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Pendant tout le moyen âge, le château des Quatre Sos était une forteresse
indépendante de la ville; il avait son capitaine particulier, qui cependant
prêtait serment entre les mains des jurats. Cet état de choses dura jusqu'à
la fin du XVIe siècle. Néanmoins, malgré les démêlés multipliés que cette
séparation occasionnait entre le commandant et les magistrats, l'histoire du
château se trouve intimement liée à celle de la ville. Pendant la domination
anglaise, les commandants du château paraissent avoir été nommés par le roi.
Ainsi, en 1220, le roi d'Angleterre écrivit au maire et aux prud'hommes de
livrer la tour (le château?) de La Réole à Philippe de Uletot, à qui il
donnait la garde de tout le Poitou et de toute la Gascogne. Guillaume
Gombaut, qui était prévôt de La Réole, était en même temps gouverneur du
château en 1261. En 1274, un autre prévôt de la même ville, Gauthier de
Taney, avait le même commandement. Le 17 novembre 1275, Guiscard de Bourg
reçut du roi le château de La Réole, à la condition de le rendre quand il en
serait requis. En 1291-92, la garde du château fut confiée par Édouard 1er à
Arnaud Audouin. En 1305, Fort ou Fortin de Vals était en même temps prévôt
de la ville et gouverneur des Quate-Sos. En 1308, Bernard Ferraunt fut nommé
à cette charge par le roi d'Angleterre. En 1325, on trouve qu'elle était
occupée par Guillaume de la Balma, chevalier, qui était encore capitaine du
château en 1322, 1337 et 1339. En 1341, la châtellenie et la garde de cette
forteresse fut donnée à Guillaume Sans de Pommiers. Mais en 1345, Aglios de
Baulx, qui en était capitaine pour le roi de France, défendit le château
pendant neuf semaines contre le comte de Derby. Après avoir pris le château,
le général anglais y laissa un capitaine de sa nation, qui ne fut
probablement chargé de cette mission que provisoirement. Guillaume Sans de
Pommiers vint reprendre sa place et le 12 octobre 1357, Édouard III décida
que La Réole étant une ville frontière, serait à l'avenir, ainsi que son
château, gouvernée par un Anglais.
Ce décret ne devait être mis à exécution qu'après la mort de Guillaume Sans,
qui était encore châtelain et gouverneur de la ville. Si cependant, ajoutait
le roi, Guillaume donnait sa démission, il serait remplacé par un Anglais.
En 1395, on trouve Maurel de Huyssac, chevalier, seigneur d'Audrenaut,
sénéchal du Bazadais, du Bordelais et des Landes, châtelain et prévôt de la
ville de La Réole pour le roi de France. En 1426 et 1433, Jean de La Sare
était capitaine de La Réole. En 1442, le château où commandait Georges
Soliton fut pris par les Français et donné en garde par Charles VII à
Olivier de Coïtivy. En 1543, c'était David de Montferrand qui était
capitaine du château, et François de Gasc, sieur de Marcellus, en 1594.
Après la conquête de la Guyenne, le roi de France garda le privilège de
nommer le gouverneur; mais le rôle important qu'avaient joué ces sortes de
forteresses avant l'usage de l'artillerie était près de finir, et bientôt
après, elles ne furent plus considérées que comme des positions inquiétant
seulement les villes et les campagnes dans lesquelles elles se trouvaient.
Aussi, au commencement du XVIIe siècle, fit-on démolir ou simplement
démanteler une quantité considérable de châteaux. Celui de La Réole ne fut
pas épargné: Louis XIII, par lettres patentes du 4 janvier 1629, en ordonna
la démolition. Le duc d'Épernon fut chargé de faire exécuter cet ordre. Il
écrivit pour cela aux jurats de La Réole le 19 janvier 1629; il leur ordonna
"de faire procéder incontinent à la démolition et razement entier du donjon,
murailles, tours, deffences et comblement des fossez du chasteau de ladicte
ville qui sont du costé d'icelle, sans toutes fois toucher aux logements
manables qui sont tant dehors que dedans ledit chasteau: et ce, par corvée
des habitans de ladicte ville et des lieux circonvoisins qui sont à trois
lieues à la ronde".
Le roi en avait fait don au maréchal de Roquelaure, qui était mort en 1625
au château de Lectoure, où sa veuve avait continué de résider avec son fils
encore fort jeune. La maréchale avait confié la garde du château de La Réole
à un certain nombre de soldats, qui ne voulurent pas le rendre à d'Épernon.
Celui-ci fut obligé d'employer la force. En conséquence, il écrivit aux
jurats, le 24 janvier 1629, qu'ayant appris la désobéissance de ceux qui
sont dans le château aux commandements du roi, tissaient à se procurer des
échelles, dont le sieur de La Roche, capitaine de ses gardes, fixera le
nombre, la longueur et la hauteur. Il les prie en même temps de fournir les
hommes qui seront nécessaires, afin qu'il ne soit pas obligé de faire venir
des gens de guerre pour procéder à cette exécution. Quand tout fut prêt, on
attaqua la place de toutes parts. Une batterie de deux canons fut établie
sur la place Saint-Pierre, en face du donjon où était le pont-levis. Le 30
janvier, une saucisse ayant fait sauter deux voûtes de la tour de l'angle
sud-est, les assiégés se rendirent sans conditions. Le 31, sans perdre un
moment, le duc d'Épernon fit mettre à mort les prisonniers. Le 13 mars
suivant, le roi fit don à François Saumon, archer des gardes de son corps,
et à Joseph Jarry, garçon de ses apothicaires, en considération de leurs
services et pour leur donner moyen de les continuer, de la démolition du
château de La Réole. Toutes les armes et les munitions de guerre furent
envoyées à Bordeaux. Le matériel se composait de plusieurs canons,
fauconneaux, arquebuses à croc, couleuvrines, 397 mousquets, 188 piques,
cinq barils de poudre, cinq caisses de balles et de plomb, etc". Les deux
tours de l'entrée et les courtines du nord et de l'est furent démolies
alors; mais ce n'est que vingt ans après que le château fut entièrement
démantelé. On rendit les meubles à la maréchale de Roquelaure. Son fils, le
marquis de Roquelaure, ayant donné sa démission, le roi nomma, le 16 juin
1649, M. de Comminges capitaine et gouverneur du château et de la ville de
La Réole. En 1681, il appartenait à M. de Lacortiade; il passa ensuite à la
famille Duval et à M. Azemar, puis enfin à M. Pirly, ancien sous-préfet de
La Réole, qui le possédait au milieu du XIXe siècle.
Description du château des Quatre Sos au XIXe siècle:
Le château des Quatre-Sos (quatre soeurs), qui me paraît avoir été construit
ou reconstruit en même temps que les murs de la troisième enceinte de la
ville, c'est-à-dire au milieu du XIIIe siècle, était, au moyen âge, une des
places les plus fortes de la Guienne; c'en est maintenant une des ruines les
plus intéressantes. A l'extrémité occidentale du plateau sur lequel est
bâtie la ville s'avance un chemin creux qui sépare la ville du château, on a
creusé une coupure qui relie ce chemin au vallon du Charros. C'est dans
cette enceinte, de forme à peu près carrée, qu'a été bâtie la forteresse. A
l'ouest, les pentes naturelles sont extrêmement abruptes; au sud, les
rochers sont à pic dans certains endroits. Néanmoins, de ce côté et de celui
de l'est, on a cru nécessaire de bâtir une seconde muraille bien moins haute
que la première et enveloppant des lices d'une étendue assez considérable.
Du côté opposé, et à peu de distance du bord extérieur de la coupure, est le
jardin du château, situé sur un plateau légèrement plus élevé que les terres
environnantes. Il est probable que là se trouvait une motte dont il est
parlé dans une transaction entre le capitaine du château, David de
Montferrand,et les jurats de La Réole, le 22 mars 1543; on y trouve cet
article: "Item, aussi ne seront empeschez lesdicts juratz, manans et
habitans, de aller et venir et soy promener sur la motte qui est près ledict
chasteau es environs".
Nous avons vu que les courtines du nord et de l'est ainsi que la tour de
l'angle nord-est avaient été complètement démolies en 1629. Nous avons vu
que le donjon où était le pont-levis avait été démoli, ce qui donne à
penser, ou que la tour démolie était appelée le donjon, ou plutôt que le
pont-levis précédait une tour bâtie au milieu de la courtine, sur le bord de
la coupure, et qu'on appelait alors le donjon; peut-être aussi, mais aucune
preuve n'existe, la porte s'ouvrait-elle entre deux tours, comme à
Villandraut, ou à côté de la tour démolie, comme à Rauzan. Je laisse de côté
toutes ces suppositions, pour ne M'occuper, que de ce qui existe.
Le plan donc se compose d'une enceinte carrée flanquée à chaque angle d'une
tour ronde. La porte devait se trouver dans la courtine du nord, où rien
maintenant ne reste debout. Des lices ou terrasses inférieures protégeaient
le château du côté de la rivière et du couvent des Bénédictins. Elles
englobent toute la tour du sud-est et une grande partie de celle du
sud-ouest. On doit peut-être comprendre aussi dans les dépendances du
château primitif, le jardin de l'habitation actuelle, jusqu'à cette grosse
tour, ou plutôt ce grand bâtiment carré et fortifié en face de la rue
Porte-Pinte et au bout de celle de la Glacière. Cette dernière rue occupe
une dépression naturelle du terrain, et va rejoindre, par son extrémité
supérieure, le chemin creux qui sépare le couvent du château. S'il en était
ainsi, la forteresse et ses dépendances occupaient toute l'extrémité
occidentale de l'ancienne ville; alors la porte de cette enceinte extérieure
du château devait se trouver au bout des deux chemins creux, à la place
occupée par la grille actuelle et en face de la motte élevée dans le but de
défendre cette entrée. On voit par ce qui précède que cette position était
admirablement choisie, et que la nature avait puissamment aidé l'art pour
faire de cette place une des forteresses les plus redoutables des bords de
la Garonne. Si de l'ensemble on passe aux détails, l'intérêt reste le même,
malgré l'absence complète des murs qui faisaient face à la ville. En
commençant par l'est, on trouve le grand bâtiment (voir plan en F), et qui
forme comme une proue avancée chargée de résister aux attaques tentées de ce
côté. Ce bâtiment, de forme irrégulière, a des murs épais de 1m70; il est
percé d'une certaine quantité de meurtrières dirigées sur le ruisseau du
Charros et battant le pied des murs de la ville qui se relient au château.
Des latrines sont tournées vers le Charros; elles sont en saillie sur la
muraille et sont supportées par deux consoles à plusieurs retraits. Ce
bâtiment formait un appartement complet, car un évier se voit aussi dans une
des meurtrières.
Depuis ce bâtiment jusqu'à la tour de l'angle nord-ouest de l'enceinte
carrée, le mur n'offre rien de particulier; le sommet en est à peu près
partout horizontal; de sorte qu'il est plus élevé au-dessus du sol intérieur
en A et en B qu'en C, cette dernière terrasse se trouvant plus élevée que
les autres (c'est là qu'était, je crois, la motte dont j'ai parlé plus
haut); de plus, il ferme l'extrémité de la coupure DE, où il est surmonté
d'un chemin de ronde; ailleurs, tout le sommet est crénelé. Il faut
remarquer que ces murs ne forment pas une ligne droite, ce qui cependant eût
été d'une facile exécution, mais que toutes ces lignes sont brisées, et que
de plus on voit plusieurs saillies et une espèce de contrefort ou section de
tour demi-circulaire. Tout cela avait été fait pour établir des postes
avancés, afin de prendre en flanc les assaillants qui auraient tenté de
saper la base de la muraille. Nous avons vu que toute la partie
septentrionale et orientale du château avait été démolie; la coupure a été
en grande partie comblée, et c'est de plain-pied, sans rencontrer
d'obstacles, qu'on entre maintenant dans la cour centrale, au fond de
laquelle M. Perly s'est fait une charmante habitation. Là déjà, à la fin du
XVIe siècle, on avait réparé les appartements dans le goût du temps. De
grandes salles et une cuisine voûtées sous le rez-de-chaussée, par rapport à
la cour, servent maintenant de caves et de greniers. Toutes ces réparations,
plus ou moins modernes, n'offrent qu'un médiocre intérêt; aussi, après nous
être promené un instant sur la terrasse d'où l'on jouit d'une vue admirable,
après avoir vu passer sous nos pieds un bateau à vapeur et un train du
chemin de fer, nous traverserons de nouveau la cour pour étudier les trois
belles tours angulaires qui font classer ce château au nombre des ruines les
plus intéressantes de la Gironde.
Après la démolition ordonnée par Louis XIII, on a comblé l'extrémité
orientale de la coupure, et pour descendre au fond de celle qu'on a laissé
subsister, on a construit un bel escalier à deux rampes, couvert maintenant
de lierre et de plantes grimpantes. Laissons cet escalier sur notre droite,
et prenant un petit sentier près d'une grande voûte effondrée,
dirigeons-nous vers la tour de l'angle nord-ouest. Il n'en reste que le
rez-de-chaussée, dont le sol est au niveau de celui de la cour. Une partie
des murs est enlevée, la voûte est effondrée, et la clef, qui gît au milieu
du sol, était ornée d'un écusson burelé de neuf pièces. On entre maintenant
dans cette tour par une énorme brèche; on y pénétrait autrefois par une
porte ogivale actuellement murée, qui communiquait aux appartements de
l'ouest. Les meurtrières, au nombre de cinq, sont percées sous un linteau
sur consoles, au fond de profondes niches voûtées en ogive: ce sont tout
simplement de longues fentes verticales pattées à leurs extrémités. Comme
cette tour s'élève sur un monticule rocheux presque à pic, il fallait, pour
atteindre les assaillants, viser de haut en bas; aussi les meurtrières
sont-elles extrêmement plongeantes, c'est-à-dire que leur pointe inférieure
est au-dessous du sol de l'intérieur de la tour. Les nervures de la voûte
sont épannelés, comme celles de presque tous les châteaux de la Gironde, et
retombent sur des culs-de-lampe simplement ornés de moulures, plus
compliquées cependant qu'elles ne le sont dans les autres châteaux. Le talus
de la base de la tour commence extérieurement vers le milieu des
meurtrières. Au-dessous et un peu à côté de la meurtrière, existe un petit
arc ogival incrusté dans la maçonnerie. Est-ce un arc de décharge pour
résister à l'éboulement en cas de mine, ou une ruse du constructeur pour
faire croire à l'assaillant que là était une poterne et par conséquent une
partie faible de la muraille, et l'attirer de ce côté? Deux autres arcs
superposés se remarquent aussi; ils doivent avoir été construits dans un but
analogue.
La tour est à peu près ronde à l'extérieur; mais cependant les murs sont
plus épais vers la campagne que vers le château; à l'intérieur, elle est
divisée en pans assez irréguliers. Cette tour dominant le Charros est d'un
accès fort difficile. Les plantes grimpantes, le lierre et les arbustes qui
enveloppent de toutes parts ces murs épais de plus de 3 mètres, les œillets
sauvages et les iris qui poussent dans toutes les fentes des pierres, le
pont rustique qui est jeté au-dessus d'une de ses brèches, et les grands
arbres qui la recouvrent entièrement de leur sombre feuillage, font de cette
masure une des ruines les plus pittoresques qui existent. La tour de l'angle
sud-est (H du plan), malgré la saucisse qui fit sauter deux de ses voûtes en
1629, a conservé presque toute sa hauteur; mais elle est éventrée vers
l'intérieur de la cour jusqu'au niveau du sol du premier étage. Le
rez-de-chaussée seul, sauf une meurtrière qui a été changée en porte, et la
voûte qui n'existe plus, est à peu près intact. Cette tour se compose de
trois étages dont les chambres augmentent de largeur à chaque étage
ascendant au détriment de l'épaisseur des murs. Ces chambres hexagones
avaient des voûtes d'arêtes, sauf la troisième, qui paraît n'avoir jamais
été voûtée et qui n'a pas toute sa hauteur primitive. Elle n'avait pas de
meurtrières, mais elle était éclairée par deux fenêtres: une regardait la
rivière et l'autre la ville. Une petite porte à linteau sur consoles
conduisait dans des latrines qui occupaient l'angle formé par la tour et la
courtine du sud. Deux faces du premier étage sont démolies jusqu'au sol;
c'est dans une de ces deux faces que se trouvait la porte d'entrée,
communiquant ainsi avec les appartements situés derrière les courtines et
avec l'escalier qui descend dans l'étage inférieur.
L'épaisseur des murs du rez-de-chaussée paraît considérable comparée à la
grandeur de la chambre qu'ils protègent. La voûte est effondré mais on voit
encore une partie de ses nervures qui retombent sur des culs-de-lampe, dont
trois sont simplement épannelés à cinq ou trois pans: un des trois autres
représente une tête de lion, et les deux derniers des têtes humaines. Les
meurtrières s'ouvrent sous un linteau sur consoles au fond d'une niche
voûtée en berceau plein-cintre. La porte à linteau se fermait du dehors au
moyen de verrous et de barres qu'on enfonçait dans les murs, de sorte que
cette chambre pouvait servir aussi de prison. Cette porte donne dans un
couloir qui, d'un côté, communique avec un escalier venant du premier étage,
et de l'autre, avec des caves ou des souterrains creusés dans le rocher sous
le château. Cette porte est murée. Le couloir est éclairé par un petit jour.
L'entrée de cet escalier, composé de quatorze marches dans sa partie droite,
est fermée en dehors et de la même manière que l'entrée du corridor. Son
ouverture supérieure est à linteau sur consoles. Le plafond rampant est
composé d'une suite de linteaux sur consoles correspondant exactement aux
marches. Reste maintenant la tour de l'angle sud-ouest (K sur le plan).
C'est la plus grosse du château, c'était, selon moi, le donjon, la maîtresse
tour dont parle Froissart. Son nom est la Thomasse. Elle se compose de trois
étages surmontés d'une terrasse. Vers la campagne, le côté extérieur de la
tour est régulièrement circulaire; vers l'intérieur du château, elle est à
pans coupés irréguliers. Les trois salles superposées que renferme ce donjon
sont d'une irrégularité remarquable. Le rez-de-chaussée et le second étage
sont hexagones, mais d'une dimension différente, et leurs faces ne sont pas
tournées dans le même sens. Le premier étage est octogone; mais ce qu'il y a
de plus singulier, c'est que partout les faces ne sont pas d'égales
dimensions, et que les angles sont plus ou moins obtus; ce qui donne aux
plans, et surtout à la coupe, des formes tout à fait insolites.
Trois issues donnaient entrée dans la Thomasse; mais cependant il ne faut
pas croire qu'il était aisé d'y pénétrer malgré le capitaine de la
forteresse. Toutes offraient à l'assaillant des obstacles si difficiles à
surmonter, que cette tour devait être considérée au moyen âge comme
imprenable de vive force. Une de ces issues se trouvait sur le chemin de
ronde; la seconde, dans l'intérieur du château, et la troisième, au bout
d'un long couloir, dans les lices, près de la tour du sud-est. Pour monter
sur le chemin de ronde, revenons vers la tour du nord-ouest, passons sur le
pont rustique qui la traverse, et suivons le sommet de la courtine qui, de
cette tour, va rejoindre la Thomasse. Sur notre route, nous rencontrons une
réparation faite au mur à la suite d'un éboulement, peut-être d'une brèche;
là on remarque des corbeaux destinés à supporter des hourds, et des latrines
faisant saillie. Au point de rencontre du chemin de ronde et de la tour,
nous trouvons la porte d'un escalier très étroit, à rampe à peu près droite,
percé dans l'épaisseur du mur du côté nord de la tour. Remarquons, en
passant, cette tête grimaçante incrustée dans le mur, près de la porte; elle
provient d'un chapiteau appartenant à une construction plus ancienne. Cet
escalier nous conduit sur la terrasse, d'où nous jouissons du plus
merveilleux des panoramas. La terrasse est à pans coupés, au lieu de suivre
parfaitement le plan du reste du donjon. Les créneaux ont été démolis; on
n'a conservé qu'un parapet haut d'un mètre environ, sur lequel on cultive,
dans des tuiles creuses, des iris et diverses autres plantes qui font un
charmant effet lorsqu'elles sont en fleur mais n'empêchent pas cependant de
regretter l'ancien crénelage qui devait donner à cette tour un bien autre
caractère. La terrasse, n'offre rien de particulier. Un deuxième escalier a
été ménagé pour le service des toitures du corps de logis.
De la terrasse, on ne pouvait descendre dans le second étage de la Thomasse
qu'en revenant sur le chemin de ronde. Ce second étage, au-dessus du
rez-de-chaussée, se trouve être presque le rez-de-chaussée par rapport à la
cour du château; mais il ne faut le considérer que par rapport à la tour
elle-même. Revenus sur le chemin de ronde, nous trouvons un escalier à vis,
dans lequel on ne peut plus pénétrer, mais dont la cage paraît très bien, au
nord, dans l'angle formé par la courtine et le donjon. Cet escalier
desservait aussi, sans aucun doute, les appartements maintenant ruinés ou
condamnés qui s'appuyaient contre la courtine de l'ouest, percée de quelques
meurtrières; on voit également une meurtrière dans le milieu de la cage de
l'escalier, qui se prolonge jusqu'au pied de la tour. On descendait
autrefois dans la Thomasse par cet escalier, condamné maintenant, et qui
était suivi d'un long couloir percé dans l'épaisseur du mur et conduisant à
une porte qui s'ouvre à une assez grande hauteur au-dessus du sol de la
chambre. Une échelle ou un escalier mobile en bois, qu'on retirait lorsqu'on
voulait intercepter la communication, servait à descendre du seuil élevé de
cette porte dans la grande salle du second étage. Ce passage ne devait
d'ailleurs être fréquenté que par des hommes chargés de la surveillance des
courtines et des terrasses. En prenant la route ordinaire, c'est-à-dire
celle que devaient suivre en temps de paix les personnes qui désiraient
entrer dans le donjon, il fallait traverser la cour, entrer dans le corps de
logis qui s'appuie contre la courtine du sud, et parvenu en face de la porte
on en trouvait le seuil à 4m50 au-dessus du niveau du sol de ce corps de
logis, de sorte qu'il fallait escalader cette porte pour y entrer.
Maintenant, en prenant cette direction, nous trouverons tous ces obstacles
aplanis: un escalier en pierre nous mène au seuil de l'entrée si nous venons
de la cour; si, au contraire, nous traversons les appartements modernes,
dont le sol a été exhaussé, nous y parvenons de plain-pied. Cette réparation
était d'autant plus utile, que cette salle a été transformée en cuisine.
La porte s'ouvre sous un arc ogival, suivi d'un long couloir droit, à voûte
bombée, occupant toute l'épaisseur de la muraille. Au bout de ce couloir,
nous nous trouvons dans la cuisine actuelle; mais comme cette destination
est moderne, nous n'avons pas à nous en occuper. C'est une vaste salle
hexagone dont la voûte très élevée a six nervures épannelées qui partent
d'une clef sans ornement, et retombent aux angles sur des culs-de-lampe dont
un seul est pyramidal et les autres représentent des têtes fort
grossièrement sculptées. Deux fenêtres, carrées à l'extérieur, éclairent
cette salle. Dans leurs embrasures, recouvertes d'une voûte bombée, existent
deux bancs en pierre. Nous ne manquerons pas de faire remarquer que
l'ouverture de ces fenêtres n'est pas dirigée vers le milieu de la salle, de
sorte qu'elles éclairent bien plus fortement les alentours de la cheminée
que le reste de l'appartement. Il est probable que l'architecte, en leur
donnant cette direction, avait pensé aux journées sombres de l'hiver, et
avait voulu éviter au gouverneur la nécessité de s'éloigner du feu pour voir
ce qui se passait au dehors. Un évier moderne remplace une ancienne
meurtrière. On peut s'assurer de cette destination primitive en examinant
l'extérieur, où l'on retrouve l'extrémité inférieure de la fente de la
meurtrière. On arrivait aux latrines par une porte à linteau sur consoles et
un corridor coudé. Pour descendre dans le premier étage, il faut reprendre
le couloir de la porte par où nous sommes entrés. A gauche, nous rencontrons
la porte d'un escalier droit qui descend dans l'épaisseur du mur. Après
avoir franchi douze marches, nous arrivons au palier, où commence un couloir
qui tourne brusquement sur lui même par deux angles presque droits: là, il
était éclairé par un petit jour, qui plus tard a été agrandi pour former une
porte condamnée maintenant; puis après un autre détour, le couloir vient
déboucher dans une antichambre.
Nous voici donc sur le palier, descendons-le, et tournant brusquement à
droite, nous nous trouvons à l'entrée d'un escalier droit, dont le plafond,
comme celui de tous les autres escaliers du donjon, est divisé en autant de
linteaux sur consoles qu'il y a de marches à franchir. Il nous conduit dans
le premier étage, dont la salle octogone est voûtée comme celle qui est
au-dessus. Les nervures retombent sur des culs-de-lampe pyramidaux et se
réunissent sans clef saillante. Cette salle est éclairée par trois fenêtres
qui s'ouvrent sous une embrasure ogivale. Elles sont carrées et divisées en
deux par un meneau vertical, carré, monolithe, de la plus grande simplicité.
On a réservé au milieu de ce meneau, du côté de l'intérieur, une gâche pour
les verrous quand on fermait les volets. Deux de ces fenêtres sont
primitives; la troisième a été dénaturée lors des dernières réparations. La
porte des latrines est a linteau sur consoles; leur siège, placé à
l'extrémité d'un corridor coudé, est de quatre marches plus élevé que le sol
de la salle. Un siège, renfermé dans une guérite saillante, est placé juste
dans l'angle formé par la tour et la cage de l'escalier à vis. De la
meurtrière, on a fait, dans les dernières réparations, une porte conduisant
dans une petite antichambre moderne, oit a été établi un escalier en bois
plus commode que les escaliers anciens, pour descendre dans le premier
étage, où M. Pirly a placé sa bibliothèque, dans laquelle abondent les bons
livres. Il est impossible de trouver un cabinet de travail plus agréable.
Cette salle a été badigeonnée à grands frais par un décorateur qui avait la
prétention de faire des peintures gothiques; s'il avait vu des décorations
de châteaux de la fin du XIIIe siècle, il aurait fait un bijou de cette
grande salle, et la bourse du propriétaire s'en serait trouvé moins légère
après le solde du compte.
Une porte à linteau sur consoles, cachée derrière la bibliothèque et masquée
très adroitement par une porte imitant les rayons des livres qui
l'avoisinent, est percée au milieu d'une des faces de l'octogone, et s'ouvre
sur un escalier fort rapide qui tourne brusquement à angle aigu dans
l'épaisseur du mur. Descendons les trente marches de sa rampe presque
droite; remarquons en passant, que le rocher paraît dans l'angle aigu de cet
escalier, qui après une seconde courbe, vient aboutir dans l'embrasure d'une
meurtrière du rez-de-chaussée. Celui-ci est hexagone, comme le second étage,
mais il n'a que 6m27 dans sa plus grande largeur, et les murs ont 4m10
d'épaisseur. Les meurtrières, dont les niches sont recouvertes d'une voûte
ogivale, sont cruciformes à l'extérieur et quelque peu plongeantes, ce qui
prouve que le sol, près de la tour, a été fort exhaussé; car du sol actuel
on atteint facilement le milieu des meurtrières: leur direction plongeante
eût été inutile dans l'état actuel des lieux. Si l'on en juge par la hauteur
du seuil de la porte des lices, le remblai au pied de la tour est d'environ
quatre mètres. La tour, qui a maintenant 25m30 de haut, avait donc une
élévation de 29 mètres environ avant le terrassement. Contre une des parois
du rez-de-chaussée, le rocher est à nu et on n'a pas même pris la peine de
le ravaler, de sorte qu'il avance beaucoup dans l'intérieur de la salle. Il
est rare de rencontrer une construction plus irrégulière que celle de cette
tour. Nous avons vu que l'on entrait dans la Thomasse par trois issues; nous
en avons étudié deux, voyons la troisième, qui n'est pas la moins
intéressante. Pour cela, remontons dans l'antichambre que nous avons
traversée pour venir du second étage dans le premier, et attendons là un
visiteur qui aura choisi cette troisième issue pour entrer dans le donjon.
Nous le supposons dans les lices et au pied de la tour du sud-est. Il suit
un moment la courtine du sud, et arrive près d'une ancienne porte. A peine
a-t-il franchi le seuil qu'il se trouve sous un assommoir, ou plutôt un
échaudoir, dont l'orifice est dans une petite chambre du premier étage. Cet
obstacle franchi, il arrive en ligne droite où le corridor fermé par une
porte tourne brusquement à gauche. Plus tard, les défenses de la poterne ont
été augmentées; on a muré le premier couloir, de sorte que la porte est
devenue inutile; on a percé une autre porte au fond d'un angle rentrant,
puis devant cette porte on a bâti une petite chambre, espèce de barbacane.
Si le visiteur que nous attendons prend cette direction, il lui faudra
franchir trois portes dirigées dans trois directions différentes avant
d'arriver dans un couloir. En entrant dans la poterne, il a dû remarquer une
tête humaine grimaçante encastrée dans la muraille; elle a dû être prise
dans un monument de la fin du XIIe siècle. La porte franchie, il se trouve
en face d'un long couloir qui monte en pente assez raide, entre le mur de
courtine et le rocher, jusqu'à l'antichambre placée derrière la courtine, à
une hauteur correspondant au milieu du premier étage. La partie supérieure
de cette antichambre et celle de la suivante n'existent plus, de sorte qu'on
ne peut voir si elles étaient voûtées. Arrivé à cette hauteur, il apercevra
deux meurtrières dans une niche en cintre bombé. Une défendait l'approche du
donjon dans le redan du mur qui a été fermé ces dernières années par un mur.
Ce redan ne descend pas jusqu'à la base du donjon, mais seulement jusqu'au
rocher, qui est assez élevé dans cette partie et c'est ce qui avait rendu
cette meurtrière nécessaire, ainsi que celle qui servait en même temps à
éclairer l'escalier. La deuxième meurtrière de l'antichambre donne sur les
lices. Plus tard, elle a été métamorphosée en grande fenêtre qui depuis a
été à moitié murée. Arrivé à l'antichambre, notre visiteur remarquera
qu'elle était séparée de l'autre antichambre par un mur fort épais dont il
ne retrouvera qu'un arrachement et partout ailleurs la base à fleur de sol.
Telles étaient les trois entrées de cette tour. Si le constructeur des
Quatre Sos avait établi de bonnes défenses du côté de la ville, s'il avait
su profiter des escarpements naturels du côté du Charros, il avait également
apporté ses soins à celui qui regarde la Garonne. Il fallait ménager à la
garnison une issue du côté de l'eau par où l'on pouvait ravitailler la
forteresse.
Si donc nous désirons entrer dans le château par ce côté, nous descendons
sur le bord de la Garonne, et nous nous trouvons sous un mur assez élevé
encore, quoique sa base ait été considérablement enterrée. Dans ce mur
s'ouvre une grande porte ogivale: cette porte a cela de particulier, d'abord
qu'elle s'ouvre dans un avant-corps du haut duquel on pouvait prendre en
flanc les assaillants qui s'approchaient du pied des murailles, et ensuite
que l'assommoir, au lieu de précéder la herse pour la défendre, ce qui était
l'usage dans les forteresses anglaises du Bordelais, précède les vantaux de
la porte. Tout le mur qui fait face à la rivière a été dénaturé à une époque
déjà ancienne; les créneaux et les meurtrières ont été enlevés, et
dernièrement il a fallu en démolir une partie pour établir un large chemin
entre le terrassement de la voie ferrée et le château. Un mur moderne a été
élevé en arrière de l'ancien. Il y a eu un changement complet du côté de la
ville, mais les courtines sont parfaitement conservées; leur sommet n'est
pas de niveau, mais il s'élève par ressauts inégaux, de sorte que
l'extrémité qui touche la Thomasse, est beaucoup plus haute que l'autre. Une
corniche au sommet du mur donne au chemin de ronde une largeur suffisante.
Le parapet est percé de meurtrières carrées à l'intérieur, et ne présentant
à l'extérieur qu'une simple fente verticale. La construction des lices n'est
pas aussi ancienne que celle des tours; elles doivent dater du commencement
du XIVe siècle. On s'aperçut bientôt qu'il était imprudent de laisser
l'ennemi s'approcher sans obstacle du pied de la forteresse, et on bâtit les
lices. On appuya une des extrémités du mur à la Thomasse sans relier les
deux constructions; on en fit sans doute autant du côté opposé, qui n'existe
plus. On rendit ainsi une des meurtrières du rez-de-chaussée de la maîtresse
tour inutile; mais cette perte était bien compensée par l'avantage qu'on en
tirait pour la défense générale du château.
Après avoir franchi la porte des lices, on se trouve sous un long couloir
voûté dont l'axe n'est pas juste en face de celui du couloir de l'ancienne
porte, et au bout duquel un chemin creux en pente douce monte au niveau du
sol actuel des lices, sol qui primitivement était bien plus bas
qu'aujourd'hui, du moins au pied du donjon, car il a conservé près de la
tour du sud-est son niveau, bien plus élevé encore à présent que celui qui
entoure la maîtresse tour. Des terrassements pour établir des batteries ont
été élevés à l'intérieur des murs des lices du côté rivière et jusqu'à leur
sommet; c'est peut-être alors que le couronnement de ces murs a été démoli.
On a construit le long couloir qui suit la porte. Est-ce cette porte qui est
désignée, en 1543, sous le nom de poterne dans la transaction passée entre
le capitaine du château des Quatse-Sos et les jurats de La Réole? "Item,
aussi a esté dict que ladicte ville ouvrira la porte appelée de la pouterne,
pour l'abreuvage des chevaulx, entrées et yssues d'iceulx". Nous avons vu
que dans la ville aucune porte ne portait ce nom là. Maintenant que nous
connaissons ce beau monument dans son ensemble et dans ses détails, il faut
revenir un peu sur nos pas et reprendre le récit que fait Froissart du siége
de 1345. Il nous dit que le comte de Derby, après la prise de la ville, fit
environner le château et dresser tous les engins qui, nuit et jour, ne
cessaient de lancer des projectiles contre les murs, mais ne leur faisaient
pas grand mal, car ils étaient extrêmement hauts, "et ouvrés jadis de mains
de Sarrasins, qui faisoient les soudures si fortes et les ouvrages si
estranges, que ce n'est point de comparaison à ceux de maintenant". Ici,
Froissart calomnie son siècle. Les constructions du XIVe siècle sont
admirables et fort solides; on n'a qu'à voir, pour s'en convaincre, les
châteaux et les églises de cette époque. En second lieu, les Sarrasins ne
sont pour rien dans la construction du château de La Réole: il était bâti
depuis cent ans environ lorsque le comte de Derby vint l'assiéger.
D'où peut venir cette erreur de notre ancien chroniqueur? Vantait-on alors,
comme le font bien des personnes de nos jours, les temps anciens au
préjudice du temps actuel? Ou bien, alors comme aujourd'hui, faisait-on voir
à La Réole des constructions en briques sarrasines? Erreur qui se comprend
maintenant, mais qui était alors impardonnable, puisque des parties de
monuments contemporains étaient bâties de cette façon. Voyant que ses engins
ne pouvaient rien contre ces solides murs, le comte de Derby résolut de
faire miner le château. Les mineurs renversèrent une basse tour des
enceintes du donjon, mais ne purent miner celui-ci, parce qu'il était bâti
sur une roche dont on ne pouvait trouver le fond. Cette basse tour des
chaingles ne pouvait être que dans les murs des lices, où le terrain
d'alluvion est facile à miner, et qui est le point le plus rapproché de la
maîtresse tour. Il faut remarquer que là, le mur près de la lézarde signalée
plus haut a évidemment été reconstruit ou réparé. Froissart raconte que le
capitaine du château, Aghos de Baulx, fut fort effrayé de cette sorte
d'attaque et capitula. Aghos de Baulx devait connaître parfaitement sa
forteresse; il devait savoir qu'elle était bâtie sur une roche dure, qui est
apparente encore même dans l'intérieur des tours, et que, par conséquent, il
n'était pas possible de la miner; mais lui et ses compagnons devaient être
ennuyés de ce long siège, les vivres et les munitions commençaient peut-être
à manquer, et il aima mieux accepter de suite une capitulation honorable
puisque ses ennemis étaient décidés à la lui accorder, que de prolonger sa
défense et d'être obligé plus tard de se rendre sans conditions.
Lorsqu'on examine avec attention ce beau donjon, on est frappé de la
différence qui existe entre la construction extérieure des deux salles du
bas avec celle du haut. En bas, toutes les pierres sont unies, presque
neuves, ne paraissent pas avoir souffert; en haut, au contraire (je ne parle
pas de la terrasse), les pierres sont ornées d'un bossage, comme celles des
murs d'Aigues-Mortes construits par saint Louis, de la porte des Tours à
Dôme bâtie par Philippe le Hardi, et des parties de la cité de Carcassonne
datant du XIIIe siècle. La plupart de ces pierres sont fortement dégradées
et paraissent l'avoir été par suite de chocs qu'elles ont reçu:
quelques-unes sont remplacées par des pierres neuves. Dans la maçonnerie du
deuxième étage seulement ont été incrustées des sculptures représentant des
figures humaines hideuses ou des têtes d'animaux: les unes ayant servi de
consoles, les autres de chapiteaux. Si on s'en rapporte aux caractères
fournis par l'appareil et quelques détails, le bas du donjon est du XIVe
siècle et le sommet du XIIIe, à l'extérieur seulement, car il y a unité
parfaite à l'intérieur. Cette anomalie peut s'expliquer par une reprise en
sous-œuvre exécutée après le siége de 1345. Lorsque Aghos de Baulx eut rendu
le château, le comte de Derby y laissa un commandant de sa nation chargé de
garder la ville et le château, "et remettre à point et réparer ce qui brisé
et rompu étoit". C'est sans doute alors qu'on reprit en sous-œuvre le
parement extérieur du donjon, contre lequel devaient avoir été dirigées
toutes les attaques des assaillants. Le bas avait probablement été plus
dégradé que le haut, où l'on ne fit que remplacer les pierres les plus
endommagées. Le sommet cependant où les hourds servaient de but à
l'artillerie des assiégeants, avait tant souffert, qu'il fallut le refaire à
neuf comme la base. Dans la partie refaite à neuf au milieu du XIVe siècle,
les meurtrières sont cruciformes; une d'elles n'a qu'une fente verticale,
mais pattée aux deux extrémités. Dans toutes les autres parties du château,
elles ne présentent qu'une simple fente verticale, forme antérieure à celle
en croix usitée surtout en Bordelais pendant le XIVe siècle.
Si le château des Quatre-Sos n'a pas, même dans le pays, la réputation qu'il
mérite, c'est que bâti au-dessous de la ville, il est dominé, non seulement
par l'église Saint-Pierre et le grand corps de logis du couvent, mais encore
par les plus humbles maisons; c'est que la base des tours est presque au
niveau des eaux de la Garonne; c'est que les magnifiques arbres qui poussent
dans la cour et les anciens fossés, par leur hauteur inusitée, empêchent le
spectateur de se faire une idée de celle des tours; c'est qu'enfin parce que
le château de La Réole, au lieu d'être isolé comme bien d'autres plus connus
et qui ne le valent pas, fait partie d'une ville renfermant de nombreuses
curiosités. C'est peut-être ici le lieu de faire remarquer le laisser-aller
avec lequel sont faits certains ouvrages édités à Paris, surtout ceux qui
traitent de la Guienne, ouvrages répandus dans la France entière et
jouissant même d'une certaine réputation. On trouve dans la France
illustrée..., par V.-A. Malte-Brun, une phrase qui prouve que cet auteur a
fait une description de La Réole sans l'avoir vue et sans avoir même
consulté les publications locales qui pouvaient très bien le renseigner.
Voici cette phrase: "Les rues sont bordées de maisons mal bâties. La Réole
n'a conservé aucune ruine intéressante, ni de son monastère, ni de ses
églises, ni de son château-fort et des trois enceintes qui la protégeaient".
On a dû voir par la description qui précède ce qu'il faut penser des
descriptions de M. V.-A. Malte-Brun et de l'ouvrage au frontispice duquel il
a placé son nom. Si l'on veut voir l'ensemble du château dans son plus bel
aspect, et jouir en même temps d'un magnifique point de vue, il faut prendre
la route de Gironde et s'arrêter au sommet de la côte. De là en se
retournant on aperçoit, au premier plan, les mouvements de terrain qui
descendent dans la vallée du Charros. Plus loin, le château et ses vieilles
tours, dominés par l'église et le couvent, forment le motif principal du
tableau; à gauche et entre les arbres, une partie de la ville et ses
toitures de toutes les formes; à droite, la voie ferrée et la rivière
traversée par le pont suspendu, et par-dessus tout cela, l'immense vallée de
la Garonne, bornée à l'horizon par les coteaux noyés dans une vapeur
transparente. Il n'est peut-être pas de tableaux ou les contrastes soient
plus frappants que dans celui-ci, et ou existe en môme temps une plus grande
harmonie. Les lignes horizontales de la plaine, coupées par les lignes
verticales du clocher, sont loin de produire un effet désagréable. Le
couvent et le château, symboles d'une civilisation éteinte, à côté de la
voie ferrée, du bateau à vapeur et du pont suspendu, œuvres d'hier, déjà si
perfectionnées, et qui nous font entrevoir, pour l'avenir, bien d'autres
merveilles produits de la science et de l'industrie modernes, offrent par
leurs lignes bien agencées une admirable perspective. (1)
Éléments protégés MH: le château, la tour Thomasse, la tour sud est,
la tour nord ouest, les courtines situées entre ces tours avec les toitures
qui les protègent : classement par arrêté du 9 novembre 1960. (2)
château des Quatre Sos 33190 La Réole, tel. 05 56 61 13 55, propriété
privée, visite des extérieurs uniquement.
Ce site recense tous les châteaux de France, si vous possédez des documents
concernant ce château (architecture, historique, photos) ou si vous
constatez une erreur, contactez nous. Propriétaire de cet édifice, vous
pouvez enrichir notre base de données en nous adressant un historique
détaillé, merci.
source
de la photo par satellite:
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de droite sous licence Creative
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dans ce département. |
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