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Château de Guilleragues à Saint-Sulpice-de-Guilleragues
 
 

         Le château de Guilleragues s'est d'abord appelé Armentil. En 1170, on commença à lui donner le nom de Jusix. "Dominum feudi d'Armentil nunc dicti de Jusix", trouve-t-on dans une sentence arbitrale de l'évêque de Bazas sur les délimitations du fief de Cazes, appartenant aux Bénédictins de La Réole. En 1202, il est encore appelé d'Armentil dans une charte du roi d'Angleterre , par laquelle il accorde aux mêmes Bénédictins la permission de fortifier ce même fief de Cazes. Depuis cette époque jusqu'au milieu du XVIe siècle, on ne trouve rien concernant le château de Guilleragues; mais on sait que de 1557 à 1729 ce château appartenait à la famille de Lavergne, qui fournit plusieurs conseillers au Parlement de Bordeaux. En 1557, Pibret ou Pibrayde Lavergne était seigneur de Guilleragues. En 1589, Madelaine Darte, dame dudit lieu, était mère de Pierre Charles, qui vivait en 1596. En 1627, Olive de Malet, veuve de Jacques de Lavergne, était dame de Guilleragues. En 1662, on trouve un Gabriel-Joseph de Lavergne, vicomte de Guilleragues, qualifié seigneur de Monségur; c'est qu'en effet, en 1660, le roi de France, par un contrat d'échange, avait cédé au seigneur de ce château la terre et seigneurie de Monségur, moyenne et basse justice, fief, cens, rentes, etc. Le seigneur de Guilleragues possédait encore ce titre en 1716. Cette seigneurie fut vers ce temps érigée en comté, puisque, en 1729, Jacques-Gabriel de Lavergne est qualifié comte de Guilleragues. Sur la liste des membres de l'ordre de la noblesse, en 1789, on trouve Jean-Henri-Constance Auger de Guilleragues, fourrier-major des gardes du corps de monseigneur comte d'Artois, seigneur de l'Homme et Giscote. Cet Auger fut porté sur la liste des émigrés; il était mort en 1794, puisqu'à cette époque sa veuve Rose de La Pujade assista à l'estimation et à l'arpentement des biens de son mari. La terre de Guilleragues a été acquise de Madame veuve de Laval, née Auger, par M. le comte de Menou, qui l'a vendue au milieu du XIXe siècle au sieur Boulet, forgeron à La Réole.

Description du château de Guilleragues au XIXe siècle:

On voit, par ce qui précède, qu'une forteresse existait au XIIe siècle à Guilleragues, et fort probablement sur l'emplacement du château actuel, qui a été complètement reconstruit au XIVe siècle. A cette dernière époque, on a remanié le terrain, recreusé peut-être les fossés et opéré des changements qui ne permettent pas de voir sur quel plan était construite la première forteresse. Nous ne pouvons donc nous occuper que du château encore debout, mais dont la ruine est imminente. Construit sur un plan barlong, à l'extrémité méridionale d'un vaste plateau, il domine la vallée de l'Andouille, qui après un parcours de onze kilomètres environ se jette dans le Drot, en face de Coutures, et un petit vallon qui prend naissance à peu de distance au nord du château. Il est protégé, au sud-ouest et au nord-ouest, par des pentes naturelles très rapides qui descendent d'un côté au fond de ce vallon et de l'autre vers la vallée de l'Andouille, et des deux autres côtés par un fossé qui relie ces deux vallées. Nous ne croyons pas que les constructions du XIVe siècle occupaient tout l'emplacement de celles qui existent actuellement; il ne reste bien positivement de cette époque que la portion ABCD (voir plan ci-dessous). Les soubassements de la partie BEFD peuvent être du XIVe siècle, mais la tour F paraît être de la fin du XVe, et la façade est de la seconde moitié du XVIe siècle. On y voit un charmant motif d'architecture, composé d'une porte en plein-cintre surmontée d'une frise au-dessus de laquelle est un trumeau accosté de fines colonnettes. Les élégants chapiteaux de ces colonnettes supportent un entablement et un fronton triangulaire. Les frises sont ornées de fleurons alternant avec des groupes de trois croissants enlacés. Le trumeau renferme un écusson portant la date de 1564, écusson qu'on retrouve sur une clef de voûte de la tour A. A côté de la porte s'ouvre une grande fenêtre à linteau droit appuyé sur deux colonnettes, semblables à celles qui encadrent le trumeau. Une frise, qui le relie avec celle de la porte et qui est ornée de la même façon qu'elle, passe au-dessus de la fenêtre et forme un riche bandeau sur le milieu de cette façade. Contre la tour F dans laquelle existe un large escalier, s'avance, sur des encorbellements qui donnent une idée de la science des appareilleurs de cette époque, un réduit servant d'échauguette et de latrines. Ce motif d'ornementation est aussi pittoresque que savamment combiné.
On a élevé vers la même époque toute la portion AHIC, et comme de ce côté le terrain n'était pas solide, on a été obligé de soutenir le, mur du nord-ouest par trois énormes contreforts. Ceux des angles sont surmontés de tourelles circulaires servant d'échauguettes. Cette dernière portion du château est la seule habitable; les autres sont dans un état de délabrement. Les appartements du château comprenaient un premier étage et un rez-de-chaussée, qui paraît avoir été voûté au XIVe siècle; les portes de cette époque sont ogivales et très petites; l'étage supérieur n'était pas voûté, il était éclairé par des fenêtres cruciformes. Toutes ces fenêtres ont été refaites lors de la restauration de 1564, excepté une seule, au nord-est, qui a bien la même forme, mais dont les deux baies supérieures sont quadrilobées, et dont les moulures indiquent le XIVe siècle. Il est probable que toutes les autres fenêtres étaient faites sur le modèle de cette dernière, ce qui était certes plus élégant que ce qu'on a fait à la Renaissance; il est probable aussi que le rez-de-chaussée n'avait pas de fenêtres, mais simplement des meurtrières cruciformes, comme celle que l'on retrouve encore, mais murée, près de la porte d'entrée du milieu de la façade. Deux tours flanquent les angles est et nord; cette dernière est ronde jusqu'au sol, couronnée de mâchicoulis, et surmontée d'une tour d'observation qui m'a paru plus moderne. La tour actuellement éventrée, depuis peu d'années seulement, renferme dans son rez-de-chaussée, un oratoire recouvert d'une espèce de voûte en coupole sur laquelle on a copié, à la détrempe, des tableaux de Raphaël. Ces peintures, encadrées d'arabesques, sont assez mauvaises et ne donnent qu'une très faible idée des originaux. On entrait dans cette tour par les étages correspondants du château: dans le premier, au moyen d'une porte ogivale, et dans le second par une porte en cintre bombé qui communiquait avec le chemin de ronde, derrière des créneaux actuellement murés.
Lors de ma première visite au château de Guilleragues, le 23 mai 1858, cette tour était éventrée, mais avait toute sa hauteur. A une seconde visite faite le 22 août 1860, j'ai trouvé la tour complètement démolie; les matériaux avaient servi je ne sais à quel usage: le château n'existe peut-être plus maintenant. La tour A est circulaire et s'élève sur une base carrée; la liaison de ces deux plans se fait au moyen d'assises circulaires en encorbellement; elle est couronnée de mâchicoulis, et possédait jadis un lanternon qui a été démoli depuis peu d'années. On arrive au premier étage de cette tour au moyen d'un escalier droit, percé dans l'épaisseur des murs de la courtine de façade. Les anciennes meurtrières cruciformes dont elle est munie, permettent de faire remonter la date de sa construction au XIVe siècle. La tourelle, du côté opposé, devait donner accès sur le chemin de ronde: c'était peut-être le seul escalier par où on pouvait y arriver. L'échauguette protégeait l'angle sud du château, et, dominant la vallée, permettait à la sentinelle qui y était en observation de signaler tout ce qui se passait dans la plaine. On ne retrouve plus rien de la cour du XIVe siècle. Les fossés sont comblés, mais on en voit bien l'emplacement; on aperçoit encore la place du pont qui les traversait et des ouvrages qui le protégeaient, mais il m'a été impossible, avec ce qu'il en reste, d'en relever un plan même approximatif. Les fossés étaient secs, car on ne peut supposer que la petite fontaine ait pu suffire à les remplir d'eau. La grande cour d'entrée, au nord-est, et ses tours d'angles sont du XVIe siècle, et n'offrent qu'un faible intérêt. Ce château, fort pittoresque d'ailleurs, était un des moins considérables du pays, et s'il ne restait que la portion construite au XIVe siècle, on ne pourrait guère la considérer que comme une tour isolée chargée de protéger la vallée qu'elle domine; mais la famille qui possédait ce château au XVIe siècle a triplé son importance, et en avait fait une résidence presque somptueuse, occupée au milieu du XIXe siècle par une famille de cultivateurs qui habite un des coins de la forteresse, abandonnant le reste aux plantes parasites et aux animaux de basse-cour. (1)

Éléments protégés MH: le portail du château y compris le décor et le fronton qui le surmonte. Le corps de logis et ses tours avec sa basse-cour (tour, enceinte, bâtiments), les sols et les sous-sols : inscription par arrêté du 23 janvier 1995. (2)

château de Guilleragues 33580 Saint-Sulpice-de-Guilleragues, propriété privée, visite des extérieurs uniquement.

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chateau de Guilleragues à Saint Sulpice de Guilleragues chateau de Guilleragues à Saint Sulpice de Guilleragues  
 
 
 


(1)         La Guienne militaire: histoire et description des villes fortifiées, forteresses et châteaux construits dans le pays pendant la domination anglaise. Tome premier, par Léo Drouyn (1816-1896) Éditeur: Didron (Paris). Date d'édition: 1865
(2)
         source :  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/

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