|
L'histoire du château de Cazes, comme celle
de Guilleragues, ne commence à être connue qu'à partir de la seconde moitié
du XIIe siècle. A cette époque, il appartenait au monastère des Bénédictins
de La Réole. Des discussions étant élevées à propos des limites de ce fief,
l'évêque de Bazas, Guillaume Garcias de Benquet, convoqua à Bordeaux, en
1170, les parties intéressées, afin d'éviter à l'avenir de nouvelles
discussions et fixer ces limites; c'étaient d'un côté, les commissaires du
prieur de Saint-Pierre de La Réole, et de l'autre, l'abbé de Saint-Ferme, le
seigneur du Puy, Frère Pierre de La Porte, prieur de la commanderie de
Roquebrune, le seigneur de Jusix et celui d'Armentil (Guilleragues). Après
que l'assemblée eut longuement discuté, eut examiné avec soin les documents
fournis, l'évêque décida que le fief de Valles ou de Cazes Barte, avec les
moulins d'Estournet sur le fleuve du Drot, et toutes les autres terres,
vignes, prés, forêts, côtes, ponts, fontaines, étangs, moulins, chaussées,
colombiers, garennes, etc., commençait au ruisseau de l'Andouille,
traversait près de l'église de Guilleragues le plateau jusqu'à la rencontre
de la combe (vallée) et du ruisseau appelé d'Estournet, suivait cette vallée
jusqu'au Drot, englobait les moulins d'Estournet et ce qui en dépendait,
descendait le Drot jusqu'à son confluent avec l'Andouille, et remontait ce
ruisseau jusqu'au point signalé plus haut. On voit, par cette sentence, que
le château de Cazes s'était d'abord appelé Valles, feudi de Vallès seu de
Cazis, et qu'il s'appelait aussi Cazes Barte, feudum de Valles, alias de
Cases Barta.
A cette époque, il n'était pas fortifié ou l'était peu, car le 4 janvier de
l'année 1202, le roi d'Angleterre, Jean-sans-Terre, permit aux Bénédictins
de La Réole, qui n'avaient à Cazes qu'une maison de bois, probablement un de
ces châteaux sur motte si communs dans les premiers temps de la féodalité,
de l'envelopper de murailles, de tours et de retranchements. Il leur permet
en même temps de reconstruire et de fortifier leur moulin d'Estournet. En
1545, le fief de Cazes appartenait à Jean Dupuy et à Marguerite de Condomine,
son épouse; ils en rendirent hommage le 21 juin de la même année, au prieur
de Saint-Pierre de La Réole. Il est probable que le Bertrand de Cazes,
baron, et Guillem de Cazes, licencié ès-lois, qui vinrent en 1363 rendre
hommage au prince de Galles, étaient seigneurs d'un autre ou de deux autres
terres portant le même nom. En décembre1557, les Bénédictins aliénèrent ce
fief. Au moment de la Révolution, la seigneurie de Cazes appartenait à la
famille Pardaillan de Bacalan. Depuis cette époque, le château de Cazès a
passé entre les mains de plusieurs propriétaires: un d'eux a vendu les
matériaux à des charpentier set à des maçons. Tout le bois a été enlevé,
toutes les bonnes pierres ont eu le sort des poutres et des planchers; mais
les maçons, s'étant aperçu un peu tard que les pierres de taille seules
étaient bonnes, que les autres ne valaient rien, et qu'il était moins
coûteux d'en prendre dans les carrières, ont abandonné leur œuvre de
destruction après l'avoir accomplie à moitié. Ce fait s'est passé sous les
yeux de toute une population, et personne, que je sache, n'a élevé la voix
pour protester contre un pareil acte de vandalisme et demander grâce pour un
des plus curieux monuments militaires de l'arrondissement de La Réole.
Description du château de Cazès au XIXe siècle:
Si les Bénédictins de La Réole ont profité de la permission que le roi leur
avait donnée en 1202 de fortifier leur fief de Cazes, il ne reste rien des
constructions de cette époque; il est probable qu'ils ont gardé
l'autorisation accordée, et ne s'en sont servi que cent ans après. Il
n'existe à Cazes aucune construction antérieure au XIVe siècle. Cette
forteresse s'élève sur l'extrémité d'un promontoire qui s'avance vers le
sud-ouest dans la vallée de l'Andouille, à deux kilomètres environ du même
côté, et au-dessous du château de Guilleragues. Construite sur un plan
barlong, elle présente ses faces les plus larges au nord et au sud. Un fossé
la sépare du plateau, et longe ses deux flancs est et nord; il se relie aux
déclivités rapides du coteau, où un semblable moyen de défense a paru
inutile. Il est difficile de savoir si la portion qui occupe l'extrémité
occidentale du promontoire était comprise dans l'ancienne forteresse; ce
qu'il y a de positif, c'est que les murs de ce côté et les deux bastions
circulaires et très saillants qui fortifient ses angles, sont beaucoup plus
modernes. Leur hauteur est la même que celle des courtines qui les
avoisinent, et leurs murs ne forment que de simples parapets au-dessus du
niveau de la cour. Ils ont été élevés depuis l'adoption de l'artillerie à
feu, et probablement pendant les guerres de religion. Il est probable que
pour traverser le fossé, où d'ailleurs il n'y a jamais eu d'eau, on avait
établi un pont. Si l'on veut entrer dans le château du côté de l'ouest, il
faut s'engager dans le fossé, dont l'extrémité occidentale a été fortifiée
lorsqu'on a construit le bastion. On voit là en effet, outre la tour E, un
mur, peut-être la base d'une tour. De l'autre côté du passage, ce mur se
prolonge vers l'est sur la contrescarpe du fossé. C'était peut-être
primitivement la seule issue du château, un long couloir qu'il fallait
franchir avant d'arriver au seuil de la porte.
A l'extrémité orientale, et enveloppée dans la même ligne de fossés, existe
une grande cour entourée de dépendances modernes, au milieu de laquelle est
creusé le puits. De cette cour on entrait dans les appartements du château
par une porte défendue par un moucharaby, mais qui ne paraît pas remonter au
delà de la fin du XVe siècle. Des masures modernes ont également remplacé,
au sud, les anciennes constructions. Il ne reste plus que la partie centrale
des bâtiments du XIVe siècle, formant une masse carrée de constructions,
traversées de l'est à l'ouest par un corps de logis, laissant au nord et au
sud une petite cour qui permettait de percer de larges fenêtres pour
éclairer les appartements. Les arrachements des murs qui se voient sur la
portion du château qui est restée debout, ne laissent aucun doute à cet
égard; mais il est impossible, sans faire des fouilles, de savoir si les
deux petites cours étaient fermées au nord et au sud par de simples
courtines ou par des corps de logis. On passait d'une cour dans l'autre par
un grand couloir fermé par une porte à ses deux extrémités, et qui servait
en même temps d'antichambre aux appartements situés à droite et à gauche,
d'où, par des escaliers à vis, on montait au premier étage. Un de ces
escaliers est placé au bout d'un long corridor étroit, percé dans
l'épaisseur d'un mur. Trois portes, suivies de petits couloirs qui se
réunissent à la rencontre de quatre murs, et venant, l'une de l'antichambre,
l'autre de la chambre N, et la troisième de l'appartement ruiné, au nord de
cette chambre, permettaient de quelque partie du château que l'on vînt, de
monter au premier sans passer dans les chambres du rez-de-chaussée où l'on
n'avait rien à y faire.
Cette disposition ingénieuse ne peut d'ailleurs s'exécuter qu'à la condition
d'avoir des murs d'une certaine épaisseur. Une autre disposition, fort
ingénieuse aussi, et observée déjà dans les constructions du château de
Saint-Genès-de-Meyre, est celle employée pour construire des cheminées.
Comme elles sont très vastes, que les murs contre lesquels elles s'appuient
ne sont pas très épais, et que, par conséquent, elles auraient occupé une
grande place dans l'intérieur des appartements, on les a renfermées dans une
petite tour carrée extérieure faisant saillie sur le mur, de sorte que ces
cheminées arasent la paroi intérieure. On obtenait ainsi un autre avantage
fort recherché alors, celui d'avoir des parties saillantes dans le chemin de
ronde, pour surveiller le pied des courtines. Une autre saillie, à l'est,
renferme, à chaque étage, une petite chambre où l'on entrait par les grands
appartements contigus. Le château n'était composé que d'un rez-de-chaussée
et d'un étage surmonté d'un chemin de ronde, avec mâchicoulis dans certaines
parties; l'appartement N seul paraît avoir eu deux étages; mais le second
est plus moderne. La cuisine devait être placée au rez-de-chaussée de cet
appartement; on y voit encore un évier. Les chambres n'étaient pas voûtées,
mais séparées par des planchers qui s'appuyaient sur des corbeaux ou sur des
corniches. Le premier étage était éclairé par de belles fenêtres dont les
embrasures, voûtées en cintre bombé, sont garnies de deux bancs; leur
ouverture extérieure est formée d'un arc ogival encadrant deux baies
ogivales subtrilobées, surmontées d'un oculus quadrilobé, et retombant sur
de minces colonnettes dont les chapiteaux ont deux rangs de feuilles, ce qui
caractérise le XIVe siècle. Ce château, quoique dans un état déplorable, est
encore fort intéressant au point de vue de la distribution intérieure;
c'était plutôt une maison de plaisance qu'une forteresse, et à ce point de
vue sa destruction est doublement regrettable. (1)
Éléments protégés MH: les bâtiments anciens, les restes de l'enceinte
médiévale ainsi que l'ensemble du sol d'assiette : inscription par arrêté du
6 septembre 2007. (1)
château de Cazes 33580 Saint-Sulpice-de-Guilleragues, propriété privée,
ne se visite pas, vestiges.
Ce site recense tous les châteaux de France, si vous possédez des documents
concernant ce château (architecture, historique, photos) ou si vous
constatez une erreur, contactez nous. Propriétaire de cet édifice, vous
pouvez enrichir notre base de données en nous adressant des photos pour illustrer cette page, merci.
A voir sur cette page "châteaux
de Gironde" tous les châteaux répertoriés à ce jour
dans ce département. |
|