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Au milieu du XIIIe siècle, les seigneurs gascons,
fatigués de la tyrannie de leur gouverneur Simon de Montfort, comte de
Leycester, s'étaient révoltés. Les villes du pays avaient suivi l'exemple
des seigneurs, et ce n'est qu'avec des peines infinies que le roi
d'Angleterre, Henri III, était parvenu à rétablir l'ordre, en accordant aux
uns de nouveaux privilèges, et en confisquant les terres de ceux dont il
croyait avoir le plus à se plaindre ou qui n'avaient pas été assez adroits
pour faire leur soumission lorsque leur isolement ne leur permettait pas de
résister. Bernard de Gavarret de Bouville, seigneur de Bénauges, fut de ces
derniers. Son château fut assiégé et pris par Henri III en personne, son
comté de Bénauges confisqué et presque toutes ses possessions furent données
par le roi à Jean de Grailly, qui lui avait rendu de grands services et dont
il avait toute la confiance. Nommé sénéchal d'Aquitaine le 17 août 1280, le
roi le chargea de faire préparer une grande quantité de forteresses dans sa
sénéchaussée et d'en construire de nouvelles. Il lui donna en même temps
l'autorisation de bâtir des bastides. Jean de Grailly profita de la
permission et fonda celle de Cadillac, à laquelle, par une charte datée de
La Linde, le mardi après la Pentecôte 1280, il accorda des privilèges qui
durent y attirer un grand nombre d'habitants. Cette ville, ou du moins
l'emplacement qu'elle occupe, s'appelait autrefois Saint-Jean, possédait une
église dont il reste encore un fragment dans l'église actuelle, et
probablement une forteresse sur le bord de l'Euille. Se trouvant dans la
paroisse do Cadillac, elle en prit le nom, qui ne lui est pas venu, comme
l'ont écrit quelques auteurs, de celui de son fondateur: Grailly,
Graillianum, ou de Catellianum, Castel. La paroisse de Cadillac, en effet,
existait auparavant, puisqu'en 1238 les habitants de l'Entre-deux-Mers se
plaignaient qu'Henri de Trubleville, sénéchal d'Aquitaine, avait vendu
injustement à la vicomtesse de Bénauges les paroisses de Cadillac, de
Loupiac et de Sainte Croix du Mont.
La bastide fondée par Jean de Grailly n'était encore entourée que de fossés
et de palissades. Au commencement du XIVe siècle, les habitants,qui étaient
déjà fort nombreux, sentirent la nécessité d'être protégés par des
fortifications plus solides. Pierre de Grailly, qui en était alors seigneur,
partageait le vœu des habitants, et le 22 septembre 1315 un accord fut passé
entre eux. "De plus, il a été ordonné, dit l'article 2 de cet accord, que le
seigneur vicomte et les jurats et habitans dudit lieu de Cadillac, que le
susdit lieu de Cadillac sera clos de murailles, murs de chaux, sable et
pierre, bien profitablement; c'est à sçavoir que la clôture dudit lieu devra
être toute environnée de la ville, ainsi qu'il est fossoyé et commencé de
fossoyer de fossés; et comme l'on passera par la rive de la mer, entre le
pont de la ville, sauf les chemins et padoues, et du pré au dessous de la
ville, jusqu'aux murs de la clôture du château de Cadillac, en laquelle
clôture, ledit seigneur vicomte doit faire pour environner la ville quatre
portails bons et suffisans à la clôture de la ville, et les jurats et
habitans dudit lieu de Cadillac devront clore et faire tout le restant de la
clôture, excepté lesdits quatre portails". Pour parer aux dépenses d'un
travail aussi considérable, il fut convenu qu'on changerait les mesures du
vin qui se vendait à Cadillac. "Et mesme, est-il dit dans l'article 3, les
mesures du vin qu'on a accoutumé de vendre à taverne, au lieu de Cadillac,
étaient plus grandes que celles de Bordeaux, et que lesdites mesures, comme
dit est, doivent être changées et mises à la mesure et grandeur de celles de
Bordeaux, est ordonné entre ledit seigneur vicomte, les jurats et habitans
dudit lieu de Cadillac, autant de fois qu'il sera tiré d'une barrique,
tonneau de vin ou autre vaisseau, de plus en deniers pour la diminution de
la mesure vendue en taverne qu'il ne souloit valoir, appartienne aux jurats
et habitants dudit lieu de Cadillac, et que cette plus valeur en deniers
soit mise et posée et retourne au profit commun des jurats et habitans dudit
lieu, à l'effet de le tenir clos, non l'employer à autres nécessités ni
usage, ainsi à tenir clos et fermé ledit lieu comme dit est. Est de plus
ordonné et établi entre les susdits seigneur vicomte, jurats et habitans
dudit lieu de Cadillac, que tous ceux qui ont maisons, places ou sols, soit
gentilshommes,prêtres ou clercs ou autres personnes qui ne seront habitans
dudit lieu, payent et soient tenus payer et contribuer à clore et fermer
ledit lieu, et y aider selon que les jurats et conseil dudit lieu aviseront,
et selon leur possessoire".
Les habitants se mirent de suite à l'ouvrage, et la ville fut bientôt
entièrement entourée de murs: deux des portails au moins furent même
achevés; mais les seigneurs de Bénauges ne tinrent pas entièrement les
clauses de l'accord qui avait été passé. Nous voyons en effet, qu'en 1266,
six jurats, onze prêtres et cent cinq bourgeois habitants de Cadillac,
s'étant assemblés dans la chapelle de Saint-Blaise de cette ville,
chargèrent cinq prêtres et un bourgeois habitants de ladite ville, de prier
messire Jean de Grailly d'approuver et de confirmer les libertés, franchises
et coutumes concédées jadis par ses ancêtres. Les députés se rendirent à
Bordeaux auprès du vicomte de Bénauges, où l'acte qu'ils demandaient fut
passé dans l'église de Puy-Paulin, le 6 février 1366. Après plusieurs
articles, qui sont plus ou moins favorables aux habitants de Cadillac, on
remarque le suivant qui prouve que les privilèges n'étaient pas cédés pour
rien: "Et plus lesdits instituans ont donné et concédé auxdits procureurs et
à chacun d'eux pour le tout, plein et libéral pouvoir de tenir quitte ledit
seigneur et ses biens desdits quatre portails, que ledit seigneur messire
Pierre de Grailly, quand vivait, avait promis de faire faire à la clôture
des murs de ladite ville de Cadillac; exempter aussi ledit seigneur de tout
fournissement de bois et charroi, que ledit seigneur messire Pierre de
Grailly jadis leur avait promis donner ou faire à la clôture dudit lieu ".
Les murailles de Cadillac étaient à peine terminées, que la ville éprouva le
sort de toutes les forteresses de cette époque; elle fut assiégée lors de la
campagne du duc d'Anjou et de Du Guesclin en Guienne. Le duc d'Anjou étant
au siège de Saint-Macaire, au commencement de septembre 1377, avait pris la
résolution d'aller assiéger Cadillac; mais ayant appris que le sire de
Duras, après avoir été fait prisonnier à la bataille d'Eymet et avoir
recouvré sa liberté sur la promesse qu'il avait faite de passer du côté des
Français, avait manqué à son serment, il se dirigea sur Duras, et chargea un
corps de Bretons d'aller assaillir la garnison anglo-gasconne de Cadillac.
"Ils prirent la ville à force, et occirent ceux qui dedans étoient".
Si l'on en croit cependant les Grandes Chroniques, la ville ne fut pas
assiégée. Peu de temps après, en effet, elle était encore au pouvoir des
Gascons, puisque le sire de Langoiran, qui n'avait pas manqué à son serment
comme celui de Duras, vint se faire tuer sous ses murs par Bernard Courant,
capitaine de la garnison. En 1379, la ville entra dans la Confédération des
Filleules. Cette alliance lui donna quelque repos; mais le duc d'Orléans
ayant été assassiné en 1407, la commotion de cet événement, qui ralluma le
feu de la guerre civile en France, se fit sentir jusqu'en Guienne, où les
Armagnacs causèrent quelques dégâts. Cependant, le maire de Bordeaux, les
députés des trois États de la Guienne, et le chancelier du comte d'Armagnac,
se réunirent à Cadillac, où ils conclurent une trêve qui pour quelque temps
fit cesser le désordre. Lors de la première expédition de Charles VII en
Guienne, en 1422, les Français, qui avaient pris un grand nombre des villes
de cette province, avaient l'intention d'assiéger Cadillac; mais de prompts
secours sauvèrent la ville pour cette fois. Elle n'eut pas ce bonheur en
1453. Deux ans auparavant, elle avait été comprise dans le traité
particulier que le captal de Buch, qui en était seigneur, avait fait avec
Dunois; mais lors de la révolte de la Guienne, elle résista avec vigueur aux
attaques de l'élite de l'armée française. Après la bataille de Castillon, le
roi mit le siège devant Bordeaux; il chargea en même temps, vers la fin du
mois de juillet, le comte de Foix et le vicomte de Lautrec, son frère,
d'assiéger Cadillac. Toute l'artillerie dont ils pouvaient disposer fut
employée à battre les tours et les murailles; le roi y envoya ses plus
grosses bombardes et ses canons du plus gros calibre. Le 19 novembre, un
mercredi matin, Xantrailles ayant pris la direction du siège, malgré une
résistance longue et vigoureuse, la garnison fut obligée d'abandonner la
ville et de se retirer dans le château, où, s'apercevant qu'elle ne pouvait
tenir longtemps, elle fit offrir aux généraux français de lui remettre la
forteresse, plus dix mille écus, moyennant quoi il lui serait accordé d'en
sortir la vie sauve. Cette proposition fut envoyée au roi, qui était
toujours devant Bordeaux. Charles VII ne voulut pas entendre parler de
capitulation, et ordonna de pointer toute l'artillerie sur le château. Après
une résistance la garnison demanda à faire de nouvelles propositions. Une
conférence s'ensuivit, dans laquelle il fut décidé que les Anglo-Gascons
rendraient le château avec celui de Bénauges et la ville de Rions; que les
Anglais seraient pris à rançon, les Gascons seraient traités suivant le bon
plaisir du roi. Gaillardet, leur commandant, ne trouva pas grâce devant
Charles VII, qui le fit mettre à mort.
Après la conquête de la Guienne, l'histoire de Cadillac se confond avec
celle de ses seigneurs, les Foix-Candale, et ensuite les ducs d'Épernon.
Pendant les guerres de religion, en 1562, elle fut prise par Symphorien de
Durfort. Pendant celles de la Fronde, servant de résidence au duc d'Épernon,
elle eut moins à souffrir que les localités voisines, et atteignit même
alors son plus haut point de splendeur. Pas un roi, pas une reine, pas un
grand personnage, ne venaient en Guienne sans aller faire une visite au
seigneur de Cadillac. On y vit tour à tour Catherine de Médicis et Charles
IX, Henri IV, Louis XIII et le cardinal de Richelieu, Mazarin et Louis XIV.
Ce dernier vint à Cadillac le 16 octobre 1659. Le duc d'Épernon "le reçut
avec une pompe princière". Les deux ducs d'Épernon avaient laissé de
nombreuses dettes, et la plupart des créanciers appartenant à leur famille,
leur succession fut divisée entre les divers membres; enfin, Henri Charles
de Foix vendit, le 15 mai 1713, la baronnie de Cadillac, comprenant alors
les paroisses de Cadillac, Gabarnac, Montprinblanc et Loupiac, au président
Dalon et à Mlle Daulède. Cette dernière ne prenait pour sa portion que la
paroisse de Loupiac. Le tout, y compris les droits de nomination des
officiers de justice, de quatre jurats par an, d'un trésorier de la ville;
le droit de donner des lettres de bourgeoisie dans la ville, celui de haute,
moyenne et basse justice dans Cadillac et dans les trois autres paroisses,
et dans une partie de celle de Laroque, dont l'autre partie dépendait de
celle de Rions, et enfin tous les droits quelconques, fut vendu pour la
somme de cent onze mille francs. Il est dit dans l'acte que si l'acquéreur
voulait démolir le château, les habitants pouvaient exiger que les murs
extérieurs sur lesquels il est bâti fussent conservés à la hauteur des
autres murs de la ville, afin qu'elle ne restât pas ouverte.
L'acte de vente était à peine passé, que le comte de Moncassin, représentant
de la ligne la plus rapprochée de Foix-Candale, comme fils d'Henriette de
Foix, vint exercer envers le président Dalon le droit du retrait lignager,
le remboursa de cette acquisition et prit lui-même la possession de cette
seigneurie. Le comte de Moncassin mourut à un âge très avancé, "sans avoir
été marié et après avoir adopté son neveu et filleul Charles de Preissac,
second fils de son frère utérin Jean Eyméric, marquis d'Esclignac, et
petit-fils d'Henriette de Foix". Il eut pour fils Charles-Louis de Preissac
qui émigra en 1792 avec son fils, et mourut vers 1794. Sa femme,
Marie-Marguerite-Concorde Chol de Torpanne, demeura à Cadillac jusqu'au
moment où les administrateurs révolutionnaires vinrent prendre possession du
château; elle se retira alors à Tournecoupe, où elle mourut peu de temps
après. En 1807, Amable-Charles de Preissac étant rentré en France,
l'Empereur lui rendit le château de Cadillac qui n'avait pas été vendu. Il
le vendit lui-même en 1818, et pour 35,000 francs, au Gouvernement, qui en a
fait une maison de détention. Les fastueux appartements des ducs d'Épernon
servaient au XIXe siècle de dortoir à des malheureuses souillées de toutes
sortes de crimes, et dont la société a été obligée de se débarrasser. (1)
Château construit à l'emplacement d'un édifice médiéval à partir de 1598 sur
les dessins de Pierre Biard pour le duc d'Epernon, chantier dirigé jusqu'en
1603 par Pierre Souffron qui édifie le pavillon central et la partie
septentrionale du corps de logis. Gilles de La Touche Aguesse lui succède
jusqu'en 1616, il bâtit la partie sud du corps de logis et l'aile en retour
destinées à abriter des galeries, l'aile opposée et la clôture de la cour
percée d'un portail monumental sont réalisées entre 1626 et 1634. Abandonné
pendant la révolution, le château est restitué sous l'Empire à son
propriétaire qui le vend à l'Etat et devient prison de femmes, de 1819 à
1822 Alexandre Poitevin, architecte du département, entreprend de l'adapter
à sa nouvelle affectation, il ne conserve des galeries que deux travées
qu'il transforme en pavillons et les prolonge d'ailes basses, il substitue
au portail monumental une conciergerie; bien que protégé au titre des
monuments historiques depuis 1875 le château et son décor n'en subissent pas
moins d'importantes dégradations, un incendie survient en 1928; la prison
ferme en 1952, depuis la restauration du château a été entreprise, la
plupart des baies et une partie du peu de décor d'origine encore conservé
ont été remis en état. Sur un terrassement, entouré de fossés et cantonné de
bastillons à casemate couverte d'un toit d'ardoise à l'impériale, que deux
ponts relient au jardin et à la ville se trouve le château de plan régulier
en U formé d'un corps de logis, à étage carré et étage de comble, et de deux
ailes chacune formée d'un pavillon à étage carré et étage de comble et
prolongé d'une partie en rez-de-chaussée, tous construits à l'exception de
l'une des ailes basses sur un sous-sol voûté ; les trois corps de bâtiment
sont simples en profondeur ; une toiture à croupes couvre le corps de logis
dont un pavillon à quatre niveaux contenant l'escalier principal rampe sur
rampe occupe la partie centrale. Les deux petits corps de bâtiment adossés à
l'élévation postérieure abritent des escaliers secondaires dont l'un est en
vis, comme les pavillons de la cour ils sont couverts d'ardoise ; des toits
à croupes de tuile creuse couvrent les ailes basses et la conciergerie.
Éléments protégés MH: le château, ses douves et le jardin : classement par
liste de 1862 et par arrêté du 12 juillet 1956. La porte du potager inscrite
en 1965. (2)
château de Cadillac, place de la Libération 33410
Cadillac, tél. 05 56 62 69 58, ouvert au public, visites du 1er juin au 30
septembre tous les jours et du 1er octobre au 31 mai, tous les jours sauf le
lundi.
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