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Château de Chalusset à Saint-Jean-Ligoure
 
 

   Bien que ruiné depuis longtemps, le château de Châlusset, à trois lieues de Limoges, offre encore dans son plan, dont on retrouve facilement les dispositions principales, un type très curieux à étudier de l'architecture militaire au moyen âge. Il est bâti sur une colline couverte de rochers, qui forme un triangle fort allongé, ayant sa base au sud-ouest. D'un accès déjà très difficile, en raison de l'escarpement de ses pentes, cette colline est encore défendue par deux ruisseaux, la Bréance et la Ligoure qui, en se réunissant au nord-est, à la pointe du triangle, en font une espèce de presqu'île étroite. C'est au sud-ouest que le terrain est le plus élevé: de là, il s'abaisse jusqu'à un pont, dont on voit encore les ruines dans le lit de la Bréance. En examinant ce site, on reconnaît qu'il n'est guère accessible que de deux côtés: soit au sud-ouest, soit à la pointe opposée, en traversant l'un ou l'autre des ruisseaux, qui sont guéables pendant presque toute l'année. Il parait qu'à l'époque où le château fut construit, on regardait ce point comme le plus faible, car on y a multiplié les moyens de défense. Lorsque, après avoir traversé la Bréance, on arrive à la pointe du triangle, on aperçoit des murs à moitié détruits, suivant les contours du terrain qui, dès lors, commence à s'élever graduellement. Au milieu de ces ruines se présente une entrée oblique, et quand on l'a franchie, on a devant soi toutes les parties du château, s'élevant l'une au-dessus de l'autre comme sur des gradins. D'abord, c'est une haute tour, précédée d'un fossé ou d'une coupure; derrière, les substructions d'une redoute carrée, dont la tour formait sans doute le centre autrefois. Dans le pays elle se nomme la Jeannette: je n'ai pu trouver l'origine de ce nom; elle est carrée, avec un contrefort au milieu de chacune de ses faces. La porte n'a point d'escalier qui y conduise, soit que jadis la plateforme de la redoute fût au niveau de cette porte, soit qu'on y parvînt au moyen d'une échelle, qu'en cas de danger la garnison retirait à l'intérieur.
Telles sont la plupart des tours bâties dans le midi de l'Espagne, pendant les guerres continuelles des Maures et des Chrétiens. L'appareil de celle-ci est régulier, mais l'amortissement est détruit. Elle n'a d'autre ouverture que la porte au nord-ouest, et une fenêtre, ou plutôt une meurtrière, du côté opposé. N'ayant point d'échelle, je n'ai pu pénétrer dans l'intérieur, mais on m'assure que les différents étages sont ruinés aujourd'hui. La Jeannette était destinée évidemment à éclairer les approches de l'ennemi; en outre, pour parvenir au corps de la place, au château proprement dit, il devait nécessairement passer à portée de la tour, en sorte qu'il avait à forcer ce premier ouvrage, avant de pousser plus loin ses attaques. A partir de la Jeaonette, le terrain s'élève de plus en plus, et à soixante mètres environ de la tour, on franchit un nouveau retranchement, perpendiculaire à l'axe de la colline, dont il ne reste plus que quelques pans de murs et une porte ogivale sans ornement, du côté de la Bréance. J'ai cru reconnaître qu'il s'étendait d'un versant à l'autre, barrant ainsi tout le plateau. Sur le bord des pentes, les substructions se dirigent parallèlement à celles-ci, et je crois qu'elles se lient à l'enceinte principale. L'entrée du château (car nous n'en sommes encore qu'aux ouvrages avancés) regarde le nord-est; mais avant d'y arriver, il faut encore surmonter d'autres obstacles. En avant de la porte se présente une espèce de redoute, dont l'entrée est percée obliquement, par rapport à celle du château. La muraille d'enceinte de cette redoute décrit une courbe, et se perd sous des monceaux de décombres, en se dirigeant vers les substructions dont je parlais tout à l'heure.
Nous voici enfin devant le château. La porte ogivale est percée à la base d'une haute tour carrée couronnée de mâchicoulis, et se liant à droite et à gauche, à des courtines également fort élevées, et sur lesquelles les mâchicoulis se continuent. Dans ces murailles, de longues meurtrières, destinées sans doute à des archers et percées un peu obliquement, paraissent destinées à battre les approches de la porte, et même l'intérieur de la redoute si elle tombait au pouvoir de l'ennemi. Malgré le délabrement de la forteresse, on reconnaît encore au-dessus de la porte les rainures d'une herse, et un mâchicoulis au-dessus du passage d'où l'on pouvait assommer l'assaillant au moment où il aurait cru pénétrer dans l'enceinte. Deux tours, presque entièrement détruites aujourd'hui, flanquaient le château du côté gauche de la porte. A droite, le pied des murs est tellement obstrué de décombres, que je n'ai pu m'assurer si, comme je le suppose, cette disposition était répétée. Passant sous la porte, on entre dans une cour oblongue, étroite, bordée à droite et à gauche par les murs élevés de quelques salles qui n'ont point aujourd'hui de communication directe avec cette cour. A gauche, c'est-à-dire du côté qui regarde la Bréance, est une vaste salle, autrefois à deux ou plusieurs étages, mais dont les voûtes sont entièrement détruites, et ce n'est que dans les angles qu'on en retrouve les amorces. J'y ai remarqué quelques fenêtres en plein cintre, et des colonnes engagées, fort grossières, de style bysantin; à côté, une cheminée toute moderne. La salle opposée, qui fait face à la Ligoure, est encore plus complètement ruinée: cependant, des fenêtres en ogive, et d'autres divisées par des meneaux de pierre en croix, annoncent qu'elle a dû être réparée à une époque plus rapprochée de nous. Entre ces deux salles, à l'extrémité de la cour, on trouve un plan incliné, et au delà une masse de décombres et de substructions confuses. On voit qu'elles entourent un donjon qui est la partie la mieux conservée de la forteresse.
Le plan du donjon forme un carré long, assez peu régulier, et dont les deux grandes faces regardent le nord-est et le sud-ouest. Trois de ces faces sont unies, mais celle du sud-ouest présente des saillies et des angles rentrants dont je ne puis deviner le motif. Au nord-est deux étages d'arcades ruinées, en plein cintre, semblent les restes d'une galerie détruite. A l'intérieur, le donjon est partagé dans le sens de sa longueur par un mur de refend, et quoique chacune de ses divisions ait un escalier distinct (en hélice), on voit que leurs appartements se communiquaient à tous les étages. Les portes percées dans le mur de refend, presque toutes en plein cintre, un petit nombre en ogive, fort étroites, n'offrent pas le moindre ornement caractéristique. De simples planchers, aujourd'hui démolis, formaient les étages, mais le haut du donjon était recouvert par une voûte en berceau dont le sommet s'appuie au mur de séparation. On ne peut plus monter sur la plateforme appuyée sur cette voûte, et d'ailleurs tout le haut de la tour est tellement mutilé, qu'on ne peut reconnaître si elle avait des créneaux ou des mâchicoulis. De grandes ogives appliquées sur la face tournée au nord-ouest sont peut-être des mâchicoulis énormes du même genre que ceux qu'on voit à Avignon dans le palais des papes. L'appareil est régulier et fort semblable à celui de la Jeannette. Il n'y a qu'un petit nombre de fenêtres étroites et carrées pour la plupart. A gauche du donjon, les murs du château sont rasés, mais on en peut suivre les substructions sur le sommet des pentes dont la Bréance baigne le pied. De ce côté il y avait une suite de vastes appartements, et l'on distingue plusieurs salles carrées, avec des amorces de voûtes retombant sur des colonnes en granit. Les fenêtres et les portes sont en ogive, mais à pointe très obtuse. Enfin on voit une cheminée moderne comme la précédente.
Cette suite d'appartements donnait d'abord sur un préau borné au nord-est par le donjon, au sud-ouest et au nord-ouest par les remparts de l'enceinte principale. Au sud-ouest, ces murs sont flanqués de trois tours circulaires, toutes plus ou moins ruinées. Ils sont fort épais, et contiennent une galerie voûtée, éclairée par des meurtrières taillées en forme de croix, très longues, s'élargissant à l'intérieur et cintrées à leur amortissement. L'ouverture horizontale de ces meurtrières est si courte, qu'il me paraît difficile qu'elles aient pu servir à des arbalétriers. Au contraire leur longueur convient au tir de l'arc, et cette distinction n'est pas sans importance: car l'usage de l'arc est, comme on le sait, antérieur à celui de l'arbalète. Quant aux plateformes, aux créneaux, à l'amortissement de ces remparts en un mot, là, il est détruit, et il n'en reste pas vestige. Au delà de ces murailles qui formaient l'enceinte intérieure du château, paraissent les substructions d'une seconde enceinte extérieure éloignée de la première d'environ vingt-cinq mètres, flanquée de tours, et bordée au sud-ouest par un large fossé taillé dans le roc vif, et coupant le plateau d'une pente à l'autre. Vers le milieu de l'escarpement qui fait face à la Ligoure, à partir du fossé jusqu'à la hauteur de la porte principale du château, un deuxième rempart s'étend parallèlement au premier, mais il est encore plus ruiné que celui-ci. Un seul pan de mur, assez élevé encore, a conservé deux fenêtres et une porte en ogive. Du côté de la Bréance où la pente est bien plus rapide, je ne puis affirmer qu'il existât une double enceinte.
Je vais repasser brièvement les dispositions principales du château de Châlusset. Le donjon forme comme la clé de la position. A l'entour se développe une enceinte en forme de carré long, flanqué de tours sur les points qui ne défendent pas des escarpements naturels; une deuxièmme enceinte, construite sur un terrain plus bas, à portée du trait des remparts intérieurs, offrait à la garnison un double moyen de défense, et si l'assaillant parvenait à s'en rendre maître, il s'y trouvait tout aussi exposé qu'auparavant. Sur le seul point de la forteresse où un ruisseau ne formait pas une espèce de fossé naturel, on avait excavé profondément un sol rocheux. Enfin, à la partie la plus basse de la colline, les ouvrages de défense avaient été multipliés: d'abord une porte fortifiée; puis une redoute avec une tour servant d'observatoire; derrière, l'enceinte extérieure; enfin, une seconde redoute: tels étaient les obstacles qu'il fallait franchir avant d'arriver au pied des remparts intérieurs. Je n'ai jamais vu de château du moyen-âge dans une situation plus avantageuse, aucun où l'art de l'ingénieur eût déployé plus de ressources. L'épaisseur des murs est considérable partout ; plusieurs ont douze pieds et plus. En général, leur appareil est irrégulier, et se compose de grosses pierres brutes. Il n'y a d'exception que pour le donjon, la tour Jeannette et celle qui surmonte la porte d'entrée. Cette différence d'appareil pourrait faire supposer que ces tours sont postérieures aux autres ouvrages; comme ces tours sont les points les plus importants de la forteresse, elles ont été peut-être bâties avec un soin particulier. Il y a grande apparence que c'est au XIIe siècle que fut construit le château de Châlusset; du moins la plupart des détails caractéristiques se rapportent à cette époque. Évidemment les bâtiments d'habitation ont été modifiés jusqu'au XVIe siècle. Je soupçonne que dans l'origine, il n'a existé de double enceinte qu'au sud-ouest, et que la muraille qui regarde la Ligoure n'est qu'une addition du XIVe siècle, peut-être encore moins ancienne.

Le département de la Haute-Vienne n'offre pas de monument plus curieux ni plus considérable que les célèbres ruines de Châlusset, regardées, d'après la tradition la plus répandue, comme celles d'une station romaine, dont on fait dériver le nom de castra Lucilii). Le Père Saint-Amable, d'accord avec les chroniques du pays, indique aussi cette origine, mais en observant que, d'après MM. de Sainte-Marthe et Geoffroy de Vigeois, ce château fut élevé en 1132 par l'évêque Eustorge qui voulait se garantir des entreprises de Guillaume IX, duc d'Aquitaine. Il est possible de concilier ces deux autorités, en supposant qu'Eustorge répara seulement la forteresse, dont l'origine pouvait être beaucoup plus ancienne. Quoi qu'il en soit, les chroniques limousines, après avoir indiqué la fondation du château sous le proconsulat de Léocada, semblent l'oublier entièrement dans le récit, minutieux, des événements qui se succédèrent en Aquitaine pendant les premiers siècles de notre ère. On voit seulement qu'en 1067, l'évêque Ithier Chabot "changea le château de Châlusset, et, du lieu de Fressanges, et le bâtit au lieu où il est maintenant". Cette particularité singulière, et qui mériterait d'être vérifiée, n'est pas rapportée par tous les historiens. Vers le milieu du XIIIe siècle, la forteresse appartenait à la vicomtesse Marguerite de Bourgogne. Lorsqu'elle crut n'avoir plus rien à espérer ou à craindre de Louis IX, qui venait de partir pour la seconde croisade (1270), elle se laissa aller à son caractère violent, et résolut de faire tout le mal qu'elle pourrait à la ville de Limoges, dont les murailles étaient trop fortes et trop bien gardées pour qu'elle pût espérer de s'en emparer. Dans ce but, elle garnit ses châteaux d'hommes d'armes qui en sortaient tous les jours pour rançonner et piller le pays. La plus redoutable de ces troupes était celle qui tenait Châlucet, fort presque imprenable. Aux aguets sur les chemins, elle détroussait les marchands qui allaient vendre à Limoges, éventrait les sacs de grains et perçait les outres de vins qu'elle ne pouvait emporter.
Les habitants de Limoges s'adressèrent à l'évêque Aymeri qui avait à se plaindre de la vicomtesse, dont les gens avaient failli le tuer, un jour qu'en compagnie des abbés de Saint-Martial, de Saint-Martin et de Saint-Augustin, il était venu à Aise, dans le but de rétablir la paix entre les bourgeois et les hommes du château qui se guerroyaient. Aymeri n'eut pas de peine à se rendre aux désirs des consuls de Limoges; ses vassaux alliés aux soldats de la ville et aux hommes de l'abbé de Solignac, après avoir surpris hors du fort une bande d'aventuriers, assiégèrent le château lui-même et le serrèrent si étroitement que la garnison dut se rendre. En 1272, Gérald de Maumont, chanoine de Limoges, acheta le château de Châlusset. Citons le Père Bonaventure: "La guerre se continuant entre la vicomtesse Marguerite et les bourgeois et habitants de Limoges, on vit de jour el de nuit plusieurs corbeaux qui, se perchant sur les tours et les églises, croassaient horriblement, et semblaient exciter tout le monde au massacre, pour faire curée de leurs dépouilles. Gérald de Maumont étant fait conseiller du roi, acheta de la vicomtesse le château de Chaslucet pour son mage; et étant devenu archidiacre de Saint-Etienne, fit bâtir dans la cité de Limoges, près du palais de l'évêque, une tour carrée, laquelle fut appelée la Tour-de-Maumont. "L'an 1272, Gerald de Maumont eust l'office de Conseiller du Roy, et fist lever fourches patibulaires en la paroisse de Boysseil, dans la terre du chapitre de Limoges". En 1287, Gérard de Maumont, chanoine de Limoges et clerc ou chapelain du roi de France, prétendant un droit sur la juridiction et justice de Boisseuil à cause du château de Chaslucet, qu'il avait acheté de Marguerite, le donna et céda au chapitre de Saint-Etienne de la cathédrale.
En 1380, le château de Châlusset était le repaire d'une bande de brigands, un nommé Paya-Negra, Anglais, ennemi du roi, arrêtait les passants à Chàlucel et les rançonnait. Le 5 avril 1380, les Anglais prirent le château. Cette année 1381, les Anglais furent chassés par les Français du château de Châlusset. "Les mémoires du pays disent que la ville de Limoges, pour le service du roi de France et pour chasser les Anglais du Limousin, fournirent grande somme de deniers à Bertrand du Guesclin, Louis de Sancerre et autres capitaines, et à Gaultier de Passac, sénéchal du Limousin; car ces pillards tenant plusieurs places fortes, en faisaient leurs lieux de retraite après leur brigandage. Il fallut les faire sortir de Château-Chervix avec de l'argent, et racheter le château de Ségur des mains du seigneur de Saint-Priest. On les débusqua du château de Rocbecbouart, du Breuil, de Janaillat, de Saint-Cbamand, Chamberet, Chaslucet, Grandmont, Besse, Lescars, Corbefy, Saint-Jean-de-Colie (de Colle), et il fallut que Limoges aidât de secours d'argent, de gens, de vivres et munitions de guerre pour cela". "Le septième de novembre 1382, les consuls de Saint-Léonard exposèrent au roi Charles VI que la ville dudit Saint était en pays de guerre, et frontière des châteaux de Chaslucet, des Cars, Limoges, Jumillac et autres fortes places, et fut ordonné qu'on mettrait des gardes en ladite ville". En 1388, on imposa une taxe pour l'expédition du château d'Eymoutiers. Les Anglais étaient à Courbefy, y faisaient des prisonniers et les rançonnaient. Ils occupaient encore Châlusset. Les capitaines s'appelaient Verdoye et Raymonet-le-Long. L'année suivante, 1389, les Anglais étaient encore à Chaslucet. "Les habitants de Bellac pactisèrent avec eux, moyennant une certaine somme qu'on devait leur porter, pour se rédimer de leurs vexations". "Le 4 janvier 1393, Perrot Fouquaud dit le Bearnoix qui, par l'espace de douze ans neuf mois, avoit gardé le fort cbasteau de Chaslucet, fesant la guerre aux hommes et bestes, brullant granges et villages, et fesant plusieurs autres maux, fut mis hors ladite année par composition faicte au duc de Berry moyenant certaine somme de deniers dont la ville de Lymoges, désirant la liberté, en payèrent douze mille livres".
Le jeudi 5 mars 1438, le roi Charles VII, à son passage à Limoges, fut complimenté dans son hôtel par Martial Bermondet, son lieutenant dans Limoges, et qui cette année là était consul. Il fil une fort belle harangue, dans laquelle il exposa très clairement et très pathétiquement les insultes, exactions, brigandages dont la ville et la province avaient à se plaindre des bandits qui étaient maîtres du Château de Cbâlucet. Le roi, assisté de son conseil, l'écouta fort attentivement et avec beaucoup de bonté, et promit qu'il porterait à tous ces maux un remède prompt et efficace. (Relation du passage de Charles VII à Limoges, traduite par l'abbé Legros, 1776). "L'an 1574, il fallut que ceux de Limoges vinssent aux mains contre les perturbateurs du repos public. Jacques de Maumont, seigneur de Saint-Vic, ayant réuni quelques troupes de gens perdus, se saisit du château de Cbaslucet qui était demeuré en ruine et inhabitable depuis qu'on chassa les Anglais du pays. Il le fortifia si bien qu'il le rendit presque imprenable; car, étant assis sur une montagne, le canon n'en peut approcher pour le battre. Ayant muni cette place de toutes les choses nécessaires, il déclara la tenir pour ceux de la religion prétendue, et commença comme chef de voleurs à faire jour et nuit des sorties sur le grand chemin, prenant prisonniers les marchands, et les rançonnant à grosses sommes, et contraignant les villageois à lui apporter des vivres et les deniers des tailles qui appartenaient au roi, lequel, averti de ce désordre, commanda qu'on courût sus à ces pillards. Ainsi, les habitants de Limoges armèrent contre ce seigneur, sous la conduite du capitaine Vouzelle et ayant l'avantage en plusieurs rencontres, le forcèrent de rentrer dans son château" (Père Bonaventure, t. 3, p. 792).
 La paix n'ayant pas été de longue durée, on revint à jouer des couteaux en 1577. "Les huguenots pillèrent le pays tellement, qu'on n'osait sortir des villes. Ceux de Saint-Léonard étaient toujours aux prises contre ceux de Chaslucet, et se tuaient comme des bêles. Ils craignaient quelque surprise de la part de ceux qui n'avaient ni foi ni loi. Les habitants de Limoges, pour réprimer les attaques des voleurs de Chaslucet, remirent en charge le capitaine Vouzelle, afin de résister à Saint-Vic, chef de ces pillards. Et comme les consuls furent avertis que les huguenots faisaient des assemblées et monopoles, et que leur rendez-vous était à Chaslucet, on commanda à Vouzelle d'aller en ces quartiers, ce qu'il fit. Etant à Boisseuil il rencontra le sieur de Beaupré qui allait au lieu susdit, lequel, pour se défendre, se serra dans l'église. Vouzelle ayant envoyé chercher du secours à Limoges pour le forcer dans sa retraite, dès qu'à la pointe du jour Beaupré vit de la voûte de l'église que ces subsidiaires s'approchaient, par un trait de courage ou de désespoir sortit de furie l'épée à la main et se fit faire place, en tua quelques-uns et prit prisonnier le capitaine Gallichier, qu'il mena à Chaslucet. Le sieur de Saint-Vic ayant été pris au dépourvu par le vicomte de Pompadour, qui le retint prisonnier à Pompadour, les habitants de Limoges, prenant l'occasion au poil, résolurent d'attaquer cette tanière de brigands, et de la détruire selon la permission qu'ils en auraient du roi. Les consuls mandèrent aux habitants de Solignac de saisir promptement les allées et venues dudit fort, et ceux de Saint-Léonard s'armèrent contre leurs propres ennemis, et y acquirent beaucoup de gloire. Le 4 avril 1577, les troupes de Limoges, tant à pied qu'à cheval, partirent enseignes déployées, et d'abord gagnèrent les maisons voisines dudit fort, et se mirent en état de planter le siège, quoique ceux du château fissent grand feu et jetassent de grosses pierres sur les assiégeants. Emoustiers contribua des soldats pour cette expédition, et le sieur de Fraisseix y vint avec une compagnie de gens de pied et des communes du pays qui environnèrent le château de tout côté. Le capitaine Vouzelle battait l'estrade avec 200 chevaux, visitant souvent le corps de garde, où quelques-uns du parti contraire les venaient reconnaître, mais ne les osaient attaquer. On les somma de rendre la place, ce qu'ils refusèrent, espérant d'être secourus; mais se voyant pressés et sans espérance de secours, ils sortirent pour parlementer et capituler, baillant ôtages de côté et d'autre, promirent de rendre le château s'ils ne recevaient en deux jours des forces pour se défendre. Le samedi, 19 avril de cette même année 1577, il sortit du château de Chaslucet 60 soldats, ayant pour chef le capitaine Plaix, et Latour son sergent, lesquels furent conduits, selon la capitulation, par les enfants de Limoges, deux grandes lieues. La place étant rendue, elle fut démolie et rendue inhabitable". (Père Bonaventure, p. 795.)
1593, démolition du château de Châlusset. (Procès-verbal des Consuls de Limoges). "Les Consulz romains aux grandz affaires recepvoient du Sénat cet advertissement: Ayant doncques heu advertissement le premier jour de janvier 1593, de nous prendre bien garde que la ruine du fort de Chaslucet ne fust surprinse, et que si promptement n'y estoit pourveu, ce lieu estoit encores asiez habitable pour une retraite à nos ennemys, laquelle pourroit porter grand dommage non seulement à la ville de Lymoges, mais à toute la province, mesmes que depuis un moys plusieurs personnes tant à cheval que à pied estoient à diverses fois recognoistre la place, à ceste cause y envoyames le lendemain second du dict moys Mathieu du Mas, maistre charpentier, et François de Rançon, maistre masson, accompagnés des archers du Viseneschal et d'un bon nombre de soldartz pour les conduire eu toute seureté au dict lieu. Iceux ouvriers estantz de retour, nous rapportèrent qu'il y avoit encores quatre tours et le dongeon, et la plus part des murailles qui estoient bonnes, et que dans peu de jours, veu la situation du lieu, s'y pourroient loger à couvert plusieurs ennemys après avoir faict quelque peu de réparations. Le quatriesme du dict moys furent convoqués par assemblée générale les habitantz de la present ville aux quelz ayant faict entendre la dicte affaire, furent tous d'opinion qu'il falloit y pourvoir au plus tost, de laquelle déclaration fut donné acte par messieurs Lamy, lieutenant particulier; Ardent et Cibot, procureur et advocat du Roy. Fut aussy arresté qu'il falloit envoyer commissions aux paroisses circonvoysines du dict Chaslucet, pour faire travailler à l'entière demolition les dicts habitanlz d'icelles, selon que ceux qui leur commanderoient verroient estre à faire. A ceste cause envoyasmes de quatre-vingtz à cent soldatz pour garder que lesditz ouvriers qui travailleroient à la démolition ne fussent offencés. Lesquelz solsdatz avec leur capitaine et aultres habitantz de la dicte ville, soldatz volontaires, ensemble les ditz archers du Viseneschal, y arrivèrent le cinquiesme du dict moys. Avec lesquelz s'acheminerent lesditz Du Mas et De Rançon et leurs serviteurs, fournis des outilz nécessaires qu'ils avoient demandés, et aussy les ditz habitantz des dites paroisses s'y trouvèrent le mestne jour qui leur avoit été commandé, et tellement y fut travaillé que dans quatre jours ils pendirent la place en tel estât qu'il n'y a plus moyen d'y faire retraitle. (deuxième registre consulaire de la Mairie de Limoges).

Nous avons réuni ces descriptions et ces documents historiques en faveur des touristes et des curieux qui vont faire un pèlerinage archéologique à Châlusset. Nous avons pensé que ce serait un agrément pour les visiteurs de pouvoir lire, en parcourant ces ruines, la description qui en a été faite par des hommes compétents, et de connaître quelques-uns des événements dont ce vieux château a été le théâtre. Si les ruines deviennent intéressantes par les souvenirs historiques qu'elles rappellent, quelles ruines, dans notre province, peuvent offrir plus d'intérêt que celles de Châlusset? Septembre 1851. L'abbé ARBELLOT. (1)

Éléments protégés MH: les ruines du château de Chalusset : classement par liste de 1875.

château-fort de Chalucet 87260 Saint-Jean-Ligoure, ce château est facilement accessible, doté d'un circuit touristique avec des panneaux explicatifs et d'un parking au pied des vestiges. L'ascension de la tour Jannette n'est possible que lorsqu'une personne du site est présente sur place.

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   château de Chalucet Saint-Jean-Ligoure
 
 
 


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 Extraits de Château de Chalusset. Description et documents historiques. Recueillis par M. l'abbé François Arbellot (1816-1900). Éditeur: Ardillier fils - Limoges. 1851.

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