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Château de Richecourt à Aisey-et-Richecourt
 
 

  Sur les confins nord du département de la Haute-Saône, à l'est du territoire de la commune d'Aisey, dont il fait partie, se déroule à l'extrémité d'un coteau le hameau de Richecourt. Composé d’un château qui domine la rivière, plus bas d'une autre maison de maître au colombier seigneurial et de quelques habitations de villageois, placé au milieu d'un sol fertile, à la naissance d’une verdoyante prairie, contourné à l'est et au sud par la Saône, quelque peu dissimulé à certains endroits dans le fouillage, il offre à la vue, depuis Ormoy, un doux et charmant paysage. Bien qu’à une époque fort reculée il ait appartenu au comté de Bourgogne, autrement dit la Franche-Comté; bien qu'à la division de la France en départements, il ait été placé dans la Haute-Saône, c'est-à-dire dans une des subdivisions de cette ancienne province, Richecourt n'en a pas moins été, pendant une période de cinq siècles, un village champenois, compris à la suite du traité de 1295 qui livra le comté de Bourgogne au roi de France Philippe-le-Bel, dans une rectification de la frontière de cette province, il fut annexé avec Aisey, son centre paroissial, à la Champagne, sans cesser pour cela d'appartenir au diocèse de Besançon et au doyenné de Faverney. Au point de vue judiciaire il ressortissait au parlement de Paris, au baïlliage de Chaumont, puis à celui de Langres et à la prévôté royale de Coiffy-le-Château. Sous le rapport administratif et financier, il dépendait de la généralité de Châlons-sur-Marne et de l'élection de Langres. Enfin, féodalement parlant, son fief était dans la mouvance de Coiffy, et relevait par conséquent directement du roi. Par contre, et par un des effets de la hiérarchie féodale, les fiefs des Tours Hautes et Basses, de La Ferté et du Val, tous situés au territoire d'Aisey, relevaient du château de Richecourt.

L'étymologie de son nom est facile à établir. Étant donné qu'aux temps gallo-romains et francs, curlis, en français court, désignait une métairie, une maison rustique, et que cette désinence servait à compléter la désignation d'un lieu, d’une divinité, d'un chef, du propriétaire d'un domaine, on est fondé à voir dans les mots Ruschicurtis, Ruchecort, Richecort, qui, dans d'anciennes chartes des XIIIe et XIVe siècles ont servi à le désigner, le nom de l’un de ses anciens possesseurs appelé Ruche où Riche, Rucher où Richer (Curtis-Rucheri). Cette étymologie, jointe à la qualité supérieure du sol, au voisinage de la petite ville de Corre (Cora), florissante sous la domination romaine, el à la découverte d’une mosaïque dans les environs de ce domaine et du village d'Aisey (Allessum), permet de supposer avec quelque fondement, que dès cette époque, Richecourt était habité. En dehors de cette donnée bien générale, nous le reconnaissons, le silence le plus absolu règne sur ses origines, et il faut arriver jusqu'à l'année 1150, pour trouver la simple mention de son nom sous la forme de Ruschicurtis. Mais au siècle suivant, son souvenir apparaît plus clairement. Richecourt alors est un fief du comté de Bourgogne. Il a droit de haute, moyenne et basse justice et relève du château de Jonvelle. Ses seigneurs commencent à être connus, et l'un d'eux, Foulques de Rigney, sénéchal du comté, est assez puissant pour tenter et accomplir un de ces actes d'indépendance et d'insubordination dont le régime féodal nous offre tant d'exemples. Bravant l'autorité suzeraine qui y faisait opposition, le sénéchal élève, en 1290, un château-fort sur le sommet du coteau qui domine la Saône.

Richecourt dès lors, bien qu'entre les mains de seigneurs particuliers, prend place parmi les forteresses dont le pays est hérissé. Rattaché, comme nous l'avons indiqué plus haut, à la Champagne, il devient, sur l'extrême frontière des deux provinces, l'un des postes avancés et comme la grand garde de la citadelle royale de Coiffy. Jusqu'au XVIIe siècle, la situation de ses seigneurs fat souvent délicate et difficile. Franc-Comtois d'origine pour la plupart, quelque peu turbulents par tradition et par tempérament, possesseurs de terres nombreuses soit dans le comté, soit dans le duché de Bourgogne et dans la Lorraine, soumis par conséquent à la suzeraineté de différents princes, ils se trouvèrent plus d'une fois engagés dans les partis hostiles à la France. Aussi, il n'est pas surprenant qu’en diverses circonstances ils aient encouru une sorte de commise, au moins temporaire, sur leur domaine et qu'ils aient vu leur forteresse occupée d'autorité par les officiers du roi. Leur château, du reste, comme on le voit par des aveux de 1461 et de 1508, était "receptable au Roy", qui pouvait y détenir des prisonniers aux risques et périls du seigneur propriétaire. Il ne faudrait pas croire, en effet, que les seigneurs, même les plus dévoués, fussent libres de disposer de leurs maisons fortes absolument à leur gré. La royauté, vraie dépositaire de l'intérêt national, surveillait les châteaux des particuliers, jugeant avec raison que, tenus en bon état, ils pouvaient être aussi utiles à la défense du pays, que lui devenir nuisibles, si par défaut de soin ou de moyens de résistance, ils tombaient au pouvoir de l'ennemi. Plusieurs ordonnances en font foi, et nous montrent le soin particulier que nos rois et les états généreux du royaume apportèrent à l'application de cette mesure. Celles de 1358 et de 1367 notamment, enjoignent soit aux capitaines délégués, soit aux baillis, de s’adjoindre des personnes compétentes et de visiter tous les châteaux, forteresses et maisons-fortes de leur région, de les mettre ou faire mettre en état de défense, aux frais et coûts des propriétaires, et au cas où ces derniers s’y refuseraient, de s'en emparer, de les réparer, armer, garnir de vivres, tenir en bonne garde et même, le cas échéant, de les faire abattre et raser.

Les plus anciens documents que nous ayons retrouvés sur les seigneurs de Richecourt remontent à la première partie du XIIIe siècle. Ils indiquent que ce fief appartenait, en totalité où en partie, à une famille du nom de la Roche, que nous supposons être une branche de l'illustre maison franc-comtoise de la Roche en Montagne ou sur l'Ognon, qui acquit une grande renommée à la croisade de 1202 par la conquête des duchés d'Athènes et de Thèbes, qu'elle conserva pendant plusieurs générations, et dont les armes étaient de gueules à quatre points d'or équipolés d'hermines. En 1216, Guy et Guillaume de la Roche, frères, écuyers, abandonnèrent au monastère de Clairefontaine un pré sis à Richecourt, que Viard de Vougécourt, à qui ils l'avaient remis en gage, avait déjà cédé aux religieux. Clémence, femme de Guillaume, approuva cette donation. En 1298, l'archevêque de Besançon confirma au même monastère différents dons faits par Guillaume de la Roche, seigneur de Roulans, et entre autres celui d’une saulaie située près du pré de Saint-Julien, au territoire de Richecourt. Comtesse, sa femme, Lucate, veuve d'Othon de Vanes, Elisabeth et Sibille, ses trois filles, approuvèrent également cette libéralité. Ces indications sont les seules qui témoignent du passage de la famille de la Roche à Richecourt. Le maison de Passavant, qui posséda ensuite le fief de Richecourt, était originaire de Passavant-en-Vosges, terre et localité dont le duc de Lorraine, le comte de Champagne et le comte de Bourgogne se partageaient la juridiction. L'union de Gisèle de Passavant, fille de Vichart de Passavant, avec Vedon, comte de Toul, petit-fils de Mathieu de Lorraine, puis avec Jean du Châtelet (1288), d’autres alliances avec les familles de Beauvau, de Choiseul, de Bourbévelle, de Joinville, indiquent assez le rang élevé qu'elle tenait dans la noblesse de sa région. Un seul document nous a révélé son souvenir, c'est la déclaration qu’en 1255, le comte palatin Othon de Bourgogne remit au roi de France, à l'occasion de la contestation qu'il avait avec le duc Jean de Bourgogne, son frère, pour le partage de la succession paternelle. Dans cette déclaration, le comte de Bourgogne compta, parmi ses vassaux, le sire de Passavant, pour Richecourt.

A la fin du XIIIe siècle, Richecourt faisait partie des possessions de la maison de Rigney. L'un de ses membres, Foulques de Rigney, qui avait acquis en 1284, de Jean de Rans, l'office héréditaire de sénéchal du comté de Bourgogne, et que l'historien Gollut cite parmi les chevaliers les plus en renom au temps de la comtesse Alix de Bourgogne, ne craignit pas d'élever une forteresse à Richecourt, contre le gré et la volonté de Guy de Jonvelle son suzerain immédiat. Saisi de cette infraction aux prescriptions de la coutume féodale, le comte Othon IV de Bourgogne prescrivit au noble sire de Jonvelle d’user de son droit et de faire abattre la forteresse, faute de quoi il s'en prendrait à lui-même (1290). Il est à supposer qu'une transaction intervint entre Guy de Jonvelle et son puissant vassal, car le château-fort était encore debout après cette date. Jean de Rigney, son fils, chevalier, sénéchal du comté, s'allia à Guillemette de Vienne, fille de Hugues de Vienne et de Marguerite de Rufley. Nous ne saurions affirmer, d'après le mariage de son fils, que Jean de Rigney ait possédé Richecourt, en totalité du moins. Hugues I de Rigney, dit Huguenin, chevalier, sénéchal du comté en 1359, prit parti avec Jean de Neufchâtel pour le roi de Navarre et les Anglais, contre le roi de France, et contribua en personne à la défense de Beaufort contre les Français, Philippe de Valois confisqua sa terre de Rigney. Mais Hugues de Rigney sut s'attirer la faveur du Dauphin, alors régent du royaume, qui lui accorda des lettres de rémission et lui rendit cette seigneurie, à condition, toutefois, qu'il la tiendrait à foi et hommage de la couronne de France, et que lui et ses successeurs se reconnaîtraient hommes liges du roi. Le sénéchal signala efficacement sa reconnaissance au dauphin, en faisant mettre en la main des Français quatre places que les Anglais tenaient en Champagne. Hugues de Rigney épousa l’héritière de Frolois et de Richecourt, d’une illustre maison que les généalogistes ont donnée comme une branche puinée des anciens ducs de Bourgogne. Elle était fille de Miles de Frolois et de Jeanne de Vaulx. De cette union sont issus deux enfants dont Hugues de Rigney et Marguerite, femme de Jean de Lieresse, dont la fille Isabeau de Lieresse fut mariée à Thibault de Chatelvoucy.

Hugues de Rigney II, seigneur de Rigney, Frolois, Richecourt, Pourlans, sénéchal du comté en 1388, fut du nombre des chevaliers bourguignons et franc-comtois qui s’unirent au Comte-Vert dans la guerre qu'il entreprit contre Galéas de Milan. De son alliance avec Jeanne de Neufchâtel, veuve d'Henri de Vergy, seigneur de Belvoir, il n'eut qu’une fille, Jeanne de Rigney, qui épousa Antoine de Vergy, comte de Dammartin, à qui elle apporta les biens de sa famille, y compris l'office de sénéchal du comté. En passant par alliance à Antoine de Vergy, la seigneurie de Richecourt entra dans une des familles les plus puissantes et les plus illustres de la Bourgogne. Antoine de Vergy, come de Dammartin, seigneur de Champlitte, Rigney, Frolois, Richecourt, Chatillon-en-Vosges, Port-sur-Saône, Chariez, Pusel, Chevanne-sur-Vergy, qui épousa l’héritière de Rigney, était fils de Jean, sénéchal, maréchal et gouverneur de Bourgogne, et de Jeanne de Chalon. Il assista le duc de Bourgogne, Jean-sans-Peur, lorsque ce prince entreprit en 1417, de chasser de Paris le Dauphin et les Orléamais; qu’il se trouva à l'entrevue du Pont de Montereau, où le duc fut assassiné et où il fut lui-même blessé à la main et fait prisonnier (10 septembre 1419). Créé maréchal de France par le roi d'Angleterre (1421), il défit les troupes françaises à la bataille de Cravant, et fut chargé par les Anglais en 1427, du gouvernement de Champagne et de Brie. Le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, dont il fut toujours le fidèle sujet, l'institua capitaine général et gardien de Bourgognes et du Charolais, et l’honora du collier de la Toison d'Or. N'ayant point eu d'enfant de Jeanne de Rigney, décédée le 18 août 1429, ni de la seconde alliance qu'il avait contractée avec Guillemette de Vienne, le maréchal de Vergy, sentant sa fin prochaine, consigna ses dernières volontés dans le testament qu'il fit le 24 juillet 1430. Il assura à Guillemette de Vienne un douaire important, et institua pour ses héritiers universels ses trois neveux, Jean, comte de Fribourg et de Neufchâtel, Jean de Vergy, seigneur de Fouvent, et Charles de Vergy, seigneur d’Autrey, qui eut Richecourt dans son lot.

Mais, par un codicille daté du 28 octobre 1430, Antoine de Vergy disposa de la seigneurie de Richecourt en faveur de Jean, bâtard de Vergy, son frère naturel, et donna, en compensation, d'autres fiefs à Charles de Vergy. Antoine de Vergy mourut le 29 octobre 1439. Jean, bâtard de Vergy, seigneur de Richecourt, Soilley, Cusey, etc, fortifia les places d'Arnay et de Montéclair, qu’il tint au nom du roi d'Angleterre et fit même partie de la troupe du bâtard de Bourbon qui, au temps des grandes compagnies, fit tant de mal en Champagne. Après la pacification du royaume, le roi Charles VII lui accorda des lettres de rémission. Le bâtard de Vergy mourut en 1457, Jeanne de Haraucourt, sa veuve, se remaria, dès 1458, à Guillaume de Cicon, seigneur de Demangevelle qui, le 29 juin 1471, affranchit les habitants de cette seigneurie de la main-morte, et fit son testament en 1486. Catherine de Haraucourt décéda en 1489, ayant eu quatre enfants de sa première union et quatre de la seconde. Les enfants issus du premier lit furent Jean de Vergy, dit de Richecourt; 2° Jeanne, mariée à Guillaume d'Anglure, puis à Mathieu de Saint-Loup; 3° Isabelle, femme de Guy de Cicon, seigneur de Gevigney, à qui elle apporta Richecour; 4° Guyonne qui épousa le 28 avril 1470, Erard de Dinteville, seigneur de Fougerolles. Jean de Vergy, dit de Richecourt, écuyer, seigneur de Longchamps, demeura jusqu'à sa majorité, ainsi que ses sœurs, sous la tutelle de sa mère. Le 14 avril 1471, il présenta le dénombrement de sa châtellenie de Richecourt, "receptable au Roy, pour y détenir des prisonniers et mouvante du château de Coiffy". Il fit un testament par lequel il institua ses sœurs, Jeaune, Isabelle et Guyonne de Vergy, ses uniques héritieres. Il mourut sans alliance en 1474, Guillaume de Cicon, son beau-père et Catherine de Haraucourt, sa belle-mère, assurèrent ce legs, après l'ouverture et la publication du testament. D'un autre côté, on voit par des litres de 1481 et 1483, que ses sœurs intervinrent seules dans les actes concernant leur famille et leurs biens.

Guy de Cicon, chevalier, seigneur de Gevigney et de Mercey, qui, par l'union qu'il contracta avec Isabelle de Vergy, en 1470, devint seigneur de Richecourt. Guy et Isabelle figurent dans différents titres, notamment dans les lettres patentes du roi Louis XI, en date de 1481, portant fixation des sommes dues sur le partage de Vignory. Ils laissèrent deux fils; François et Jean. François, l'aîné, chevalier de la confrérie noble de Saint-Georges de Franche-Comté, seigneur de Gevigney, Purgerot, etc, rendit hommage au roy pour ses fiefs de Richecourt et d’Aisey, le 2 mars 1501. Dans le dénombrement qu'il présenta en 1508, il déclara, comme l'avait fait Jean de Vergy, son ayeul, que son château de Richecourt était "receptable au Roy, pour y mettre des prisoniers". François de Cicon étant mort en 1525, les deux fils qu'il laissait de son alliance avec Huguette de Bessey, Guillaume et Claude se partagèrent l'héritage paternel. Guillaume, l'aîné, eût le château de Richecourt avec quelques dépendances, et entra en partage pour le reste de la seigneurie. Il ne laissa que deux filles de son mariage avec Pbiliberte de Moissy, Marie et Jeanne de Cicon. Cette dernière fat unie à Henri de Vy de Demangevelle, à qui, entre autres biens, elle apporta le château et la moitié du fief de Richecourt. Claude de Cicon fit, à la date du 22 juin 1575, "les foy et hommage qu'il estoit tenu faire pour raison de la moictié de la terre et seigneurie dudit Richecourt, droictz de justice et jurisdiction, cens, rentes, revenuz et appartenances et deppendances d'icelle, mouvant du chastel de Coiffy". Il mourut en 1602, après avoir contracté deux alliances, la première avec Claudine Lallemand, dont il n'eut qu'un fils Marc de Cicon, chambellan du duc de Lorraine et gouverneur de Conflans en Bassigny, qui ne laissa pas de postérité de Bonne de Chavagny; la seconde avec Anne d'Achey.

Sont issus de celte seconde union quatre enfants dont Charles de Cicon; 2° Marc-François, abbé de Saint-Esvres; 3° Jeanne-Baptiste, mariée en 1598 à Antoine de Mandres; 4° Marguerite, femme de François de Saint-Martin. Charles de Cicon, chevalier, seigneur de Gevigney, Mercey, Purgerot et de la moitié de la terre de Richecourt, épousa Anne de Roucy qui ne lui donna que deux filles. Françoise-Elisabeth, l'aînée, femme de Charles de Saint-Vincent, eut en partage en 1659 le château et moitié du fief de Chevigney, plus les biens seigneuriaux de Jussey. Anne-Catherine de Cicon, la plus jeune, fut mariée à Charles de Mauléon la Bastide, à qui elle apporta, avec d’autres terres, la moitié de Richecourt. Henri de Vy de Demangevelle devint, par son mariage avec Jeanne de Cicon, seigneur du château-fort et d'une partie de la terre de Richecourt, ainsi que des fiefs de Gevigney et de Mercey. En 1574, le conseil de Saint-Georges interposa sa médiation dans le règlement de la contestation survenue, pour des questions d'intérêt et de prérogatives, entre ce seigneur et Claude de Cicon, son oncle, tous deux chevaliers de la noble confrérie. Claire de Vy, sa fille, fut unie à Jean d'Occors, dit de la Tour, seigneur de Lieffrans et de Chai, et lui apporta les biens de sa maison, y compris le château et une portion de la terre de Richecourt, dont il présenta la foi-hommage le 18 août 1588. Philiberte d'Occors, dame de Lieffans, Richecourt en partie, etc, sa fille et unique héritière, épousa Charles de Saulx, chevalier, baron de Tavanes, de Lugny, comte de Brancion, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, gouverneur de Lourdon, qui déclara dans le papier terrier qu'il fit dresser en 1628, "qu'à cause de la dame son épouse, il est seigneur de partie des fiefs et arrière fiefs dépendants de son chasteau et maison forte de Richecourt". Son fils, Claude-François, mourut en 1646; sa fille, Claire-Françoise de Saulx, fut mariée, le 2 janvier 1647, à Charles-François de la Baume-Montrevel, marquis de Saint-Martin.

Charles-François mourut en 1666, laissant plusieurs enfants, parmi lesquels figure Jacques-Marie de la Baume-Montrevel, appelé le comte de Brancion, marquis de Saint-Martin et comte de Montrevel, brigadier des armées du Roi, tué à la bataille de Nerwinde, le 29 juillet 1693. François-Charles, comte de Mauléon de la Bastide, chevalier, seigneur d’Autigny et de Tassigny, colonel de cavalerie pour le service du due Charles IV de Lorraine, époux d’Anne-Catherine de Cicon, dame en partie de Richecourt, Aisey, Ameuvelle, Ormoy, Oigney, Passavant, etc, appartenait à une maison de l’ancienne chevalerie de Guyenne. Le nouveau seigneur de Richecourt était fils de François, comte de Mauléon la Bastide, seigneur d'Autigny, et de Catherine des Salles. Le 23 juin 1665, le comte de Mauléon rendit hommage au roi pour moitié de Richecourt et ses dépendances, dans lesquelles il comprit la moitié d'Aisey. Mais le 26 juillet 1680, sa veuve, Anne-Catherine de Cicon, présenta un dénombrement distinct pour chacun de ces fiefs. Madame de Mauléon, qui vivait encore en 1696, laissa trois enfants dont François, comte de Mauléon; une fille, chanoinesse de Remiremont, et une autre fille, Gabrielle, femme de Sébastien, conseiller d'État de l'empereur d'Allemagne. Simon Humbelot, conseiller au bailliage et siège présidial de Langres, fit l'acquisition des trois quarts des seigneuries de Richecourt et d'Aisey, par deux contrats passés devant Isselin, notaire royal à Langres, les 15 mai 1691 et 23 février 1694, ainsi qu'il est spécifié dans la foi-hommage qu'il rendit au roi le 4 mai 1694. Cette pièce n'indique pas les noms des vendeurs qui durent être les Mauléon et les Saulx-Tavanes ou la Baume-Montrevel. L'autre quart de ces deux fiefs était alors, en majeure partie, la propriété des familles de la Rue et de Lombard. En 1706, Simon Humbelot et Simonne-Ignace Lambert, sa femme, fondèrent dans leur château de Richecourt, la chapelle de Saint-Antoine dont ils se réservèrent la présentation, qui, après eux, leur fils unique étant alors décédé, devait passer à la famille Véron.

En 1719, à la suite de fâcheuses circonstances, le château et les trois quarts de la seigneurie de Richecourt appartenaient à Pierre Carelot, seigneur de Jonchery, qui les vendit, le 15 avril de la même année, pour le prix de 20.000 livres, à Guillaume Gousselin, magistrat au présidial de Langres. Les trois quarts d’Aisey furent acquis, en 1720, par voie d'échange, du curateur à l'absence et mort civile de Simon Humbelot, par Nicolas Charlot de Rimaucourt. Richecourt et Aisey se trouvèrent alors possédés ainsi qu'il suit: les trois quarts de Richecourt, avec le château, par M. Gousselin; 2° le quart de Richecourt et le quart d'Aisey, par M. Brunet de la Motte, héritier des Lombards; 3° les trois quarts d’Aisey, par M. de Rimaucourt. Guillaume Gousselin, qui acquit de M. Caretot le château et les trois quarts de le seigneurie de Richecourt le 15 avril 1719, était conseiller du roi, lieutenant particulier, assesseur criminel au bailliage et siège présidial de Langres. Le 10 mai 1743 et le 19 octobre 1754, il fournit les foi-hommage et dénombrement de ce qu'il possédait à Richecourt. Il laissa de Claudine Rouillaud, sa femme, cinq enfants, dont l'aîné, Nicoles-François Gousselin, lieutenant-colonel d'infanterie, chevalier de Saint-Louis, marié à Mademoiselle Cadenet d'Antrage, renouvela par acte du 31 décembre 1777, l'aveu du château et des trois quarts de Richecourt, comme héritier de ses père et mère et comme acquéreur des portions revenant à ses cohéritiers. En 1794, à la mort de M. Gousselin, dont le fils unique, Nicolas Gousselin, sous-lieutenant au régiment de Boulonmais infanterie, avait été tué en duel, vers 1790, le domaine principal de Richecourt passa à son neveu M. Jean-Nicolas Charles, de Langres, qui ne put le conserver. Il fut adjugé en 1808, à la barre du tribunal civil de Langres, au père de M. le baron de Dalmassy, qui le possédait au milieu du XIXe siècle et a fixé sa résidence dans l'habitation moderne qu'il a fait construire près des ruines de l'ancienne forteresse, et qu’on appelle aussi le château.

Souvent pris et repris, le château de Richecourt porte encore dans ses derniers vestiges la trace manifeste des différentes reconstructions dont il a été l’objet, et témoigne ainsi de l'importance des assauts qu'il a subis. Divers documents en font foi et permettent, en même temps, de constater que, si plusieurs fois il succomba, plusieurs fois aussi, comme on va le voir par le récit des principaux faits de sa chronique militaire, il sut résister aux attaques de l'ennemi et le tenir en échec. En 1364, lorsque les Grandes Compagnies, formées d’aventuriers et de soldats de toutes nationalités que la paix avait licenciés et qu'on désignait sous le nom de routiers, de malandrins, de tard-venus, ravageaient la Champagne, la Lorraine et les deux Bourgognes, plusieurs châteaux forts de notre région, Coiffy, Richecourt, Jonvelle, Jussey, Demangevelle et autres leur résistèrent, et offrirent aux religieux des monastères ruinés et aux habitants des campagnes dévastées un refuge assuré. Pendant les guerres de Louis XI et de Charles le Téméraire, Richecourt, qui tenait pour le duc de Bourgogne, fut emporté en 1475, par Georges de la Trimouille, sire de Craon. "Le tier du mois de may, écrit à ce sujet l'historien Gollut, les François entrèrent de rechef, soubs George de Craon, gouverneur de Champagne, et prindrent de rechef Jonvelle, Jussey, Chevigney, Lambrey, Bougey, Conflans, Buffignecourt, Richecourt, Chariez, tuans, pillans, bruslans tout ce qu'ilz y rencontrèrent. L’abbaïe, l'abbé et les religieux de Cherlieu passèrent par leurs mains, cogneurent et experimentèrent leur avarice et cruauté". En 1556, lorsque Wolfand, duc de Bavière et de Deux-Ponts s'avança, par la Franche-Comté et le Bassigny, à la tête d'un corps de reîtres protestants au secours des Huguenots de France, Jonvelle, Amance, Coiffy, Richecourt et autres places tinrent l'ennemi en respect et purent encore recueillir les habitants du pays plat.

Vint ensuite, au mois de janvier 1595, l'invasion de Louis de Beauveau, seigneur de Tremblecourt, et de Jean d'Haussonville, ces deux gentilshommes lorrains que le roi de France, Henri IV, qui cherchait à se venger de l'Espagne, jeta avec les dix mille hommes qu'ils avaient levés en Lorraine principalement, sur la Franche-Comté, où ils firent une guerre plus opiniâtre et plus ruineuse encore que les précédentes. Pendant que Tremmblecourt prenait Chauvirey, Bougey, Cherlieu, Gevigney, Traves et tout ce qui se trouvait sur son passage, Haussonville faisait capituler Jonvelle, après quelques jours de résistance, (24 janvier 1595), occupait presque sans coup férir Richecourt, encore aux mains des Comtois, et s’emparait des chàteaux et des monastères voisins. Le pays était à feu et à sang, et les malheureux paysans, fuyant leurs maisons incendiées, leurs champs dévastés, ne trouvaient plus d'asile que dans le fond des bois. Le comte de Vergy-Champlitte, gouverneur du comté, aidé des secours que l'Espagne s'était décidée à envoyer, reprenait ces places une à une et refoulait l'ennemi, lorsque intervint le 23 septembre 1595, le traité de Lyon qui assurait la neutralité de la Franche-Comté et allait la débarrasser de l'invasion lorraine. C'est ici que se place un fait assez singulier, sinon très rare eu égard au temps où il se produisit. Au mois de novembre 1605, une troupe d'environ deux cents cavaliers calvinistes, que le traité de Vervins n'avait pas désarmés, s'élança du château de Richecourt, sous la conduite des contes de Beaujeu et d'Amboise, et vint fondre, le 23 novembre, sur le château de Baudoncourt, où elle s'empara de l'abbé de Luxeuil qui y séjournait sous la garde d’une faible garnison. La tentative de ce parti contre la ville et l’abbaye de Luxeuil ayant échoué, les comtes de Beaujeu et d'Amboise se retirèrent avec leur prisonnier et le conduisirent au château de Dammartin, puis dans celui d’Aigremont près de Bourbonne. L'abbé de Luxeuil, menacé d’être transféré en Belgique, dut payer pour sa rançon la considérable somme de 5,000 écus d'or.

Pendant la grande lutte que Richelieu avait entreprise contre la maison d'Autriche et qui a reçu dans l’histoire le nom de Guerre de Dix-Ans, le duc Bernard de Saxe-Weymar, allié de la France, envahit de nouveau la Franche-Comté avec une armée de dix-huit mille Allemands. Ces troupes, appelées Suédoises parce qu'à la mort du célèbre Gustave-Adolphe, le duc Bernard, son meilleur élève, avait été placé à la tête du parti suédois, firent un mal inouï au Comté. Dès la fin de 1635, et dans le courant de l'année suivante, une de leurs garnisons, établie à Richecourt, se livra à de fréquentes incursions sur le sol franc-comtois et répondit par le pillage de Passavant, Corre, Moncourt, Bourbevelle et autres localités, par de désastreuses représailles, aux courses que des aventuriers de toute espèce, des Lorrains principalement, faisaient en pays français. C'est alors que le feld-maréchal Gallas accourut à la tète de trente mille Allemands, Croates en partie, au secours de la Franche-Comté, d'où il chassa les Suédois qui l'avaient envahie. Il s'avança même sur la Champagne et la Bourgogne; mais il en fut repoussé, au mois de novembre 1636, par le prince de Condé et par le cardinal de la Valette. Gallas vaincu reprit le chemin de l'Allemagne, laissant toutefois un corps de six mille hommes pour la défense du comté. Jonvelle, Magny, Jussey, Gevigney, Demangevelle et autres places eurent leurs garnisons allemandes de cinquante à deux cents hommes. Richecourt lui-même, bien que château fort français, aurait eu, paraît-il, à subir l'occupation croate et l'inspection du marquis de Saint-Martin, gouverneur de la province, et de l'abbé des Trois-Rois, en 1638. Rien ne saurait décrire le mal que les garnisons étrangères et comtoises continuèrent à faire à cette malheureuse région. Commandées par le colonel Bornival, par Gaucher du Magny, par Faulquier d'Aboncourt, sieur de Chauvirey, elles s'élançaient tantôt en partis isolés, tantôt en bandes réunies, de Jonvelle, de Richecourt, de Demangevelle et de tous les points qu'elles occupaient, autant peut-être sur le comté que sur le Bassigny, pillant et incendiant les villages, tuant les habitants ou les emmenant prisonniers.

Enfin toutes ces calamités, auxquelles s'étaient jointes la famine et la peste, eurent un terme. Le 21 septembre 1641 Jonvelle tomba au pouvoir des Français. Les murailles de sa forteresse, attaquées par la mine, s'écroulèrent avec fracas et ensevelirent sous leurs débris ses derniers défenseurs. Le bourg lui-même fut livré aux flammes et la population presque tout entière passée par les armes. Pendant ce temps, un détachement de troupes assurait les places de Richecourt, Demangevelle, Magny, Senoncourt, Saint-Remy, Amance, Vauvillers et Saint-Loup, et saccageait le bourg et l'abbaye de Faverney. La paix fut signée peu de temps après, et rétablit une fois encore pour le comté, cette neutralité si souvent enfreinte et si souvent illusoire. Là s'arrêtent nos renseignements sur la chronique militaire de Richecourt, et nous n'avons pas même trouvé son nom cité dans les documents relatifs à la double conquête de la Franche-Comté par le roi Louis XIV, en 1668 et en 1674. Il y a apparence, cependant, que ce fut à la suite de l'annexion de cette province à la France que le roi fit démanteler cette place, devenue complètement inutile pour la défense du pays et même dangereuse pour sa sécurité intérieure comme pouvant, en temps de troubles, près d'un pays récemment annexé, servir de retraite aux ennemis de l'Etat et aux seigneurs révoltés ou mécontents. Éventualité sage à prévoir, sans doute, mais en fait peu à craindre, car la féodalité avait vécu. La royauté lui avait porté les derniers coups et avait assis sur ses ruines, d’une manière définitive, l'unité et la grandeur de la France. (1)

château de Richecourt, impasse de la Saône, 70500 Aisey-et-Richecourt, propriété privée, ne se visite pas, visible de l'extérieur. Actuellement, les descendants du baron sont toujours propriétaires des lieux.


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(1)
     Richecourt, son château et ses seigneurs: notice historique et généalogique par Adrien Bonvallet. Éditeur: A. Pargon à Langres (1883)

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