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Château de Francs (Gironde)
 
 

 L'abbé Baurein prétend qu'un détachement de Francs, s'étant établi autrefois dans cette partie de la province de Guienne, a donné son nom à la localité qui fait le sujet de cette étude. Sans prétendre nier le fait, je crois qu'il est au moins très problématique. Le docte abbé ne s'appuie, en effet, que sur la ressemblance des noms. Aimoin, moine de Fleury, dans son Histoire de saint Abbon, abbé du même monastère, raconte que ce saint abbé, se rendant en 1004 en Gascogne pour rétablir l'ordre dans le couvent de la Réglé (La Réole), passa par Aubeterre, traversa l'Ella (l'Isle), et vint coucher à Francs (ad Francos), chez Aunenrudis, sa mère. On peut conclure de là, et avec assez de raison, que l'historien Aimoin était originaire de Francs. Le château de Francs appartenait, au XIVe siècle, à la famille de Ségur, qui possédait alors une grande quantité de seigneuries dans la basse Guienne. Dans la seconde moitié de ce siècle, un Bertrand de Ségur de Francs joua un rôle assez brillant et quelquefois assez dangereux. En 1364, il était sous les ordres du captai de Buch à la bataille de Cocherel, et, comme lui, il y fut fait prisonnier. En 1371, on le voit parmi les témoins du procès-verbal constatant que Jean de Lancastre s'est démis de la lieutenance d'Aquitaine entre les mains du connétable et du sénéchal de cette province. L'année suivante, il suivit le captal de Buch qui allait porter secours au comte de Pembroke, pris à La Rochelle par les Espagnols. En 1375, il fut gravement compromis dans la conspiration contre l'Angleterre, à la suite de laquelle le seigneur de Pommiers eut la tête tranchée. Il fut retenu en prison pendant sept mois; mais faute de preuves suffisantes, et à la sollicitation de ses amis, il recouvra sa liberté.
Les Ségur gardèrent la seigneurie de Francs jusqu'au milieu du XVIe siècle au moins. En effet, lorsque Gaston de Foix, captal de Buch, grand sénéchal de Guienne, convoqua, le 6 septembre1491, la noblesse du pays bordelais pour le ban et l'arrière-ban, Eyméric de Francs, qui était sexagénaire, présenta deux archers pour Pothon de Francs, son fils aîné, qui, en 1520, se trouve dans la liste des seigneurs qui furent convoqués par François de Belcier, premier président, pour rédiger les Coutumes de Bordeaux. "Après 1520, dit M. Raimond Guinodie, les Ségur ne paraissent plus comme seigneurs de Francs; nous y voyons des sires du nom de Prieur, de Poitevin, de Gauffreteau, et enfin de Châlons". Jean de Gauffreteau, qui en était seigneur au commencement du XVIIe siècle, fit reconstruire l'église de la paroisse, ainsi que le prouve cette inscription encastrée dans la façade: " Le 27 juin 1605 la première pierre de léglise de Franc a été posée par J-P Goufreteau". Son petit-fils, Jean de Gauffreteau, laissa par son testament, daté du 2 juin 1747, les terres de Francs et de Puynormand à Hardouin de Châlons, évêque de Lescar, son neveu, à la condition de les laisser, après son décès, à l'un des enfants mâles de son autre neveu Hardouin de Châlons. C'est aux descendants de ce dernier que la seigneurie de Francs appartenait lorsque éclata la Révolution. Le château appartenait à divers particuliers à la fin du XIXe siècle. Il existe dans la paroisse de Bègles, près Bordeaux, un petit château du XVIe siècle, qui porle aussi le nom de Francs. Si l'on en croit l'abbé Baurein, il doit son origine à Bertrand de Francs, qui avait épousé, vers 1360, Jeanne de Magensan, qui lui apporta "en dot un domaine noble appelé la Mothe de Becgle, auquel on donna dans la suite le nom de Francs". Les Ségur de Francs, en Puynormand, étaient également seigneurs de Francs de Bègles. Cette terre appartenait, dans les dernières années du XVIIIe siècle, à Augustin de Ségur, qualifié seigneur de Francs et de Saint-Eujean, mari d'Anne de Rabar. Son fils, Jacques de Ségur, lui succéda dans cette seigneurie. Il appartenait à la fin du XIXe siècle à M. Charles Balaresque, de Bordeaux.

Description du château de Francs au XIXe siècle

A l'extrémité orientale du département de la Gironde, entre l'Isle et la Dordogne, s'élève un monticule isolé à pentes abruptes, dont le plateau, assez uni, a 500 mètres de long sur 300 mètres de large. C'était une forteresse naturelle qui a dû être remarquée et habitée par les premières peuplades venues dans la contrée. Le château qui en occupe l'angle aigu a la forme d'un pentagone irrégulier, précédé au sud d'une vaste basse-cour entourée de bâtiments du XVIIe siècle, flanqués aux angles sud et sud-ouest d'une tour ronde. Une partie des autres bâtiments date également du même siècle, sauf la tour ronde, qui est du siècle précédent; l'autre devait lui être contemporaine, mais elle est démolie, et l'on ne peut faire à son égard que des conjectures. Les murs de la première sont percés de petites meurtrières pour armes à feu. Le bâtiment qui les relie et celui qui ferme la cour à l'ouest n'ont aucun caractère mais pourraient être du même temps. Dans une tour octogone, il existe un corps de logis dans lequel on monte par un grand escalier. Il est éclairé par des fenêtres à meneaux cruciformes. Il paraît appartenir à la fin du XVe siècle ou au commencement du XVIe, ainsi que la grosse tour ronde qui en fait partie. Elle a trois étages de salles heptagones, dont les voûtes d'arêtes n'ont cependant que quatre nervures, ce qui leur donne une forme assez gauche. La clef du premier étage forme un écusson dont le champ est chargé de chevrons avec une étoile en pointe. Quelques parties des bâtiments sud du château datent d'une époque assez reculée, peut-être du XIIe siècle.
C'est, en premier lieu, tout le soubassement du mur, bâti sur l'escarpe de l'ancien fossé dont les deux extrémités orientales et occidentales ont été comblées par des constructions; en second lieu, tout l'angle sud-ouest, où l'on voit quelques portes en plein-cintre dans des murs très épais, de forts corbeaux pour soutenir les planchers, et un appareil qui n'appartient pas aux basses époques du Moyen Age. C'est là qu'on voit une chambre appelée Chambre de l'Évêque, probablement celle qu'occupait Hardouin de Châlons, évêque de Lescar, lorsqu'il venait à Francs. Les fossés se reliaient à la terrasse, dont le niveau devait être à celui du fond des fossés; ils devaient se prolonger contre les bâtiments de l'ouest et se perdre dans la déclivité du coteau. Un autre fossé entourait peut-être toute la basse-cour et les jardins, isolant ainsi la forteresse. Tout cela est maintenant presque entièrement dénaturé, et le château est divisé en une grande quantité de propriétaires qui dans peu de temps auront fait disparaître tout ce qu'il peut renfermer d'intéressant. Ce château, vu de la vallée, au nord, aurait beaucoup d'aspect si les tours n'étaient pas démolies jusqu'au niveau des toitures des bâtiments qui les flanquent. De partout ailleurs, il ressemble à une grande maison en ruine. En 1605, ainsi que le prouve l'inscription citée plus haut, l'église de Francs a été reconstruite en style roman, et l'architecte a mis un tel soin dans l'imitation des formes générales et des moulures, qu'on se tromperait facilement sur sa date, si les sculptures des corbeaux et quelques détails de la façade ne la faisaient reconnaître. (1)

château de Francs 33570 Francs, tel. 05 57 40 65 91, propriété viticole.

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source de la photo par satellite: https://www.google.fr/maps

 
 


(1)
           La Guienne militaire: histoire et description des villes fortifiées, forteresses et châteaux construits dans le pays pendant la domination anglaise. Tome 2, par Léo Drouyn (1816-1896) Éditeur: Didron (Paris). Date d'édition: 1865

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