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L'acte le plus ancien que
nous avvons a pu trouver sur le château de Brugnac est une reconnaissance
portant hommage, faite le 2 janvier 1214, par Jean de Jérusalem (Dejurusalem),
en faveur de Guillem, évêque de Bazas, de tous les droits de dîmes de
Brugnac, Ruch, Saint-Peyde Castets, Sallebruneau, Coyrac, Saint-Brice,
Pujols, etc, sous le devoir de huit pugnerées de froment de rente annuelle,
payable à la fête de la Toussaint, portée et rendue à Sainte-Radegonde, au
commandement dudit évêque; plus, une lance de fer doré d'exporle à chaque
mutation de seigneur. Les seigneurs de Brugnac ont continué à payer cette
rente jusqu'à la Révolution; car on trouve plusieurs autres reconnaissances
semblables: la première, faite en 1582 (seulement le nombre de pugnerées
n'est plus que de quatre); la seconde, le 5 mai 1636; la troisième, le 29
mai 1647, et trois au XVIIIe siècle. Dans deux de ces dernières, une est du
17 mai 1779, et par l'autre, fort probablement la dernière de toutes, en
1789, on voit que ces pugnerées s'étaient changées en deux boisseaux de
froment. Soixante-sept ans après, on trouve Brugnac entre les mains de
Jordan de Puch. Le 8 juin 1281-82, il fait hommage de ce château au roi
d'Angleterre. Les de Puch le possédaient peut-être depuis longtemps déjà.
Nous venons, en effet, de voir que le seigneur de Brugnac avait les dîmes de
Pujols, et nous trouvons, sous la date du 5 mai 1260, un acte de vente d'une
terre sise dans la paroisse de Pujols, et confrontant à la propriété de F.
de Puch. En 1301, Jordan de Puch fit faire, près du moulin de Brugnac, un
fossé de neuf pieds de large et d'une profondeur égale, sur lequel il
établit un pont pour que sa voisine Guiraude Béarnes, femme de maître Pierre
Montagnac, notaire de Sauveterre, pût faire passer facilement ses charrettes
de foin. Le 10 septembre 1305, il rendit hommage à Raymond-Guillaume de
Gensac, seigneur de Rauzan et de Pujols.
Jordan de Puch, qui devait l'hommage au roi d'Angleterre, ne le fit au
seigneur de Rauzan que lorsque celui-ci lui eut procuré la décharge envers
le roi. Sa femme, Guicharde Expessa, avait rendu le sien au même seigneur,
huit jours auparavant, pour d'autres biens qu'elle avait de son chef et qui
faisaient partie des appartenances de la maison de Brugnac. Jordan de Puch
était également seigneur de Sauvagnac; il eut pour fils Bertrand de Puch,
ainsi que le prouve un acte de vente faite par ce dernier le 30 août 1311.
Dans cet acte, ils sont tous deux qualifiés damoiseaux. Le 14 mai 1337, il
signe le contrat de mariage passé entre Gaillard de Naujan et Fine Yzambert.
En 1348, Bertrand était prévôt de Sauveterre. Dans un acte de vente passé
par Doat Barrat, notaire, le 31 novembre 1364, en faveur de Guillaume de
Lhur, prêtre, curé de l'église de Sauveterre, on le trouve qualifié
chevalier et seigneur de Sauvagnac. On trouve aussi, dans un acte de 1335,
un Gaillard de Puch, damoiseau; en 1352, un Gautir de Puch, fils naturel de
Bertrand de Puch, chevalier, et mari de Regia Rey. Enfin, dans deux actes de
vente, un du 26 août 1355 et l'autre du 27 novembre 1360, on trouve un
Amanieu de Puch, mari de Mathe de Lugagnac; il devait être fils ou
petit-fils de Jordan de Puch; il était seigneur de Brugnac, ainsi que le
prouve un acte de vente, passé le 22 septembre 1394, par Guiraut Barrat,
notaire, d'une terre mouvante de Gaillard de Puch, damoiseau, fils du
seigneur Amanieu de Puch, chevalier, seigneur de Brugnac. Les témoins de cet
acte étaient: Gautier de Puch, damoiseau; Arnaud Guasc, etc. Dans un acte de
1396, Gaillard de Puch est qualifié damoiseau de Trespitz; en 1401, on le
trouve avec le titre de prévôt de Sauveterre. Maître Guillem de Lepine (Lespina),
recteur de Gornac (Guosnac); Raimond de Puch, damoiseau, fils de Gautier de
Puch, et Guiraut Delguot, sont témoins de ce dernier acte.
Gaillard vivait encore le 4 mai 1403, et devait être, comme son père,
seigneur de Brugnac, quoiqu'aucun des actes qui nous ont passé sous les yeux
ne lui donne cette qualification. A partir de cette époque, et jusqu'au
commencement du troisième tiers du XVe siècle, les archives de Brugnac ne
fournissent aucun renseignement; mais dans un jugement donné pour les biens
nobles de Brugnac, le 17 mai 1473, nous trouvons que le 1er avril 1475,
noble homme Jean Dandaux, rend hommage, pour raison des biens de Brugnac, à
Bernard Angevin, comme seigneur de Pujols et de Rauzan. Nous trouvons en
outre, dans le même jugement, que les Dandaux possédaient cette terre comme
héritiers des de Puch. Le 17 août 1477, Jean Dandaux achète à Jean Guillem,
de la paroisse de Saint-Léger, diocèse de Bazas, les moulins qui sont dans
la paroisse de Cazaugitat. Le 28 octobre 1482, il rend hommage à James ou
Jacques Angevin, seigneur de Rauzan et Pujols, et le 7 juin de la même
année, à Jean de Durfort et à Jeanne Angevin, sa femme. Dans un contrat de
vente daté du 27 avril 1 527, il est qualifié seigneur de Brugnac et de la
maison noble de Birac. Comme seigneur de cette dernière maison, située
paroisse de Saint-Sulpice du Bernac, il rendit, le 1er septembre 1541,
hommage au roi de Navarre, à cause de sa seigneurie de Vayres, dans la
juridiction de laquelle était située la maison noble de Birac. Le 29 mai
1546, il achète à Gassies-Arnaud de Puch, écuyer, seigneur du Pailhas, une
certaine quantité de dîmes dans la seigneurie de Pujols, et il s'engage à
rendre hommage au seigneur de Pujols à raison de cette acquisition. Le 16
mars 1557, il est cotisé d'un chevau-léger pour l'arrière-ban. Il avait
épousé Françoise de Saint-Clair, dont il eut Raymond Dandaux, qui épousa
Izabeau d'Arpaillan, fille de noble Jean de Chartres, écuyer, seigneur d'Arpaillan;
il est qualifié, dans plusieurs actes, seigneur de Brugnac, Cugat et Birac.
Il n'eut probablement pas d'enfants. Sa sœur, Izabeau Dandaux, avait épousé
d'Autefort, seigneur de Rastignac, dont la fille, Anne d'Autefort, succéda à
son oncle Raymond Dandaux dans la seigneurie de Brugnac, et épousa Pierre Le
Berthon, chevalier, seigneur d'Aiguille, conseiller en la cour du
Parlementde Bordeaux. Le 16 avril 1582, Le Berthon rendit hommage à
monseigneur Arnaud de Pontac, évêque de Bazas, comme l'avaient fait tous ses
prédécesseurs depuis 1214. Comme membre du Parlement, sa maison noble de
Brugnac, les biens nobles, et même les biens roturiers qui en dépendaient,
étaient sujets au ban et à l'arrière-ban, et exempts, par suite, de toute
espèce de taille; néanmoins, les collecteurs de la paroisse de Ruch, où se
trouvait une certaine quantité de biens roturiers dépendants de la maison de
Brugnac, contraignirent Anne d'Autefort à payer 2 écus 3 sous 4 deniers
tournois pour la taille de l'année 1582. Anne, pour éviter la saisie,
s'exécuta, mais attaqua les collecteurs, qui devaient savoir que les tailles
dans la sénéchaussée du Bazadais étaient personnelles, et ne pas ignorer le
privilège que donnait la qualité de Pierre Le Berthon; elle demanda, en
conséquence, qu'on les condamnât: d'abord à rendre la somme qu'elle avait
donnée, avec dépens, dommages et intérêts; plus, à 500 écus d'amende, et, en
outre, qu'on défendît aux autres collecteurs de comprendre en leurs tailles
ses propriétés, à peine de 1,000 écus. Pendant ce temps, l'année s'était
écoutée: d'autres collecteurs avaient succédé aux premiers. Comme leurs
prédécesseurs, ils avaient cotisé les biens roturiers de Brugnac, et comme
la somme ne leur était pas versée, ils se rendirent au château, prirent un
mail de fer appartenant à un ouvrier qui y travaillait, plus une pinte et un
petit bassin à une autre personne.
Les collecteurs des deux années furent assignés à comparaître devant la
Cour; là, ils déclarèrent qu'ils n'avaient compris dans les rôles des
tailles que les biens roturiers, et que, d'ailleurs, Jean Dandaux et Raimond
Dandaux son fils avaient payé la taille pour lesdits biens, malgré leur
qualité de gentilshommes, et qu'Anne d'Autefort, quoique femme de Pierre Le
Berthon, devait d'autant plus payer que, à cause de la qualité de son mari,
"faisant son habitation en nostre ville de Bourdeaulx, ne portoit aucune
charge en ladicte ville, et n'estoit cottizée pour biens quelconques qu'elle
heust; il falloit donc qu'elle portast la charge ordinaire imposée sur le
bien roturier qu'elle possédoit, et n'y avoit poinct de raison que les
paouvres habitans de ladicte parroisse payassent ce à quoy les villaiges par
ladicte demanderesse possédés étoient cottizés". Ils ajoutaient que Raymond
Dandaux "avoit payé la taille jusques aulx guerres civilles, ausquelles
ledict Raimon portoit les armes pour le parly en la religion prétendue
réformée, et par icelles se authorisa tant qu'il ne voulust continuer de
paier la tailhe pour lesdicts biens, pour raison de quoy les collecteurs de
ladicte parroisse le firent exécuter; de quoy ledict Raimon fust si faché,
qu'il fist mectre le feu à ung paillier d'ung des collecteurs, et de ce,
lesdits collecteurs qui furent despuis estans intimidés n'ozèrent demander
ladicte tailhe à iceluy Ramond tant qu'il vesquit. Despuis le dexcès dudict
Ramond, feue Yzabeau Dandaulx, damoiselle, mère de ladicte demanderesse, lui
ayant succédé, fust exécutée pour raison de la tailhe; mais le seigneur de
Rastignac, mary de ladicte Yzabeau, auroit menassé les comtes et collecteurs
de ladicte parroisse de les offanser". Après sa mort, sa veuve n'ayant pas
voulu payer, on lui saisit ses meubles, qu'elle fut obligée de racheter.
A ces raisons, Anne d'Autefort en opposait d'autres; mais elle se
retranchait surtout sur la charge de son mari, qui l'exemptait de toute
taille. Bref, après avoir rappelé toutes les requêtes et tous les arrêts
antérieurs, la Cour condamna les collecteurs à restituer les sommes
consignées et objets pris, et à un écu sol d'amende, et leur fit défense de
"comprendre à l'avenir Anne d'Autefort au livre des tailhes et impositions
de la parroisse de Ruch, ni les biens qu'elle possède en icelle, à peyne de
mille escus et de tous despens, dommaiges et intérests". Les collecteurs qui
succédèrent à ceux qui figurent dans ce procès tentèrent encore de faire
payer la taille au seigneur de Brugnac; mais, le 15 décembre 1603, Pierre Le
Berthon obtint du Parlement de Bordeaux un nouvel arrêt favorable à sa
cause. Il était mort en 1610, puisque, le 30 juillet de cette année, son
fils François Le Berthon, écuyer, comme seigneur et baron de Mornac et
Brugnac, vendit une pièce de pré située dans la paroisse de Ruch. En 1614 et
1618, il était conseiller au Parlement de Toulouse. Le 28 décembre 1619, il
fait hommage à monseigneur Jean de Jaubert de Barrault, évêque de Bazas, et
le 25 mai 1636, à monseigneur Henri Listolphi Moroni, évêque du même
diocèse. Dans un dénombrement du 18 avril 1623, on trouve que la maison de
Brugnac était hommagère de la baronnie de Civrac à une paire de gants
blancs. Au commencement de l'année 1647, François Le Berthon n'existait
probablement plus, puisque le 29 mai, messire Jean Le Berthon, seigneur de
Brugnac et de Mornac, rendait hommage à monseigneur Samuel Martineau, évêque
de Bazas. En avril 1672, il fournissait son dénombrement pour la terre de
Brugnac à M. le marquis de Civrac. A la fin du XVIIe siècle, le château de
Brugnac et ses dépendances appartenaient à la famille Moyne ou Le Moyne;
elle les tenait probablement des Le Berthon par héritage.
On trouve, en effet, dans un acte du 28 octobre 1689, que Jean Le Moyne,
écuyer, sieur de Chauclou, lieutenant général civil et criminel au siège
royal de Castelmoron en Albret, y habitant, était fils de dame Thérèse Le
Berthon, dame de Chauclou, veuve de feu Raymond Le Moyne, sieur de Chauclou.
Le 10 septembre 1697, Marguerite Le Moyne, demoiselle de Chauclou, afferma
sa maison de Brugnac pour trois ans, moyennant 2000 livres par an, au sieur
Jacques Ramet, marchand, habitant du bourg de Pujols. En 1700, Jean Le Moyne,
écuyer, seigneur de Chauclou et de Brugnac, conseiller du roi, lieutenant
criminel au siége présidial de Saintes, y demeurant, afferme au même
personnage le même domaine, pour cinq ans, moyennant 2100 livres par an. Il
était déjà seigneur de Brugnac le 26 septembre 1699, ainsi qu'on le voit par
une plainte qu'il adresse au Parlement contre les riverains de la Gamage,
qui laissaient sans le récurer le ruisseau qui devait alimenter ses moulins
de La Royret et de La Liouze, tous deux situés près du château de Brugnac.
Le 4 octobre 1706, il habitait Brugnac; il donna à fief nouveau à Jean
Blanquet, meunier, les deux moulins de Brugnac, l'un à vent, l'autre à eau:
le moulin à eau, situé sur la Gamage qu'on appelait aussi Ruisseau-Vieux;
l'autre, sur le plateau, au devoir de 6 deniers d'exporle à chaque muance de
seigneurs et tenanciers, et pour trente-deux boisseaux de méture, mesure de
Rauzan, et une paire de chapons de rente annuelle et perpétuelle. Lors de la
Révolution, un descendant de ce Blanquet garda les moulins pour lui. M. le
baron Du Roy de Brugnac les racheta vers 1820. Longtemps avant il aurait pu
les reprendre, parce que le fermier avait cessé pendant plusieurs années de
payer la ferme lorsqu'il la devait; mais M. Du Roy, "craignant que dans le
pays on ne prît cette résolution pour une réaction politique, dans la
crainte aussi de réveiller les préventions du peuple contre la noblesse, il
préféra les racheter lorsque les fermiers, qui s'y ruinaient peu à peu,
voudraient les vendre".
Jean Le Moyne était encore seigneur de Brugnac le 18 mai 1717, ainsi qu'on
le voit par un contrat de ferme. Sa fille Marie-Anne Le Moyne, dame de
Brugnac, et messire Joseph Du Roy, son mari, conseiller du roi en ses
conseils et président de la Cour des Aydes et finances de Guienne, firent,
le 15 juillet 1740, l'inventaire de tout ce qui se trouvait dans le château.
Le domaine de Brugnac était alors composé de 260 journaux 10 lattes 10 escas;
mais il n'y avait en fonds nobles que 130 journaux 5 lattes. Il y avait
trois métairies et trois borderies, savoir: les métairies de Broüe, de
Pétrus et d'Ortique, et les borderies de Broüe, d'Andolle et de Brugnac; un
moulin à eau et un moulin à vent, arrentés à trente-deux boisseaux de blé
par an et une paire de chapons; un dîmon appelé le dîmon d'Archambaud, dans
Pujols et Mouliets, affermé 15 écus par an. De plus, le seigneur de Brugnac
levait la dîme de onze-un sur tous les fruits à prendre depuis le chemin qui
conduit de Ruch à Saint-Pey, prenant depuis Pourjac jusqu'à la pièce de
Boucherie et jusques à Hortiq (Ortique?), faisant le tour par le ruisseau.
Il y avait plusieurs fiefs attachés à ladite maison et qui lui devaient des
rentes, dans les paroisses de Bossugan, Ruch, Saint-Pey de Castets, Pujols,
Sainte-Florence, Mérignas, Saint-Vincens de Pertignas, Rauzan, Doulezon,
Sainte-Radegonde, Romagne, Jugazan, Sauveterre et autres paroisses.
Indépendamment des métairies, borderies et des prés qui y étaient attachés,
le seigneur de Brugnac pouvait affermer environ 12 journaux de prés. Toutes
les métairies et borderies avaient un capital de bétail; elles étaient
toutes à moitié des fruits et de profit sur le bétail. Les métayers et
bordiers payaient la taille ou donnaient un préciput au maître pour la
payer. On pouvait recueillir bon an mal an, y compris la dîme, de
trente-cinq à quarante tonneaux de vin, et environ de cent à cent vingt
boisseaux de blé de toute espèce, indépendamment des rentes en blé, qui
pouvaient aller de quarante à quarante-deux boisseaux, sans y comprendre
celle des moulins, et quelques boisseaux d'avoine. Il y avait un pressoir à
huile qui était à la métairie de la Broüe.
Le 17 mai 1779, Marie-AnneLe Moyne de Chauclou, veuve depuis quelque temps,
habitait son hôtel, rue du Temple, paroisse Saint-Christoly, à Bordeaux.
Elle afferma aux sieurs Jean Qrenouilleau et Jean Expert, pour neuf ans, sa
maison de Brugnac, avec toutes ses appartenances et dépendances détaillées
plus haut, pour le prix de 6500 livres par an, plus les rentes dues aux
divers seigneurs, qui étaient: une barrique de vin, fût et lie, par an, à la
maison de Monleau; 2° un boisseau de froment au château de Rigaud; 3° un
boisseau de froment au château de Pujols, avec quelques sous de rente; 4°
deux boisseaux de froment à l'évêque de Bazas, auquel on faisait hommage
d'une lance de fer doré; 5° plus douze oies grasses par an, vers les Rois,
rendues où se trouvera la dame de Brugnac. Dans l'inventaire fait à
l'occasion de ce bail, on voit que tout était fort usé, hors d'état de
servir, et que le château n'était plus habitable pour les seigneurs. Les Du
Roy, qui étaient aussi seigneurs du château de Suduirant à Sauternes,
gardèrent le château de Brugnac pendant la Révolution. En 1820, M. Joseph Du
Roy, écuyer, en était propriétaire. Son fils Charles-Joseph Du Roy, aussi
écuyer, a vendu au milieu du XIXe siècle le château et le domaine qui y est
attaché à M. Lodoïs Dauzac de La Martinie.
Description du château de Brugnac au XIXe siècle:
Dans le dénombrement de 1789, on trouve que le château était "composé d'une
basse-cour renfermée de murailles garnies de défenses et de canonnières, et
une grosse tour carrée, dedans laquelle on entrait de la maison par un
pont". Cette description peut encore convenir à cette maison noble.
Cependant, depuis peu d'années, les murailles garnies de défenses et
canonnières ont disparu en partie, et l'on ne peut les regretter, tant
l'habitation et le château lui-même ont gagné à cette suppression. Ce
château est situé sur la pointe d'un promontoire triangulaire se reliant aux
coteaux qui bordent la vallée de la Gamage, gros ruisseau que nous avons
déjà rencontré à Blazimont. La côte sur laquelle il est bâti descend en
pente assez rapide, vers le nord-ouest, jusqu'aux prairies qui bordent le
ruisseau, et vers le sud, où se trouve un petit vallon très profond et en
forme de cirque. De ces deux côtés, la forteresse était donc protégée par
des pentes naturelles; mais ailleurs on ne trouve nulle trace de fossés.
Seules, les murailles mentionnées plus haut la défendaient. On entrait dans
la basse-cour par une porte près d'une espèce de bastion semi-circulaire,
percé d'embrasures pour armes à feu; il est probable que cette porte était
précédée de défenses qui ont été détruites il y a déjà longtemps. La porte
et les murs qui l'environnaient ont été démolis eux-mêmes il y a peu
d'années. Les murs qui bordent le coteau n'existent plus qu'au sud-est; leur
sommet était couronné par un chemin de ronde, dont le parapet était garni
d'embrasures pour armes à feu. Il ne reste donc plus à étudier que la tour
carrée et l'habitation, menacée elle-même de disparaître dans peu d'années.
Cette habitation, qui a été construite comme les murs d'enceinte, dans les
dernières années du XVe siècle, n'offre qu'un mince intérêt. Remplace-t-elle
une construction plus ancienne? C'est bien difficile à savoir dans l'état
actuel des choses.
L'escalier renfermé dans la tour semi-circulaire servait autrefois d'entrée
à l'habitation, et, par les étages supérieurs, à la tour carrée, dont elle
est éloignée de deux mètres, au moyen de ponts en bois. Le linteau de la
porte extérieure de cet escalier, murée maintenant, est couvert de moulures
flamboyantes recouvrant un écusson en losange; ce sont probablement les
armes des Dandaux, qui, à cette époque, possédaient le châteaude Brugnac. Au
sommet de l'escalier, un moucharabieh, orné aussi de moulures flamboyantes,
s'avance au dessus de la porte. Dans le cas où un assaillant serait parvenu
à franchir cette porte, on avait ménagé des embrasures de mousquet dans le
noyau de l'escalier et entre les marches. Ce genre de défense était très
usité dans les constructions de cette époque. Le château, bâti au
commencement du XIVe siècle et très probablement par Jordan de Puch, se
composait uniquement, nous croyons, de la tour carrée, précédée peut-être
d'une autre petite tour renfermant un escalier, si du moins les corbeaux en
pierre qui soutiennent les ponts sont anciens. Dans l'état actuel des
choses, il est impossible de résoudre ce problème: des fouilles seules
pourraient faire connaître la vérité. La tour, qui autrefois était
complètement isolée, se compose de trois salles voûtées superposées, et
d'une terrasse entourée de parapets crénelés, dont deux angles sont
surmontés d'échauguettes rondes. Quatre contreforts diagonaux empâtent les
angles. La tour n'est pas toute d'une venue; mais elle se rétrécit, à sept
mètres du sol, de dix centimètres environ sur chaque face. Une roche dure,
qui affleure actuellement le sol, lui sert de fondations naturelles. Ses
murs ont deux mètres d'épaisseur. Cette tour, à la base de laquelle on
arrive de plain-pied, était sans doute autrefois enveloppée d'un fossé ou
plutôt d'un vallum, dont le sommet devait être au moins à la hauteur du
seuil de la porte du rez-de-chaussée, et de là, un escalier droit en bois
conduisait à la porte du premier étage.
La porte du rez-de-chaussée s'ouvre à 1m80 au dessus du sol extérieur; on y
arrive depuis l'escalier par un pont. C'est une ouverture haute de deux
mètres et recouverte par une arcade ogivale extradossée, dont les claveaux
ont Om65 de longueur. Le vantail, muni d'énormes verrous, était renforcé par
une barre à bascule. Pour faciliter l'entrée de cette salle, dont le sol est
bien plus bas que le seuil de la porte, on a établi à partir de ce seuil, un
escalier droit composé de six marches, en face duquel s'ouvre à une grande
hauteur une petite fenêtre subtrilobée, très évasée à l'intérieur, et
renfermée, à l'extérieur, dans un encadrement rectangulaire. Malgré sa
petite dimension, elle répand dans cette salle une lumière suffisante pour
permettre de bien voir, au sommet des parois opposées aux ouvertures, une
corniche des plus simples, sur laquelle s'appuient les sommiers d'une voûte
en plein-cintre. Cette salle isolée et qu'on appelle la Prison, mais qui
n'avait certainement pas été destinée primitivement à cet usage, puisque la
porte se ferme en dedans, n'avait aucune communication avec le premier
étage, dans lequel on ne pouvait arriver qu'en revenant dans la tour de
l'escalier. Une porte de même forme que celle du rez-de-chaussée, s'ouvrant
au bout d'un pont en bois qui s'appuie sur deux corbeaux formés de deux
assises en encorbellement, donne entrée dans le premier étage, éclairé par
une fenêtre géminée à baies ogivales, dont l'embrasure, recouverte d'une
voûte en cintre bombé, est garnie de deux bancs entre lesquels on a réservé
un évier. L'extérieur de la fenêtre est à linteau droit, recouvert d'une
moulure saillante retombant, de chaque côté, sur une tête sculptée servant
de console. Une de ces têtes n'a pas de caractère particulier; mais l'autre
quoique largement dessinée, est fort laide; elle tire la langue, et son nez
épaté la fait ressembler à une face de nègre. La cheminée, enfoncée dans la
paroi du sud-est, ne fait pas de saillie dans la chambre; elle est
recouverte d'un linteau droit formé de sept claveaux appareillés en
crossettes. Comme la cheminée est fort large et devait laisser passer
beaucoup de vent lorsqu'il n'y avait pas de feu, on avait taillé des
feuillures dans le linteau et le chambranle pour établir une fermeture à
double vantail, dont les gonds existent encore.
A gauche, et à côté de la porte, est une armoire carrée à deux
compartiments. En outre de l'abondante lumière que répandait la fenêtre,
cette salle en recevait encore un peu par une petite ouverture quadrilobée,
ouverte près de la voûte, au dessus de la porte, et en face d'une ouverture
en meurtrière éclairant le milieu de l'escalier que nous prendrons pour
monter au second étage. Cette salle est recouverte d'une voûte d'arêtes dont
les nervures, simplement épannelées, partent d'une clef circulaire
renfermant un trilobe, au centre duquel est sculpté un écusson aux armes des
de Puch, qui portent: Fascé d'or et de gueules de six pièces. Ces nervures
retombent, aux quatre angles, sur des culs-de-lampe représentant des têtes
humaines: celle du nord, est une face humaine barbue et entourée de longs
cheveux; celle du sud, une tête qui tire la langue et coiffée d'un voile;
celle de l'est et celle de l'ouest sont admirablement sculptées: une d'elles
rappelle les beaux mascarons qu'on voit dans les chapelles qui entourent le
chœur de la cathédrale de Bordeaux. La porte de l'escalier qui monte au
second étage, est à côté de la cheminée, dans l'angle sud. A peine franchie,
il faut tourner brusquement à droite pour prendre l'escalier droit, composé
de trente-deux marches, percé dans l'épaisseur du mur sud-ouest. Arrivé au
sommet, il faut également tourner à droite pour trouver la porte d'entrée du
second étage. Le palier inférieur est éclairé par une petite meurtrière; le
milieu de l'escalier, par une très petite fenêtre signalée plus haut, et le
palier supérieur, par une autre petite meurtrière. Le couloir de l'escalier
est voûté en cintre surbaissé, et les paliers en vis de Saint-Gilles.
Le second étage est recouvert d'une voûte ogivale en berceau. Il est éclairé
par une belle fenêtre à meneaux cruciformes, dont l'embrasure, garnie de
bancs, est recouverte d'une voûte en arc bombé. L'appui et le linteau sont
formés chacun d'une seule pierre. Le linteau est surmonté d'une moulure
horizontale formant larmier, et retombant verticalement, à droite et à
gauche, à côté de la fenêtre, sur une tête formant cul-de-lampe. Une d'elles
est coiffée d'une couronne, et l'autre d'une mitre: un roi et un évêque.
Deux tiges de fer, longues de 2S à 30 centimètres, munies à leur extrémité
d'un gros anneau de fer mobile, sont enfoncées dans le mur extérieur, à 60
ou 70 centimètres de la fenêtre, à la hauteur du meneau horizontal. Au
milieu de la paroi qui fait face à la fenêtre est une cheminée semblable à
celle du premier étage, et tout l'angle nord est occupé par des latrines
disposées d'une façon extrêmement ingénieuse. L'antichambre en communication
avec la salle et fermée par une porte, est éclairée par une très petite
fenêtre garnie d'un banc, où pouvait s'asseoir le valet qui, pendant la
nuit, accompagnait le seigneur aux privés. C'est un urinoir muni d'une large
dalle et d'une gargouille en forme d'évier, d'une armoire et d'une étagère.
Il est voûté en plein-cintre et séparé de l'antichambre par une porte. Pour
arriver sur la terrasse, on trouve au sommet de l'escalier droit et sans
entrer dans le second étage, un escalier à vis, couvert par un lanternon.
Cette terrasse paraît avoir été refaite vers la fin du XVe siècle ou le
commencement du suivant, ainsi qu'on peut s'en convaincre par le style du
lanternon et des échauguettes, par la forme des embrasures pour armes à feu
percées dans ces échauguettes, et dans les merlons des créneaux. Je n'ai vu
nulle part une construction militaire aussi soignée sous tous les rapports.
Les moulures et les sculptures sont admirablement dessinées, les linteaux
des cheminées et les arcs des portes supérieurement appareillés, les
matériaux magnifiques; enfin, la tour, en certains endroits, paraît neuve,
tant la pierre est bien conservée. La vallée qu'elle domine est ravissante,
et si l'on se place au sud du château, dans un garenne plantée de vieux
chênes rabougris, on jouit d'une des vues les plus belles et les plus
étendues du pays. (1)
château de Bruignac 33350 Bossugan, tel. 05 57 40 39 79, domaine viticole.
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de Gironde" tous les châteaux répertoriés à ce jour
dans ce département. |
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