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La
famille de Budos était une des plus anciennes de la Guienne. Elle possédait
la terre de ce nom avant la construction du beau château dont les ruines
sont un des ornements de la Gironde. On trouve, en effet, qu'en 1273, un
Géraud de Budos, damoiseau, rendit hommage au roi d'Angleterre. Pierre de
Budos, chevalier, et peut-être son fils, est le premier nommé dans le
Dictionnaire de la Noblesse, tome II. Il est suivi de Raymond de Budos,
chevalier, qui épousa Jeanne de Goth, cinquième enfant de Béraud de Goth et
d'Ida de Blanquefort, et par conséquent sœur du pape Clément V. Son fils
Raymond-Guillaume, baron de Budos, était aussi seigneur de Caron et de l'Aunol
et gouverneur d'Avignon. Il est probable que cette dernière charge lui avait
été donnée par son oncle le pape, qui n'oubliait aucun des membres de sa
famille. C'est peu de temps après le sacre de Clément V que, ne pouvant plus
se contenter du petit château sur motte appelé le Castera qu'il possédait à
Budos, il demanda au roi d'Angleterre la permission d'en construire un
autre. Édouard 1er lui accorda cette permission. "Sachez, écrit-il de Wynton
le 9 mars 1306 au sénéchal, aux prévôts, officiers, baillis, ministres, et à
tous ses fidèles du duché de Gascogne, sachez que notre cher sujet
Raymond-Guillaume de Budos, chevalier, neveu du seigneur Clément, souverain
pontife, nous a supplié de lui permettre de créneler sa maison de Budos,
située dans la prévôté de Barsac, dans notre duché susdit; de l'entourer de
murs, de tours, de fossés, et enfin de la fortifier comme il l'entendra. Par
respect pour le souverain Pontife, et parce qu'une forteresse de cette
nature protégera non seulement nos possessions dans cette partie de la
Guienne, mais aussi les sujets du neveu du Pape, nous accordons au susdit
Raymond la permission de fortifier son château; et afin qu'il puisse le
garder une fois fortifié, nous le concédons à perpétuité à lui, à ses
héritiers et à ses successeurs, et nous nous engageons pour nous, nos
successeurs, nos sénéchaux, nos prévôts, nos officiers, nos baillis et nos
ministres, à ne le troubler en aucune manière dans cette possession".
A peine le château fut-il construit, qu'Édouard II, roi d'Angleterre, étant
à Avignon, accorda, le 15 mai 1309, à Raymond-Guillaume et à ses héritiers
légitimes et à ses successeurs, la haute et basse justice avec tous les
droits royaux dans la paroisse de Budos, moyennant hommage-lige rendu au roi
et à ses successeurs, et une lance de fer neuf doré à chaque changement de
seigneur. C'est probablement lui que le pape avait établi gouverneur de
Bénévent en 1307, et du comtat venaisin en 1309. Outre les terres dont nous
venons de parler, ce seigneur possédait la tour de Bisqueytan, située dans
la paroisse de Saint-Quentin en Entre-deux-Mers. Il l'échangea, en 1317,
pour la seigneurie de La Motte d'Ayran, terre située à quelques lieues de
Budos, sur la même rive de la Garonne, et par conséquent bien plus à sa
portée. Elle resta pendant plus de deux cents ans dans la famille de Budos.
Plus tard, le 13 février 1321, il acquit de Guillaume de Randon, seigneur de
Saint-Luc, la baronnie de Portes-Bertrand, considérable en Vivarais. De sa
première femme, Esclairmonde de La Motte, il eut trois fils, et de sa
seconde, Cécile de Baux, trois fils et deux filles. Nous avons vu dans la
fiche sur le château de Blanquefort comment Raymond-Guillaume de Budos et
son cousin Bertrand de Goth, seigneur de Blanquefort, se conduisirent après
la mort de leur oncle; nous n'y reviendrons plus; seulement, nous devons
faire observer que le pape Jean XXII ne conserva pas de rancune contre le
seigneur de Budos, ainsi qu'on peut s'en convaincre par deux ou trois bulles
de ce souverain pontife publiées par Rymer. L'aîné des fils de la première
femme de Raymond-Guillaume, André, succéda à son père dans ses seigneuries.
Possédant des terres dans des localités soumises au roi de France et à celui
d'Angleterre, sa position était embarrassante, d'autant plus qu'au milieu du
XIVe siècle, époque où il vivait, ces deux nations se faisaient une guerre
acharnée entremêlée de trêves qu'on n'exécutait pas et de paix qui n'étaient
pas de longue durée. Au début, il suivit le parti des Anglais, puisqu'en
1330, Philippe de Valois lui confisqua pour ce fait la baronnie de Portes,
pour laquelle, en 1340, l'archevêque d'Auch et Pierre de la Palu furent
chargés par le roi de nommer un gouverneur. En 1341, Édouard III, roi
d'Angleterre, prit sous sa protection ce seigneur et ses possessions; en
1348, il lui permit de construire une maison-forte à Ayran, situé dans la
juridiction de la prévôté du château de l'Ombrière de Bordeaux, et lui donna
le droit de haute justice dans cette localité. Il lui accorda la ville et le
baillage de Castel-Seigneur, en Agenais. Dix ans plus tard (1358), il lui
solda ses gages et ceux des hommes qu'il avait fournis, probablement pour
faire la guerre au roi de France, pour lequel, si on en croit la généalogie
de la famille de Budos, il prit parti sur la fin de sa vie.
"Chargé de vieillesse, dit Du Chêne, et oppressé de la maladie dont il
mourut, il dit à ses vingt-deux enfants masles qu'il avoit, ainsi que l'on
trouve dans un ancien régistre du Parlement de Paris, que Porte Bertrand
estoit nuement tenue du roy de France, et qu'il estoit le plus vaillant
prince de tous autres. Parquoy il leur recommandoit qu'ils fussent bon et
leal Françoi, et à ceux de ses enfants qui seroient bons François, il
donnoit sa béneisson, et aux autres malédiction selon l'ancien Testament".
Malgré les assertions d'André Du Chêne, il est à peu près sûr que Thibaut,
l'aîné de cette belle et grande lignée, ne suivit pas de suite les conseils
de son père mourant; car on le trouve sur la liste des seigneurs gascons
qui, en 1363, rendirent hommage au prince de Galles dans la cathédrale de
Bordeaux. A cette occasion, "il bailla pour esporle et devoir deux lances"
Dix ans plus tard, il reçut du roi d'Angleterre la prévôté de Barsac. Il
attendait peut-être une occasion favorable pour remettre ses forteresses de
Guienne au pouvoir du roi de France. Cette occasion se présenta en 1377. Le
duc d'Anjou et Du Guesclin parcouraient nos contrées en triomphateurs. Les
places qui leur résistaient étaient immédiatement emportées, et en peu de
temps, cent trente-quatre forteresses furent prises d'assaut ou firent leur
soumission. Thibaut fut un des premiers qui mit ses châteaux et tout ce
qu'il avait en l'obéissance de Charles V. Deux ans après, il vint en
personne à Montargis faire sa soumission au roi de France. Nous devons
supposer que les vingt et un frères de Thibaut, qui n'avaient peut-être pas
comme lui le même intérêt à ménager le roi anglais, passèrent après la mort
de leur père du côté de la France. Leur destinée et leur nom sont restés
inconnus. Il est probable qu'après avoir pris définitivement le parti de la
France et jusqu'à l'expulsion des Anglais, Thibaut de Budos ne résida pas
dans ses terres de Guienne, et que les rois d'Angleterre chargèrent de la
garde du château des seigneurs qui leur étaient fidèles. Je trouve, en
effet, dans des notes manuscrites de Jouannet, mais sans indication des
sources où il a puisé, qu'en 1382, cette seigneurie appartenait à Jean de
Stratton, seigneur de Landiras, et en 1400 à Henri Bowet.
Rymer (tome III, part. IV, p. 177, 3e édit.) ne dit pas que Henry Bowet
était seigneur de Budos; il dit seulement que Henri IV lui donna la prévôté
de Barsac que possédait auparavant le seigneur de Budos. En 1426, la même
prévôté fut accordée à son neveu Nicolas Bowet. Cependant, le fils de
Thibaut, André de Budos, habitait au début du XVe siècle la forteresse dont
il portait le nom, malgré la fidélité qu'il conservait au roi de France.
D'après Du Chêne, il servit Charles VI avec tant de valeur et de constance,
qu'il mérita d'être surnommé le fléau des Anglais. Il fut nommé, suivant le
même auteur, gouverneur de Bazas; mais la chance ayant tourné, après la mort
de Charles VI, "il abandonna mesme ses biens et héritages assis au pays de
Bourdelois et de Bazadois à la mercy des ennemis, pour maintenir le juste
party du roy Charles VII. Lequel en récompense d'un si louable mespris, non
seulement l'honora de l'estat de conseiller et chambellan de sa maison, par
lettres de l'an mille quatre cents vingt-quatre, mais encore luy donna
depuis diverses rentes et revenus sur le péage de Saint-Jean de Marvejolz et
autres en la sénéchaussée de Beaucaire et de Nismes". Si André de Budos
abandonna ses biens et héritages du Bordelais, c'est qu'il y fut contraint
par la force. En effet, en 1 421, les Bordelais désirant se débarrasser de
quelques forteresses des environs qui tenaient pour la France, décidèrent le
14 juin qu'ils attaqueraient Budos. Ils mirent à la tête des gens de la cité
deux jurats, Vigoros Estèbe et Arnaud Miqueu. Menaut de Fabars avait le
commandement des troupes anglaises. Il fut décidé qu'on donnerait à chaque
homme 20 francs, et en outre un tonneau de vin pendant la campagne. Il fut
convenu aussi qu'on emploierait dans cette expédition la grande bombarde qui
lançait des boulets de pierre de cinq quintaux, et avec elle deux canons
d'un plus faible calibre. On résolut de faire porter cette artillerie par
eau, et l'on fit marché avec un gabarier nommé Fontbodeauou Fontgodeau, qui,
avec six autres matelots, se chargea de la transporter pour 8 francs, dans
sa gabare du port de dix-neuf tonneaux, jusqu'à Budos; il devait relâcher à
Podensac pour prendre les boulets de pierre qui s'y fabriquaient. André de
Budos jugea prudent de ne pas se laisser assiéger, et, après deux entrevues
avec Menaut de Fabars, il déclara que sa résolution arrêtée était de ne pas
se faire Anglais; mais qu'il livrerait son château et donnerait son fils en
otage, à la condition qu'on lui restituerait une terre située dans le pays
bordelais que son père avait vendue autrefois pour le service du roi. Le 29
juin, le sénéchal Jean Tiptoft écrivit aux Bordelais pour leur demander leur
avis; ils répondirent qu'ils s'en rapportaient à lui et de faire ce qu'il
jugerait à propos. Il est probable que le sénéchal accepta les offres
d'André, qu'on trouve en 1426 en Languedoc, au service du roi de France,
sous les ordres du comte de Foix.
Dès ce moment, le roi d'Angleterre prit possession du château de Budos et en
confia la garde à des capitaines dont il était sûr. En 1422-23, il en
chargea Pons, seigneur de Castillon. Vers 1433, Henri VI concéda au duc de
Glocester les terres et le château de Budos. Même concession fut faite au
même seigneur et à son épouse le 13 juillet 1439. L'année suivante, le
château et le domaine de Budos furent donnés à François de Montferrand. Ce
seigneur, qui était dévoué à la cause de l'Angleterre, était gouverneur de
Dax lorsque cette ville fut assiégée par Charles VII. Il fut obligé de
capituler, et le roi de France prit la ville à merci, à la condition que
Monferrand, seigneur d'Uza, rendrait aussi les châteaux de Bedol (Budos) et
de Serves (Cernès). Pour gage de sa promesse, Monferrand donna son fils en
otage. En 1446-47, Budos fut donné à Jean, comte de Foix, par suite du décès
du comte de Glocester, qui, sans doute, avait de nouveau été rétabli dans la
possession de cette terre, ou l'avait primitivement partagée avec François
de Montferrand. Après la conquête de la Guienne, la famille de Budos, qui
avait suivi avec constance la cause de la France, rentra en possession de
ses seigneuries de Guienne. A André de Budos, qui avait été obligé de céder
son château aux Anglais, succéda Thibaut, son fils aîné, qui fut sous Louis
XI capitaine de deux compagnies, puis maître d'hôtel, conseiller et
chambellan du roi Charles VIII, qui lui donna deux mille livres de rente à
prendre sur la recette de Toulouse. Jean de Budos, son fils, servit aussi la
France avec honneur; il fut colonel des gens de pied au siège de Perpignan,
et suivit en Italie le prince d'Orange et François 1er; il rendit hommage au
roi en 1533 pour raison de la baronnie de Budos.
Jacques de Budos, fils et héritier de Jean, fut élevé près d'Anne de
Montmorency, pair et connétable de France. A l'âge de dix-huit ans, il
faisait partie de l'armée que Henri II envoya en Italie au secours du pape;
il y fut gouverneur de Rodegofiny, de Castel-Lautier et de Talmon; il servit
aussi sous François II. Pendant les guerres de religion, sous Charles IX, il
commanda les villes d'Alais, de Saint-Ambroise,de Barjac et des Vans. En
1570, Jacques de Budos fut fait chevalier de l'ordre de Saint-Michel. Sous
Henri III, il fut nommé gouverneur du Pont-Saint-Esprit. Ce roi, en
récompense de ses services et de sa fidélité, érigea sa baronnie de Portes
en vicomté et sa terre et seigneurie de Teyragues en baronnie. Henri IV,
reconnaissant les mérites du baron de Budos, l'associa en 1595 à l'ordre de
chevalerie du Saint-Esprit. Enfin, pour comble de fortune, il maria Louise,
l'aînée de ses filles, "la plus belle et la plus accomplie dame de son
siècle, à Henry, duc de Montmorency, lors maréchal de France et depuis
connétable". Ce Jacques de Budos eut pour fils Antoine Hercule, qui servit
avec honneur comme son père et son grand-père. En 1612, Louis XIII érigea en
sa faveur la vicomté de Portes en marquisat; il le créa plus tard chevalier
du Saint-Esprit et ne cessa de le combler de faveurs. Mais déjà depuis assez
longtemps, le château de Budos n'appartenait plus à cette illustre famille.
Jacques de Budos l'avait aliéné le 7 juillet 1571 à Raymond de La Roque,
moyennant 30,000 livres. L'acte de vente fut passé à Bordeaux, par Deperroy,
notaire. Pendant les guerres de religion, le château de Budos, qui était
considéré comme une place assez forte, fut donné en garde à Louis de Lur,
vicomte d'Uza. Voici la lettre que lui adressait à cette occasion M. de
Noailles, le 22 décembre 1562: "Il faut, s'il vous plaît, que vous
choisissiez parmi ceux de la commune de Budos les principaux et les plus
fidèles et non suspects de la religion, pour conserver cette place, et la
leur baillez en garde avec acte de notaire pour le service du roi, et de ne
la rendre qu'à Sa Majesté, ses lieutenants généraux, et qui auront charge de
lui". Le château fut si bien gardé, qu'il resta toujours aux catholiques.
Pendant les guerres de la Fronde, ses larges fossés et ses hautes murailles
ne surent pas le protéger. Laserre, qui avait d'abord suivi le drapeau du
Parlement et plus tard abandonné son service pour suivre le parti opposé, se
saisit en 1652 du château de Budos, qu'il saccagea, pilla et en brûla les
archives. Balthazar envoya contre lui quelques troupes qui le rencontrèrent
près de là et le firent prisonnier. La seigneurie de Budos est restée dans
la famille de La Roque, depuis l'achat qu'en fit Raymond de La Roque jusqu'à
la Révolution. Elle appartenait alors à Charles-François-Armand de La Roque,
chevalier, baron de Budos et de Montferrand, qui émigra et mourut en 1825.
Le château fut vendu comme bien national. L'acquéreur en fit une carrière,
et ses belles ruines allaient totalement disparaître, quand, en 1841, la
Commission des Monuments historiques de la Gironde en fut avertie. "Elle
apprit en même temps que les pierres en provenant étaient employées à
l'encaissement du Ciron et vendues à l'entrepreneur de travaux pour le
compte de l'État. Nous nous adressâmes alors, dit le Rapporteur, à M.
l'Ingénieur en chef directeur, qui, à l'instant même, donna l'ordre à M.
l'Ingénieur ordinaire de refuser à l'entrepreneur tous matériaux provenant
de cette démolition. D'un autre côté, le maire de Budos intervint avec
empressement, et le marteau fut arrêté. De ces mesures, il est résulté, non
pas engagement pour le propriétaire de ne pas user de la chose comme il
l'entendait, ce qui est impossible, mais une trêve dans la destruction". Ces
ruines furent classées comme monument historique de premier ordre. Quelque
temps après, le 20 août 1845, je me rendis à Budos pour dessiner le château,
et je fis comprendre au paysan à qui il appartenait, et qui paraissait
disposé à vendre encore ses ruines en détail, qu'il s'exposait à de graves
ennuis s'il passait outre et continuait les démolitions. Il s'arrêta, et
depuis lors pas une pierre n'a été enlevée. Le 10 avril 1860, M. le baron
Léon de Brivazac, fils de demoiselle Delphine de La Roque de Budos, fille
unique du dernier baron de Budos et épouse de messire Léon, baron de
Brivazac, poussé par l'amour de l'art, excité par des souvenirs de famille,
a acheté le château et quelques journaux de vignes qui l'entourent, afin de
le mettre à l'abri du marteau des démolisseurs.
Description du château de Budos:
Le château de Budos est bâti sur un plateau peu
élevé, au pied du coteau sur lequel est situé le village de Budos; il domine
une plaine, cette position exceptionnelle donne aux ruines de cette
forteresse un aspect extraordinairement imposant. Entre le bourg de Budos et
le château, dans un lieu complanté de vignes, sur le bord d'une prairie,
existe une motte très déformée appelée encore le Castera; c'est évidemment
un ancien château, peut-être celui qui a précédé le château actuel. Le plan
du château de Budos a la forme d'un quadrilatère de 55 mètres de long sur 45
mètres de large. Chaque angle est renforcé d'une tour presque entièrement en
saillie, trois rondes, la quatrième octogone; celle-ci est dans l'angle
occidental. Au milieu de la façade, qui est tournée vers le sud-est,
s'avance une tour carrée sous laquelle passe la porte principale. Des tours
semblables, mais non saillantes, s'élevaient sur les trois autres façades.
Les tours d'angles et celle de la porte existent encore intactes; la paroi
extérieure de celle de la façade du nord ouest est la seule qui existe; mais
il ne reste plus rien de celles des deux autres façades. Les courtines
nord-ouest et sud-est sont seules entières. Le fossé qui entoure ces
constructions a de 15 à 18 mètres de large à la gueule et 10 mètres au fond.
La porte du château de 1306 était précédée d'une grande barbacane entourée
de fossés; cette barbacane était aussi large que le château lui-même. L
porte était surmontée d'une tour carrée fortifiée, avec un beffroi muni
d'une cloche pour régler la police intérieure et extérieure du fort. Leurs
défenses principales étaient portées au sommet crénelé, où l'on voit encore
les traces des hourds qui les couronnaient. Des meurtrières cruciformes à
l'extérieur perçaient le rez-de-chaussée des courtines et les étages des
tours. La plupart de ces meurtrières ont été déformées pour en faire, soit
des fenêtres, soit des embrasures pour des mousquets. Une cour carrée
entourée d'appartements occupait le milieu de l'enceinte; mais comme les
tours n'avaient pas d'escaliers particuliers, c'était par ces appartements
qu'on entrait dans leur rez-de-chaussée et dans leur premier étage, tandis
qu'on pénétrait dans le second par le chemin de ronde qui existait sur le
sommet des courtines.
Les tours avaient donc, au dessus du rez-de-chaussée, deux étages qui
n'étaient séparés que par des planchers; un chemin de ronde crénelé
garnissait leur sommet. La prison, dans laquelle on entre par un orifice
carré percé au milieu de la voûte, se trouve sous le rez-de-chaussée de
celle de l'angle nord. Cette prison est voûtée en coupole et un peu plus
large que la tour. La tour octogone de l'angle occidental a été
métamorphosée en colombier, ainsi que le crénelage de celle de l'angle sud.
Les fenêtres des appartements devaient toutes donner sur la cour, car on
n'en voit pas dans les courtines qui sont encore debout, excepté de très
petites ouvertures dans la courtine du nord-est. Les cages des latrines,
fort nombreuses, sont en saillie sur la paroi extérieure de ces courtines ou
contre les tours, dans l'angle qu'elles forment avec les remparts. Il ne
reste de ces appartements que quelques fondations, permettant à peine de
tracer un plan de leurs anciennes dispositions. Outre la porte principale,
ouverte dans la courtine du sud-est, il existait une poterne dans la
courtine opposée. Une partie de ces eaux s'écoulaient aussi par la porte
principale et par des égouts qu'on retrouve dans le bas des courtines du
nord-est, où le sol du château est moins élevé que du côté opposé. La tour
qui protége la porte d'entrée est à peu près entière. Elle est carrée et se
compose, outre le couloir de la porte, de trois étages surmontés d'un chemin
de ronde crénelé. Après le tablier du pont-levis venait la herse, précédée
d'un assommoir desservi par des hommes postés derrière des créneaux. La
herse était suivie d'une porte dont les vantaux étaient maintenus par des
barres qui s'enfonçaient dans les murs latéraux. Après tout ce système de
défense qui existe dans le mur de façade, on se trouvait dans l'intérieur du
rez-de-chaussée, recouvert d'une voûte en berceau ogival. A droite et à
gauche de cette salle, des meurtrières, dont l'ouverture extérieure est
cruciforme et pattée, battaient en enfilade l'intérieur des fossés. A côté
des meurtrières s'ouvrent deux petites portes ogivales, qui permettaient aux
hommes de garde de passer sur les braies qui enveloppent la base du château.
Entre ces portes et les meurtrières existait une fermeture, une barrière
sans doute, dont l'existence est signalée par les rainures qui servaient à
assujétir les barres dans les parois.
Pour entrer dans la cour du château, il y avait une autre porte, consolidée
également par des barres. Les arcs, sur lesquels s'appuyaient les vantaux,
étaient ogivaux; ceux sous lesquels ils roulaient sont en cintre bombé. On
arrivait dans le second étage et sur le chemin de ronde, qui est au même
niveau, par le sommet des courtines, et on y entrait par une petite porte
ogivale en dehors et bombée en dedans. Là on trouve deux meurtrières, et du
côté de la cour une petite fenêtre trilobée. Le premier étage servait sans
doute d'arsenal; il n'est éclairé que par un soupirail à sections carrées
chanfreinées, très évasé en dedans, et placé au dessous de la fenêtre du
second étage. On descendait dans cette pièce par une trappe. Le chemin de
ronde est mâchicoulisé sur des consoles à trois assises; les angles coupés
reposent sur des culs-de-lampe. Les consoles étaient reliées par un arc
trilobé et supportaient un parapet n'existant plus. Plus tard, la meurtrière
a été transformée en cheminée, car toute la tour en était primitivement
dépourvue. On montait dans le troisième étage par une trappe au moyen d'une
échelle. Il n'était éclairé que par trois meurtrières: deux enfilent le
fossé, et la troisième est sur la façade. Une trappe s'ouvrait aussi dans le
plancher du chemin de ronde. Les solives du plancher du second étage
s'appuyaient sur des corbeaux en pierre, celles du troisième s'enfonçaient
dans les murs, et celles du chemin de ronde avaient pour appui les dalles de
ce même chemin, au niveau desquelles on voit les trous des solives des
hourds. Les créneaux étaient fermés par des volets, ce qui fait supposer que
la toiture aiguë s'appuyait sur le sommet du crénelage. Les créneaux en
occupaient les quatre faces. Tout le sommet des autres tours était aussi
crénelé; de sorte que les défenseurs pouvaient encore faire bien du mal à
des assaillants qui seraient parvenus à entrer dans la cour du château et
même à s'établir sur les courtines. Du sommet de cette belle tour, on
découvre un immense panorama. (1)
Éléments protégés MH: l'ensemble des ruines et le sous-sol sur lequel elles
sont implantées (lieu dit le Château) : inscription par arrêté du 16 mars
1988. (2)
château de Budos 33720 Budos, tél. 05 56 62 51 64, ouvert
au public, visites et dégustation du lundi au samedi de 8h à 12h et de14h à
19h dimanches et jours férié de 9h à 12h.
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