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Château de Villandraut (Gironde)
 
 

   La relation de l'origine du monument militaire le plus important du département de la Gironde nous a paru si intéressante, que nous avons cru bon devoir la copier textuellement: "Vers 1200, vivait un cadet de Biscaye, appelé Don Alonzo Lopez et apanagé de Villandrando, lequel eut deux fils. Don André, le plus jeune de ces fils, ayant petite part au patrimoine passa en France à la suite de madame Blanche de Castille, s'arrêta en Guienne, et là fit si bien qu'il acquit une seigneurie près de Bazas, en un lieu qui, de son nom, s'appela et s'appelle encore Villandraut. Un demi-siècle ne se passa pas, que le manoir de Villandraut, porté dans la maison de Goth par la fille ou la petite-fille du même André, vit naître le fameux Bertrand de Goth, qui fut pape sous le nom de Clément V; si bien que les Villandrando, à cause de la parenté, ne se faisaient pas faute de dire, en parlant de lui: Notre cousin le pape Clément. Si étranges que paraissent ces allégations, déduites de la tradition espagnole, on ne pourra guère se refuser à les mettre au nombre des faits incontestables, au moins en ce qui concerne la généalogie de Bertrand de Goth, lorsqu'on saura que son père Béraud de Goth, a eu, de l'aveu des généalogistes français, deux femmes, dont une seule, Ida de Blanchefort, avait pu être nommée jusqu'ici; que le même Béraud est le premier de sa maison qui se soit intitulé seigneur de Villandraut; enfin, que son premier né, Arnaud de Goth, qualifié frère germain par le pape Clément V, joignait à son nom de baptême celui de Garcia, patronymique chez les Villandrando d'Espagne".
Les bulles de Clément V, datées de Villandraut, appellent ce lieu Vignandraldum; Régine de Goth, petite-nièce du pape, le nomme dans son testament Vinhandrandum, et la Chronique bazadaise, Vignandraldo. D'après M. l'abbé O'Reilly, cette localité était autrefois complantée de vignes et appartenait à la famille noble d'Andron, de Bordeaux, d'où elle a pris le nom de Villandrandus, ville d'Andron, ou Vignandrondqn, vigne d'Andron. Nous ne pouvons accepter les étymologies de M. l'abbé O'Reilly que sous bénéfice d'inventaire. Quoi qu'il en soit, la seigneurie de Villandraut était possédée par la famille de Goth lorsque Bertrand vint au monde, et l'illustration de la localité comme celle de la famille ne remonte qu'à Clément V. L'histoire de ce prélat a besoin d'être refaite en entier; les calomnies de Villani, auteur italien et ennemi des papes d'Avignon, ont été trop copiées par les auteurs qui l'ont suivi. Des travaux anciens ont déjà fait justice de quelques-unes d'entre elles, et des études récentes de M. l'abbé Lacurie, de Saintes, et de M. Rabanis, prouvent que la célèbre entrevue de Saint-Jean d'Angely doit passer au nombre des mensonges historiques.
La famille de Goth était fortement attachée au parti de l'Angleterre; aussi, à la fin du XIIIe siècle, pendant la campagne en Guienne de Charles de Valois, le pape Boniface VIII, ennemi de Philippe le Bel, voulant la dédommager des pertes qu'elle avait éprouvées, "éleva Bertrand aux charges ecclésiastiques, et de chanoine qu'il était et sacristain de l'église de Bordeaux, lui procura l'évêché de Comminges, et quelque temps après l'archevêché de Bordeaux, l'année 1300, un peu avant Noël". Il est cependant probable que là n'est pas le seul motif de l'élévation de Bertrand; d'autres seigneurs dont les fils ou les frères étaient dans les ordres, avaient dû être aussi maltraités que Beraud de Goth; nous aimons à croire que son mérite y était pour quelque chose. Pendant son pontificat, Clément V passa quelque temps à Bordeaux et dans sa seigneurie de Villandraut, d'où il a daté plusieurs bulles. C'est à cette époque (1305) qu'il fit construire sur la rive gauche du Citon le magnifique château dont les ruines passent à juste titre pour une des merveilles du sud ouest de la France. Le château de Villandraut ne resta pas longtemps dans la famille de Goth, qui, après avoir jeté un si grand éclat au commencement du XIVe siècle, finit bientôt par s'éteindre à peu près complètement. Régine de Goth, petite-nièce de Clément V, était propriétaire de cette seigneurie; elle la laissa par testament à son mari Jean, comte d'Armagnac. "Quoique cette dame, dit l'abbé Baurein, eût institué son époux pour son héritier universel, néanmoins plusieurs des seigneuries qui lui appartenaient ne tardèrent pas à passer dans l'illustre maison de Durfort, qui était alliée à la maison de Goth".
Voici comment: en 1336, Philippe de Valois fit avec Eymery de Durfort, fils d'Arnaud de Durfort et de Marquèse de Goth, un traité par lequel celui-ci renonça aux droits qu'il tenait de sa mère sur les vicomtés de Lomagneet d'Auvillars, indivis entre les héritiers de la maison de Goth. Il reçut en compensation les terres de Villandraut et de Blanquefort. Les Durfort possédèrent Villandraut jusqu'à la fin du XVIe siècle, puis il passa dans la famille de Lalande, dont un des membres, "M. Sarran de Lalande, chevalier, conseiller du Roi en ses conseils d'État et privé, second président en sa Cour du Parlement de Guienne, se qualifiait de baron de Villandraut. En 1660, M. François de Salomon, président à mortier au Parlement de Bordeaux, était seigneur de Villandraut. La famille de La Faurie lui succéda. En 1789, la seigneurie de Villandraut fut achetée par Charles-Philippe, comte de Pons, de demoiselle Jeanne-Louise de La Faurie, fille mineure et héritière de Jean-Zacharie de La Faurie, baron de Villandraut. Cette terre passa ensuite par succession à M. Louis-Marie, marquis de Pons, lieutenant général des armées du Roi, ministre plénipotentiaire à la cour de Berlin, ambassadeur aux cours de Suède et d'Espagne. Dans le partage de sa succession, la seigneurie de Grignols échut à M. le vicomte de Pots, père de Madame la comtesse de Sabran, et Villandraut à M. le marquis de Pons, oncle de cette dame. A la mort de M. le marquis, en 1834, ces terres furent de nouveau partagées entre M. le vicomte de Pons et le comte Dubois de La Mothe Le château appartenait au milieu du XIXe siècle à M. le comte de Sabran".
Mais il ne faut pas croire que tous ces seigneurs aient toujours goûté les douceurs de la paix à l'abri de leurs redoutables murailles. Peu de temps après leur construction, dans le second tiers du XIVe siècle, le prince de Galles, cité devant la Cour des Pairs par Charles V, n'ayant pas voulu obéir, le roi de France fit passer en Guienne une armée sous les ordres du duc d'Anjou et de Bertrand du Guesclin. Presque toute cette province fut conquise, et Villandraut fut obligé de faire sa soumission. Mais à peine les Français repartis, cette place se refit anglaise; elle se soumit de nouveau à la première conquête de la Guienne en 1451, prit part à la révolte l'année suivante, et fut reprise en 1453 par le seigneur d'Albret, qui la soumit définitivement au roi de France. Les guerres de religion furent surtout fatales à ce château. En 1572, après le massacre de la Saint-Barthélemy à Bordeaux, ceux qui s'étaient sauvés s'emparèrent de Villandraut, où ils commirent d'épouvantables dégâts; ils furent peu de temps après obligés de l'abandonner, et ils le reprirent de nouveau en 1577; mais en 1592, le maréchal de Matignon, après la prise de Rions, vint avec une nombreuse artillerie mettre le siége devant le château, qui ne se rendit, par composition, qu'après avoir essuyé douze cent soixante coups de canon. "Malignon avait charge du Roy de faire rase la place, et y vouloit-on travailler; mais cela fut interrompu par Monsieur de Duras, qui obtint du Roy des lettres patentes portans inhibitions: tous les appareils estoient faicts". L'abandon de ce merveilleux monument paraît cependant dater de cette époque, et l'on ne peut guère blâmer les maîtres de cette seigneurie d'avoir préféré le séjour de Duras, dont le château domine la splendide vallée du Drot, à celui de Villandraut, dont le site ni le pays n'offrent rien de bien agréable. Depuis lors, son rôle dans l'histoire a été nul. Ses fossés larges et profonds, ses grosses tours, ses solides murailles, attestent la puissance et la richesse du prélat qui les fit construire, et dureront autant que le monde, si quelque main vandale ne se charge de les combler et de les démolir.

Description du château de Villandraut au XIXe siècle:

Le château de Villandraut est bâti sur la rive gauche du Ciron, à 200 mètres environ de cette rivière, au sommet d'un mamelon peu élevé, et dans un lieu si peu fortifié par la nature, qu'il a fallu exécuter des travaux considérables pour en faire, ainsi qu'il en avait la réputation, même après l'adoption de l'artillerie, une des plus fortes places de la Guienne. Pour arriver à ce résultat, le Pape fit creuser d'énormes fossés enveloppant un massif de terre à peu près carré; les matériaux qu'on extrayait de ces fossés étaient rejetés en dehors sur les trois côtés, dont le niveau était plus bas que celui du massif où l'on voulait établir la forteresse; celui du nord se trouvait au niveau du massif réservé. On formait ainsi un glacis en pente douce. Je suis porté à croire que le glacis n'existait pas primitivement, mais qu'il a été fait depuis l'invention des bouches à feu, et qu'auparavant on avait élevé un vallum extérieur aux fossés, ainsi que cela se pratiquait assez souvent. Autour du massif, Clément V fit élever des courtines de 2 mètres d'épaisseur et de 20 mètres de haut, renforcées à chaque angle d'énormes tours rondes très saillantes dans les fossés. Deux autres tours rondes s'avancent en outre sur le milieu de la façade méridionale, et protégent la porte qui passe entre elles deux. Afin de laisser toujours au fossé la même largeur (15 mètres), il le fit élargir en face de chaque tour, en prenant pour centre de cet élargissement le centre de la tour elle-même. Le château, sans y comprendre les fossés, a 52 mètres de long de l'est à l'ouest, et 43 mètres de large du nord au sud. Il faut y ajouter la saillie des tours de chaque côté, ce qui donne du nord au sud 58 mètres, et 67 mètres de l'est à l'ouest; de plus, 15 mètres de chaque côté pour la largeur des fossés, dont la contrescarpe en talus est toute construite en pierres de taille.
Ce plan est pris au fond du fossés où l'épaisseur des murs est rendue plus considérable qu'au niveau du sol supérieur, par un talus qui commence à ce niveau. Le revêtement de la contrescarpe est également bâti en talus, et, sur la façade méridionale seulement, il s'élève de deux mètres environ au-dessus du glacis. Partout ailleurs il arase le sol. Une source assez abondante existait évidemment avant la construction du château, à la base du mamelon, et formait un petit cours d'eau qui se figeait vers l'ouest et allait se jeter, après un parcours de 500 mètres, dans le ruisseau du Bâillon, un des affluents du Ciron. Cette source convertit maintenant les fossés en marais; et pourrait y entretenir quelques pieds d'eau si l'on fermait l'ouverture d'un canal souterrain. Quelques personnes affirment qu'autrefois les eaux du Ciron remplissaient à volonté les fossés. Cette tradition ne mérite même pas un essai de réfutation. Les tours, toutes de même dimension, excepté celle du sud-est, qui est démolie jusqu'au niveau du sol du premier étage, se composent de quatre salles superposées: une cave, qui pouvait à l'occasion servir de cachot, un rez-de-chausée et deux étages. Toutes ces salles, sauf celles du deuxième étage, sont voûtées. Les appartements, formés de deux étages correspondant à ceux des tours, s'appuyaient contre trois courtines; celle du sud est libre; une grande cave existe sous ceux de l'ouest. On entrait dans le château par une grande porte, au sud, défendue par les deux tours jumelles de la façade, et s'ouvrant à l'extrémité d'un pont porté sur deux piles. On voit, de plus, une poterne sous ce pont, au fond des fossés, et une autre poterne, au nord, d'où, au moyen d'un pont en bois supporté par trois piles à bases de pierre, on pouvait passer dans la garenne qui s'étendait jusqu'au confluent du Ciron et du Baillon. Tel est l'ensemble de cette belle forteresse. (1)

Éléments protégés MH: les ruines du château de Villandraut : classement par arrêté du 12 juillet 1886. (2)

château-fort de Villandraut 33730 Villandraut, tel. 05 56 25 87 57, ouvert au public, visites du 1er janvier au 31 mars, sur rdv pour les groupes et les particuliers. Du 1er avril au 30 juin ouvert tous les jours, visites à 14h, 15h, 16h et 17h. En juillet, août et septembre ouvert tous les jours de 10h à 19h. Vacances scolaires de février, avril et octobre, ouvert tous les jours.

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(1)     La Guienne militaire: histoire et description des villes fortifiées, forteresses et châteaux construits dans le pays pendant la domination anglaise. Tome premier, par Léo Drouyn (1816-1896) Éditeur: Didron (Paris). Date d'édition: 1865
(2)
      source :  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/

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