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Château de Vertheuil (Gironde)
 
 

           A la fin du XIe siècle, le château de Verteuil appartenait à Girald, fils d'Ácfred, captal de Verteuil. Il confirma, vers 1081, les donations faites par ses ancêtres à l'abbaye de Verteuil. Dès le commencement du XIIe siècle, le château de Verteuil appartenait à la famille de Bourg, une des plus illustres du Bordelais. En 1108, en effet, on trouve un Guichard ou Guitard de Bourg, seigneur de Verteuil, parmi les témoins de la charte de fondation du prieuré de Mansirot, situé dans les domaines des seigneurs de Lesparre. Cent cinquante ans après, le 30 septembre 1256, cette même famille possédait encore cette seigneurie, car Guitard de Bourg, seigneur de Verteuil et fils de Jean de Bourg, fut un de ceux qui garantirent l'exécution du serment de fidélité que Gaillard de Solers avait fait au roi d'Angleterre. Guitard de Bourg s'engagea dans cette occasion pour la somme de 100 marcs sterlings el nous avons vu plus haut qu'un seigneur du même nom, qui possédait en 1262 la terre et le château de Verteuil, avait eu un démêlé assez sérieux avec la dame du Breuil; il avait aussi, à la même époque, avec l'abbé de Verleuil, un différend touchant le droit de justice de cette localité. Pierre de Roncevaux, archevêque de Bordeaux, choisi comme arbitre, après avoir écouté les parties, consulté les témoins produits par elles, examiné les titres de propriétés, traça les limites des deux juridictions. On voit, dans cette sentence, que les sujets de l'abbaye avaient le droit de chauffage et de pacage dans les bois et les landes de Guitard. En 1278, le roi d'Angleterre nomma Guitard de Bourg maire de Bordeaux. Il avait épousé Thomasse de Gombaud, dame de Vayres, dont il eut Rose de Bourg. Celle-ci, devenue veuve de Ayquem-Guillaume, seigneur de Lesparre, épousa en secondes noces, le 15 janvier 1288, Amanieu VII, sire d'Albret, auquel elle apporta la seigneurie de Verteuil, qui vint ainsi grossir les vastes domaines de la maison d'Albret. Rose de Bourg, par son testament daté du 6 juin 1326, laissa à Guitard d'Albret, son fils, la seigneurie de Verteuil, et à Bérard, son autre fils, celle de Vayres.
Les châteaux de Vayres et de Verteuil avaient dû souffrir pendant les dernières guerres; les munitions y manquaient, et il est probable que leurs fortifications n'étaient pas suffisantes pour résister aux nouveaux moyens d'attaque. Bérard, en outre, n'avait probablement pas ses coffres assez pleins pour les mettre en bon état de défense; étant auprès du roi, il lui fit part de son embarras; celui-ci écrivit de Westminster, le 30 juin 1326, à Édouard, duc d'Aquitaine, son fils aîné, qu'il était utile, pour la protection du pays, de mettre ces deux forteresses en bon état et de pourvoir à leur garde et à leur ravitaillement; il lui ordonna en conséquence d'y faire ce qui était nécessaire pour atteindre ce but. Pendant le courant du XIVe siècle et au commencement du XVe, la famille d'Albret changea plusieurs fois de bannière; aussi le château de Verteuil fut-il à plusieurs reprises confisqué, rendu et repris par les rois d'Angleterre, et passa de cette façon entre les mains de divers seigneurs qui restaient fidèles à cette nation. Le 23 mars 1401, Henri IV fit faire une enquête sur les prétentions que Guillaume Amanieu, seigneur de Lesparre, avait sur la possession de Verteuil; il paraît qu'elles étaient à peu près fondées, puisque, le 29 mars de la même année, le roi lui céda tous les droits qu'il possédait dans cette châtellenie; mais malgré tous ces changements, François d'Albret n'avait pas abandonné sa forteresse, qui lui fut enlevée par Jean de Neuville, sénéchal d'Aquitaine, et Archambaud de Grailly, captal de Buch, comte de Foix; celui-ci la garda. Le roi, à la date du 30 mars 1405, lui ordonna de s'en dessaisir. Il n'en fit rien; un second ordre fut envoyé le 1 5 juillet 1406. Henri IV, dans cette lettre, recommande à ses officiers d'agir avec ménagement, mais néanmoins d'agir vite, et de se faire remettre le château et la châtellenie.
Le roi cependant paraît lui en avoir donné la garde, et, le 28 juin 1426, il le céda à Gaston de Foix, comte de Longueville, captal de Buch; il y mit pour condition que si le seigneur d'Albret, à qui cette seigneurie appartenait auparavant, faisait sa soumission, elle lui serait rendue. Elle ne lui fut certainement pas restituée par le roi d'Angleterre, qui, le 1er septembre 1453, la céda à Isar Vernha (Lavergne). Mais après la conquête, les seigneurs d'Albret rentrèrent dans toutes ou du moins dans presque toutes leurs possessions, et dans la liste des localités dont le sire d'Albret fit hommage à François 1er, le 28 juin 1515, on trouve Verteuil. Cependant, Pierre de Bosco, chantre et chanoine de l'église de Bordeaux, avait légué, le 20 octobre 1489, au chapitre de Saint-André de Bordeaux, cette baronnie avec le droit de haute justice, qui s'étendait alors sur les paroisses de Verteuil, de Cissac, de Saint-Estèphe et de Pauillac. Comme le bourg de Verteuil n'était pas soumis à cette juridiction, il est probable que c'est de lui dont le sire d'Albret se qualifie seigneur dans son hommage. Le chapitre de Saint-André garda cette seigneurie jusqu'en 1789. Elle fut alors confisquée par la nation, qui la vendit à M. Gaurand. Les ruines du château appartenaient à la fin du XIXe siècle à M. Jean Pradel.
 
Description du château de Verteuil au XIXe siècle:

Le château de Verteuil est bâti sur l'extrémité orientale d'un plateau peu élevé qui domine le bourg et l'abbaye, situés dans un petit vallon traversé par un ruisseau qui, après un cours de deux ou trois kilomètres du sud au nord, se perd dans le marais de Verteuil. Le plan se divise en deux parties bien distinctes: la première est une enceinte polygone entourée d'un large fossé circulaire, dont la terre avait été jetée partie en dedans pour exhausser et aplanir l'aire du château, et partie en dehors pour former un vallum sur la contrescarpe; la seconde est une barbacane, également polygone, d'une époque plus récente, se reliant aux anciens murs du côté du sud-est, établie sur l'emplacement de l'ancien fossé, et entourée elle-même d'un fossé avec vallum sur la contrescarpe. Deux époques bien distinctes se remarquent aussi dans les constructions. Les soubassements des murs de la grande enceinte et le donjon barlong qui s'élève au centre sont romans, et fort probablement de la fin du XIe siècle. La barbacane, la plus grande partie de la tour, et le bâtiment, dépourvu complètement d'intérêt, et qui s'appuie contre le mur méridional du donjon, sont du commencement du XIVe siècle. Les murs du donjon sont construits en moellons irréguliers reliés par un mauvais mortier. Malgré leur épaisseur (2m10), on a jugé à propos de les renforcer par dix-huit contreforts plats et étroits qui montent de fond, et qui ne sont réellement que des chaînes de pierre de taille traversant fort probablement toute la maçonnerie. On en compte cinq sur chacun des grands côtés, et quatre sur chaque petit.
Ce donjon n'a maintenant que deux étages, mais il est probable qu'il en avait autrefois davantage. Sur les contreforts angulaires qui ont été tronqués, on a construit postérieurement des échauguettes circulaires, dont il ne reste plus que les assises inférieures Les cloisons qui divisent l'intérieur du donjon, et les grandes fenêtres qui l'éclairent, sont d'une époque fort rapprochée de nous. Dans un des angles a été ménagé un caveau voûté, qui a pu servir de prison, et dans lequel on lit quelques inscriptions dénuées d'intérêt. Une petite fenêtre carrée et grillée y distribue une maigre lumière. La porte du donjon est située au milieu de la façade orientale; mais elle n'occupe pas la place de l'ancienne entrée, qui se trouvait sur la même façade, entre les deux contreforts les plus rapprochés du sud, à la place occupée aujourd'hui par un évier; elle était en plein-cintre, et ses pieds-droits, actuellement enterrés en partie, prouvent que le sol de la cour et celui du rez-de-chaussée de ce donjon étaient plus bas que maintenant. Lorsque le château a été complété par la barbacane, on a probablement détruit la porte d'entrée de la grande enceinte, ou elle a été démolie plus tard; ce qu'il y a de positif, c'est qu'il n'en reste plus rien. Outre cette porte, il y avait deux poternes, dont il ne reste que les soubassements, et qui permettaient à la garnison de descendre facilement dans le fossé et de faire des sorties vers le point le plus accessible, protégé d'ailleurs par la tour bâtie entièrement en saillie dans ce fossé. Une partie des murs de cette tour est construite de la même façon que le donjon. Elle est carrée et se compose de trois étages au dessus du rez-de-chaussée; celui-ci et le premier étage ont été presque entièrement refaits au XIVe siècle; les deux autres sont plus modernes et sans caractère.
Sous le rez-de-chaussée existe un caveau où l'on ne peut plus descendre, et qui est éclairé à l'ouest par un petit orifice carré de 10 ou 12 centimètres. Dans le rez-de-chaussée s'ouvrent trois meurtrières; celle de face bat la contrescarpe, les deux autres prennent le fossé en enfilade; cruciformes à l'extérieur, elles sont à l'intérieur recouvertes d'un arc en plein-cintre. La porte est ogivale; les nervures de la voûte, comme presque partout ailleurs à la même époque, sont simplement épannelées. Deux des retombées se font sur des consoles représentant des bustes humains; les deux autres, sur des feuillages merveilleusement sculptés. Il n'y a pas d'escalier pour monter au premier étage, où l'on ne pouvait arriver qu'avec une échelle. Les murs des étages supérieurs sont bien moins épais que ceux du bas; les chambres n'ont pas de voûtes et n'offrent aucun intérêt. La barbacane a été construite au XIVe siècle; il n'en reste plus que la porte, appelée l'Audience, et les murs qui s'y appuient au nord. Cette porte s'ouvre sous une tour carrée à deux étages. Elle est ogivale à l'extérieur, et les vantaux roulaient sous une voûte en cintre bombé. Elle est dépourvue de herse, ce qui est assez rare dans les châteaux de la Gironde. On montait au premier étage de la tour par un escalier qui rampait contre la paroi intérieure du mur. Cet escalier ayant été démoli, on l'a remplacé par un escalier moderne qui n'occupe pas tout à fait la place de l'ancien; il devait exister au bas de cet escalier une poterne au niveau du fond des fossés. Arrivé sur le palier supérieur de cet escalier, on se trouve en face d'une porte. Deux consoles, dont le profil est différent, en supportent le linteau. La chambre dans laquelle cette porte donne accès, est carrée; elle prend jour, du côté de la cour, par une petite fenêtre à sections droites. Une meurtrière cruciforme perce les murs des trois autres côtés. Deux d'entre elles prenaient en flanc l'assaillant qui s'approchait des courtines, et la troisième, celui qui venait en face de la tour.
A côté de la porte se trouve la cheminée, refaite à la moderne, et à côté de la fenêtre est un évier dans une niche divisée en deux étages par une planchette et recouverte d'un linteau sur consoles, au dessus duquel est une petite armoire carrée. La pierre de l'évier est taillée en cuvette au centre de laquelle est percé l'orifice correspondant à une conduite en pierre saillante au dehors et faisant partie de l'appareil. Cette conduite est tellement dégradée qu'il est impossible de distinguer si elle a été ronde ou polygone, et comment elle se terminait inférieurement. En face de la porte d'entrée, une autre petite porte permet de passer sur le chemin de ronde, au sud. Un plancher sépare le premier étage du second, éclairé aussi du côté de la cour par une petite fenêtre à sections droites, et muni de quatre meurtrières cruciformes, dont deux sur la façade et une de chacun des deux autres côtés. Le crénelage a été démoli. Le premier étage de cette tour servait de corps de garde et de logement au gardien de la forteresse. De là on pouvait la surveiller tout entière sans entrer dans les appartements réservés. On descendait en effet par l'escalier dans les fossés; et de là, par deux poternes, il était facile d'entrer dans la cour de l'enceinte supérieure. Par l'autre petite porte, on passait sur les chemins de ronde, d'où l'on pouvait entrer dans les premiers étages des appartements, qui n'existent plus. Maintenant, la courtine méridionale tout entière est démolie; les autres sont détruites jusqu'au niveau du sol de la cour; ce qui reste de la barbacane sert d'étable et d'écurie; la tour de l'ouest n'a de bon que le rez-de-chaussée, et au mois d'octobre 1861 le donjon était livré aux maçons et aux plâtriers. La porte seule de la barbacane est intacte; mais encore un peu de temps, et il ne restera que la pince et le souvenir du château de Verteuil. (1)


Éléments protégés MH: les façades et les toitures du donjon ; la tour du XIVe siècle ; la partie de la barbacane ; les vestiges des fortifications situées sur les parcelles cadastrales : inscription par arrêté du 19 juin 1965. (2)

château de Vertheuil 33180 Vertheuil, propriété privée, ne se visite pas.

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(1)       La Guienne militaire: histoire et description des villes fortifiées, forteresses et châteaux construits dans le pays pendant la domination anglaise. Tome 2, par Léo Drouyn (1816-1896) Éditeur: Didron (Paris). Date d'édition: 1865
(2)  
      source :  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/

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