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A
deux kilomètres de Bas-en-Basset, sur une colline à pic, au nord, au levant
et au sud, en face d’un vaste amphithéâtre de montagnes et de villages, se
dressent les belles ruines imposantes du château de Rochebaron. A ses pieds,
à perte de vue, la Loire déroule ses méandres et semble obéir au manoir. On
ne saurait décrire l’ensemble superbe et majestueux que ce dernier offre au
touriste qui y accède du midi, seul côté où aucune défense naturelle ne
protégeait la seconde baronnie du Forez. De ce côté s’élèvent deux énormes
tours, l’une ronde, l’autre triangulaire. La première est l’ancien donjon,
elle se dresse avec sa solide couronne de mâchicoulis, toute pimpante sous
l’intelligente restauration dont elle vient de bénéficier. Un escalier
tournant conduit sur la plateforme d’où la vue s’étend au loin. Plusieurs
salles voûtées se trouvent dans cette tour, dans l’une d’elles on montre une
ouverture béante, c’est une ancienne glacière, et non une oubliette, comme
certains auteurs l’ont prétendu. Au pied de la tour est une petite cave et
tout auprès, dans un bosquet, une pierre meulière a été mise à jour. La tour
triangulaire, reliée par une muraille, au donjon, est complètement en
ruines. De la chapelle, il ne reste que des pans de murs auprès desquels on
a découvert un fragment de vitrail. Près de là est le puits auquel se
rattache la tragique légende, suivant laquelle les filles d'Héracle de
Rochebaron se seraient jetées dans le dit puits, Jeanne y aurait trouvé la
mort, mais Marguerite aurait été retirée à temps. La citerne vit en tout cas
une noyade bien réelle; le 22 novembre 1706, fut inhumé à Bas, Guillaume
Chanut de Sicard, fils du châtelain de Rochebaron, lequel étant demeuré 6 ou
7 ans aliéné de ses sens, fut trouvé noyé dans la citerne de Rochebaron. En
face, au-dessus d’une porte ogivale, sont sculptés trois écussons, bien
effacés, où l’on croit reconnaître les armes des La Rochefoucauld, des
Chalencon et des Serpents. Au levant se trouvait une guérite d’où la
sentinelle pouvait dominer l’horizon. Une triple enceinte, encore visible,
défendait l’accès du château de Rochebaron.
La première famille seigneuriale de Rochebaron portait de gueules, au chef
échiqueté d’argent et d’azur de deux traits. Guillaume de Rochebaron vivait
sous le règne de Robert-le-Pieux, et dut être en possession de la baronnie,
de 960 à 1030. Il eut d'Alengargise Ponce de Rochebaron (1030-1070), cité
avec son frère Lambert au cartulaire de Chamalières. Ils approuvèrent et
confirmèrent la donation faite aux moines par leur père. Guillaume ou
Lambert de Rochebaron (1070-1100, prénom incertain) dut avoir pour frère ce
Bertrand de Bas, chanoine de Notre-Dame du Puy, qui testa en mer, allant à
Jérusalem. Ponce de Rochebaron (1100-1170) eut pour frère Pons de Rochebaron,
évêque de Mâcon, en 1140. Il épousa Gotolande, dont Lambert, qui suit; 2°
Guignes, chef de la branche de Rochebaron-Usson; 3° Ponce, chevalier de
Saint-Jean-de-Jérusalem, en 1179; 4° Guillaume, chanoine-comte de Lyon, en
1209; 5° Brocard, évêque du Puy. Lambert de Rochebaron (1170-1230) succéda à
son père vers 1170. En 1214, lorsqu’il était encore en possession de sa
terre, Philippe-Auguste concéda à Robert de Mehun l’investiture des châteaux
de Rochebaron et Chalencon. Ponce de Rochebaron (1230-1280) rend hommage aux
évêques du Puy en 1248, 1277 et 1280. D'Alaïs d’Allègre il eut Briand, qui
suit; 2° Ponce, prieur de Rochepaule, en 1313; 3° Brocard, prieur de
Saint-Romain-le-Puy, en 1319; 4° Artaude, religieuse à la Séauve; 5°
Amphilise, mariée à André du Vernet, d’où Guillaume et Jean, mari de
Jacqueline de Rochebaron; puis à Guillaume d’Albigny, seigneur de Chalain d’Uzore;
elle testa en 1312. Briand de Rochebaron (1280-1319), seigneur de Rochebaron,
Moutardier et Leiniec en 1290, mort avant 1319. Il épousa Jeanne, fille de
Robert III, Dauphin d’Auvergne, puis Hélix de Sennectaire, fille de Gaston
et de Guyonne de Peyre, dont Héra cle, qui suit; 2° Alice; 3° Henri. Héracle
de Rochebaron, seigneur de 1323 à 1360, rend hommage à l’évêque du Puy, en
1329 et 1344. Père de Guigou, qui suit; 2° Briand; 3° Albert, prieur de
Saint-Trivier, en 1317.
Guigon de Rochebaron, seigneur dudit lieu de 1360 à 1382, rend hommage en
1362. De Marguerite de Châteauneuf, fille d’Hugues III et de Vierne Mitte de
Mons, il eut Héracle, qui suit; 2° Adélaïs, abbesse de la Séauve Bénite.
Héracle de Rochebaron, seigneur dudit lieu de 1389 à 1419. En 1401, à 25
ans, il épousa Elise de la Roue, fille de Pierre et de Blonde de Langeac. Il
mourut en septembre 1419, laissant Guigon, qui suit; 2° Briand, marié à
Fleurdely, dame du Poiset; 3° Guillaume; 4° François, seigneur de Rochebaron,
Saint-Pal et Tiranges. Guigon de Rochebaron, mort avant 1436, marié à
Catherine de la Roche, dont Antoinette qui épousa le 2 juin 1434 Louis de
Chalencon, fils de Louis-Armand XII, vicomte de Polignac, et d’Isabeau de la
Tour, et petit-fils de Pierre de Chalencon, fils lui-même de Walpurge de
Polignac. Le nouveau seigneur de Rochebaron avait trois frères:
Guillaume-Armand, qui continua les Polignac; Bertrand, évêque de Rodez, qui
bâtit le château de Saint-Pal, et Pierre. Louis fut père de Guillaume, qui
suit; 2° Jeanne, mariée à Bernard de Cénaret; 3° Antoinette, abbesse de
Chazeaux; 4° Claudia, prieure de Vorey, et sans doute 5° Briand, seigneur de
Tiranges et Rochegude; 6° Jean. Guillaume de Chalencon-Rochebaron
(1480-1521) épousa en 1475 Madeleine de Brion, fille de Pierre et de Louise
d'Estrabonne. Il testa le 17 septembre 1521, brisé de vieillesse, et fut
inhumé dans l’église de Bas. Il eut Claude, qui suit; 2° Jean, seigneur de
Brion et Rochegude, marié à Anne de Poupinel; 3° Jeanne, qui épouse Jean de
Lé vis, puis Jean de Damas, baron de Digoine. Claude de Chalencon-Rochebaron
mourut en 1529, en conduisant l’avant-garde française à Pavie.
Le 27 janvier 1500, il avait épousé Suzanne de la Tour, morte en 1526, fille
de Godefroy et d’Antoinette de Polignac, dont Jacques, abbé de Saint-Amable
de Riom, seigneur d’Ambert en 1553; 2° Jean, seigneur de Rochebaron
(1529-1536), fit partie de l’ambassade qui porta au roi Henri VIII la
décoration de l’Ordre du Roi, et fut inhumé à Avignon; 3° François, qui
suit; 4° Charles, seigneur de Riols, Rochesavines, etc, épousa Hélène d’Apchon,
dont Jacqueline, mariée à Jean de Vienne puis à Balthazard de Chalencon; 5°
Christophe, marié d’abord à Jacqueline de Montgascon, puis à Catherine de
Cheyssac; 6° Claude, seigneur de Ferrières; 7° Claudia, mariée à François d’Apchier;
8° Blanche, religieuse; 9° Antoinette, abbesse de Chazeaux; 10° Louis,
commandeur de Saint-Antoine, né en 1527. François de Chalencon, seigneur de
Rochebaron de 1536 à 1583, testa le 16 septembre 1554. En 1536, il épousa
Jacqueline de Lévis, fille de Gilbert II et de Suzanne de Laire, dont
Suzanne, mariée à Marc Hérail de la Roue-Pierrefort; 2° Louise, mariée au
seigneur de la Margeride, puis au seigneur de Pierregourde; 3° François II,
mort en état d'imbécilité en 1620, ayant épousé en 1590 Marguerite d'Aumont,
fille de Jean VI d’Aumont, maréchal de France. Il en eut Annet, infirme
comme son père, mort en 1633; Marie, dame d’atour de Marguerite de Valois,
et Antoinette qui épousa le 23 octobre 1618 Claude de Serpens, seigneur de
Gondras et de Loudes, d’une famille connue en Bourbonnais dès 1239 et qui
porte d'or au lion rampant d’azur. Le nouveau seigneur de Rochebaron était
fils de Philibert de Serpens, qui testa le 4 décembre 1606, et de Marguerite
de la Guiche, petit-fils de Gilbert et de Françoise de Gorce. Il fut brutal,
maltraita son épouse, fit assassiner le procureur fiscal André Gilbert.
D’Antoinette il eut trois filles dont Suzanne qui apporta Loudes et
Saint-Pal à Louis-Armand, vicomte de Polignac, le 14 février 1638 ; 2°
Gabrielle, mariée en 1654 à Louis-Antoine de la Rochefoucauld; 3° Catherine,
qui porta Rochebaron, en 1650, à Louis de la Rochefoucauld, fils aîné de
Charles Ignace et de Claude-Guillelmie du Cluzel. De cette union vinrent
Marie-Catherine, Henriette, Françoise et Charles-Ignace, marquis de
Rochebaron, marié en 1680 à Madeleine d’Escoubleau. Leur fils, François,
époux de Marie-Anne-Joachim de Fondras, vendit Rochebaron, le 9 octobre 1741
à Pierre-François de Giry, baron de Vaux, qui en rendit hommage le 26 juin
1743. Ce dernier était fils de Jean-François et d’Antoinette Jacquier de
Cornillon. Il avait épousé en 1725 Madeleine-Renée de Masso de la Ferrière,
dont Marie-Antoinette, mariée vers 1754 à Jean-Louis de Mal lide.
Pierre-François revendit Rochebaron à son frère Odet-Jacques-Joseph,
aumônier de la Dauphine, membre de l’Académie Française, le 21 octobre 1742.
Il en a prêté hommage le 3 août 1745 et en était co-seigneur avec leur autre
frère, Jean-Jacques-Marie, époux de Marguerite de Ricard, qui fit donation
de ce qu’il possédait à sa fille, Marie Anne, mariée le 10 juillet 1758 à
Jean-Gabriel du Fornel du Roure, seigneur de Paulin, qui prit alors le titre
de marquis de Rochebaron. L’abbé de Giry de Vaux mourut à Versailles, le 13
janvier 1761. Il léguait un tiers de ses biens à sa nièce Marie-Antoinette
de Giry, un second tiers à son frère Jacques-Marie, et le dernier tiers à sa
sœur aînée, Anne-Marguerite-Josèphe, épouse de Joseph de Courtin de
Saint-Vincent. Pour l’exécution de ce testament, la terre de Rochebaron fut
vendue le 15 février 1775 au prix de 220.600 livres à Jean-Baptiste de
Fisicat, seigneur de Bellièvre. Les armes des de Giry sont d’azur au sautoir
d’argent.
Quelques parcelles cependant de la seigneurie de Rochebaron ne furent pas
aliénées mais réunies à d’autres terres qui appartenaient à la famille du
Roure; elles servirent à former le marquisat de Paulin et de Rochebaron en
faveur de Jean-Gabriel du Fornel du Roure. Les armes des de Fisicat sont
d'or au griffon de gueules soutenant de ses deux pattes un écusson d’azur
chargé d’une fleur de lys d’or; à la bordure d’azur semée de fleurs de lys
d’or. Jean-Baptiste était fils de Jean-François et de Catherine Berthet de
Chazeiles. Le 27 avril 1762, il épousa Catherine Gonin de Lurieu, fille de
Pierre-Thomas et de Claire de Montigny. Le 28 février 1777, il dut faire
devant les consuls de Bas-en-Basset les preuves de sa noblesse qui fut
reconnue, attendu "sa qualité de gentilhomme noble d’extraction". Il mourut
victime de la Bévolution, le 13 décembre 1793, ayant eu quatre enfants, dont
Jean-François, qui suit; 2° Pierre-Thomas, grand-vicaire de l’archevêque
d’Embrun; 3° Denys, mort au berceau; 4° Denis-Rosalie-Barbc, vicomte de
Fisicat, officier de marine, émigré en 1791, mort à Saint-Thomas, le 16
janvier 1799. Jean-François, marquis de Fisicat, né en 1763, épousa
Elisabeth-Catherine de Chazeaux, fille du commandant des troupes coloniales
de la Guadeloupe, et d’Elisabeth Françoise Le Bœuf. Il passa pour émigré et
revint en France en 1799. Le 15 brumaire, an VIII, main-levée lui fut
octroyée pour ses biens non vendus nationalement. En 1816 Louis XVIII le
nomma chef d’escadron et chevalier de Saint-Louis. Il eut deux fils:
Denis-Michel-Adolphe, lieutenant de hussards; et° François-Auguste,mort à 24
ans, le 9 février 1826. La famille de Fisicat n’a plus fait depuis cette
époque acte de possession sur les ruines de Rochebaron, on ignore même ce
qu’elle est devenue. Le Touring-Club de France a bien voulu accorder une
subvention qui a permis de parer aux plus urgentes réparations au début du
XXe siècle, nous espérons bien qu’on ne s’en tiendra pas là. (1)
Éléments protégés MH : les ruines du château de Rochebaron : classement par
arrêté du 11 décembre 1951. (2)
château fort de
Rochebaron 43210 Bas-en-Basset, propriété de la commune, vestiges ouverts au
public hors vacances les mercredi, samedi et dimanche de 14h à 18h, groupes
tous les jours sur réservation.
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Crédit photos :
Torsade de Pointes
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