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Château de Benauge à Arbis
 
 

 Le château de Bénauges occupe une position trop stratégique pour que dès les temps les plus reculés, il n'ait pas servi d'assiette à une forteresse chargée de protéger et de surveiller le pays qu'elle dominait. Les Gaulois, les Romains et, après eux, tous les peuples qui se sont succédé sur le sol de l'Entre-deux-Mers, ont dû habiter cette position si facile à fortifier. Les heureux possesseurs de ce pic isolé devinrent de puissants seigneurs dès l'origine de la féodalité, puisque au XIe siècle on les trouve à la tête de la noblesse d'Aquitaine et contractant des alliances avec les plus grandes familles de l'époque. Guillaume-Amanieu, seigneur de Bénauges, possédait à Saint-Macaire un péage qu'il céda à saint Gérard, abbé de La Sauve. Dans plusieurs occasions, il rendit des services signalés à ce saint abbé. Il avait marié sa fille Vitapoy à Guillaume Taillefer, IIe de nom, comte d'Angoulême, en lui donnant pour dot le comté de Bénauges. Nous avons vu aussi que Bernard ou Bertrand, comte de Bénauges, possédait au commencement du XIIe siècle le péage de La Réole, que la Cour de Gascogne assemblée par Guillaume, duc d'Aquitaine, le força à abandonner en 1103, parce qu'il lésait les moines et les habitants de la nouvelle ville. A cette occasion il fut obligé de fournir une caution. Ce furent les vicomtes de Gavarret et de Béarn qui le cautionnèrent. Il était alors de retour de la Croisade, pour laquelle il était parti avec une quantité d'autres seigneurs en 1095. Dans le milieu du XIIe siècle, la vicomté de Bénauges passa dans la famille de Gavarret par le mariage d'une fille de Guillaume Taillefer avec Guillaume-Amanieu de Gavarret, vicomte de Bezaumes. Son fils Pierre, premier du nom, paraît avoir formé un mariage dans la maison de Bouville, dont il joignit le nom au sien. Pierre II de Gavarret, fils de Pierre 1er, fit quelques dons à l'abbaye de La Sauve-Majeure et à celle de Sainte-Croix de Bordeaux. Il épousa, vers 1210, Guillelme ou Guillemette, dont les troubadours du temps ont célébré la coquetterie et la beauté.
Alors les mœurs étaient extrêmement raffinées dans la Gascogne et le Languedoc. Les troubadours étaient en grand honneur. Les seigneurs eux-mêmes cultivaient la poésie avec succès. Savary de Mauléon, riche baron du Poitou, guerrier renommé et troubadour de talent, s'éprit de Guillemette. Il vint un jour la voir dans son château, et amena avec lui Élie Rudel, seigneur de Bergerac, et Jeoffroy Rudel, seigneur de Blaye. Elle se fit aimer des trois amis, et si adroitement, qu'aucun d'eux ne s'aperçut qu'il avait deux rivaux: Totz tres la pregavo d'amor. Un jour qu'ils étaient assis près d'elle, l'un d'un côté, l'autre de l'autre, le troisième devant, et la regardaient amoureusement, elle rendit à Geoffroy Rudel ses regards amoureux, prit la main d'Élie de Bergerac et la lui serra avec tendresse, et toucha le pied de Savary en souriant et soupirant. Quand ils furent partis, les deux Rudel racontèrent leur aventure. Savary garda le silence pour cette fois, mais il consulta deux de ses amis pour savoir lequel des trois était le préféré. La question resta indécise. Savary n'en demeura pas moins fort épris de Guillemette; il accomplit, pour l'amour d'elle, les plus belles actions du monde. Bien longtemps elle le paya en folles promesses et en beaux discours; maintes fois elle le fit venir de Poitou en Gascogne par terre et par mer; et lorsqu'il était arrivé, elle lui donnait de mauvaises raisons pour ne pas lui céder, "que no'l fazia plazer d'amor", et il était si amoureux, qu'il ne s'apercevait pas qu'elle se moquait de lui, "que non conoysia l'engan". Ses amis lui ouvrirent les yeux, et lui firent faire la connaissance de la dame de Manchac (Mouchac?), femme de Guiraut de Manchac, joyeuse, belle et avenante, et désireuse de voir Savary à cause du bien qu'elle avait entendu dire de lui. De là nouvelles amours, qui rendirent jalouse la vicomtesse de Bénauges. Elle fit tout ce qu'elle put pour ramener son amant, etc...
En 1238, Henri de Trubeville, sénéchal d'Aquitaine, vendit à Guillemette, vicomtesse de Bénauges, les paroisses de Cadillac, de Loupiac et de Sainte-Croix du Mont, et les hommes du roi francs et libres de toute servitude. Plus tard, cette vente illégale fut probablement régularisée. Guillemette était veuve en 1240, et paraît avoir conservé quelque temps après la mort de son mari la direction de ses seigneuries; en effet, le 12 novembre 1240, elle reçut une lettre du roi d'Angleterre datée de La Réole, lettre qui lui réclamait le service militaire, et lui enjoignait d'envoyer à La Sauve, le dimanche après la fête de Saint-André, les hommes qu'elle devait fournir. Le 5 mai de la même année, son fils Bernard de Bouville avait reçu une lettre du même monarque, lui ordonnant de se rendre à Pons, le jeudi après la Pentecôte, accompagné de sept chevaliers. Henri, vaincu à Taillebourg, s'enfuit dans le Bordelais. Le 25 septembre 1241, il écrivit de nouveau à tous les seigneurs de Guienne de se rendre tout équipés à Sainte-Bazeille, accompagnés des hommes qu'ils devaient fournir pour le service militaire. Comment se fait-il que le mois suivant le roi se soit adressé à Guillemette pour réclamer d'elle le même devoir? Il doit y avoir une erreur dans la date donnée par M. Champollion-Figeac, ou Guillemette avait des seigneuries lui appartenant en propre. Vers ce même temps, cette femme célèbre se rendit à La Sauve avec son fils, et confirma les donations que son mari avait faites à l'abbaye et pria les religieux d'intercéder auprès de Dieu pour le repos de son âme. Comme seigneur de Saint-Macaire, Bernard de Bouville et sa mère Guillemette prétendaient avoir le droit de haute justice sur cette ville. Cabbaye de Sainte-Croix, de son côté, avait la même prétention. Le roi, pour couper court à la discussion, la prit pour lui et la donna ensuite à l'abbaye.
Bernard dut céder, mais il ne pardonna pas, et l'occasion de se venger de son souverain ne tarda pas à se présenter. Henri III avait envoyé Simon de Montfort, comte de Leycester, pour gouverner la Guienne: celui-ci traita les Gascons en peuple conquis; ils se révoltèrent, et le seigneur de Bénauges fut un des chefs de cette révolte. Son château, un des derniers attaqués, résista près d'un mois au roi d'Angleterre, et ne fut pris qu'après des travaux et des frais infinis. Le siége dut commencer vers le 1er octobre 1253. Le roi, en effet, écrivit des lettres datées du 3 du même mois, étant près de Bénauges. Le 4, il écrivit de son camp, à Bénauges (in castris apud Benauges), à Simon de Montfort, comte de Leycester, de venir le rejoindre. L'aspect de la forteresse l'avait sans doute convaincu qu'il avait besoin d'hommes expérimentés. Le 9, il lui écrivit de nouveau d'amener avec lui tous les arbalétriers à cheval qu'il pourrait se procurer. Le château était encore assiégé le 28, et le roi datait des lettres de son camp (in castris apud Benauges). Le 10 novembre il était pris, et Henri III, qui y avait mis une garnison commandée par Roger Cocherel et Jean de Glocester, écrivit au premier, qui était connétable de Bénauges, de laisser à son camarade la libre disposition des armes, des vivres et de tous les autres objets quelconques appartenant au roi, sous sa responsabilité. Le 22 novembre, il y envoya Guillaume de Axemnh pour l'approvisionner de vivres et de munitions. Déjà, le 4 octobre, à peine le siège du château commencé, le roi d'Angleterre avait donné à Édouard, son fils aîné, toute la Gascogne et toutes les terres, châteaux, villes, bourgs, villages, en un mot tout ce qu'il avait saisi et tout ce qu'il pourra prendre à l'avenir à Bernard de Bouville.
Le château de Bénauges resta dans les domaines de la couronne d'Angleterre pendant treize ans. Le 2 janvier 1266, Henri III le donna à Jean de Grailly avec toutes ses dépendances. Ce seigneur, originaire du pays de Gex, sur les bords du lac de Genève, avait rendu de grands services au roi d'Angleterre et possédait toute sa confiance; aussi en obtint-il de grandes faveurs. A peine possesseur de la vicomté de Bénauges, il fit de grandes dépenses pour en améliorer les terres. En 1267, il rebâtit le château, qui devait avoir beaucoup souffert lors du siège de 1253. Lorsque le roi Henri III eut pris le château de Bénauges, il y établit, comme nous l'avons vu plus haut, Roger Cocherel et Jean Glocester. Plus tard, il y envoya Guillaume de Axemnh. Jean de Grailly, de son côté, et ses successeurs, y établirent aussi des châtelains chargés de garder le château et de distribuer la justice. La plupart de ces officiers avaient le titre de chevaliers et possédaient des pouvoirs très étendus. Voici ceux dont j'ai retrouvé les noms dans les riches archives de M. le comte H. de Lachassaigne: Le 2 mars 1277, des lettres patentes sont scellées du sceau de Jacques de Salleneuve (Salanova), chevalier, châtelain de Bénauges. Le 7 février 1285 et le 13 janvier 1286, on le trouve nommé dans les actes de vente à côté du roi d'Angleterre et de Jean de Grailly. Le 25 janvier 1298, sous Pierre II de Grailly, un acte de vente est fait entre les mains de P. de Bochi, châtelain de Cadillac, où se tenait alors la Cour de Bénauges. Le 21 septembre 1322, Hélies de Labatseube, damoiseau, châtelain de Bénauges, juge un procès dans la bastide de Cadillac. Le 19 janvier 1368, messire Pierre-Arnaut de Lamensans, chevalier, châtelain de Bénauges et de Cadillac, est nommé parmi les témoins d'une transaction passée entre Jean III de Grailly, captal de Buch, et Guiraude de Ségur, dame de Loupiac, fille de Bernard de Ségur, chevalier, seigneur dudit lieu.
La famille de Grailly a été une des plus illustres de la Guienne; c'est à elle qu'appartient le fameux captal de Buch, qui a joué un si grand rôle pendant le XIVe siècle. Sa généalogie a été faite à plusieurs reprises; aussi me contenterai-je d'en citer les traits les plus saillants, m'occupant que de ce qui regarde particulièrement la seigneurie de Bénauges. Éléonore, reine d'Angleterre, possédait des terres et des revenus à Langon et dans la Bénauges; elle aussi voulut être généreuse envers Jean de Grailly, dont elle avait à se louer, et les lui abandonna le 15 mars 1277. Depuis longtemps déjà il possédait la ville de Castillon et une grande quantité de localités dans la Guienne. Le 12 juin de l'année suivante, le roi lui permit d'établir un marché dans son château de Bénauges. Si l'on en croit les Actes de Rymer, la permission d'établir une foire ou un marché pendant certains jours et dans un lieu à sa convenance dans le district du château, ne lui fut accordée que le 12 juin 1282. Lui et ses héritiers, dit l'acte, jouiront des revenus qui en proviendront, sous l'hommage et le devoir qui est dû au roi pour le château et ses appartenances. Le 12 janvier 1279, Édouard 1er écrivit à Jean de Grailly de se rendre à Paris; puis, à son retour en Gascogne, dont il était sénéchal, de faire réparer et fortifier vite, en secret, et avec le moins de bruit possible, les forteresses et les maisons fortes de sa sénéchaussée, parce qu'elles en ont un pressant besoin. "Et comme, ajoute le roi, je sais que vos finances ne vous permettent pas de faire une pareille dépense, que les rentes de notre terre ne suffisent pas non plus, nous vous autorisons à prendre dans ce but les revenus du droit de fouage à Bazas, à Bayonne et à Saint-Seurin de Bordeaux". Le 18 août 1279, le roi lui donna l'autorisation de construire des bastides. C'est peut-être alors qu'il fonda celle de Cadillac, à laquelle il concéda une charte en juin 1280. Il mourut en 1286; il avait épousé Clairemonde de La Mote, dont il eut deux fils du nom de Pierre, qui lui succédèrent l'un après l'autre.
Les seigneurs de Bénauges restèrent toujours fidèles aux rois d'Angleterre, auxquels ils devaient la plus grande partie de leur fortune, et dans toutes les occasions ils répondaient à l'appel de ces monarques. Pierre 1er mourut sans postérité en 1295. Son frère cadet, Pierre II de Grailly, lui succéda. Par son premier mariage, en 1307, avec Assalhide, fille d'Amanieu de Bordeaux, captal de Buch, et par son second, vers la fin de 1328, avec Ayremburge, sœur d'Archambaud comte de Périgord, il augmenta considérablement ses domaines déjà si vastes. Sous la date de 1312-13, le Catalogue des rôles gascons nous donne le nom d'une partie de ces terres et seigneuries. Le roi de France en avait saisi une portion. Pierre écrivit au roi d'Angleterre de tâcher de les lui faire restituer. Edouard II le lui promit, par une lettre datée du 25 mars 1327. La veille, il avait écrit au sénéchal de Gascogne pour faire rendre au seigneur de Bénauges, si du moins le droit était de son côté, une baleine qui s'était échouée sur une côte qui lui appartenait, et qu'Olivier de Ingham, jadis sénéchal d'Aquitaine, avait fait prendre de sa propre autorité. Ce fait, peu important en lui-même, est une preuve de plus que les baleines fréquentaient alors le golfe de Gascogne. Le 15 juin, le roi lui donna un dédommagement pour des rentes et des droits qu'il lui avait retenus dans les villes de Langon et de Bazas. Il fut loué de sa fidélité pour la couronne d'Angleterre, le 25 juin 1327 et le 10 janvier de l'année suivante. A cette époque, les lépreux étaient très nombreux en Europe; la charité publique et particulière leur venait en aide autant qu'il était possible, et les hôpitaux ou l'on recueillait ces malheureux étaient assez nombreux dans les campagnes. La Bénauges en renfermait une certaine quantité. Assalhide, femme de Pierre de Grailly, par son testament fait le 2 avril 1328, dans le château de Bénauges, leur légua une somme de 10 livres.
Le roi, comme suzerain, possédait des droits assez étendus sur le château et la vicomté de Bénauges, et sur toutes les possessions de Pierre de Grailly; il les céda à Isabelle sa mère, le 8 décembre 1340. Cette concession lui fut confirmée le 22 juin 1344. Édouard III, continuant les errements politiques de ses prédécesseurs, favorisait l'érection des forteresses dans la Gascogne. Il concéda à Pierre de Grailly et à Jean de Grailly, captal de Buch, des droits considérables sur les marchandises vendues et achetées dans leurs domaines, pour, avec ces revenus, approvisionner les forteresses et réparer les fortifications de leurs villes et châteaux situés sur les frontières du pays ennemi. Le seigneur de Bénauges devenait vieux et ne pouvait plus chevaucher comme autrefois; aussi, malgré la guerre acharnée que se faisaient les Français et les Anglo-Gascons, obtint-il, à cause de ses infirmités, et à deux reposes différentes, le 1er octobre 1343 et le 10 mai 1345, la permission de rester dans ses forteresses pour les défendre. Il dut mourir vers la fin de 1345, laissant de sa première femme cinq garçons, et deux filles de sa seconde. Son fils aîné, Jean II, lui succéda dans la vicomté de Bénauges; mais il mourut bientôt après. Il avait épousé Blanche de Foix, fille de Gaston 1er, comte de Foix, dont il eut trois enfants. L'aîné, Jean III de Grailly, devenu célèbre sous le nom de Captal de Buch, hérita de toutes les seigneuries que son père possédait en Guienne. Le roi d'Angleterre, à qui il rendait d'éminents services, lui restitua en 1355 tous les droits que les seigneurs de Bénauges possédaient autrefois dans cette vicomté.
Le captal de Buch, qui a jeté un si grand éclat sur la famille de Grailly, assistait à la prise de Bergerac, sous les ordres du comte de Derby, en 1345, et il y fut fait chevalier sur le champ de bataille. M. R. Guinodie, dans son Histoire de Libourne, dit avoir trouvé dans les Archives de cette ville un acte dans lequel il est dit que Pierre de Grailly, comte de Bénauges, fut alors armé chevalier. Ce doit être une erreur de celui qui a rédigé l'acte, parce que nous avons vu plus haut que Pierre était alors resté dans son château à cause de ses infirmités. Voici comment s'exprime, à cette occasion, le Catalogue des rôles gascons, 10 mai 1345: "Pro Petro de Greilly, vicecomiie de Benauges, morando in castris suis ratione de invaletudine corporis". Le captal de Buch, dont l'histoire est connue de tout le monde, passa sa vie à guerroyer contre la France. Fait prisonnier à Soubise par Yvain de Galles, il mourut dans la Tour du Temple, à Paris, sans avoir été marié. Tous ses biens passèrent à son oncle Archarnbaud, second fils de Pierre II et d'Assalhide de Bordeaux. Archambaud, comme ses prédécesseurs, resta toujours fidèle à la cause de l'Angleterre. Il épousa, au château de Civrac, Isabelle de Foix, fille de Roger-Bernard de Foix. En 1399, Mathieu de Castelbon, frère d'Isabelle, qui avait hérité de son cousin Gaston Phœbus des comtés de Foix et de Béarn, mourut sans enfants, laissant tous ses biens à sa sœur, à la condition que son époux Archambaud et leurs enfants prendraient les noms et armes de Foix. Gaston de Foix, leur troisième fils, eut pour apanage les biens de Guienne, et devint ainsi seigneur de la vicomté de Bénauges, qui, en sa faveur, fut érigée en comté le 18 juin 1426. Dans les temps difficiles qu'il eut à traverser, Gaston de Foix ne faillit pas un instant et resta toujours fidèle à la couronne d'Angleterre, à qui sa famille devait toute sa grandeur. En 1451, ne pouvant se résoudre à passer au service du roi de France, il fit un traité particulier avec Dunois, vendit ses terres de Guienne, d'accord avec son fils Jean de Foix, pour 84,000 écus d'or, à Gaston de Foix, son neveu, fils de son frère aîné Jean, et au comte de Dunois, qui, peu de temps après, revendit sa portion à son co-acquéreur. Gaston se retira ensuite à Meille, bourg d'Aragon dont il était seigneur, et y mourut.
Son fils Jean de Foix prit part à la révolte de 1452, fut fait prisonnier à la bataille de Castillon. Banni de France, il se retira en Angleterre, laissant son fils aîné en France, sous la tutelle de son cousin Gaston de Foix. Cependant, le château de Bénauges, dont la garnison était composée d'Anglais et de Gascons, résistait toujours, et fut une des dernières places qui reçut une garnison française; il ne se rendit que par composition. En septembre 1453, Charles VII confirma le traité fait pour la réduction de cette forteresse. Jean de Foix avait épousé Marguerite de Pôle, nièce et héritière de Guillaume de Pole, duc de Suffolk. Henri VI lui donna en présent de noce le comté de Kendal ou Candale, avec la réserve que le titre de comte de Candale serait transmis dans leur descendance. Il devint ainsi la tige de l'illustre maison de Foix-Candale. Après dix ans d'exil, Louis XI le fit solliciter de revenir en France, où il rentra. Il promit obéissance au roi, racheta ses terres, et fut de nouveau seigneur de Bénauges. Gaston de Foix, son fils, lui succéda dans toutes ses seigneuries. Comme grand sénéchal de Guienne, il convoqua le 12 septembre 1491, par ordre du roi, dans la ville de Bordeaux, le ban et l'arrière-ban de toute la noblesse de Guienne. Le comté de Bénauges passa ensuite à son fils Gaston, quatrième du nom, de celui-ci à Frédéric de Foix-Candale. Homme ardent et entreprenant, Frédéric, dévoué à la cause catholique, forma à Cadillac en 1565, malgré les édits de pacification, une ligue connue sous le nom de ligue du traité de Cadillac, pour faire une guerre à outrance aux huguenots. Ses intrigues compromirent sa fortune. Il engagea plusieurs de ses terres: celles de Cadillac et de Bénauges furent saisies en 1563 et vendues à François d'Aubusson; mais François Monsieur de Foix, évêque d'Aire, frère de Frédéric, les racheta en exerçant le retrait lignager, et les laissa à son neveu Henri de Foix-Candale, fils de Frédéric, sa vie durant. Henri fut tué au siége de Sommières en 1573. Il ne laissa que deux filles: Marguerite, qui épousa le duc d'Épernon, et Françoise, qui se fit religieuse.
François Monsieur de Foix, évêque d'Aire, avait donné à sa nièce Marguerite, lors de son mariage avec le duc d'Épernon, la terre de Bénauges et une certaine quantité d'autres seigneuries. Dans son testament, il déclare vouloir que le premier né des enfants mâles de cette union porte le nom de Foix-Candale, qu'il succède à tous les biens, droits et prérogatives qu'il avait donnés autrefois et qu'il laisse actuellement à la mère, ainsi que tous les premiers nés à l'avenir de la descendance de sa nièce. Jean-Louis Nogaret de La Valette, duc d'Épernon, devint ainsi seigneur de Bénauges. Marguerite mourut à vingt six ans, laissant trois enfants dont Henri de Nogaret, qui mourut sans postérité; deuxième Bernard, duc de La Valette, puis duc d'Epernon, qui succéda à son père; et troisième le cardinal Louis de La Valette. Bernard mourut en 1661, après son fils unique Louis-Charles Gaston de Foix, prince de Candale, qui ne fut pas marié. De cette façon, et d'après le testament de l'évêque d'Aire, la terre de Bénauges devait revenir aux descendants de son frère Charles de Foix, seigneur de Villefranche, et à Gaston-Jean-Baptiste de Foix-Candale, qui mourut jeune, n'eut qu'une fille qui lui succéda et qui mourut elle-même enfant. Son oncle, frère de son père, hérita ainsi du comté de Bénauges; mais il mourut sans avoir été marié, le 14 mars 1671. Son frère le plus jeune, Henri-Charles de Foix, lui succéda. Les deux ducs d'Épernon avaient laissé de nombreuse sdettes; en 1678, le comté de Bénauges fut divisé et vendu à plusieurs seigneurs; enfin, au commencement du XVIIIe siècle, Henri vendit toutes ses terres de Guienne. En 1642, le comté de Bénauges donnait 12,000 livres; en 1710, il donnait, en droits seigneuriaux seulement, 17,000 livres. Ce comté fut acheté par Étienne de Gombault, conseiller au Parlement de Bordeaux. Celui-ci "avait épousé Marie-Angélique de Gasc, et de cette union naquit Angélique-Jacquette de Gombault, qui porta le comté de Bénauges en dot à François de Wavrans, chevalier, marquis de Boursin. C'est de cette dernière que l'on parle encore dans le pays en l'appelant la méchante comtesse, à raison des nombreux procès qu'elle avait eus avec ses vassaux et de son extrême fierté".
La marquise de Boursin mérite-t-elle bien cette qualification qui ternit sa mémoire, ou bien ne lui a-t-elle été donnée, ce qui est fort probable, que par des vassaux qui, après avoir dépouillé peu à peu les anciens seigneurs, ont trouvé mauvais que la comtesse revendiquât ce qui lui appartenait? Voici en effet ce qui arriva: En 1656, on avait fait un arpentement des terres dépendant de la seigneurie de Bénauges. Mais depuis ce temps, par diverses circonstances, les droits généraux et particuliers du comté avaient été négligés; il y avait eu des mutations de fiefs, de sorte qu'il était impossible de s'y reconnaître. Le procureur fiscal exigea qu'il fut procédé à un nouvel arpentement des 19 paroisses dont se composait le comté; le tout aux frais et dépens des tenanciers, au prix de 8 sous 9 deniers par journal, tout compris. Les seigneurs devaient s'approprier les domaines vacants ou ceux dont les propriétaires ne voudraient pas se déclarer les maîtres. Les arpenteurs devaient faire un registre séparé pour chaque commune, et le déposer aux archives du château. Les arpenteurs de chaque paroisse furent désignés. Voici le nom de ces paroisses: Arbis, La Daux, Saint-Pierre de Bat, Cantois, Gornac, Castelvieil, Coyrac, Martres, Sainl-Genis du Bois, Saint-Martial, Aubiac en Bénauges, Semens, Saint-Germain du Graoux (de Graves), Monpezat, Donzac, Omet, Escoussans, Montignac. Les tenanciers étaient obligés de renseigner les arpenteurs, de leur faire connaître les domaines des personnes absentes; ils ne devaient rien cacher, sous peine de 10 livres d'amende; ils devaient signer leurs déclarations. Les arpenteurs avaient ordre de signer pour ceux qui ne sauraient pas ou ne voudraient pas le faire, et de planter des bornes pour indiquer les divers ténements. De pareilles mesures, fort justes d'ailleurs, durent paraître arbitraires, surtout si elles furent rigoureusement exécutées, et elles le furent, si on en croit la tradition. Il n'est donc pas étonnant que des concerts de malédiction venus jusqu'à nous se soient élevés contre celle qui en était l'auteur. Jacquette de Gombault laissa un fils, qui épousa Marie-Jeanne-Claude de Lange de Comnène. "Ce dernier eut un fils qui mourut sans postérité dans l'émigration, et une fille qui épousa un industriel de l'Alsace nommé Frédéric Wendel. Le gouvernement républicain fit le partage de la terre de Bénauges; il en vendit la moitié qu'aurait pu amender le jeune comte émigré, et le fils de M. Wendel aliéna, au milieu du XIXe siècle, l'autre moitié par lui recueillie du chef de sa mère". Depuis cette époque, le château de Bénauges, après avoir passé par plusieurs mains, est la propriété d'un de nos honorables négociants de Bordeaux, M. A. Pourman. (1)


Éléments protégés MH: château avec vallum, lices, terrasses, sol et sous-sol : inscription par arrêté du 1er septembre 1995 (2)

château de Benauge 33760 Arbis, tél : 05 56 23 62 64, ouvert au public, actuellement les visites se font sur rendez-vous toute l'année et pendant les journées du patrimoine. Ce château occupe le sommet d'une colline de l'Entre Deux Mers, c'est l'une des forteresses les plus importantes de la Gironde, combinant fossé, vallum, lices, terrasses, donjon, chapelle, deux enceintes renforcées de tours et bâtiments divers. Il constitue un témoin majeur de la fortification médiévale en Aquitaine.

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Crédit photos : Henry Salomé sous licence Creative Commons, source des photos par satellite: https://www.google.fr/maps
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(1)         La Guienne militaire: histoire et description des villes fortifiées, forteresses et châteaux construits dans le pays pendant la domination anglaise. Tome 2, par Léo Drouyn (1816-1896) Éditeur: Didron (Paris). Date d'édition: 1865
(2)
  
          source :  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/

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(IMH) = château inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, (MH) = château classé Monument Historique
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