|
On peut
avancer sans crainte que presque tous les châteaux de la Guienne ont pris
naissance avec la féodalité, et que si les constructions que nous voyons
aujourd'hui ne remontent pas à une aussi haute antiquité, elles ont été
élevées sur un emplacement occupé déjà depuis longtemps; seulement les
documents historiques manquent pour en donner la preuve, et le monument
lui-même peut rarement la fournir. Les documents les plus anciens que j'aie
pu trouver sur Pommiers ne remontent qu'au XIe siècle. Guillaume Amanieu de
Pommiers est cité dans une charte de 1098 comme l'un des bienfaiteurs du
monastère de Saint-Pierre de La Réole, et le château lui-même ne fournit pas
une date plus reculée que le XIIIe siècle. Cependant à cette époque, la
famille de Pommiers était assez puissante pour faire supposer qu'elle était
déjà d'ancienne date. Alors, les membres de cette famille avaient une
certaine considération; l'un d'eux, Amanieu de Pommiers, avait épousé Marie
de Pins ou Piis, dont la famille était une des plus puissantes de la
Guienne; un autre, Pierre Amanieu, qualifié de chevalier, fut en 1276, la
veille de la Noël, commis par Luc de Tany, sénéchal de Gascogne, pour juger
à Langon trois membres de la famille de Lados, accusés de meurtres. En 1294,
le roi d'Angleterre écrivit aux seigneurs gascons pour les engager à lui
être fidèles dans la guerre qu'il allait entreprendre contre Philippe le
Bel. Rymer nous a conservé les noms de ces divers seigneurs: celui de
Pommiers s'appelait Guillaume Sans. Pendant le XIIIe siècle, les seigneurs
de Pommiers étaient astreints envers le roi d'Angleterre à une curieuse
redevance: lorsque ce roi voyageait et s'arrêtait à leur château de La
Redorte, ils devaient le nourrir, lui et dix de ses chevaliers; ils devaient
lui servir "de la chair de porc et de vache, des choux, de la moutarde et
des poulets rôtis. Si l'un des seigneurs de Pommiers était chevalier, il
devait, sans bottines, en chausses d'écarlate rouge, et les éperons d'or aux
pieds, servir le roi pendant son repas. S'il n'y avait pas de chevaliers
dans leur famille, celui d'entre eux qui servait le roi devait avoir des
chausses d'écarlate blanche et des éperons d'argent".
Au commencement du siècle suivant, les sires de Pommiers étaient fort
dévoués au roi d'Angleterre. Nous voyons, en effet, par une lettre de Jean
Travers, connétable de Bordeaux, à Hugues Le Despenser, et dans laquelle il
se plaignait que le roi d'Angleterre laissait la Guienne sans défense tandis
que les Français se fortifiaient de tous les côtés, que le sire de Pommiers
dévoila les projets que son ami Antoine Pesaigne méditait contre
l'Angleterre. Voici le passage de cette lettre, qui donne une idée du
français parlé en 1325: "...Nepurquant pur ceo ni pur nules paroles ni
treitis il ne devroyt lessier de soy le mieus garnir pur le guerre, si comme
font les Franceys, qui ce garnissent de totes partz, au mieuz et plus fort
que eux puent, et ont envoye celi Antoyne Pesaigne, qui est chivalier du dit
notre seignur le Roy e fut son seneschal de Gascoigne e a qui il a fetz
grans biens et grant honours, en Lambardie, pour avoir et assembler totes
les galyesque il porra, contra le dit notre seignur le Roy et les seons, et
il dist à la Riole, si come autre foys je ay escrit au dit notre seignur le
Roy et à vous, au sire de Pomers qui estoyt son bien voylhant, lequel sire
de Pomers fut illu ques ave monseignur le compte de Kent, frere du dit notre
seignur le Roy qe si le Roy de France li bailhast une somme de deniers, la
quele ne estoyt pas molt grande dins un certeyn terme, qui ne estoit pas
molt long, il li auroyt conquis et votre royaume d'Engleterre et ceo moy
dist le dit seignur de Pomiers, que le dit Antoyne li avoyt dit e li avoyt
nome, e declare la somme et le temps; mes il ne ly souveneyt pas de la
somme, ni du temps". Dans le milieu du XIVe siècle, la seigneurie de
Pommiers paraît, si l'on s'en rapporte au Catalogue des Rôles gascons, avoir
été possédée par Guillaume Sans. Trois autres Pommiers, Jean, Hélie et Aymon,
qui vivaient en même temps, devaient être ses frères, puisque l'un d'eux,
Aymon, après la condamnation à mort de son neveu Guillaume, fils sans doute
de Guillaume Sans, se chargea de le venger, ainsi que nous le verrons plus
loin.
Toute cette famille était en grande faveur auprès du prince de Galles et du
roi d'Angleterre, auxquels d'ailleurs ils avaient rendu et rendaient encore
de grands services. Ainsi, en 1343, le sire de Pommiers fut un des seigneurs
qui passèrent en Angleterre pour avertir le roi que le duché de Guienne
était mal gardé, que les Français couraient la campagne, et qu'il était
urgent de pourvoir à sa défense. A la suite de cette ambassade, Édouard
déclara la guerre à Philippe. En 1344, le seigneur de Pommiers fut un de
ceux qui vinrent rejoindre à Bordeaux, le comte de Derby, envoyé par le roi
d'Angleterre pour chasser les Français de la Guienne. En 1356, le seigneur
de Pommiers, messire Hélie et messire Aymon de Pommiers, assistaient dans
l'armée anglo-gasconne à la bataille de Poitiers; ils étaient dans le corps
de bataille qui se trouvait en face de celui que commandait le roi Jean, le
seul qui opposa une vigoureuse résistance. En 1357, lorsque le prince de
Galles quitta Bordeaux pour conduire en Angleterre son royal prisonnier, le
sire de Pommiers fut un de ceux auxquels il laissa la garde de la Guienne.
En 1363, Guillem Sans, seigneur de Pomers, se rendit à Bordeaux pour prêter
serment au prince de Galles. Cette cérémonie eut lieu le 9 juillet, à midi,
dans l'église Saint-André. Lorsqu'en 1367, le prince de Galles partit pour
l'Espagne au secours de Pierre le Cruel, on remarque, parmi les seigneurs
gascons qui l'accompagnaient, les trois frères de Pommiers, Jean, Hélie et
Aymon. Avant d'entreprendre cette expédition, il jugea prudent de consulter
son père, le vieux roi d'Angleterre, et c'est Jean et Hélie de Pommiers
qu'il lui députa en compagnie de deux seigneurs anglais.
Mais si la famille de Pommiers rendait de grands services à l'Angleterre,
elle en était largement récompensée; ainsi, en 1341, des rentes et des
redevances furent concédées à Guillaume Sans, seigneur de Pommiers, par le
roi d'Angleterre, dans les localités de Soirac, de Sauveterre ef de Pujols.
La même année, le roi Édouard lui accorde la châtellenie et la garde du
château de La Réole. En 1345, Guillaume Sans et Hélie de Pommiers furent
faits chevaliers au siége de Bergerac. En 1347, le lieu de Maureux, dans le
diocèse de Périgueux, avec le droit de haute et basse justice, fut concédé à
Bertrand de Pommiers. Ce Bertrand, qualifié baron, prête hommage au prince
de Galles en même temps que Guillaume Sans; il était aussi parmi les députés
de La Réole, avec Arnaud de Pommiers, pour la même cérémonie. Parmi les
seigneurs qui prêtèrent serment au prince de Galles, on rencontre encore
Hélie de Pommiers, co-seigneur de Civrac, le 4 août 1 363, "en la chapelle
de dintz le chatel et ville de Bruggerac, dame Marie de Maduran, feme de
Monz Amanieu de Pommers, li absent". En 1348, le roi permet à Hélie de
Pommiers et à sa femme de construire une bastide à Poureit (l'abbé Beaurein,
Variétés bordelaises, pense que c'est Portets) ou ailleurs, dans le district
d'Arbanats (C'est peut-être le château de Castelmoron, qui date en effet de
cette époque). En 1351, il est mis en possession, ainsi que sa femme, d'une
terre dans le Bordelais et dans le pays de Buch, dans un lieu appelé Aleya.
Ce même Hélie est qualifié, en 1354, seigneur d'Arbanats et sénéchal du
Périgord. La même année, le roi d'Angleterre donne à Jean de Pommiers,
chevalier, la terre et les rentes qui appartenaient auparavant à Gaillard de
Pressac, seigneur de Stank. En 1358, il accorde à Guillaume Sans de
Pommiers, ainsi qu'à sa femme, le droit de justice dans le château d'Uza,
celui d'épaves sur les vaisseaux naufragés, les baleines échouées sur les
côtes de la mer de Biscarosse et de Saint-Julien.
Le château et la châtellenie de Blanzac lui furent également concédés la
même année, pendant laquelle il fut donné à un autre membre de la famille,
Élie de Pommiers, deux cents livres de rente annuelle, en outre probablement
des cinq cents livres également de rente qui lui furent soldées. La
sénéchaussée du Périgord lui rapportait encore un assez bon revenu. L'année
suivante, Sivrack (Civrac) lui fut donné. En 1363, il rendit hommage au
prince de Galles dans l'église Saint-Front de Périgueux, "à cause de Regine
de Pomers, sa fille". En 1365, cent mesures de terre lui furent encore
concédées. Dans la seconde moitié du XIVe siècle, nous voyons que malgré
toutes ces faveurs, certains membres de la famille de Pommiers ne se
faisaient pas scrupule de recevoir de l'argent du roi de France et de faire
serment de le servir contre tous, excepté cependant contre le roi
d'Angleterre et ses enfants. Ainsi, en 1369, Amanieu de Pommiers recevait de
Charles V une pension de 1,000 livres tournois de rente, qu'il devait
abandonner s'il venait à s'armer pour le roi d'Angleterre. Vers la même
époque, Jean de Pommiers recevait 800 livres du même monarque. Les rois de
France se faisaient ainsi, parmi la noblesse de Gascogne, des partisans qui
pouvaient leur être utiles dans l'occasion. Il paraît que Guillaume Sans,
seigneur de Pommiers, avait de fréquents rapports avec la cour de France;
car en 1375, convaincu d'avoir voulu livrer aux Français le château de
Fronsac qui lui appartenait, il fut pris, jugé et décapité, avec deux de ses
complices.
Depuis cette époque, nous trouvons des Pommiers dans la magistrature
bordelaise; mais nous ne savons s'ils appartiennent à la famille si
puissante du XIVe siècle, à celle qui l'a remplacée après la mort de
Guillaume, ou à de nouveaux possesseurs de cette seigneurie après la
conquête de la Guienne. En 1552, un Pommiers est appelé par Delurbe: lumière
du Sénat. Vers le milieu du XVIIIe siècle, Jean-Zacharie de La Faurie est
qualifié baron Villandraut, vicomte de Pommiers, président à mortier de la
Cour des Aydes de Paris, ensuite conseiller honoraire en la Cour du
Parlement de Bordeaux; il était fils de Jean de La Faurie, qui avait épousé
en 1700 dame Élizabeth d'Abzac de La Douze. Le château, après avoir été
possédé par M. Béchade, qui a fait construire, il y a une vingtaine
d'années, dans le milieu de son enceinte, une grande maison sans caractère,
appartenait au milieu du XIXe siècle à M. de Tartas, neveu du général de
Tartas, dont la mort prématurée a causé à Bordeaux autant d'étonnement que
de regrets.
Pommiers est un des châteaux les plus grands et les plus intéressants du
département de la Gironde. Sa position, admirablement choisie sur un
promontoire rocheux au-dessus de la Vignague, petite rivière qui se jette
dans le Drot à Morizès, lui donnait au moyen âge une grande importance comme
forteresse. Cependant, il est dominé de tous les côtés, mais à une certaine
distance, par les coteaux environnants; aussi, soit que l'on vienne de
Sauveterre ou de La Réole par la grande route qui met ces deux villes en
communication, soit par les chemins de traverse, on ne l'aperçoit que
lorsqu'on arrive presque sur lui. Son plan est un triangle irrégulier formé
d'une succession de pans coupés, qui, sur le bord de la rivière, suivent
autant que possible les sinuosités des rochers, et forment du troisième
côté, vers le plateau, une ligne irrégulièrement brisée. On pénètre dans
l'enceinte par deux grandes portes placées aux deux angles nord et
sud-ouest. Il y avait de plus deux poternes encore apparentes: l'une au syd,
l'autre à l'est, toutes deux près de l'angle sud-est. D'autres poternes ont
peut-être existé dans la courtine occidentale; mais cette courtine a presque
entièrement disparu, ainsi que la coupure qui séparait le château du plateau
à l'extrémité duquel il a été construit. Il ne reste que de faibles traces
de cette coupure, assez éloignée des courtines, ce qui donne à penser, ou
que de larges lices existaient entre elles deux, ou qu'une autre coupure a
été creusée au pied des courtines, depuis la porte septentrionale jusqu'à la
porte du sud. Dans ce cas, un simple chemin de ronde, comme à Rions,
remplacé maintenant par un mur moderne, et se reliant aux deux ouvrages
avancés (barbacanes) qui précèdent les portes, aurait existé entre les deux
coupures. L'intérieur de l'enceinte offre fort peu d'intérêt : tout ou à peu
près tout a été démoli... (1)
Éléments protégés MH: les vestiges et les sols de la première enceinte, son
fossé comblé, les barbacanes sud et nord, les murs et terrasses reliant ces
dernières au château et au ruisseau de la Vignague ; enceinte principale et
ses tours, avec, du côté de la Vignague, ses lices et le système de murs et
terrasses permettant l'accès au ruisseau, les sols et sous-sols respectifs
de ces divers éléments ensemble des bâtiments, le logis, les vestiges
divers, les sols et les sous-sols contenus dans l'enceinte principale ; le
moulin à eau ; le pigeonnier ; le pont médiéval traversant la Vignague :
inscription par arrêté du 8 juin 2007. (2)
château de Pommiers 33540 Saint-Félix-de-Foncaude, tel. 05 56 71 65 16,
visites pour les particuliers sur rendez-vous d'avril à octobre.
Ce site recense tous les châteaux de France, si vous possédez des documents
concernant ce château (architecture, historique, photos) ou si vous
constatez une erreur, contactez nous. Nous remercions
chaleureusement Madame Cathy du site
http://lescreasdepatchie.centerblog.,
pour les photos qu'elle nous a adressées pour illustrer cette page
A voir sur cette page "châteaux
de Gironde" tous les châteaux répertoriés à ce jour
dans ce département. |
|