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Château d’Agassac à Ludon-Médoc
 
 

   La seigneurie d'Agassac remonte à une époque fort reculée ; mais jusqu'à présent on ne connaît ses possesseurs qu'à partir de la fin du XIIIe siècle. En 1274, un Gaillard d'Agassac était sénéchal de Saintonge. Il paraît qu'alors il pouvait user dans ses terres du droit de haute et basse justice, peut-être même l'avait-il usurpé; en effet, ce seigneur, ou son successeur qui portait le même nom avec la qualification de damoiseau, avait eu, au mois de février 1287, ses fourches patibulaires renversées par Pierre de Roquetaillade, bailli de Blanquefort; il l'attaqua en 1289 devant la Cour de Bordeaux. Le bailli demandait un délai qui ne lui fut pas accordé, parce que le renversement des fourches avait eu lieu depuis plus de deux ans et que l'affaire s'était passée entre particuliers. Cependant, Pierre de Roquetaillade gagna son procès, comme nous le verrons plus loin, et la seigneurie d'Agassac passa dans la juridiction de celle de Blanquefort. En 1294, un seigneur de ce château, portant encore le même nom, reçut une lettre semblable à celle qui fut écrite au seigneur de Blanquefort. Le 19 octobre de l'année suivante, le roi d'Angleterre écrivit à Gaillard d'Agassac, damoiseau, pour le remercier d'avoir, pour la défense de ses droits et pour la liberté du pays, payé de sa personne avec autant de courage que de libéralité; il prend, ajoute le monarque, une vive part aux tourments que la guerre lui a causés; il l'engage néanmoins à prendre courage, parce qu'il envoie au secours de l'Aquitaine son frère Edmond, comte de Lancastre, accompagné d'une certaine quantité de barons d'Angleterre. Gaillard d'Agassac avait fait un voyage en Angleterre, où il avait été mandé par le roi; la preuve nous en est donnée par les dettes qu'il avait contractées à Londres, et dont le compte de 1299 a été publié par M. Delpit. En 1307 le pape ménageait la paix entre les rois de France et d'Angleterre.
Jean de Ferrère et Gaillard d'Agassac, damoiseau, fils probablement du précédent, furent chargés par le Souverain Pontife de passer en Angleterre pour s'entendre avec Édouard II, qui venait de succéder à son père. En 1312, ce monarque lui écrivit qu'il était sûr de sa fidélité, et qu'à cause de ce, il comptait sur lui dans le cas où de nouvelles luttes viendraient à s'engager; il lui recommande de s'équiper le plus honorablement possible, de se munir d'armes et de chevaux, de choisir des hommes d'armes courageux, et de se tenir prêt au premier appel à venir à son secours. Il sait par expérience qu'on peut compter sur ses services. Il lui recommande de lui faire savoir par une lettre ce qu'il a l'intention de faire et quel est le nombre d'hommes qu'il peut mettre sous les armes. Une lettre semblable fut écrite le même jour à un grand nombre de seigneurs gascons, parmi lesquels on trouve un Amanieu d'Agassac, probablement fils ou frère de Gaillard; Bernard d'Escoussans, Guillaume Sans de Pommiers, Guillaume Seguin de Rions. Cette lettre est datée du 15 avril; et le 6 mars de l'année suivante, peut-être de la même année, il était mort, puisque le roi concède le baillage de Lancras, en Saintonge, à Rosamunde, sa veuve. En 1314-15, le roi y ajouta le manoir et le baillage de Champaigne. Il est probable que Rosamunde avait un fils dont elle était tutrice, ou que ce fils, ou son beau-frère si elle n'avait pas d'enfants, avait hérité de la seigneurie. Nous trouvons en effet une lettre d'Édouard II, datée du 30 septembre 1324, par laquelle il engage plusieurs seigneurs de Gascogne, entre autres celui d'Agassac, à lui être fidèles dans la guerre contre la France. Le 8 février 1327, il leur écrit de nouveau pour les louer de la fidélité dont ils ont fait preuve dans les temps difficiles qu'ils ont eu à traverser.
Dans ces deux lettres, ce seigneur n'est désigné que sous le titre de dominus de Agasat; mais dans la suscription d'une troisième lettre qui lui fut écrite le 15 mars 1329, il est nommé Gaillard. Édouard III lui écrivit de nouveau le 27 avril 1330 pour le louer de sa fidélité, lui annoncer qu'il va employer tous les moyens en son pouvoir pour faire disparaître les abus, inséparables des luttes passées, qui se sont glissés dans le gouvernement de la Guienne, et que les négociations qu'il a entamées avec la cour de France assureront la paix. Ici encore, il n'est désigné que sous le nom de seigneur d'Agassac. Il en est de même dans une lettre que lui écrivit le roi pour le remercier de ses services. Dans une autre lettre à peu près semblable, écrite par le même roi le 4 juin 1340, on le trouve encore sous le nom de Gaillard. Le 1er juin 1342, le roi ordonna au connétable de Bordeaux de payer les gages qui étaient dus à Gaillard et à ses hommes d'armes, pour le temps qu'ils avaient passés à son service en Aquitaine. Il lui concéda en même temps le baillage de Champaigne et de Lancras, avec les rentes de la forêt de Baconeys qu'avait possédées Rosamunde, comme nous l'avons vu plus haut. Ce Gaillard d'Agassac n'avait pas d'enfants, ou la seigneurie lui fut enlevée, puisqu'elle faisait partie, une trentaine d'années plus tard, des possessions de la puissante maison d'Albret. Il avait eu, en 1338, un procès assez fâcheux, procès jugé par ce même Pierre de Roquetaillade qui, cinquante ans environ auparavant, avait fait abattre les fourches patibulairesd'Agassac. Bérard d'Albret, seigneur de Langoiran et de Verteuil, laissa par son testament, daté du 24 novembre 1377, la terre d'Agassac à Rose d'Albret sa sœur, dame de Montferrand. Bérard de Montferrand, qualifié seigneur d'Agassac, obtint, le 3 juin 1436, le commandement du château de la ville de Marmande; il porte la même qualification dans un acte du 14 mars 1441.
Le seigneur d'Agassac était en 1491 sous les ordres du maire de Bordeaux pour y garder la ville. Était-il de la maison de Montferrand ou de celle de Du Sault, qui posséda ensuite la seigneurie d'Agassac? On trouve, en effet, qu'elle appartenait à Jean Du Sault, qui était mort en 1517. A la fin du même siècle, le 19 juillet 1580, messire Louis-Ricard de Gourdon de Genouillac, comte de Vaillac, gouverneur de Bordeaux et du Château-Trompette, chevalier du Saint-Esprit, en était seigneur. La famille de Pommiers succéda à celle de Genouillac. M. de Pommiers, qui était du Parlement de Bordeaux, prenait le titre de baron d'Agassac. Au mois de juin 1650, le duc d'Épernon, ayant appris la défaite de la garnison de l'Ile-Saint-Georges, dirigea ses troupes sur le haut Médoc, qu'elles ravagèrent entièrement. Elles durent ne pas oublier le château d'Agassac, qui appartenait à un des adversaires du duc. Nous verrons plus loin qu'à la suite de ce sac, le château eut besoin de réparations. Douze ans plus tard (juin 1652), la plupart des membres du Parlement, proscrits par l'Ormée, s'étaient retirés chez le président de Pommiers, leur doyen, dans le château d'Agassac, d'où ils revinrent quelque temps après. En 1766, M. Sauvat de Pommiers, baron d'Agassac, épousa demoiselle Marie-Anne Leblanc Noguès, cousine de l'impératrice Joséphine. Le château subit alors des réparations qui, jointes à celles qu'on avait faites au XVIIe siècle, détruisirent l'harmonie de son style primitif. M. Sauvat de Pommiers mourut en 1826. L'une de ses filles, Gabrielle-Henriette-Laure Sauvat de Pommiers, épouse de J.-B. Casterot, ancien commandant des gardes municipales de Bordeaux, se rendit, le 17 juillet 1830, par suite de licitation et partage de la succession de son père, adjudicataire des deux tiers des château et domaine d'Agassac. M. Marcel Richier, qui avait épousé Mlle Marie-Anne Casterot, fille de la susnommée, acheta à sa belle-mère, le 3 juillet 1841, les deux tiers desdits château et domaine, et se rendit adjudicataire de l'autre tiers le 13 janvier 1857. Il se trouve propriétaire de la totalité. M. Richier, un des premiers agronomes et l'un des grands viticulteurs de la Gironde, a fait, à force de soins et de travaux bien entendus, de son domaine d'Agassac une des plus belles propriétés du haut Médoc. Depuis longtemps la juridiction d'Agassac, qui avait été séparée de celle de Blanquefort, s'étendait sur le bourg de Ludon, les villages de Taste, du Grand-Bergeyet de Gillet.

Description du château d'Adassac:

Le château d'Agassac est situé au sud de la commune, isolé entre des zones d'habitation à l'ouest, des vignes au nord, des zones de marécages à l'est qui s'étendent jusqu'à la Garonne et un grand parc au sud. Le domaine est composé de l'ancien château, de son pigeonnier, de son chai-cuvier ainsi que de nouvelles constructions techniques et administratives à l'ouest. Un vivier en L, alimenté par un fossé à l'ouest et une succession de bassins, inonde les douves recouvertes de parement et interrompues par un pont dormant à deux arches donnant accès à la plateforme de la bâtisse. Le château est une construction quadrangulaire avec tour circulaire à chaque angle ; les corps de logis sont élevés sur un rez-de-chaussée et un étage, le troisième niveau étant réservé à l'étage de comble. Les deux tours nord sont construites en moyen puis grand appareil régulier du bas vers le haut ; elles sont percées d'archères cruciformes à étrier et surmontées d'un mâchicoulis, le tout coiffé d'un toit en poivrière ardoisé. La tour sud-ouest est construite sur un niveau de fondation visible ; sur les deux faces, des consoles à ressaut offrent l'assise nécessaire pour supporter la chapelle de plan pentagonal du premier étage. S'élevant sur deux niveaux, cette dernière est percée de deux baies trilobées (dont l'une surmontée de deux corbeaux, vestiges d'un ancien hourd, d'un oculus et de plusieurs fenêtres verticales, le tout couvert d'ardoise. La tour sud-ouest est édifiée sur un lit de fondation découvert, similaire à la tour de la chapelle. Elle est percée d'archères cruciformes à étrier et couverte d'un toit polygonal en ardoise.
Le château est composé de plusieurs parties, dont deux corps de logis principaux. Le premier corps de logis occupe la partie nord du château et englobe également la tour d'escalier. Il est ouvert au rez-de-chaussée par la porte d'entrée, cintrée, donnant accès au vestibule, puis d'une croisée (sans meneau ni traverse) éclairant la grande salle. À l'intérieur, le vestibule mène à la tour d'escalier rejetée dans l'angle sud-est, et dessert la grande salle. Cette dernière est ouverte par une porte retaillée en partie dans une ancienne ouverture à moulures à listels (se recoupant par le haut) et d'une base buticulaire précédant une porte à linteau en accolade donnant sur l'escalier. La pièce est agrémentée d'une cheminée à claveaux à crossettes et piédroits à base buticulaire. Une trappe proche du mur sud laisse un accès à la cave. Les angles nord-ouest et nord-est donnent dans la partie basse des tours. L'étage est composé d'une salle haute dont la porte d'accès est à moulures à listel (se recoupant par le haut) et base buticulaire. La pièce est éclairée par une demi-croisée et une croisée à appui sculpté ; une porte à moulures à listel ouvre sur un couloir (petit bureau) percé de deux demi-croisées donnant accès au premier étage de la tour nord-est. L'étage de comble couvre la partie "salles" et se compose d'une salle sous charpente à chevrons formant-ferme dont plusieurs sont numérotés au réglet-, quelques marches descendent vers la partie haute de la tour nord-ouest ouverte par un arc brisé. La cage d'escalier est surmontée d'une salle couverte en charpente à chevrons formant-ferme et sous-faîtage, l'ensemble des pièces sont chevillées ou à tenon et mortaise. Le dernier étage de la tour nord-est, ouverte également par un double arc brisé, donne sur le toit d'un local technique. La tour d'escalier est quadrangulaire, les marches provenant d'une ancienne vis, sont insérées maladroitement dans un mur-noyau allongé qui s'appuie lui-même sur la première marche.
Le second corps de logis, orienté est-ouest, occupe la partie sud du château. Il possède deux pignons aigus à retour. En sous-sol se trouve la cave, dont les maçonneries correspondent à l'emprise supérieure ainsi que les pierres de départ d'une ancienne voûte. Au rez-de-chaussée, deux salles occupent l'espace ; chacune est percée de deux croisées (dont deux transformées en portes-fenêtres). La première salle, lambrissée, porte un décor néogothique ; la cheminée est composée de cariatides ainsi que deux panneaux aux motifs Renaissance insérés dans les trumeaux de la hotte. La seconde salle est entièrement lambrissée et décorée de plusieurs tapisseries aux thèmes champêtres. À l'étage, une salle unique occupe l'espace, composée de deux cheminées de style Louis XV dans le mur sud. Une porte murée est masquée en partie par l'escalier. On accède à la tour sud-ouest ainsi qu'au premier étage de la chapelle ouverte par une porte murée à coussinets. L'étage de comble est éclairé d'un fenestrou et d'une croisée, l'ensemble est couvert d'une charpente du XIXe siècle à chevrons formant-ferme. On accède aux derniers étages de la tour sud-ouest et de la chapelle ; cette dernière est couvert par une charpente à demi-croupe, le tout posé sur une maçonnerie haute. Les souches de cheminée sont, pour certaines, accompagnées de tirants métalliques ; l'un de ces tirants prend la forme de la lettre F, sur la façade ouest. Un cartouche composé de deux anges tenant un écu, avec salamandre et fleur de lys, a été inséré dans la maçonnerie de la façade nord, à droite de la porte d'entrée. Cette dernière est surmontée de larges pierres horizontales et une verticale rappelant une fente de flèche. Au sud, se développe le parc avec ses allées. Un mur en galets et brique, formant un arc de cercle, est percé de trois jours semi-circulaires et constituait probablement un élément d'agrément du jardin. (1)

Éléments protégés MH: le château en totalité, y compris les douves, le pont et les canaux, les chais anciens (façades et toitures), le pigeonnier en totalité : inscription par arrêté du 19 septembre 2013. (2)

château d’Agassac 33290 Ludon-Médoc, tel. 05 57 88 15 47, propriété viticole, location du chai pour réceptions et séminaires...

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(1)   La Guienne militaire: histoire et description des villes fortifiées, forteresses et châteaux construits dans le pays pendant la domination anglaise. Tome 2, par Léo Drouyn (1816-1896) Éditeur: Didron (Paris). Date d'édition: 1865  
(2)
    source :  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/

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