussol, né le 29 décembre 1730, admis chanoine à la cathédrale de
Strasbourg au mois de septembre 1742 et mort à Paris le 16 mai 1743; et 3°
Emilie de Crussol, née le 16 octobre 1732, mariée le 23 mai 1758 au prince
Dominique de Rohan Chabot, duc de Rohan, pair de France, prince de Léon,
président né de la noblesse de Bretagne, fils du prince Alain de Rohan, duc
deRohan, prince de Léon et de la princesse née de Roquelaure.
Ce neuvième duc d'Uzès dont la postérité existe encore fut le dernier duc de
l'ancien régime. Voici les divers titres qu'il prenait au moment de la
révolution et dont il avait hérité de ses ancêtres: Duc d'Uzès, premier duc
et pair de France, comte de Crussol, prince de Soyons, marquis de
Montausier, de Saint Sulpice, de Montespanet, de Gondrins et de Montsalès,
baron de Florensac, Vias, Aimargues, Bellegarde, Remoulins, Saint-Geniès,
Puycornet, seigneur d'Acier, Brenouille, Capdennas, Pont Saint Maxence,
LeMunil, seigneur incommutable du domaine que le roi avait dans la ville
d'Uzès, haute et basse viguerie d'Uzès, Saint Jean de Marvéjol et pays d'Uzège.
Ce duc naquit à Paris le 1er janvier 1728. Il était fils du duc Charles
Emmanuel et d'Emilie de La Rochefoucauld. Dès son jeune âge il se prépara au
métier des armes comme tous les mâles de sa famille, et la gloire qu'acquit
bientôt l'un d'eux le marquis de Crussol enflamma son courage. En effet, à
la bataille de Donawert, qui eut lieu en 1745, le marquis de Crussol,
remplaça le commandant en chef, le marquis de Rupelmonde blessé
mortellement, et il se conduisit avec une sagesse si intrépide qu'il mérita
les éloges de ses rivaux et les félicitations du roi. La paix
d'Aix-la-chapelle qui eut lieu en 1748, lui donna quelque repos. Mais cette
paix ne répara point les maux que la guerre avait causés à la France. Le
roi, depuis ses campagnes de Flandre, avait abandonné le gouvernement à des
courtisans et à des femmes de petites intrigues de cour. Le trésor public
était livré aux plus honteuses déprédations. On laissait dépérir la marine.
François-Emmanuel de Crussol se maria avec la fille de Louis d'Antin, duc et
pair de France, Mlle Magdelaine Julie Victorine de Pardailhan de Gondrin
d'Antin. Sur ces entrefaites, le duc de Crussol perdit son père en 1762, et
dès l'année suivante il se rendit avec sa femme à Uzès, où on leur fit une
brillante entrée solennelle. A quelques jours de là, le duc et la duchesse
d'Uzès assistent à l'Hôtel de Ville à la délibération dans la quelle M.
d'André de Saint-Victor est nommé conseiller politique pour la première
échelle. Immédiatement M. d'André de Saint-Victor, la main sur les
Évangiles, prête devant M. le Duc, le serment de bien et fidèlement
s'acquitter de ses fonctions. Le duc et la duchesse d'Uzès s'en retournèrent
à Paris fort satisfaits de l'accueil qu'il avaientreçu. La duchesse ne vint
que cette seule fois à Uzès, son époux s'y rendit assez souvent mais sans
raison, vivant très simplement. Toujours disposé à être utile à son pays, il
obtint des états du Languedoc, de concert avec l'évêque, que la route de
Paris à Montpellier à travers l'Auvergne passât par Uzès. Une députation des
conseillers politiques et des notables vint au château ducal l'en remercier.
Mais le duc, à cause de sa haute situation à la cour de France, ne pouvait
rester longtemps à Uzès. Son devoir, comme premier duc et pair de France,
était d'assister à toutes les cérémonies, à toutes les fêtes im portantes de
Versailles. Il était à son poste lorsque Louis XV maria ses trois
petits-fils, le Dauphin avec Marie-Antoinette, fille de l'impératrice
Marie-Thérèse, les comtes de Provence et d'Artois avec deux sœurs princesses
de Savoie. Plus tard, en 1774, le duc assista aux obsèques de Louis XV. Il y
porta la couronne royale comme autrefois son ancêtre le duc Emmanuel 1er, à
la mort de Louis XIII, en 1643. Durant son règne de 59 ans, Louis XV avait
détruit peu à peu le prestige que les deux grands rois Henri IV et Louis XIV
avaient donné à la royauté.
Appelé au trône a l'âge de vingt ans, Louis XVI y porta une timidité et une
défiance de lui-même qui le rendait peu propre, malgré sa bonne volonté et
sa grande honnêteté, à tenir les rênes de l'Etat en face d'une révolution
qui grondait sourdement. Dans la nuit du 14 au 18 juillet 1789, le duc de la
Rochefoucauld Liancourt fit réveiller Louis XVl pour lui annoncer la prise
de la Bastille: "C'est donc une révolte, dit le roi". Sire, répondit le duc,
c'est plus qu'une révolte, c'est une révolution. Au milieu de tous ces
événements la famille d'Uzès se trouva dans une grande gêne. Heureusement
elle obtint un établissement en Russie, par la haute intervention de la
princesse de Tarente, qui résidait à Naples, auprès de la reine, devenue son
amie, et qui consentit, à cause de la famille d'Uzès, à aller habiter la
Russie. Le duc et la duchesse d'Uzès ne purent se rendre en Russie, mais
d'autres membres de leur famille s'y établirent, notamment le comte de
Crussol qui devînt aide de camp de Paul 1er. Le duc d'Uzès se retira en
Angleterre. Il resta plusieurs années à Londres, où il perdit sa femme, qui
supportait courageusement la perte de la vue et les tristesses de l'exil. En
1801, il profita d'un jour favorable pour rentrer en France. Banni d'un
hôtel somptueux, il loua une modeste chambre garnie de la rue du Bac, se
montrant un modèle de résignation. Souffrant cruellement d'une hydropisie de
poitrine, ayant perdu toutes ses richesses, il vit venir la mort d'un air
calme et résigné. Il mourut le 22 mars 1802, laissant Marie François
Emmanuel qui suit; 2° Théodorît de Crussol, aide de camp d'Alexandre 1er,
empereur de Russie, décédé en émigration à Okouniel, près Varsovie, le 3
février 1813, à 31 ans, sans postérité; 3° Timarette d'Uzès, épouse
d'Alexis, marquis dé Rougé, pair de France, dont cinq enfants: Le marquis
Théodorit de Rouge, marié à Mlle de Sainte-Maure, avec postérité. Le marquis
du Plessis Bellière, marié à Mlle de Pastoret, sans postérité. Le comte
Louis de Rouge, marié à Mlle de Franqueville, avec postérité. La comtesse de
Lostanges, dont une fille. Une enfant morte jeune, Marie-Thérèse, filleule
de la duchesse d'Angoulême.
Marie François-Emmanuel de Crussol, né le30 décembre 1750, épousa en 1777 sa
cousine, Aimable Émilie de Chatillon, unique héritière et dernier rejeton de
sa famille. Elle était très belle. Ses traits nobles et réguliers firent
dire un jour à une paysanne en la voyant passer Que plan poulido (Qu'elle
est jolie). Le duc, son mari, était maréchal des camps et armées du roi,
lorsque la révolution éclata. Il émigra en même temps que son père et alla
rejoindre le corps d'armée commandé par le duc de Bourbon. Lorsque ces
troupes furent licenciées, il parcourut l'Allemagne, la Hollande,
l'Angleterre et surtout la Russie, auprès de sa belle-soeur, la princesse de
Tarente, et devint aide de camp de Paul 1er et rentra en France en 1801. Il
ne retrouva plus ses anciens foyers. Durant plusieurs années, il supporta la
perte d'un haut rang et d'une immense fortune, avec une résignation à la
fois modeste et noble, qui honorèrent son caractère et lui méritèrent la
considération publique. Un an après son arrivée à Paris, il vint voir le
berceau de ses ancêtres, et reçut des habitants d'Uzès un touchant et
aimable accueil. Aussi après la chute de l'Empire, c'est lui qu'ils prièrent
de remettre à Monsieur, frère du roi, une adresse de félicitations à
l'occasion de l'avènement de Louis XVIII au trône. Lorsque le roi Louis
XVIII rétablit la pairie, le duc d'Uzès en souvenir de son duché, premier
duché pairie de France, fut nommé le premier sur la liste des pairs. A
quelque temps de là son fils le duc de Crussol, devint député d'Uzès et tous
les deux l'un à la chambre des pairs, l'autre à la chambre des députés
apportèrent à la royauté un concours indépendant mais dévoué. Le roi chargea
le duc d'Uzès des fonctions de grand maître de la maison royale.
Le 1er avril 1837 le duc d'Uzès eut la douleur de perdre son fils; le duc de
Crussol, décédé à Marseille, à son retour d'Hyères, ou il avait accompagné
la duchesse de Tourzel, sa fille. Retenu à Bonnelles par son grand âge, le
duc d'Uzès fut remplacé à cette cérémonie par son petit-fils, le duc de
Crussol et le duc de Tourzel, beau-frère de ce dernier. Un service solennel
fut célébré à la cathédrale et immédiatement après on se rendit dans la
chapelle du château où se trouvaient réunies les dépouilles mortelles de six
personnages, et on les transporta dans le caveau, après que le clergé eut
fait une dernière absoute. Enfin, après s'être occupé de la sépulture de ses
chers défunts, le duc d'Uzès mourut à son tour au château de Bonnelles
(Seine-et-Oise), le 8 août 1842, laissant un testament olographe en date du
29 septembre 1837, dans lequel il exprimait le désir d'être inhumé dans le
caveau qu'il avait fait élever pour sa famille sous la chapelle du château
ducal d'Uzès. Son petit-fils, le duc de Crussol, son petit gendre, le duc de
Toursel et le vicomte de Rougé, son autre petit fils, ainsi que M. Bataille,
curé de Bonnelles, accompagnèrent jusqu'à Uzès ses restes mortels, qui
furent déposés dans la chapelle du château en attendant la cérémonie du
lendemain, 24 août 1843. De son mariage avec Aimable Emilie de Châtillon il
n'eut qu'un fils, Adrien Emmanuel qui naquit le l5 novembre 1778 et mourut
le 1er avril 1837 du vivant de son père. Par suite, il ne porta jamais le
titre de duc d'Uzès. La révolution le surprit alors qu'il n'avait pas encore
terminé ses études. Il fut obligé d'émigrer avec tous les membres de sa
famille et servit dans le régiment de Mortemart qui, sous les auspices de
l'Angleterre, fut envoyé en Portugal.
Après avoir séjourné plusieurs années à l'étranger il rentra dans en France
en 1803. Les avances de Bonaparte ne purent le séduire pour accepter, à
l'exemple de ses amis des places et des emplois. Il resta fidèle à la
royauté exilée. Aussi à la restauration le roi le nomma officier supérieur
dans les chevau-légers de la garde. Durant les cent jours il ne quitta point
le roi et se retira avec lui dans la Flandre. Le roi, de retour en France,
le nomma aide de camp de Monsieur (depuis Charles X), et lui accorda les
honneurs du Louvre, réservés aux ducs seuls. Aussi il prit, dès ce moment,
le titre de duc de Crussol. Quelques années après, en 1824, il fut nommé
député d'Uzès. Le duc de Crussol était fort bien de sa personne, très
aimable et d'une exquise galanterie pour le beau sexe. Il allait beaucoup
dans le monde et aimait fort les plaisirs. Mais sa santé s'affaiblit. IL se
rendit aux Îles d'Hières, mais en revenant il tomba malade à Marseille et y
mourut le 1er avril 1837. Son corps fut transporté à Uzès et inhumé en
grande pompe dans le caveau du duché. Le duc de Crussol avait épousé en
1807, Mlle Victorine Victurnienne de Rochechouart-Mortemart, fille du duc et
de la duchesse née d'Harcourt, laquelle mourut à Paris à l'hôtel de
Mortemart, le 15 juillet 1807. Il eut de ce mariage un fils, Géraud de
Crussol et une fille, Anastasie, mariée au duc de Tourselet, morte en
couches, à l'âge de 27 ans. Son fils et son mari la suivirent peu d'années
après au tombeau. Géraud-Armand-Victurnien-Jacques-Emmanuel de Crussol
naquit à Paris le 28 janvier 1808. Ayant perdu sa mère de bonne heure il fut
élevé par sa grand'mère née deChastillon. C'était une dame de beaucoup
d'esprit et qui avait brillé par son intelligence comme par sa beauté dans
l'ancienne cour durant les dernières années qui précédèrent la révolution.
A l'époque de la restauration le superbe hôtel que l'Etat lui avait rendu
devint le centre où se réunit la société un peu exclusive désignée sous le
nom de faubourg Saint Germain. Là se retrouvaient tous les débris de cette
cour élégante qui avait servi de modèle à l'Europe et qui fut la majestueuse
héritière des traditions du grand siècle. C'est dans ce milieu tout parfumé
d'aristocratie que fut élevé le jeune Géraud de Crussol qui conserva toute
sa vie cette fierté du gentilhomme mêlée toutefois à une grande bonté. Son
éducation fut dirigée vers la carrière des armes, et à l'âge de dix huit ans
il entra à l'école de Saint-Cyr où il se distingua par son application et
ses succès. Géraud de Crussol s'engagea comme volontaire dans l'état major
de Russie. Son nom, ses alliances, les souvenirs de la princesse de Tarente,
pendant l'émigration, le firent bien accueillir. De plus son parent le duc
de Mortemart, était ambassadeur de France auprès de l'empereur de Russie. La
révolution de 1830 ramena le duc de Crussol dans son pays, et quelques
années après, en 1836, il épousa Mlle Françoise-Eiisabeth-Antoinette-Sophie
de Talhouet, petite-fille du comte Roy, un des plus riches propriétaires de
France. Le duc eut, peu après, la douleur de perdre son père, et en 1842 son
grand père. Il prit dès ce moment le titre de duc d'Uzès. Le voilà dans le
monde avec toutes les satisfactions que pouvaient lui donner un beau nom,
une grande fortune et un intérieur plein de charmes, mais il voulut se
rendre utile à ses concitoyens. Possesseur de très vastes propriétés dans le
département de la Haute-Marne, il sollicita les suffrages des électeurs et
devint leur député, de 1844 à 1848. Il se montra dévoué partisan de la
politique conservatrice et critiqué un jour à ce sujet par son ami le
marquis de Calviére, il l'attaqua en duel et le blessa. Eloigné de la
politique par la révolution de 1848, il occupa ses loisirs à écrire. En même
temps il songea à embellir son château de Bonnelles (Seine-et-0ise). Le
château était vieux, délabre, les ouvriers sans travail. Il fit démolir le
vieux château et en fit bâtir un autre sur le même emplacement, dans le pur
style Louis XIII.
Le duc d'Uzès qui avait fait construire ce château y passait la plus grande
partie de l'année. Il ne venait à Paris qu'au milieu de l'hiver, et là le
duc et la duchesse donnaient de très belles fêtes dans leur hôtel de la rue
de la Chaise au faubourg Saint-Germain. Mais une vie oisive quoique
brillante ne suffisait pas au duc d'Uzès. Après le coup d'Etat, il sollicita
les suffrages des habitants et il fut nommé député en 1853. L'empire qui
venait d'être établi était contraire à ses aspirations. Son père, son
grand-père, ses proches parents n'avaient jamais voulu accepter ni places,
ni dignités de la part de l'Empereur dont la gloire avait ébloui tant de
bons esprits, ils étaient restés toujours fidèles à la royauté. Aussi le duc
et député d'Uzès ne cessa de combattre le gouvernement du nouvel empire. Au
milieu de toutes ces luttes il eut la douleur de perdre son fils cadet
Frédéric élève à l'école navale et peu après sa femme qu'il chérissait de
toute son âme. Elle mourut presque subitement le 16 février 1863. Le duc
d'Uzès ne trouva quelque consolation que dans la religion, et ses sentiments
chrétiens n'en devinrent que plus vifs. La guerre de 1870 vint aussi
attrister sa vieillesse. Il eut toutefois la satisfaction de voir son fils
aîné devenir député du Gard. Le duc d'Uzès mourut a Paris le 21 mars 1872.
Ses restes mortels furent transportés à Uzès le 9 avril suivant pour être
inhumés dans le caveau de famille sous la chapelle du château ducal.
De son mariage avec Françoise de Talhouet, le duc d'Uzès laissa quatre
enfants dont Jacques Emmanuel qui suit; 2° Laure d'Uzès, née le 28 avril
1838, qui épousa en 1857, le vicomte Léopold d'Hunolstein, issu d'une
ancienne famille de chevalerie, originaire du pays de Trêves, et qui tire
son nom d'une des seigneuries les plus importantes de cet électorat. Cette
seigneurie relevait immédiatement de l'Empire, et conférait à ses
possesseurs le titre de chevalier-banneret et le rang de dynaste. Du mariage
de Laure d'Uzès avec le vicomte d'Hunolstein, sont nés trois enfants: Paul
et Fanny, morts jeunes; Hélène, mariée au vicomte de Mortemart; 3° Elisabeth
de Crussol, qui épousa le 19 janvier 1865, Louis Marie Hector, marquis de
Galard et de l'Isle Bouson, baron de Magnas, dont la maison, connue par
titres authentiques depuis le Xe siècle, est issue de Gombaud, frère de
Guillaume-Sanche, duc de Gascogne. De ce mariage une seule fille, Raymonde
de Galard, mariée le 15 janvier 1885, avec le vicomte de Galard Saldebru,
fils du comte de Galard-Saldebru, baron de Caila et de Laure de Ségur; 4°
Mathilde de Crussol, non mariée, consacrant sa vie aux bonnes œuvres; 5°
Frédéric de Crussol, décédé, élève à l'école de marine à Brest, le 17
novembre 1859. Jaeques-Emmanuet de Crussol, duc et député d'Uzès, né en
1840, épousa le7 mai 1867, Mlle Anne-Victurnienne de Mortemart-Rochechouart,
fille du comte et de la comtesse née de Chevigné, et mourut en 1878. Ce fut
le samedi 7 décembre 1878 qu'eut lieu à Uzès la cérémonie funèbre dont fut
l'objet la dépouille mortelle du duc Jacques-Emmanuel. La mort du duc arrête
cette histoire des ducs d'Uzès. Le duc Jacques Emmanuel a laissé quatre
enfants sous la tutelle de leur mère, la duchesse d'Uzès née Anne de
Mortemart Rochechouart, si connue par ses goûts pour la chasse et las
beaux-arts et par son dévouement a toutes les bonnes oeuvres: 1° Jacques, né
à Paris le 19 novembre 1868; 2° Symone d'Uzès, née le 7 janvier 1870; 3°
Louis de Crussol, né le 15 septembre 1871; 4° Mathilde de Crussol, née le 4
mars 1875. Lejeune Jacques, treizième duc d'Uzès, appelé à recueillir
l'héritage de tant de grandeurs a déjà fait de brillantes études et se
prépare à entrer à l'école de Saint-Cyr. Dirigé par sa pieuse et noble mère
dans les voies du bien et de l'honneur, nous sommes persuadé qu'il saura
toujours, en face des grands devoirs que l'avenir peut lui réserver, se
montrer digne de son nom et de ses illustres aïeux. (1)
Éléments protégés MH: le château : classement par liste de 1889. La
porte d'entrée du parc du Duché, située route de Bagnols: inscription par
arrêté du 26 octobre 1934. (2)
château d'Uzès dit Le Duché, route de Bagnols, 30700 Uzès, tél 04 66 22
18 96, ouvert au public tous les jours sauf le 25 Décembre.
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remercions chaleureusement Monsieur J-P Sauvage pour les photos qu'il nous a
adressées afin d'illustrer cet historique.
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dans ce département. |
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