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La localité de
Pujols, dont l'histoire écrite ne commence qu'au XIVe siècle, devait être un
lieu fortifié ou du moins habité à une époque très reculée. On trouve dans
les environs quelques monuments celtiques, et l'église renferme un beau
sarcophage chrétien, en marbre des premiers temps de l'établissement
officiel du christianisme dans le pays. Guillaume-Raymond de Gensac,
seigneur de Rauzan et de Pujols, ayant mécontenté le roi d'Angleterre par la
prise du château de Bisqueytan, ce monarque le priva de ses seigneuries,
qu'il donna à Guillaume Amanieu. En 1338, le château de Pujols fut pris par
l'armée française, commandée par Raoul, comte d'Eu, et grossie par celle de
Gaston XI, comte de Foix. Cette seigneurie fut restituée à cette époque à
Guillaume-Raymond de Gensac; mais Guillaume-Raymondde Durfort ayant fait
valoir des droits sur la seigneurie de Pujols, elle fut de nouveau reprise à
Raymond-Guillaume de Gensac, le 28 octobre 1341. Le 14 juin de la même
année, les revenus et la justice de Pujols avaient été donnés à Guillaume
Sans de Pommiers. Jean de Madaillan, fils de Guillaume Aramon de Madaillan,
seigneur de Rauzan, était seigneur de Pujols; il reçut en 1378, du roi
d'Angleterre 200 francs pour les bons services qu'il lui avait rendus
pendant la guerre qu'il soutenait contre Charles VI. En 1417, le château de
Pujols suivit la fortune de son voisin de Rauzan, et rentra dans le domaine
du roi d'Angleterre Henri VI, qui le donna le 11 février 1439 à son favori
Bernard Angevin, qui parvint à se faire céder une grande partie des
seigneuries de l'Entre-deux-Mers.
Ce puissant personnage, dont la cupidité n'était jamais satisfaite, devant
qui tout cédait, ne se contentait pas toujours de ce qu'il se faisait donner
par Henri VI; "il s'empara de tous les fiefs de l'abbaye de La Sauve situés
dans ses seigneuries, obligea les habitants à lui en payer les droits,
empêcha la nomination des prévôts auxquels l'abbaye confiait l'exercice de
la haute et basse justice, enfin mit obstacle à la jouissance de ses
privilèges de pêche, de navigation et de passage". Mais là il s'adressait à
plus fort que lui, et il fut obligé de restituer tout ce qu'il avait pris.
Depuis cette époque, la seigneurie de Pujols est restée dans les mains des
seigneurs qui possédaient Rauzan. Pujols était une baronnie. Les seigneurs
de Duras prenaient au XVIIe siècle le titre de baron de Pujols. Les ruines
du château appartenaient au milieu du XIXe siècle à la commune, qui y a
installé la mairie, la justice de paix, etc.
Description du château de Pujols au XIXe siècle:
Le plan du château de Pujols est un polygone irrégulier, presque carré,
entouré de trois côtés, au nord, à l'est et au sud, de larges fossés à peu
près comblés actuellement. A l'ouest, il est protégé par la pente rapide du
coteau sur lequel il s'élève. Une grande route passe actuellement au pied
des murs de ce côté. Tous les murs du sud et une partie de ceux de l'ouest
sont démolis jusqu'au niveau du sol, et le fossé du midi est entièrement
comblé; de sorte que maintenant la place du bourg forme une immense terrasse
unie jusqu'au fond de la cour de la forteresse. Il est probable que cette
place occupe l'emplacement d'une basse-cour et d'ouvrages avancés dans le
genre de ceux qui existent devant le château de Rauzan, son contemporain.
Une particularité remarquable, c'est qu'ici, comme dans une partie du
château de Rauzan et comme à Pommiers, il n'y a pas de grosses tours
saillantes autour des courtines; mais de gros contreforts, dont quelques-uns
sont creux, en tiennent lieu. Ils sont pour la plupart surmontés
d'échauguettes et il est probable que ceux qui n'avaient pas cet appendice
étaient contournés par le chemin de ronde, ainsi qu'on l'a vu à Pommiers. La
seule tour qui reste, et qui n'est pas en saillie, s'élève au milieu de la
façade septentrionale; elle a trois étages, et le reste du château n'en a
jamais eu que deux. On y montait par plusieurs escaliers, un entre autres
qui est renfermé dans une tourelle saillante située au nord. Les gros
contreforts, carrés dans le bas, sont surmontés d'échauguettes hexagones à
un ou à deux étages. Leurs meurtrières cruciformes ressemblent à celles de
l'échauguette du château de Rauzan.
Dans le contrefort au deuxième étage existe une petite chambre. Les défenses
principales étaient donc portées au sommet des courtines, où l'on voit
encore les créneaux et les trous pour établir les hourds. Il ne reste plus
que le corps de logis du nord, dans lequel les détails d'architecture tels
que les cheminées, les fenêtres à bancs, les meurtrières, les latrines, sont
semblables à ceux que l'on trouve dans tous les autres châteaux de la
Gironde du commencement du XIVe siècle. Existe aussi un moucharaby qui
défendait peut-être une poterne ou une fenêtre basse. Au nord-ouest s'avance
un gros contrefort, presque une tour, qui renferme dans sa partie
inférieure, seule portion qui reste encore, une prison ou caveau dans lequel
on entrait par un orifice pratiqué à la voûte. Ce contrefort et les murs
sont démolis jusqu'à la hauteur d'un mètre au-dessus du sol de la cour.
Outre la porte principale, il y avait au nord une grande poterne ogivale;
elle était précédée d'un pont, très probablement en bois, qui traversait le
fossé et permettait d'aller dans le jardin qui occupait l'extrémité du
coteau. Si j'ai indiqué une porte, c'est d'après les renseignements fournis
par les habitants de la localité et par l'exemple des autres châteaux qui
ont une porte principale et une ou plusieurs poternes; les murs complètement
rasés et le fossé qui n'existe plus, m'ont empêché de m'assurer du fait par
moi-même, mais une seule porte ouverte forçant à faire le tour presque
complet du château pour y entrer, était assez dans les habitudes des
ingénieurs du moyen âge. Tel qu'il est, l'aspect du château de Pujols n'est
pas séduisant; du seul côté par où on peut le dessiner, il ressemble à une
laide église; de partout ailleurs il n'est pas plus beau et offre encore
moins d'intérêt pittoresque; il ne devait pas en être ainsi lorsqu'il fut
donné au XVe siècle, à Bernard Angevin. L'église de Pujols est un des
monuments religieux les plus intéressants de l'arrondissement de Libourne:
ses parties les plus anciennes datent de la fin du XIIe siècle. A la fin du
XVe siècle, les seigneurs de Duras qui possédaient Pujols y firent de
grandes réparations. (1)
Éléments protégés MH: le château en totalité : inscription par arrêté du 24
décembre 1925. (2)
château de Pujols 33350 Pujols, propriété de la commune, beaux vestiges.
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