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Encore une seigneurie dont l'histoire
pourrait commencer par cette phrase à effet: "Son origine se perd dans la
nuit des temps". Espérons que les rares, mais fervents chercheurs de nos
annales finiront par éclairer quelque peu cette nuit, et que l'origine du
château de Podensac, comme celle de beaucoup d'autres localités, ne sera
plus une énigme. Déjà, au milieu du XIIIe siècle, le seigneur de Podensac
avait un rang distingué dans la noblesse de la Gascogne; il se nommait
Bertrand. Henri III, roi d'Angleterre, lui écrivit le 3 mai 1242 de se
trouver à Pons, le jeudi après la Pentecôte, avec deux chevaliers bien
montés et bien armés. Il est donc probable qu'il assista à la bataille de
Taillebourg. Le 25 septembre suivant, le roi lui écrivit de se trouver avec
tous ses hommes, à Sainte-Lazeille, le jour de la fête de Saint-Matthieu. Il
lui écrivit encore, le 12 novembre 1242, de se trouver bien équipé dans la
même ville, le vendredi après l'Octave de Saint-Matthieu; le 13 mars 1243,
de venir à Bordeaux le dimanche de la Mi-Carême, pour lui rendre hommage. Le
4 juin de la même année, le roi écrivit aux jurats de Bayonne qu'il leur
enjoignait de reconnaître pour maire Bertrand de Podensac, qui était de leur
pays, et à qui il donnait aussi la prévôté de la ville et la garde du
château, comme en avait été chargé Simon de Montfort, comte de Leycester; il
leur ordonna de lui prêter serment de fidélité. Le 19 mars 1274, un Bertrand
de Podensac, probablement fils du précédent, reconnaît tenir du roi
d'Angleterre le château de Podensac et toutes ses dépendances, ainsi que les
terres qu'il possédait dans la paroisse de ce nom; il possédait également
des domaines dans les paroisses de Cérons, d'Illats, de Montussan, et dans
l'Entre-deux-Mers. A la même époque existait un Vivien de Podensac,
chevalier.
Dès ces temps reculés, cette seigneurie était divisée, car on trouve que
Guillaume Seguin IV en était co-seigneur; mais Bertrand possédait la
forteresse (castrum de Podensac cum honore). Le 20 avril et le 30 mai 1289,
le roi lui donna la permission de construire une maison forte à Penne, dans
la paroisse de Saint-Magne. Peu de temps après, en 1291, il affranchit les
serfs questaux de cette localité. En 1294, Édouard 1er écrivit à un Bertrand
de Podensac pour le prier de l'aider à défendre le duché d'Aquitaine que le
roi de France lui avait enlevé. Faites en sorte, lui dit le roi, que, dans
cette circonstance, nous ayons à nous louer comme toujours de vos bons
services. La ville et le château supportèrent une partie du poids de cette
guerre. Ils furent assiégés par Raoul de Nesle, connétable de France,
pendant la Semaine Sainte de l'année 1295. Après huit jours de siège, les
Anglais qui tenaient garnison firent avec le général français un traité
secret par lequel il fut convenu que le jour de Pâques ils sortiraient du
château avec vie et bagues sauves. Les Gascons, qui n'étaient pas compris
dans le traité, furent, au nombre de soixante, emmenés à Rions où se tenait
Charles de Valois, frère du roi de France, et pendus devant les portes de la
ville. Podensac fut, disent Dupleix et la Chronique bordelaise, rasé
rez-pied rez-terre, et réduit à un méchant hameau, tel qu'on le voit
aujourd'hui, sans qu'il y reste aucunes marques de ville. Si les
fortifications de la ville furent alors rasées, le château resta debout,
puisqu'en 1303, Gérard de Valérie, chevalier, seigneur de Montaut (dominus
altimontis), et Yves de Laudunac, docteur en droit et juge de Toulouse,
commissaires chargés par le roi Philippe de restituer quelques domaines au
roi d'Angleterre, mandèrent à Guillaume de Castroneillon, châtelain de
Saint-Macaire, de faire livrer le château de Podensac, qui appartenait avant
la guerre à Bertrand de Podensac, à Pierre Cailhau, citoyen de Bordeaux. Il
revenait de droit à ce dernier, comme mari de Navarre, fille et héritière de
Bertrand.
Guillaume de Castroneillon exécuta les ordres qu'il avait reçus, et ordonna
à Adam d'Aubeville, châtelain de Podensac, d'évacuer le château avec la
garnison française qu'il commandait, et d'en laisser la libre et entière
possession à Pierre Cailhau, qui devait néanmoins en rendre hommage au roi
de France. Le 3 juin 1315, Pierre Cailhau était encore seigneur de cette
localité; il l'était aussi le 23 septembre 1324, puisque le roi d'Angleterre
lui écrivit une lettre semblable à celle qu'il envoya au seigneur de
Langoiran. Il reçut encore des lettres du roi d'Angleterre le 18 mars 1325
et le 27 avril 1330. A la même époque vivait un Vivien de Podensac, qui fut
convoqué en 1322 pour la guerre d'Ecosse. Le 26 novembre de la même année,
Bertrand de Podensac, parent, peut-être fils de Pierre Cailhau, obtint
d'Édouard II la permission de construire une maison forte dans un lieu
appelé castrum Valleronis, dans la paroisse de Saint-Saturnin. En 1328,
Pierre Cailhau, seigneur de Podensac, était membre du Conseil de Gascogne.
En 1335, il était mort, laissant pour héritière sa fille Miramonde de
Cailhau qui avait épousé Bernard d'Escoussans, seigneur de Langoiran, à qui
elle dut apporter en dot la seigneurie de Podensac. Mabille d'Escoussans,
fille unique de Bernard d'Escoussans et de Miramonde de Cailhau, épousa
Amanieu d'Albret; aussi trouvons-nous, au commencement du XIVe siècle,
Podensac sur la liste des terres possédées par le seigneur d'Albret. Dans le
cours du XVIe siècle, certains membres de la famille de Pontac prenaient le
titre de seigneur de Podensac. En 1517, Gaston de Foix s'en qualifiait aussi
seigneur; il transmit cette seigneurie à ses héritiers, et c'est ainsi que
le duc d'Épernon en devint plus tard possesseur comme mari de Marguerite de
Foix, à qui François-Monsieur de Foix-Candale, évêque d'Aire, son oncle,
l'avait léguée.
Je ne sais si ces divers personnages, qui n'en étaient évidemment que
co-seigneurs, possédaient aussi une partie du château lui-même; mais ce
qu'il y a de positif, c'est que, au commencement du XVIe siècle aussi, Lubat
de Lamynssans, seigneur d'Agos en Marsan, possédait la moitié du château et
tous les droits qui en dépendaient; que, pour établir sa nombreuse famille,
il avait contracté des dettes, et que, dans sa vieillesse, ses enfants, dont
l'aîné nommé Jean avait épousé Catherine d'Arsac, furent obligés, pour
racheter quelques biens, de vendre, faute d'argent, celles de leurs terres
qui étaient le moins à leur convenance. Ils se décidèrent alors, après avoir
fait nommer des tuteurs aux enfants mineurs, à se défaire "de la moitié du
château, terre et seigneurie de Podensac, au diocèse de Bourdeaux, laquelle
leur est longtaine (treize ou quatorze lieues de la seigneurie d'Agos où ils
demeurent) et peu profitable". Cette moitié, avec tous les droits qui en
dépendaient, ne valait que quatre-vingts francs bordelais de ferme par an.
Pierre Daulède, écuyer, seigneur du Cros-sur-Garonne, paroisse de Loupiac,
se rendit acquéreur de cette "moytié dudit chasieau, terre et seigneurie et
juridiction de Podensac en Terre-Gasque-sur-Garonne, avec tous les cens,
rentes, droit de justice directe, loz-et-ventes, prelation, pescheries,
péages tant par terre que par rivière, prehéminences et tous autres droits
et devoirs qu'ilz ont, peuvent et doivent avoir en ladite terre et
seigneurie, moyennant cinquante livres tournois de cens et rentes annuelles
qu'il possédait tant sur le Moulin-Neuf, près de Cadillac sur le ruisseau de
Loulhe (Leuille), que sur les cens, rentes et revenus qu'il avait dans les
paroisses de Gabarnac, Montprinblan, en la juridiction de Cadillac qu'en la
paroisse de Sainte-Croix-du-Mont, juridiction de Saint-Macaire". Il y ajouta
la somme de sept cents écus d'or sol du coing du roi, dont chacun valait
quarante-cinq sols tournois.
Les Lamynssans choisirent, pour les représenter dans cette affaire, Jean de
Montferrand, seigneur de Portets, et Gaston d'Orries, seigneur de Bénau£es-la-Vieille.
L'acte fut passé dans la paroisse de Saint-Cric en Marsan, par Audoyn,
notaire et tabellion, le 11 février 1536. Il résulte du testament de Pierre
Daulède, daté du 14 août 1545, qu'en outre de la seigneurie du Cros et de la
moitié de celle de Podensac, il avait celle de Castelmoron à Arbanats, des
rentes et des revenus dans les localités de Meillan et de Virelade, dont il
possédait la maison noble; que le moulin de Cadillac lui appartenait; qu'un
de ses enfants, Jean Daulède, était curé de Gabarnac. Il demande dans ce
même testament à être enseveli dans l'église de Saint-Vincent de Podensac, à
laquelle il donne dix francs bordelais. En 1570, Raymond Daulède était
co-seigneur de la même localité, ainsi qu'on le voit dans un contrat de
vente à lui faite d'une maison à Podensac. Cette seigneurie paraît être
sortie vers cette époque des mains des Daulède; ils ne prennent plus alors
le titre de co-seigneurs de Podensac dans leur généalogie manuscrite que
j'ai sous les yeux, et alors aussi on trouve en 1594 un sieur de La Lande
co-seigneur de Podensac. Nous avons vu plus haut qu'au commencement du XVIIe
siècle cette seigneurie appartenait au duc d'Épernon, à qui elle avait été
apportée par sa femme. A cette époque, la baronnie de Podensac donnait douze
cents livres de revenus; il est probable que le duc d'Épernon la possédait
dans son entier. Au commencement du XVIIIe siècle, Henri III de Foix-Candale,
dernier membre direct de l'illustre maison de Foix, étant sans enfants,
vendit les terres qu'il possédait en Guienne.
Le président Le Berthon acheta la baronnie de Podensac. Ses descendants en
furent seigneurs jusqu'au moment de la Révolution. Ils ne la possédaient
cependant pas en entier, puisque messire Laurent de Sauvage, seigneur
d'Yquem et de Saint-Cric, en était co-seigneur à la fin du XVIIIe siècle.
Joséphine de Sauvage, sa fille, dame d'Yquem, de Podensac, de Saint-Cric,
etc., épousa au château d'Yquem, le 6 juin 1785, Louis Amédée de Lur-Saluces,
appelé le comte de Lur, colonel du régiment de Penthièvre-Dragons, mort à
Paris le 29 octobre 1788, et lui apporta la portion de la seigneurie qui lui
appartenait. Par acte passé par Maître Despiet, notaire à Bordeaux, le 30
mai 1798, M. Le Berthon donna à Madame de Filhot, en paiement d'une dette,
le château de Podensac et ses dépendances. Sa fille,
Marie-Geneviève-Françoise de Filhot, épousa, en 1807,
Antoine-Marie-Henry-Amédée, marquis de Lur-Saluces, et lui apporta le
château que M. le marquis Romain-Bertrand de Lur-Saluces vendit à M. Séraph;
Amanieu, capitaine au longcours. En 1854, après la mort de M. Amanieu, le
château de Podensac fut vendu à la barre du Tribunal de Bordeaux et acheté
par M. Boubée, tonnelier à Bordeaux; celui-ci le revendit en 1860 à Son
Éminence Monseigneur le Cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, qui y a
placé des Sœurs de la Sainte-Famille (branche Immaculée Conception).
Nous avons été obligé, pour ne pas interrompre la liste des seigneurs de
Podensac, de laisser de côté quelques faits historiques intéressants; nous y
revenons. Le siège de 1295 n'est pas le seul que Podensac ait eu à soutenir.
Nous avons vu plus haut que cette baronnie appartenait, au milieu du XVIIe
siècle, au duc d'Épernon. Celui-ci, redoutant les attaques des
parlementaires qui avaient à leur tête un homme d'une grande énergie, le
marquis de Sauvebœuf, avait mis des garnisons dans les places des bords de
la Garonne. Celle de Podensac était sous les ordres d'un gentilhomme corse
nommé Petro Paulo. Sauvebœuf, encore malade de la fièvre qu'il avait prise
au siége du Château-Trompette, se fit porter en carrosse jusqu'au château de
Carbonieux, où il passa la nuit couché sur quelques bottes de paille; et le
lendemain il rejoignit l'armée sur le grand chemin de La Prade, et se
dirigea, vers le milieu de novembre, sur Podensac. Son avant-garde,
commandée par le marquis de Théobon, rencontra, à l'entrée du bourg, des
barricades qu'avaient fait faire Petro Paulo. Une compagnie de fusiliers à
pied et quelques soldats détachés du régiment de Théobon, sous les ordres du
chevalier de Vauzelles, les abordèrent si vigoureusement que les
épernonistes se retirèrent à la hâte, les uns dans l'église, les autres dans
le château. Le commandant bordelais fit pointer contre l'église deux pièces
de fonte, pendant que Morpain, capitaine du régiment de Sauvebœuf, monté sur
des galiotes, la battait du côté de la rivière. Le général bordelais, après
avoir tenu conseil, fit sommer les ennemis de se rendre. Sur leur refus, il
fit tirer le canon, qui fit peu d'effet; mais le marquis de Lusignan, qui se
trouvait à l'arrière-garde, reçut l'ordre d'avancer et de s'emparer d'une
barricade qui protégeait l'église. La vigueur avec laquelle il s'en empara,
effraya tellement les épernonistes qui étaient dans l'église, qu'ils
demandèrent à capituler; mais le marquis de Sauvebœuf ne voulut les recevoir
qu'à discrétion.
Pendant ce temps, Théobon et Beaupuy, maréchal de camp, avaient été chargés
de s'opposer au passage d'un escadron de cavalerie qui avait été aperçu de
l'autre côté de la rivière. L'église enlevée, le canon fut braqué contre le
château. Petro Paulo demanda à capituler avant d'avoir été sommé de se
rendre; on permit à la garnison de sortir avec le mousquet sur l'épaule. La
place fut remise entre les mains du chevalier de Vauzelles, et Petro Paulo
fut conduit le lendemain à Cadillac avec escorte. Les paysans des environs,
en haine du duc d'Épernon, voulaient mettre le feu à la ville, mais les
généraux parlementaires s'y opposèrent. Podensac ne resta pas longtemps
entre les mains des Bordelais. Vers le milieu du mois de décembre suivant,
la garnison que commandaient Masvieux et le chevalier de Vauzelles fut
assiégée parle duc d'Épernon. Manquant de vivres, elle ne put résister. "La
garnison de Podensac, dit le duc d'Épernon dans une lettre adressée au
cardinal de Mazarin, que je fis sommer hyer (16 décembre), n'a pu obtenir de
moy autre composition que d'en sortir aujourd'huy sans armes, et la pluspart
des soldats qui se sont trouvés dans ces lieux ont pris parti dans les
troupes du roy, que je vais conduire dans l'Entre-deux-Mers". Podensac est
maintenant un bourg considérable. Des fossés ne le forcent plus à se
renfermer dans un cercle restreint; aussi profite-t-il de l'occasion, et
bientôt ce chef-lieu de canton pourra reprendre sans prétention le titre de
ville qu'il a perdu depuis que ses remparts sont détruits.
Description du château de Podensac au XIXe siècle
La forme arrondie du plan du château de Podensac indique à elle seule une
haute antiquité, mais les constructions les plus anciennes ne remontent pas
plus haut que la fin du XIIIe siècle. Le château a donc la forme d'un
cercle, ou plutôt c'est un polygone irrégulier se rapprochant du cercle. Il
est situé sur la rive gauche de la Garonne, qui passait autrefois au pied de
ses remparts. Les rives du fleuve se sont, depuis l'époque de la
construction du château, considérablement élevées: la Garonne passe
maintenant assez loin de la ville; de sorte que, dans l'état actuel des
choses, il est difficile de savoir si elle baignait les murailles ou si elle
en était séparée par un fossé et un vallum. Je suis cependant porté à croire
qu'elle passait au pied des murs. Une source prenait naissance sous le
château, ou sourdait dans les eaux mêmes du fleuve. Les fossés qui entourent
la forteresse et qui sont encore assez bien conservés, s'arrondissaient
comme les murailles qu'ils avaient mission de protéger. Leur largeur était
de 18 à 20 mètres, leur profondeur est inconnue; mais elle devait être
considérable, si, comme j'ai tout lieu de le croire, ils étaient alimentés
par les eaux de la Garonne, dont le reflux est encore très sensible à
Podensac. Les courtines étaient flanquées de tours rondes, du côté de la
ville seulement; il reste encore deux de ces tours. Les arrachements d'une
troisième s'aperçoivent. Il y en avait peut-être une autre, mais là des
constructions modernes ont englobé les anciens murs. Enfin, une tour
barlongue, divisée en deux par un mur épais, flanquait la forteresse du côté
du fleuve. La porte principale devait être où le mur et le fossé sont
entièrement détruits. C'est par cette brèche, remplacée par un portail
moderne, qu'on entre encore dans le château.
Cette forteresse peut se diviser en deux parties bien distinctes, indiquées
par deux niveaux différents du terrain. La première, qu'on pourrait appeler
la forteresse haute, double de la seconde en étendue, la domine de quatre
mètres environ. Celle-ci borde le fleuve. Elles sont réunies actuellement
par un talus très doux qui doit avoir remplacé un mur à pic, de sorte que
l'on comprend facilement comment, au commencement du XVIe siècle, le château
pouvait appartenir à deux seigneurs différents. Un puits a été creusé au
milieu de l'enceinte dans la partie haute. Si le château et la ville de
Podensac furent démolis de fond en comble à la fin du XIIIe siècle, comme le
disent Dupleix et la Chronique bordelaise, le château ne tarda pas à se
relever de ses ruines, puisque la plus grande partie des murs et des tours
remontent à cette époque. Au XVIIe siècle, de grandes modifications y ont
été introduites; les anciens créneaux et les vieilles meurtrières ne
pouvaient plus servir; on abattit les créneaux, et dans les parapets, épais
de quatre centimètres, on perça des embrasures pour des arquebuses. Ces
embrasures, très étroites à l'extérieur (7 à 8 centimètres), hautes à
l'intérieur de 0m44 et larges de Om33, furent construites en briques. A
cette époque, les eaux de la Garonne s'étaient déjà retirées, ou les vases
avaient comblé le fossé devant la tour barlongue; on jugea à propos de faire
une porte à côté de la tour, et d'en protéger les approches par un mur,
percé aussi d'embrasures. Maintenant que nous connaissons l'ensemble du
château, étudions-en les détails.
Puisqu'on ne peut entrer par la porte principale, détruite ou invisible,
entrons-y par la poterne de la rivière s'ouvrant au pied de la tour. Le
seuil et une partie des pieds-droits de cette ouverture sont maintenant
enfouis dans le sol jusqu'à une certaine hauteur. Une contre-courbe très
surbaissée, presque en linteau, la recouvre; ce qui prouve que cette poterne
a été remaniée au XVe siècle, puisqu'elle s'ouvre dans le bas d'une tour qui
date du XIIIe siècle. Elle est ancienne, ce dont on peut s'assurer de
l'intérieur, où elle est recouverte d'un cintre bombé. Le rez-de-chaussée,
dans lequel on pénétrait, était qu'une antichambre très obscure, une espèce
de barbacane intérieure, dont le plafond devait être percé de meurtrières et
d'assommoirs. Pour passer de cette antichambre dans le château, il existe
deux portes disposées toutes les deux pour être fermées extérieurement à la
tour, tandis que la porte d'entrée se ferme de l'intérieur. Par la porte
dont le cintre est enlevé, on pénètre dans une salle, dont le soubassement
est ancien, mais dont la voûte en berceau plein-cintre est comparativement
moderne. De la salle on passait dans la cour par une grande porte ogivale,
ouverte près de l'angle formé par la rencontre des murs des chambres. Le sol
de cette dernière est beaucoup plus élevé que celui de l'antichambre; mais
cet exhaussement est moderne, puisque le seuil de ses deux portes est bien
plus bas que le sol actuel. La fenêtre qui l'éclaire a été ouverte lors de
cette modification. La tour se compose de l'antichambre surmontée de deux
étages séparés par des planchers; le second avait été démoli; il a été
rebâti. Le premier est éclairé, du côté de la rivière, par une fenêtre
garnie de deux bancs et recouverte par un linteau, soutenu dans son milieu
par un meneau monolithe épannelé, la divisant en deux ouvertures plus hautes
que larges. Une meurtrière cruciforme était chargée de protéger la courtine
qui s'attachait au flanc sud de la tour. Les fenêtres des deux étages de la
tour ont été modifiées. Celle du premier est divisée en quatre baies par des
meneaux en croix; elle est encadrée de moulures prismatiques, qui paraissent
dater du commencement du XVIe siècle. Celle du second est également
cruciforme, mais sans moulures, et ne paraît dater que du XVIIe siècle.
Cette portion de la tour barlongue, malgré son appareil formé de moellons
smillés comme sa voisine, pourrait bien lui être postérieure de quelques
années.
Au dessus du couloir existaient des appartements ou l'on voit des ouvertures
ogivales. Tout cela est fort ruiné, presque entièrement dénaturé, de sorte
qu'il est impossible de comprendre l'usage de chacune des pièces: Il ne
reste plus d'escaliers; ils ont été détruits. Les appartements paraissent
avoir été tous situés dans la partie que je viens de décrire; il n'en reste
du moins aucune trace ailleurs. La cour haute était simplement enveloppée
par les remparts flanqués de tours rondes. Les remparts, surmontés de
chemins de ronde crénelés, s'élevaient probablement partout à la même
hauteur; mais au XVIIe siècle on a rasé ceux qui regardent le sud-est pour
les remplacer par un simple parapet garni de petites embrasures. Les deux
tours encore debout se composent du rez-de-chaussée et de deux étages. Celle
du sud, qui est la mieux conservée, possède en outre un caveau souterrain,
dans lequel on descendait par une trappe. Le rez-de-chaussée est circulaire
et voûté en coupole. Un linteau droit recouvre la porte, assujettie à
l'intérieur par des barres horizontales qui s'enfonçaient dans les murs. Les
meurtrières cruciformes s'évasent à l'intérieur, où leurs embrasures sont
recouvertes par des linteaux. Le rez-de-chaussée n'a pas de communication
avec le premier étage, dans lequel on ne peut pénétrer que par le chemin de
ronde. Cette chambre est indépendante du chemin, ce qui n'est pas ordinaire
dans nos forteresses. Outre l'indépendance que cette ingénieuse disposition
donnait aux tours, qui formaient ainsi chacune un donjon particulier pouvant
se défendre après la prise des autres parties de la forteresse, elle brisait
le chemin de ronde, en rendait la défense plus facile, et forçait
l'assaillant qui s'en était emparé à faire plusieurs détours pour arriver en
face de la porte de la tour, où, vu le peu de largeur du palier, deux hommes
ne pouvaient se tenir à la fois. Cette porte est recouverte d'un linteau
simple à l'extérieur et d'un linteau sur longues consoles du côté de la
chambre, qui est en hémicycle et sans voûte. Elle possède trois meurtrières
semblables à celles du rez-de-chaussée. Un escalier moderne facilite
actuellement l'accès de ce premier étage. Le second est à peu près démoli;
il était plus large que le premier, parce que le mur y a moins d'épaisseur;
on devait y entrer par une trappe. Ce château, dont le plan est si
intéressant, est un de ceux dont les ruines n'appellent pas le touriste ni
le dessinateur. Les tours rondes, découronnées, tournées du côté de la
ville, sont cachées par les maisons. Celles qui regardent la rivière,
coiffées de toitures plates, ont si peu de caractère, leur silhouette est si
commune, que ce n'est qu'avec une certaine attention qu'on les distingue des
constructions modernes qui les avoisinent. (1)
Éléments protégés MH: les ruines du château : inscription par arrêté du 24
décembre 1925. (2)
château de Podensac 33720 Podensac, propriété privée, ne se visite pas,
vestiges.
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