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La Table théodosienne
mentionne, sur la voie romaine qui reliait les villes de Bordeaux (Burdigala)
et de Périgueux (Vesuna), une localité appelée Varatedo, comme première
station. D'Anville et Jouannet pensent que Varatedo est Vayres; il existe,
en effet, une route qui, pendant tout le Moyen Age, conduisait de Bordeaux à
Vayres et portait, dans la paroisse de Caillau, le nom de La Lebade. Il y a
dans le bourg de Vayres une maison sous laquelle on trouve des mosaïques.
Dans le jardin du château, on a découvert une si grande quantité de vases de
terre, qu'on a supposé, non sans raison, qu'il y avait là une fabrique de
poteries. Dans le même endroit, on trouve assez souvent des monnaies et
d'autres objets romains. Nous avons donc tout lieu de penser que si Vayres
n'est pas Varatedo, c'est du moins une localité qui a été occupée par les
Gallo-Romains, et dans laquelle il y avait une riche villa. Dans le courant
du XIe siècle, des seigneurs du nom de Gombaud possédaient la terre de
Vayres. L'abbé Baurein pense que ces Gombaud appartenaient à la même famille
que les Gombaud, seigneurs de Lesparre, et à celle de Gombaud, archevêque de
Bordeaux en 992. Entre les années 1060 et 1086, Raimond Gombaud, sa femme
Audenodis, et leurs fils Clair, Vigoureux, qui se fit moine, et Géraud,
firent des dons assez considérables à l'abbaye de Saint-Jean d'Angély. Ils
lui donnèrent, entre autres, l'église de Sainte-Marie de Vayres (de Variis,
ad varias), celles de Saint-Jean, de Saint-Pierre de Vaux (de Vallibus), de
Saint-Martin d'Izon et de Saint-Martin du Boisset (de Busseto). Dans le
courant du XIIe siècle, un autre Raimond Gombaud et son frère Clair, donnent
un droit de pêche dans la Dordogne à l'abbaye de La Sauve-Majeure. Au
commencement du XIIIe siècle, l'Entre-deux-Mers était infesté de brigands,
et la justice royale se faisant probablement assez mal, Henri III accorda ou
confirma, en 1238, le droit de haute justice aux plus grands seigneurs du
pays, entre autres à celui de Vayres.
Le 25 mai 1242, le même monarque, en guerre avec le roi de France, Saint
Louis, convoqua les seigneurs gascons. Il écrivit à Raimond Gombaud,
seigneur de Vayres, de se trouver à Pons avec trois chevaliers, le jeudi
après la Pentecôte. Le seigneur de Vayres prit probablement part à la
révolte des Gascons contre le roi d'Angleterre, qui, s'étant saisi du
château de Vayres, chargea, le 18 juillet 1253, Pierre Calhau, bourgeois de
Bordeaux, de le garder jusqu'à nouvel ordre. Il enjoignit en même temps aux
habitants de Vayres d'obéir à leur nouveau gouverneur. Pendant ce temps,
Thomasse, fille unique de Raimond Gombaud, s'était mariée avec Guitard de
Bourg, seigneur de Verteuil, fils de Jean de Bourg, et lui apporta la terre
de Vayres; mais Amaubin de Barès, qui, pendant la révolte des Gascons, était
resté fidèle au roi d'Angleterre, avait du se la faire céder en totalité ou
en partie. Guitard de Bourg et sa mère Rose, veuve de Jean de Bourg,
s'adressèrent au roi d'Angleterre pour régler le différend qui existait
entre eux et Amaubin à propos du château de Vayres. Il est assez probable
que déjà, à cette époque (1254), Guitard avait épousé Thomasse de Gombaud,
avec laquelle il eut une fille nommée Rose, qui, le 30 juillet 1260, épousa,
en premières noces, Eyquem Guillem, séigneur de Lesparre et plus tard, en
secondes, Amanieu d'Albret, à qui elle apporta en dot Vayres et ses autres
seigneuries. Il est dit, dans le contrat passé, le 1 5 janvier 1287, par
devant Raymond Gontier, notaire, que le sire d'Albret avait dégagé, à ses
dépens, la terre de Vayres, sur laquelle il était dû 2,000 livres aux
héritiers de Guitard de Bourg, et qu'il avait pour cela fait hypothéquer son
château de Bore. J'ai déjà eu l'occasion de parler de Rose de Bourg dans la
notice sur Verteuil.
Amanieu d'Albret, à peine marié, se fit rendre hommage par les tenanciers et
les divers seigneurs de la juridiction de Vayres. Quelques-uns, entre autres
Guillaume de Montravel, seigneur de Jabastas, s'y refusèrent, donnant pour
raison qu'ayant fait hommage à Rose de Bourg, ils ne devaient rien tant que
cette dame vivrait. D'autres, au contraire, s'y soumirent. Nous trouvons,
dans la liste qui fut dressée à cette occasion, les divers devoirs et les
sommes que chacun d'eux devait en faisant l'hommage. Les hameaux de la
juridiction étaient aussi chargés de certaines redevances, entre autres de
fournir des pieux pour fortifier les fossés du château. Amanieu VII d'Albret
tenait pour le roi de France; mais Bérard, son dernier fils, ne suivit pas
sa voie politique; il se ligua contre lui avec les Anglais, s'empara de vive
force des terres de Gironde et de Vayres. Amanieu, pour le punir, le
déshérita par un codicille ajouté, le 21 septembre 1324, à son testament;
mais, en vertu du dernier testament de Rose de Bourg, sa mère, fait le 6
juin 1326, il resta seigneur de Vayres. Rose de Bourg mit pour condition à
ce legs qu'il donnerait à chacune de ses quatre sœurs: Mathe, dame de
Bergerac; Jeanne, dame de Ribérac; Thomasse, dame de Surgères, et Salide,
vicomtesse de Fronsac, 50 livres bordelaises de rente prises sur le péage de
Vayres, et, si le péage ne fournissait pas assez, sur la châtellenie de
Vayres. Bérard servit fidèlement le roi d'Angleterre, qui, le 30 juin 1326,
fit fortifier, peut-être à ses frais, le château de Vayres, et lui écrivit,
le 10 mars 1328 et le 17 avril 1330, pour le remercier de ses services et
l'engager à persister dans la même voie. Le 7 octobre 1341, il lui fit
hommage pour raison du château de Vayres et de toutes ses autres
seigneuries.
Depuis longtemps les seigneurs de Vayres et ceux de Fronsac étaient en
procès à propos de certains droits que chacun d'eux prétendait avoir sur le
château de l'autre. Raimond, vicomte de Fronsac, disait que le château et la
châtellenie de Vayres, avec toutes ses appartenances et dépendances,
devaient tenir de lui; Bérard prétendait, au contraire, que, sauf une motte
sans seigneurie et sans justice haute ni basse, qui était dans le château de
Vayres, il ne tenait rien de lui, mais seulement du roi d'Angleterre. Le
vicomte ajoutait, en outre, que la grande salle du château de Puynormand
mouvait de lui; Bérard prétendait, par contre, avoir le même droit sur la
grande tour du château de Fronsac. Ces diverses prétentions, probablement
justifiées par des actes, étaient fort gênantes pour les deux seigneurs et
auraient pu amener des conflits fâcheux; aussi résolurent-ils, de l'avis
d'amis communs, de déterminer les droits que chacun devait avoir. En
conséquence, le 8 mai 1341, ils passèrent la transaction suivante: Bérard
tiendra à l'avenir, à hommage franc et gentil, du vicomte de Fronsac, le
château de Vayres avec tous les fosses vieux qui l'entourent et certaines
choses (cerlanas causas) qui sont dans les paroisses de Notre-Dame et de
Saint-Pierre d'Arveyres. Le reste de la châtellenie de Vayres demeurera en
entier à Bérard, ainsi que la grande salle du château de Puynormand. De son
côté, Raimond conservera, en toute propriété et sans aucun hommage, la
grande tour du château de Fronsac. Le même jour, après la signature de la
transaction, Bérard fit hommage au vicomte de Fronsac pour raison du château
de Vayres. Bérard fit son testament le 9 janvier 1345; il avait épousé en
1318, Guiraude de Gironde, fille d'Arnaud de Gironde et de Thalésie de
Caumont; il eut un fils qui porta le même nom que lui, et qui épousa
Brunissin de de Grailly, fille de Pierre II de Grailly, seigneur de Bénauges
et de Castillon, et d'Assalhide de Bordeaux.
"Dans son contrat de mariage, Bérard II avait colloqué les droits de sa
femme sur la terre de Verteuil; mais, par son testament daté du 24 décembre
1374, il les avait reportés sur la terre de Vayres. Après sa mort,
Brunissinde demanda à Bérard d'Albret, neveu de son mari, seigneur de
Langoiran, fils et héritier d'Amanieu d'Albret, la délivrance de Vayres; ce
que celui-ci accorda, et par acte daté du 29 janvier 1374-75, il ordonna à
Penot de Birac, capitaine du château de Vayres, et aux habitants de la
reconnaître pour dame et maîtresse". Brunissinde, à sa mort, laissa pour
héritier son frère Archambaud de Grailly, dont le fils, Gaston de Foix, se
mit en possession de la terre de Vayres. Alors Marguerite d'Albret, sœur et
héritière de Bérard, intervint et demanda que Vayres lui fût livré; mais
Gaston répondit que cette terre étant hypothéquée à la dot de Brunissinde,
il ne la retenait que pour garantie des droits qu'y avait son père; que,
cependant, ne voulant pas que Marguerite fût dépouillée de ses droits, il
consentait à lui donner 400 livres bordelaises la première année, 100 livres
les autres années, avec le droit d'habiter le château de Vayres avec une
suite de douze personnes, pourvu que ces personnes jurassent de ne rien
faire contre les droits de Gaston. Celui-ci restait seigneur en partie de la
terre de Vayres, sur laquelle il lui revenait, du droit de sa sœur, 10,000
écus d'or. Cette transaction fut passée au château de Vayres le 30 juin
1411.
Depuis longtemps le sire d'Albret, connétable de France, et son frère Louis,
avaient pris le parti du roi de France, ce qui leur faisait craindre la
confiscation de celles de leurs terres qui, comme Vayres, étaient situées au
milieu des possessions anglaises. Ils ne trouvèrent rien de mieux, en l'an
1406, alors que le duc d'Orléans allait entrer en Guienne à la tête d'une
armée française, que de confier la garde de Vayres à Marguerite d'Albret,
dame de Mussidan. Ils lui écrivirent, en conséquence, pour la prier de faire
le serment au connétable d'Albret de lui conserver son château; de le lui
rendre quand elle en serait requise; de ne faire supporter aucune taille
extraordinaire aux habitants de la seigneurie de Vayres; d'employer une
partie des revenus aux réparations dudit lieu; de ne faire aucun tort, pour
quelque cause que ce fût, à ceux qui tiendraient le parti de la France; de
ne garder dans le château que les gens de son hôtel et les habitants de la
seigneurie, et surtout de faire avoir au connétable l'assurance, signée par
le sénéchal de Bordeaux, le sire de Montferrand et ses enfants et les autres
barons de la Guienne tenant le parti des Anglais, que, pendant tout le temps
que Vayres serait en sa main, ils ne feraient aucun tort aux habitants de
cette seigneurie. Marguerite se trouvait ainsi dans une fausse position;
elle prit le parti le plus raisonnable: ses neveux étaient loin, Vayres
était au milieu des possessions anglaises, à quelques lieues de Bordeaux,
centre de leur puissance; Gaston de Foix, son parent, en grande faveur
auprès du roi d'Angleterre, avait une forte hypothèque sur la terre de
Vayres. Ne voulant donc pas se mettre mal avec les jurats de Bordeaux, elle
leur communiqua, le 6 août 1406, la correspondance de ses neveux, et, le
même jour, elle fit soumettre à leur examen, par le cardinal-archevêque de
Bordeaux, qui paraît avoir été son conseiller dans cette affaire, une pièce
qui portait le nom des vingt un hommes qu'elle avait choisis pour garder le
lieu de Vayres: c'étaient, entre autres, Amanieu d'Anglades, Laurant de
Sancta-Massa, Perinot de La Tour, Baudinot de Pommiers...
Nous avons vu plus haut que Gaston de Foix avait des droits sur la terre de
Vayres. Le 15 mars 1417, elle fut confisquée au sire d'Albret par le roi
d'Angleterre, et donnée à ce même Gaston, qui en devint ainsi seigneur en
totalité. Peu de temps après, le 16 janvier 1421, une transaction fut passée
entre le roi d'Angleterre et la famille d'Albret. Celle-ci devait remettre
toutes les terres qu'elle avait prises au roi, qui, de son côté, devait
rendre la pareille aux d'Albret, et leur restituer en même temps tous leurs
privilèges. Des réserves étaient faites cependant pour Vayres et plusieurs
autres terres que les d'Albret réclamaient. Cette dernière seigneurie fut de
nouveau concédée à Gaston de Foix, le 28 juin 1426 et le 14 août 1433.
Cependant, le moment arrivait ou tout allait être bouleversé en Guienne.
Dunois, à la tête d'une armée française, après avoir pris Blaye et Bourg,
assiégeait Fronsac (1451). A cette nouvelle, les Bordelais, voyant que la
cause des Anglais était perdue et ne voulant pas irriter le vainqueur,
promirent de livrer Vayres et plusieurs autres places importantes s'ils
n'étaient pas secourus dans trois semaines. On sait comment les Français
s'emparèrent de la Guienne. Gaston de Foix, d'accord avec son fils Jean,
vendit à Dunois et à autre Gaston de Foix, son neveu, qui commandait un des
corps de l'armée française, ses terres de la Guienne, parmi lesquelles se
trouvait Vayres, et se retira à Meille en Aragon, ou il mourut. Peu de temps
après, Gaston racheta la portion de Dunois. Il paraît cependant, si l'on en
croit un extrait informe de lettres patentes de Charles VII, que les terres
de Vayres et de Verteuil furent restituées, le 21 décembre 1451, au seigneur
d'Albret, dont les descendants restèrent seigneurs de Vayres, malgré les
réclamations réitérées de Gaston de Foix et de ses héritiers. Le 18 octobre
1461, Charles d'Albret, dit le Cadet, fit hommage à Louis XI, pour raison de
la seigneurie de Vayres, et à Charles, duc de Guienne, le 21 février 1469.
En 1471, comme seigneur de Vayres, Charles d'Albret recevait les hommages de
ses vassaux. Ayant pris le parti de Jean d'Armagnac, qui s'était révolté
contre Louis XI, il fut fait prisonnier, conduit à Poitiers, jugé et
condamné à mort. Le roi confisqua les terres qui lui avaient appartenu, et
les donna, au mois de juin 1473, à Alain d'Albret, ne voulant pas, dit-il,
qu'elles sortissent de cette famille. De 1474 à 1479, des reconnaissances
étaient faites en faveur d'Isabeau de La Tour, dame d'Orval, de Lesparre et
de Vayres, comme mère et tutrice de Jean d'Albret, son fils mineur, seigneur
d'Orval. Alain d'Albret était cependant seigneur de Vayres en 1520,
puisqu'il assista, en cette qualité, à la réunion chargée d'approuver les
Coutumes de Bordeaux, et en 1 521, puisque à cette époque il donna
procuration au sieur de Lussan pour vendre la seigneurie de Vayres. Nous ne
savons si elle fut vendue; mais dans tous les cas, elle ne sortit pas de la
famille d'Albret, car nous trouvons des reconnaissances passées en 1529 en
faveur de Henri, roi de Navarre, seigneur d'Albret, etc., et de la duchesse
de Valentinois, tous deux absents; mais celle-ci avait donné, avec le
consentement du roi de Navarre, le 12 septembre 1528, procuration à Jean
Bonnet pour les recevoir. Le 7 juillet 1541, Henri et sa femme, Catherine de
France, sœur unique du roi François 1er, donnèrent procuration à leur oncle,
le sieur Rollet, bâtard d'Albret, sieur de Sauros, gouverneur de la terre
d'Albret, pour recevoir, en leur nom, les hommages des prélats, gens
d'église, gentilshommes et autres qui tenaient d'eux noblement des fiefs et
arrière-fiefs dans toute la seigneurie d'Albret. En conséquence aux mois de
septembre et d'octobre suivants, les vassaux de la terre de Vayres firent
hommage entre les mains de Rollet.
En 1556, à la même époque où la seigneurie d'Albret fut érigée en duché,
Antoine, roi de Navarre, et Jeanne sa femme, vendirent, à pacte de rachat de
douze ans, la terre de Vayros à Maître Jean de Pontac, notaire et secrétaire
du roi, greffier civil et criminel en la Cour de Parlement de Bordeaux. En
1662, Jeanne, voulant retirer la terre des mains de Maître de Pontac,
chargea Bertrand de La Vie, avocat au Parlement de Bordeaux, de la revendre
pour la même somme et à pacte de rachat de vingt ans, à François Monsieur de
Foix-Candale, qui lui avait prêté 12,000 livres tournois, plus 500 livres
pour les loyaux coûts. Cette vente fut faite, par acte passé devant
Caslaigne, notaire à Bordeaux, le 25 février 1562. Le 19 mars 1579, Henri,
roi de Navarre, racheta la terre de Vayres à François Monsieur de Foix, qui
depuis l'acquisition qu'il en avait faite, était devenu évêque d'Aire. Il la
vendit le 10 avril 1580, à condition de rachat de trente ans, à demoiselle
Marie de Chaumont, femme de Maîte Bertrand Arnoult, seigneur de Nieuil,
conseiller du roi en la Cour de Parlement de Bordeaux, moyennant 8,000 écus
d'or sol. Marie de Chaumont étant morte, cette terre passa à son fils unique
et héritier, Maître Henri Jaubert, sieur de Barrault, sénéchal de Bazadais.
Il ne la garda pas longtemps, car elle lui fut rachetée par le roi de
Navarre, qui, par suite de quelques arrangements de famille, peut-être aussi
pour parer aux dépenses extraordinaires qu'il était obligé de faire, la
revendit à Maître Ogier de Gourgues, seigneur baron de Leige, La
Rochechandry et autres lieux, conseiller, maître d'hôtel ordinaire du roi,
et président au bureau de la trésorerie générale de France en Guienne, par
acte passé devant Castaigne, notaire à Bordeaux, le 19 juillet 1583.
Cette vente fut faite purement, simplement, à perpétuité et à jamais,
moyennant la somme de 50,000 livres tournois, à la condition seule "que
ledit sieur de Gourgue et ses successeurs, seigneurs dudit Vayres, seront
tenus recognoistre tenir, à foy et homage dudit roy de Navarre et ses
successeurs roys de Navarre inséparablement, ladite terre et seigneurie de
Vayres et ses appartenances et dépendances, au devoir d'une paire de gans à
muance du roy de Navarre ou de vassal, d'une part et d'autre". Le 30 août
suivant, Ogier de Gourgues prit possession de son acquisition. A cette
époque, les terres qui sont situées entre le château et l'église de Vayres
appartenaient à divers particuliers. Ogier, voulant sans doute envelopper
son château d'un parc, faire des jardins et des promenades, acheta, surtout
en 1587, toutes ces terres. On le voit, dans les années suivantes, recevoir
les hommages de ses vassaux et tenanciers, et faire de nombreuses
acquisitions dans la juridiction de Vayres. Depuis 1 583, la terre de Vayres
était restée dans la famille de Gourgues; elle n'en est sortie, dans ces
derniers temps, que pour passer dans les mains de M. le baron Albert de Bony,
par son mariage avec demoiselle Eugénie-Cécile-Jacqueline de Gourgues, fille
d'Armand Dominique Ange Louis, marquis de Gourgues, et de demoiselle
Albertine de Montboissier, petite-fille de l'illustre Malesherbes. Quoique
appartenant à la famille d'Albret, et en dernier lieu à Henri, roi de
Navarre, qui fut plus tard Henri IV, le château de Vayres ne joua aucun rôle
pendant les guerres de religion du XVIe siècle; il n'en fut pas de même au
XVIIe siècle. En 1649, le château appartenait pour un tiers à Olive de
Lestonnac, femme de Marc-Antoine de Gourgues, et pour les deux autres tiers
à son neveu Jean-Jacques de Gourgues, dont le cousin, appelé le capitaine de
Gourgues et avec lequel il était en procès depuis longtemps à propos de
l'héritage de leurs ancêtres communs, s'en était emparé quelque temps
auparavant, après en avoir chassé le fermier.
Vers 1654, le duc d'Épernon, voyant que les Bordelais levaient sérieusement
des troupes et équipaient une flotte, résolut de se rendre maître de ce
château, qui était une des clefs de Libourne et dominait la Dordogne.
Aussitôt que le Parlement eut connaissance de ce projet, il fit tous ses
efforts pour mettre la place en état de défense. Il crut, sans doute, être
assuré de la participation du capitaine de Gourgues, comme il était sûr de
la fidélité du président, et il lui laissa le commandement du château. Des
troupes éprouvées furent envoyées à Vayres; on dressa des barricades aux
abords du bourg, en face des chemins qui se dirigeaient sur Libourne et sur
Bordeaux, et une demi-lune fut construite devant le château. Quand les
épernonistes arrivèrent, la désunion s'était mise entre les chefs; les
barricades furent mal ou faiblement défendues; le bourg fut pris. Les
épernonistes entrèrent dans l'église, où ils massacrèrent le curé, qui
tenait l'autel embrassé; l'église pillée, ils s'avancèrent contre le
château. Une grande partie des troupes qui le défendaient combattit tant que
durèrent les munitions. Lorsqu'elles furent épuisées, elle en demanda au
capitaine de Gourgues, qui refusa de lui en donner; on vit alors clairement
qu'il tenait pour le duc d'Épernon. Il demanda cependant à capituler; mais
les clauses en furent si mal expliquées, que les épernonistes, avant la
signature des conditions, entrèrent dans la place, où ils commirent toutes
sortes de dégâts. Pendant qu'ils étaient occupés à piller, une troupe de
parlementaires arriva de Bordeaux par la rivière, débarqua devant le
château, et fut reçue par une vive mousquetade qui lui fit comprendre que le
château était pris. Les Bordelais se rembarquèrent; mais avant de partir,
ils déchargèrent contre la place l'artillerie montée sur leurs chaloupes, et
tuèrent quelques ennemis.
La prise de Vayres fut une grande perte pour les Bordelais et favorisait par
contre les projets du duc d'Épernon; aussi Pontac, seigneur d'Anglade, qui
avait fortement contribué à la prise de Vayres, soit par les intelligences
qu'il y entretenait, soit par des secours matériels, fut condamné à mort par
les Bordelais et exécuté en effigie. Le château ne tarda pas à rentrer au
pouvoir des parlementaires. Le cardinal de Mazarin, connaissant toute
l'importance de cette position, et désirant surtout faire le plus de mal
possible aux Bordelais, qui ne cachaient pas la haine qu'ils ressentaient
pour lui et pour le duc d'Épernon, donna au maréchal de La Meilleraye
l'ordre de s'en saisir et de l'assiéger dans les formes, s'il ne pouvait
l'emporter autrement. Vayres avait une garnison de 300 hommes commandés par
Richon, capitaine expérimenté, natif de Guîtres, mais habitant Bordeaux. A
la nouvelle de ce siège, les Bordelais essayèrent de faire entrer 600 hommes
de plus dans la place; mais ils ne purent réussir. A son arrivée devant
Vayres, le maréchal de La Meilleraye fit sommer Richon de se rendre, le
menaçant, s'il était pris l'épée à la main, de le faire pendre avec les
hommes de s suite. Richon répondit qu'on lui avait confié la place et qu'il
tâcherait de la garder. Le maréchal ouvrit la tranchée du côté du bourg où
la brèche était plus facile à faire, et donna un assaut qui fut repoussé
avec une perte de 300 hommes. Après cette affaire, les assiégeants firent
demander une trêve pour retirer leurs morts et leurs blessés. Elle leur fut
accordée; mais pendant ce temps, un nommé Thévenin, cousin germain de Richon,
et qui, en cette qualité, avait le commandement d'un poste avancé, se
laissant séduire par les promesses que lui firent le marquis de Biron,
maréchal de camp de l'armée du cardinal, et le sieur de Théobon, trahit son
cousin et introduisit les ennemis dans le retranchement. Richon, se voyant
dans l'impossibilité de résister, se rendit à la condition qu'on laisserait
la vie à lui et aux siens. Le maréchal de La Meilleraye, le marquis de Biron
et M. de Théobon, se portèrent garant de ce traité, qui cependant ne fut pas
exécuté, car Richon, conduit à Libourne, fut pendu aux halles. Le cardinal
ordonna même la démolition du château de Vayres; mais le Parlement, en ayant
été averti, donna l'ordre de démolir celui de Lormont qui appartenait à
l'archevêque, ce qui obligea Mazarin de révoquer son ordre.
En 1653, pendant l'Ormée, "Son Altesse Monsieur le prince de Conty, ayant
dessein de s'emparer du château de Vayres pour estre maistre sur la
Dourdogne, et assurer par là la communication de Bourdeaux et de Libourne,
voulust obliger plusieurs fois Monsieur le président de Gourgue à y recevoir
garnison, soubs prétexte que, si ce chasteau n'estoit gardé, Monsieur de
Vandome pouroit y jetter des troupes. Monsieur le président de Gourgue lui
représenta, autant de fois, qu'une garnison attireroit un siège et autres
mauvaises suittes pour sa personne, sa famille et sa maison, et fit
connoistre à Bonnet, chef de l'Ormée, et qu'il scavoit briguer le
commandement de cette garnison, que s'il l'acceptoit c'estoit se déclarer
son ennemy, offrant plusieurs fois à Monsieur le prince de Conty de se
mettre dedans avec les habitants de la terre et de la garder dans la
neutralité. Monsieur le princede Conty ne receut pas l'offre de Monsieur le
président de Gourgue, lequel, pour éviter les violences qu'on luy faisoit
pour s'emparer de son chasteau, fust obligé de quitter la ville et s'en alla
dans son chasteau de Vayres pour exécuter l'advance qu'il avoit faite de la
garder luy-mesme neutre. Le lendemain de son arrivée dans Vayres, le nommé
Bonnet se présenta à luy avec ordre de S. A. Monsieur le prince de Conty,
portant qu'il eust à recevoir la garnison qu'il envoyoit de Bourdeaux
conduite par ledit Bonnet, qui la devoit commander dans ledit chasteau de
Vayres. Monsieur le Président demanda délay jusqu'au lendemain, et soudain
dépêcha vers S. A. pour luy faire connoistre le préjudice qu'il luy portoit
en exposant son chasteau à une ruine inévitable et à une perte considérable,
puisqu'estant entre les mains des gens de guerre un siège estoit
infaillible, et qu'il s'attireroit une indignation de S. M. sur sa personne,
sa famille et ses autres biens".
"Le courrier de Monsieurle président de Gourgue fust accompagné d'un envoyé
dudit Bonnet. A la réception des dépèches, Monsieur le prince de Conty
envoya soudain un exempt et quatre de ses gardes pour se saisir de la maison
de Monsieur le président de Gourgue dans la ville de Bourdeaux, et s'assurer
de Madame la Présidente, sa femme, et de ses enfants. L'exempt et les gardes
demeurèrent jusqu'à ce que Son Altesse eust nouvelle que Monsieur le
président de Gourgue avait abandonné sa maison, et que ledit Bonnet estoit
dedans avec sa garnison. Cette violence n'a pas eu d'exemple dans tous les
troubles, et personne n'a esté traitté de la sorte, et ce sont des vérités
que Madame la duchesse de Longueville et Monsieur le comte de Maine peuvent
appuyer par leur témoignage. Ce fust le soir de la réception de ces
despèches que l'on traitta ainsi Monsieur le président de Gourgue et les
personnes de sa famille à Bourdeaux. Et dès le lendemain, S. A. envoya à
Vayres un de ses gardes à Monsieur le président de Gourgue avec un ordre qui
paroist plein d'aigreur et de menace de ce qu'il n'avoit receu la garnison,
luy mandant que s'il ne recevoit laditte garnison, il maltraiteroit Madame
sa femme et ses enfants; mais il avait déjà effectué ses menaces. A la veue
de cet ordre, pour éviter un si cruel traittement en sa personne et en celle
de sa femme, Monsieur le Président, qui ignorait ce qui s'estoit déjà passé
à Bourdeaux, fust obligé de quitter et abandonner son chasteau la nuict, et
laissa tous les meubles et les grains qu'il y avoit à la merci de ces gens
de guerre, ne voulant se charger du reproche de les avoir receu, bien que ce
fut par la force et par la violence. Et depuis la fin du mois d'apvril, il
fust toujours errant de part et d'autre dans les maisons de ses parents et
amys aux environs de Bourdeaux, sans pouvoir aller à Agen, pour le refus que
Monsieur le prince de Conty luy fist du passeport qui luy estoit
nécessaire".
"Ayant esté connu aux troupes de Monsieur de Vandosme que Monsieur le
président de Gourgue n'estoit ni à Bourdeaux ni à Agen, et ayant descouvert
que la maison de Monsieur de Frans, qui estoit dans la neutralité, luy
servoit de retraite, le chevalier de Perières, avec des troupes de Monsieur
de Vandosme, le vinrent investir. Monsieur le président de Gourgue ayant eu
advis que ledit chevalier avoit le dessein de l'enlever, pour avoir la
liberté de s'eschaper, il fust obligé de donner audit cbevalier de Rerières
cinq cens escus, et dix pistoles à celuy qui commandoit soubs luy pour sa
rançon; lequel argent il emprunta à Monsieur le baron de Frans. De là il
fust encore obligé de s'en aller et se sauver à la Chartreuse de Veauclaire,
et puis chez Monsieur le marquis de Théobon, ne pouvant estre longtemps en
seureté dans une mesme maison. Durant que Monsieur le Président de Gourgue
se sauvoit ainsi d'un lieu à un autre, il y eust des troupes de Monsieur de
Candale qui estoient en garnison à Lormont qui firent des partis jusqu'à
Vayres pour prendre le chasteau, pillant et ravageant en telle sorte que les
habitans furent contraincts de tout abandonner. Et quelque temps après
Monsieur de Vendosme ayant fait avancer quelques troupes pour le siège de
Libourne, des galiottes portant à cet effect de l'artillerie nécessaire à
cette entreprise, passant pour ce dessein devant le chasteau de Vayres,
furent maltraittées par le feu que Bonnet et, par son commandement, la
guarnison firent, en telle sorte qu'on tua beaucoup d'hommes,,ce qui leur
donna lieu de venir dans la retraitter canoner ledit chasteau pendant deux
fois vingt quatre heures sans jamais discontinuer. Les choses n'en
demeurèrent pas là; car, après la prise de Libourne, Monsieur de Vandosme
vint en personne à Vayres, parla au commandant et luy fist telle peur, que,
se voyant à la veille d'un siège et la place extremement affoiblie et hors
de deffense par la quantité de coups de canons des galiottes, qu'il
abandonna la nuict le chasteau".
"Monsieur de Vandosme y jetta dès le lendemain ses troupes, commandées par
le sieur de La Huinière, lieutenant pour lors de ses gardes, qui y séjourna
jusqu'au commencement du mois d'aoust que la paix fust faite à Bourdeaux; le
traitté portant que Vayres seroit rendu. Pendant ce séjour la garnison de
Monsieur de Vandosme acheva de ruiner le chasteau, enlevant, rompant, et
brulant tout ce que ledit Bonnet avec les siens n'avoient pu emporter, soit
meubles, plomb ou matériaux qu'ils alloient vendre ailleurs, et
principalement le plomb dont il y avoit grande quantité, le chasteau estant
de grande estandue pour lors en canaux, goutières et faîte de couverture de
la maison et des galeries. Quinze jours après la paix faite, Monsieur de
Vandosme envoya durant deux mois toutes ses troupes séjourner à Vayres. Tous
les fruits furent perdus cette année là, soit en partie qu'ils furent
consommés par les gens de guerre, soit perdus pour ne les avoir pu
recueillir pendant ce temps, à cause de la rage des soldats qui, par leurs
hostilités, empeschoient les habitans de sortir du chasteau où ils s'estoient
mis à couvert. Toutes les pertes, ruines, domages que Monsieur le président
de Gourgue a receu, tant par la garnison que Monsieur le prince de Conty a
mis dans Vayres, que les violences que mondit seigneur prince de Conty luy a
faictes, et les mauvaises suittes que celte garnison luy a attiré, montent à
plus de cinquante mil livres. Les preuves en sont publiques et paroissent
encore; et en cas qu'on en doute, Monsieur le président de Gourgue s'offre à
les faire valables en justice et au delà. Outre cette perte considérable que
Monsieur le président de Gourgue a receu dans son chasteau de Vayres, qu'il
ne pouroit à présent remettre dans l'état où il est pour vingt cinq mil
livres. Il a encore eu trois autres maisons ruinées à la campagne, et par un
malheur plus grand et une suite de cela, obligé de soutenir les frais d'un
rétablissement d'exil qui a duré cinq ans. Pendant lequel temps Madame la
présidante de Gourgue a toujours esté à de grand frais et dépenses à la
suite de la cour".
Après ces trois siéges, le château de Vayres se trouvait dans un état
déplorable; les. murs étaient partout lézardés; les meubles, les portes, les
contrevents, les planchers, les toitures, en partie enlevés, et, malgré
toutes les réparations qu'on y fit, il ne put reprendre son ancienne
splendeur. L'église, de son côté, avait été pillée par les gens de guerre et
les terres de la juridiction partout dévastées. En juin 1659, Louis XIII, en
considération des services rendus par le président de Gourgues et sa
famille, érigea la terre de Vayres en marquisat, et confirma tous les
privilèges dont ses seigneurs avaient joui auparavant. Depuis cette époque,
le château de Vayres n'a été le théâtre d'aucun fait intéressant. Le
seigneur de Vayres avait le droit de haute, moyenne et basse justice; droit
de litre et de banc dans toutes les églises de la juridiction; de lever
quatre fourches patibulaires; droit d'amende et de sceau, et autres revenus
et émoluments en dépendant; pouvoir de créer des officiers, procureurs,
sergents et notaires; droit de baillage, prévôté, greffe, geôlerie; droit de
tenir quatre foires par an et un marché par semaine au bourg de Vayres;
droit de poids et mesure, de guet et garde, carnelage, boucherie et halle;
les cens, rentes, dîmes inféodées et agrières, en blé, avoine, vin, deniers,
chapons, gélines, pains, manœuvres et corvées d'hommes et de bétail. Tous
droits de seigneurie directe et foncière; droits de lods et ventes,
prélation ou retrait par puissance de fief sur les vassaux, tenanciers et
hommagers de ladite seigneurie; droit de vinée pendant le mois de mai et aux
quatre jours de foire; la quatrième partie de la dîme de Fronsac; dîme de
cochons, d'agneaux, blé, chanvre, vin, millet et avoine, dans Vayres; droit
de tenir justice au milieu de la rivière durant toute l'étendue de la terre;
droit de pêche et de chasse, deux moulins banaux, garenne, parc, prés,
vignes, bois taillis, forêt, glandage, lande, marais; droit de petit péage
et de grand péage dans la ville de Libourne; celui de lever cinq mines de
sel sur cinq muids sur toutes les barques qui passent devant le château sur
la Dordogne; droit de bac et passage au port de Saint-Pardon, au port de
Vayres et à celui du Noyer.
La juridictionde Vayres s'étendait sur les paroisses de Saint-Jean de Vayres
et de Saint-Pierre de Vaux dit d'Arveyres tout entières, et sur quatre demi
paroisses, savoir: Saint-Germain du Puch, Saint-Sulpice du Bernac, Caillau
et Izon. Elle confrontait, du côté du levant, à la rivière de Dordogne,
commençant en amont à l'estey appelé la Moulinasse, autrement de Barbeyrac,
paroisse d'Arveyres, et descendant jusqu'à celui de Lamirau, paroisse d'Izon,
et à la pierre de marbre qui était en 1686, dans le bourg d'Izon, devant la
maison de Maîte Florent La Fargue, notaire royal, faisant séparation de
ladite juridiction d'avec la prévôté royale d'Entre-deux-Mers; du couchant
aux portes des églises de Saint-Sulpice et de Caillau, allant au lieu appelé
au Ruisseau de La Barède (La Barrade) qui conduit au moulin appelé de
Canlerane, situé en la paroisse de Saint-Sulpice, faisant de ce côté la
séparation de la prévôté royale d'Entre-deux-Mers d'avec la juridiction de
Vayres; au canton de Lareille, paroisse de Caillau, et au ruisseau qui
descend de Caillau au lieu de La Barède; du midi à l'estey de la Moulinasse,
qui fait la séparation de la juridiction de Vayres d'avec celle de Génissac
et de la prévôté d'Entre-deux-Mers; au chemin de La Regue, paroisse de
Cadarsac; dans les paroisses de Saint-Germain du Puch et de Nérigean, et au
lieu appelé de Graveyron, où il y a une pierre plantée entre deux esteys,
près du moulin du Graveyron; aux quatre chemins appelés de La Regue de Rey,
et au pas du ruisseau appelé de La Gourgue, oil de son côté s'arrêtaient les
limites de la prévôté royale d'Entre-deux-Mers. Parmi les hommages qui
étaient dus aux seigneurs de Vayres, il en était un assez original et que
l'on appelait l'hosanne; il se rendait tous les ans, le jour des Rameaux.
Voici quelle en était l'origine et en quoi il consistait: Au XIe siècle, les
Gombaud, seigneurs de Vayres, fondèrent dans l'étendue de leur juridiction
une certaine quantité de chapelles, dont ils donnèrent les revenus aux
ecclésiastiques des environs; ils donnèrent également des rentes à d'autres
ecclésiastiques, à la condition que tous ensemble viendraient, le jour des
Rameaux, rendre hommage, soit par eux-mêmes, soit par un délégué, sous peine
de confiscation, pour l'année où ils feraient défaut, des rentes qu'ils
devaient recevoir. Le dimanche des Rameaux, à neuf heures du matin, les
abbés de Faize, de Guîtres, de Bonlieu et de La Sauve, ou leurs
représentants; les prieurs de Saint-Pardon,du Boisset, de Sallefrouin et du
Casteret, et les curés de Vayres, de Saint-Pierre de Vaux, d'Izon, de
Saint-Sulpice du Bernac, de Caillau et de Saint-Germain du Puch, ou ceux qui
les représentaient, devaient se rendre à l'église de Vayres, où ils
revêtaient leurs habits sacerdotaux. L'abbé de Faize remplissait la fonction
d'officiant, ceux de Guîtres et de Bonlieu faisaient le diacre et le
sous-diacre,et les autres devaient chanter en chœur. L'abbé de Faize, après
avoir béni les Rameaux, en distribuait à ses collègues; puis, avant de
commencer la messe, ils allaient tous saluer le seigneur ou, en son absence,
le juge de la juridiction; puis se rendaient ensuite en procession, suivis
des officiers de Vayres, des sergents et du peuple, à une croix qui est
devant la porte du château, et au pied de laquelle était dressé un autel.
Ils y disaient l'Évangile et faisaient des prières pour le seigneur et la
dame de Vayres et pour leur famille. Ils revenaient ensuite à l'église,
faisaient la procession autour du cimetière, s'arrêtaient près de la croix
qui est devant l'église, ou ils recommençaient les prières qu'ils avaient
faites près de celle qui est devant le château, et rentraient dans l'église,
où le bailli de la justice, après les avoir appelés, leur donnait un acte de
présence. A la suite de la messe, ils se rendaient, suivis des officiers de
la juridiction, des sergents et de ceux qui portaient les croix, les
bannières et les autres ornements d'église, dans une maison du bourg, où les
attendait un repas préparé aux frais du prieur du Boisset. Après le dîner,
ils rentraient dans l'église, précédés de la croix et des bannières, en
chantant le Te Deum, rendaient action de grâce devant le grand autel, et se
retiraient après cette dernière cérémonie. Le dernier procès verbal de cet
hommage est daté du 16 mars 1788.
Description du château de Vayres au XIXe siècle:
Une langue étroite de terre sépare le ruisseau du Gestas de la Dordogne; le
château de Vayres en couvre l'extrémité septentrionale, près du confluent du
ruisseau et de la rivière; le bourg en occupe l'autre extrémité. Celui-ci
descend la côte, à l'ouest, sur le bord de la route de Bordeaux, l'ancienne
voie romaine, la Caussade du Moyen Age qui traversait le Gestas sur un pont
du XIIIe siècle appelé Pont d'Albret, et que l'on a démoli depuis quelques
années. A l'est, les maisons suivent, jusque sur le bord de la Dordogne, le
chemin du port. L'église est au nord du bourg. Il est probable que la
bourgade romaine et le bourg du Moyen Age occupaient toute la langue de
terre, depuis le château jusqu'au croisement des chemins de Saint-Germain et
d'Arveyres, à l'embranchement desquels existe une motte appelée la Volte d'Anglade,
et qui était un fief de la seigneurie d'Anglade. Des débris romains sur
toute la déclivité qui regarde la rivière, et les fondations d'une grosse
tour ronde du côté du Gestas, en sont peut-être une preuve. Le château est
isolé par une coupure, devant laquelle paraît avoir existé un fossé
protégeant une grande barbacane dans laquelle était située l'église
Sainte-Marie, remplacée maintenant par une croix. Il me paraît positif que
le château actuel occupe l'emplacement de la première forteresse établie
dans cette localité. Le plan présente la forme d'un triangle, dont deux
côtés sont en ligne droite, mais dont le troisième est une ligne brisée. Au
nord et au nord-ouest, il est protégé par les pentes très rapides du coteau,
au bas duquel passe le Gestas, qui fait tourner le Moulin du château; au
nord-est, par un fossé large de 27 mètres, dont la terre rejetée en dehors a
formé un vallum élevé de 3 mètres environs au-dessus du sol extérieur; au
sud-est, par une coupure large de 21 mètres, et bâtie sur la contrescarpe;
sans doute que le mur de cette contrescarpe n'existait pas au Moyen Age, et
qu'un vallum extérieur se reliait à celui du fossé du nord-est.
Au sud-ouest, il n'y a pas actuellement de fossé, mais un inventaire de 1650
nous le signale; alors le chemin qui conduit au moulin passait sur le bord
du ruisseau, et il y en avait un autre qui passait dans le fossé, peut-être
sur le vallum qui l'enveloppait, et allait aboutir à la Tour du Moulin, au
pied de laquelle s'ouvrait une porte. Ce qui reste du château des Gombaud de
Vayres et de Rose de Bourg est assez difficile à reconnaître. Je crois
cependant qu'une bonne partie de la muraille qui s'étend de la tour du
moulin jusqu'au gros contrefort de l'ouest est antérieure au XIVe siècle,
surtout dans ses assises inférieures et près de la tour. Alors les fossés
étaient creusés et garnis de palissades, dont les pieux étaient fournis par
les hommes des fiefs d'ArdiIlas, de Terrenègre, de Calagnon, de Bussac et de
Gayac; par les hommes de Jabastas et d'entre les ruisseaux (d'entre los gua)
d'Izon, par la maison du Temple(d'Arveyres) et par quelques autres
tenanciers. Ils devaient chacun apporter tous les ans quatre charges de
pieux pour la clôture du château et des fossés. En 1326, Bérard d'Albret fit
refortifier et réparer son château; il conserva les fossés vieux et très
probablement tous les soubassements anciens. Il reste encore de cette époque
presque tous les murs de la façade sud-est tournée vers le bourg, la tour
carrée, le sommet des courtines de l'ouest et du nord-ouest, sur lesquelles
il y a un chemin de ronde garni jadis, à l'ouest, d'échauguettes sur
consoles à plusieurs assises en retrait, et au nord-ouest de mâchicoulis
reliant la tour du moulin à une tour qui protégeait l'angle nord. Il devait
y avoir une très forte tour dans l'angle est. Dans cette partie les murs
anciens sont plus larges que partout ailleurs.
La façade du nord-est, regardant la rivière, paraît refaite depuis la base,
du moins à l'extérieur. Tous ces murs n'ont plus d'ailleurs aucun des
caractères du Moyen Age. La tour du moulin seule en conserve encore: c'était
la porte du château restauré par Bérard d'Albret. Nous avons vu, dans
plusieurs occasions, quelles nombreuses précautions les ingénieurs du Moyen
Age prenaient pour la construction et surtout la place des portes, quels
obstacles ils accumulaient près d'elles, et combien il était difficile de
les aborder. Le château de Vayres, comme celui de Bénauges, était divisé en
deux parties séparées par un mur qui n'existe plus maintenant, ou qui du
moins a été remplacé par un mur très mince garni de niches. Ce mur, dont il
ne reste plus qu'une portion, séparait la basse-cour, au sud-ouest, de
l'habitation du seigneur. Il devait avoir une porte et le mur s'élevait
peut-être sur le bord d'un fossé, comme à Bénauges. Les caves profondes qui
sont sous les appartements sont aussi peut-être un reste de ce fossé. Pour
entrer dans le château, il fallait traverser la barbacane qui le précédait;
puis, si l'on n'avait affaire que dans la basse-cour, on traversait le pont
et on entrait par la porte devant laquelle se trouvait nécessairement une
bastille. Si, au contraire, on voulait entrer dans le château, on
descendait, après avoir traversé la barbacane, dans le fossé du sud-ouest,
qu'on suivait, en longeant le pied du mur, jusqu'à la porte. On voit encore
le cintre de cette porte, dont la clef est à un mètre environ au-dessus du
sol actuel. Lorsqu'en 1326, Bérard d'Albret fit restaurer le château, il
construisit la tour sous laquelle il fit ouvrir une porte, et il mura celle
qui s'ouvrait dans l'ancienne courtine. On arrivait à cette nouvelle porte,
soit en passant aussi dans le fond du fossé, soit en suivant la crête du
vallum qui l'entourait, et qui en face de la porte, avait au-dessus du
Gestas une hauteur considérable...
Le château était donc ruiné et inhabitable en 1583. Un inventaire du 27 juin
1617, fait à la requête de Maître Marc-Antoine de Gourgues, nous donne la
description du château à peu près tel qu'il est maintenant, sauf le pavillon
tourné du côté de la rivière, avec le grand escalier et la large terrasse où
il y avait alors une galerie couverte terminée par une tour dont il ne reste
plus que le rez-de-chaussée. Un autre inventaire, fait, du 5 au 12 décembre
1550, après les deux sièges de 1649 et 1650, est encore plus détaillé.
Enfin, une gravure de ce château, publiée en 1655 et faite quelque temps
auparavant, représente lé château tel qu'il est décrit dans les inventaires.
Le château fut donc bâti entre les années 1583 et 1617, et probablement
commencé par Ogier de Gourgues et sur des plans donnés par Louys de Foix,
valet de chambre et ingénieur du roi, architecte de la tour de Cordouan. On
sait qu'ils étaient tous deux en relation; qu'Ogier avait été nommé par le
roi, avec de Nesmond et Michel de Montaigne, pour présider à la
reconstruction de la tour de Cordouan dont Louys de Foix était chargé. Le 17
mai 1588, cinq ans après l'achat de la seigneurie de Vayres par Ogier, Louys
de Foix était au château de Vayres, où il signait, comme témoin, une
reconnaissance passée en faveur d'Ogier de Gourgues par Bernard de Viaud,
sieur de Pleneselve, receveur et payeur des gages de messieurs de la Cour de
Parlement de Bordeaux. Il est probable que Louys de Foix n'était pas à
Vayres pour mener (comme l'on dit maintenant) la vie de château, puisque,
moins de cinq ans auparavant, le château était en ruine, et que quelque
précipitation qu'on ait mise à le bâtir, une construction aussi considérable
ne pouvait être achevée et meublée en si peu de temps. L'architecte de la
tour de Cordouan ne pouvait être à Vayres que pour inspecter les travaux
déjà commencés ou pour voir les lieux et donner ses plans. Si ces preuves
n'ont pas toute la certitude désirable, tous les doutes doivent tomber à
l'aspect du monument lui-même.
Lorsqu'on rapproche quelques détails du plan de Cordouande ceux du château
de Vayres, lorsqu'on compare les formes des fenêtres et des niches, les
consoles des galeries, les moulures et l'ornementation très sobre d'ailleurs
des deux monuments, on reste convaincu qu'ils sont exécutés par le même
artiste. Seulement, si cet artiste, gêné à Vayres par les murs qui
existaient déjà, n'a pu faire un chef-d'œuvre, il a du moins su imprimer au
monument un aspect peu commun de majesté. Le château resta dans l'état où
l'avait construit Louys de Foix jusqu'au milieu du XVIIe siècle. Le siège de
1649, et surtout celui de 1650, lui furent extrêmement funestes. L'entrée
précédée d'un pont-levis, couverte d'ardoise et flanquée de deux tourelles,
une ronde et l'autre carrée, fut fort dégradée, ainsi que les canonnières
des deux côtés. Cette bastille devait protéger la porte, qui avait 8 à 9
pieds en carré, et qui était surmontée d'un moucharabys porté sur des
corbeaux et desservi par une petite chambre couverte d'ardoise en impériale.
La chambre au rez-de-chaussée était surmontée d'une tour appelée Tour de la
Lanterne, couverte d'ardoise et en tiers-point. Du premier étage de cette
tour, on passait sur une muraille, où se trouvait un chemin de ronde avec
mâchicoulis qui conduisait jusqu'à la tour du Moulin. On rencontrait le long
de ce chemin, trois guérites portées sur cul-de-lampe, couvertes de toitures
pyramidales avec épis en plomb. Ces guérites furent renversées dans les
fossés lors des sièges; elles ne paraissent pas avoir été relevées depuis.
Les écuries et greniers à foin étaient, comme ils le sont encore, appuyés
contre la muraille, derrière la petite cour, annexe de la plus grande cour.
Les salles basses ou caves servaient de chais, et les salles hautes, de
chambres pour les valets. On y voit un escalier, probablement très ancien,
qui desservait le chemin de ronde. Le puits, qui est au bout de la cour,
était recouvert d'une niche dont la clef avait été ébranlée lors du siège.
Le mur qui sépare la grande cour de la basse-cour, était comme à présent
garni de créneaux, et, du côté de la grande cour, de douze niches destinées
à recevoir les statues des douze apôtres, qui n'ont peut-être jamais été
exécutées, puisqu'à la fin du même siècle, lorsqu'il y avait quelque
cérémonie religieuse, monseigneur de Gourgues, évêque de Bazas, qui venait
très souvent à Vayres, faisait monter dans ces niches douze enfants de
chœur.
On traversait ce mur par trois portes, deux pour les piétons, et celle du
milieu pour les cavaliers et les voitures. La grande tour carrée était
formée, comme aujourd'hui, de trois étages surmontés d'une terrasse entourée
de créneaux s'appuyant sur des mâchicoulis ouverts entre des consoles à
trois assises. Celte tour, dont les murs paraissent presque en entier du
XIVe siècle, mais dont les ouvertures ont été refaites par Louys de Foix,
protégeait la porte d'entrée, et, sans nul doute, celle qui traversait le
gros mur remplacé par une cloison. Au dessus de ce dernier point existait
une échauguette, de laquelle on laissait tomber, sur l'amortissement en
talus de deux contreforts très peu élevés, des pierres qui ricochaient, soit
vers le sud-ouest, soit vers le nord-ouest, suivant qu'elles tombaient sur
l'amortissement de l'un ou de l'autre contrefort. Du sommet et des
meurtrières de ce donjon, on dominait aussi l'intérieur de la porte du
Moulin et le couloir, qui, de cette porte suivait le bord du rempart. Il est
impossible de reconnaître, dans les autres parties du château, les
dispositions du XIVe siècle. Tout le rez-de-chaussée est de Louys de Foix.
La salle voûtée en arc de cloître, sert maintenant de cuisine; celle-ci
avait autrefois un four, deux fourneaux et une porte de sortie maintenant
murée. Les décharges sont voûtées. Après les sièges de 1649 et 1650, les
voûtes de celles du coin et de la cuisine étaient effondrées. La Grande
salle devait servir de salle à manger. A la suite de la grande salle venait
une longue galerie ou promenoir, éclairé par quatre arceaux avec accoudoirs
à balustres. La chapelle voûtée était surmontée d'un pavillon à deux étages.
En 1704, on fit refaire la croix qui s'élève maintenant devant le château,
et, en 1707, Madame de Gourgues fit construire le pont et la façade de la
bastille. (1)
Éléments protégés MH: le château, les dépendances et le moulin, à
l'exception des parties classées : inscription par arrêté du 18 septembre
2000. Les façades et les toitures du château, du moulin et des dépendances,
les jardins : classement par arrêté du 4 octobre 2001, modifié par arrêté du
9 avril 2002. (2)
château de Vayres 33870 Vayres, tel. 05 57 84 96 58,
ouvert au public de Pâques à la Toussaint de 14h à 18h30.
Ce site recense tous les châteaux de France, si vous possédez des documents
concernant ce château (architecture, historique, photos) ou si vous
constatez une erreur, contactez nous. Nous remercions chaleureusement Madame
Cathy du site
http://lescreasdepatchie3340.centerblog.net/,
pour les photos qu'elle nous a adressées pour illustrer cette page.
A voir sur cette page "châteaux
de Gironde" tous les châteaux répertoriés à ce jour
dans ce département. |
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