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En 1330, Édouard III, roi d'Angleterre, permet à
Gaillard de Malengin (Malyngyn)de détruire une maison forte dans la
châtellenie de Puisseguin (Puy et Seguin). Il est difficile de savoir si ce
seigneur a donné son nom au château qu'il venait de construire, ou si déjà
cette localité le portait depuis longtemps; ce qu'il y a de positif, c'est
que, antérieurement à la domination romaine, le plateau qui sert d'assiette
à la forteresse était occupé; en effet, il est couvert de fragments de silex
taillés qui servaient d'armes et d'outils aux populations gauloises. Le 9
juillet 1363, Aymeric de Malengin (Melenguin), écuyer, figure au nombre des
seigneurs qui vinrent prêter serment au prince de Galles dans l'église de
Saint-André de Bordeaux. Comme tous les autres seigneurs gascons, ceux de
Malengin durent, suivant les circonstances et leurs intérêts, embrasser
tantôt le parti de la France, tantôt celui de l'Angleterre. En 1420, les
Bordelais, incités par le roi d'Angleterre, voulant porter un dernier coup
aux partisans de la France en Guienne, firent le siége de diverses villes et
châteaux des environs qui suivaient le parti de Charles VI. Le seigneur de
Malengin était de ce nombre; son château fut assiégé. On employa, pour cette
attaque, une bombarde qui lançait des boulets de 7 quintaux. Lorsque les
Bordelais faisaient leurs préparatifs de départ, le grand canon n'était pas
achevé, et les jurats ordonnèrent de le finir au plus tôt. Ces pièces
monstrueuses étaient fabriquées par un nommé Jean Gautier, officier
d'artillerie de la ville. Cette bombarde achevée, les jurats lui firent
fondre un autre gros canon qui lançait 500 ou 525 livres de balles (sine
quinlaus o sine quintaus et ung carteyron). Les jurats s'engagèrent à
fournir tout le fer et tout le charbon nécessaire pour son exécution.
Il fut fabriqué à la porte du Cailhau. A cette époque on réalisait des
pièces encore plus énormes et des engins qui luttaient de puissance avec les
bombardes. En 1382, les habitants de Gand assiégeaient Oudenarde; ils firent
"ouvrer, ordonner et charpenter à force sur le mont d'Audenarde, un engin
merveilleusement grand, lequel avoit vingt pieds de large et vingt pieds
jusqu'à l'étage, et quarante pieds de long; et appeloit-on cet engin un
mouton, pour jeter pierres de faix dedans la ville et tout effondrer. Encore
de rechef, pour plus ébahir ceux de la garnison d'Audenarde, ils firent
faire et ouvrer une bombarde merveilleusement grande, laquelle avait
cinquante-trois pouces de bec, et jetoit carreaux merveilleusement grands et
gros et pesants; et quand cette bombarde descliquoit, on l'ouoit par jour
bien de cinq lieues loin, et par nuit de dix, et menoit si grand'noise au
descliquer que il sembloit que tous les diables d'enfer fussent au chemin.
Encore firent faire ceux de Gand un engin et asseoir devant la ville, qui
jetoit croisseux de cuivre tout bouillant". Au commencement du XVe siècle,
"on avait épuisé toute l'échelle des calibres, depuis les tubes portant des
balles de plomb de trente-deux à la livre, jusqu'aux bombardes et mortiers
lançant des boulets de pierre de mille livres... Au siège de Caen en
Normandie, en 1450, il y avait vingt-quatre grandes bombardes dont
l'embouchure était si large, qu'un homme aurait pu s'asseoir dedans sans
baisser la tête". Avant le siége d'Orléans, en 1418, les Orléanais firent,
en prévision d'un siége, fondre des canons de divers calibres. Dix maçons
livrèrent quatre cent vingt deux pierres à bombardes; elles étaient de
quatre à soixante quatre livres, et coûtaient: les grosses, 6 livres le
cent; les moyennes, 6 livres 8 sols; les petites, 4 livres 1-6 sols. Tous
ces canons et bombardes étaient d'une bien faible portée en comparaison de
ce qu'on a obtenu plus tard; c'est à peine s'ils atteignaient à 700 mètres.
Cependant, au siége d'Orléans, on fondit un canon qui portait à 1,400
mètres, et atteignait les Anglais de l'autre côté de la Loire.
Le château de Malengin ne put résister à une si formidable attaque, et fut
pris par les Bordelais. Lorsque François 1er s'occupa de faire rédiger les
coutumes qui régissaient chaque province de son royaume, François de Belcier
fut chargé de convoquer les trois ordres à Bordeaux. On y voit figurer, dans
celui de la noblesse, Pierre de Lur, chevalier, seigneur d'Uza, de Fargues,
de Belin et de Malengin. La baronnie de Malengin était passée, en 1472, dans
l'illustre famille de Lur Saluces, par le mariage de Pierre de Lur avec
Isabelle de Montferrand, vicomtesse d'Uza, dame de Fargues, Belin, Aureillan
et Malengin. Cette terre n'avait pas changé de possesseur depuis cette
époque jusque vers 1845; mais M. le marquis Bertrand de Lur-Saluces l'a
vendue au milieu du XIXe siècle à M. Montauroy. Vers 1678, les possessions
de la dépendance de cette seigneurie étant en litige, on abandonna le
château, qui commença dès lors à tomber en ruines. Le rôle qu'a joué le
château de Malengin pendant le moyen âge a été si minime, qu'il n'est connu
que de fort peu de personnes; cependant ses ruines sont intéressantes, et
surtout extrêmement pittoresques. (1)
Le château est implanté sur la pointe d'un promontoire rocheux et est séparé
du plateau au nord ouest par deux fossés qui isolent une bande de terrain
sur laquelle est édifiée la chapelle. La base des murs formant cette
première enceinte est apparente. La chapelle est la partie la mieux
conservée du château: murs et voûtes subsistent encore. L'accès à
l'intérieur du château se fait par un étroit couloir creusé sous le rocher
et se prolongeant par des escaliers. Près de cette entrée se trouve une
sorte de cave creusée dans le roc, soutenue par des piliers carrés. Dans
l'angle nord se trouve le donjon carré à ciel ouvert. A l'extérieur du
château a été construite au sud-ouest une tour avancée qui commandait le
vallon sud et l'entrée des fossés.
Éléments protégés MH: le château de Malengin et sa chapelle (ruines) :
inscription par arrêté du 13 mars 1978. (2)
château
de Malengin 33570 Montagne, propriété privée, ne se visite pas, vestiges.
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