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A mi-chemin de Gap à Sisteron, on aperçoit à droite, sur
un coteau qui présente la forme d'un cône tronqué, le bourg et le château de
Ventavon. On ÿ rencontre quelques prairies et quelques vignes. Le village
fut entouré de hautes murailles, pendant les guerres religieuses du XVIe
siècle. Sur une pierre faisant partie de la seule porte crénelée qui
reste,on lit le millésime de 1574. L'église qui date du XVe siècle est
construite en pierres taillées symétriquement; les murailles en sont
épaisses comme celles d'une forteresse. On remarque encore dans le village
une citerne immense qui doit être contemporaine des fortifications et qui
était destinée, en cas de siège, à contenir la provision d'eau des
habitants. En effet, avant 1856, il n'y avait aucune fontaine à Ventavon. La
construction de cette fontaine, œuvre d'art remarquable, est due à
l'initiative désintéressée du propriétaire du château, M. de Ventavon,
sénateur des Hautes-Alpes. Le château, ancienne demeure féodale, occupe
toute la partie méridionale du coteau; trois terrasses en amphithéâtre, que
soutiennent de hautes murailles, forment au vieil édifice une triple
ceinture. De la plus élevée on jouit d'un coup d'œil admirable; au levant on
voit les cimes des grandes Alpes, éternellement couvertes de neige; au midi,
la vue passant par-dessus la citadelle de Sisteron, va se perdre dans les
environs d'Aix en Provence. Le château de Ventavon, flanqué de tours, n'a
rien de remarquable dans son architecture. La porte qui s'ouvre sur le
village est du XVe siècle, et dans le style de la Renaissance. Le temps et
les révolutions l'ont mutilée. Sur la terrasse où se trouve la façade
principale du château, il n'y a qu'une porte basse, étroite, blindée de fer.
Mais l'intérieur du vieux manoir a été restauré, il y a quelques années,
avec beaucoup de goût. Il renferme un grand nombre de tapisseries de
Flandre, d'Aubusson et de Beanvais, des tableaux de diverses écoles, des
glaces de Venise, des meubles sculptés ou dorés, des porcelaines et des
faïences remarquables. La chapelle intérieure est tendue en cuir doré de
Cordoue.
Dans le Dictionnaire du Dauphiné de Gui-Allard, Ventavon est appelé en
latin, Alabonum où A'abrontem du nom des Alabontes, ancien peuple qui
habitait son territoire. Cette contrée, comme le reste de la France, subit
plusieurs invasions dont la plus terrible fut celle des Sarrazins. Les
Maures la couvrirent de ruines et de sang, et malgré les siècles écoulés,
les traditions populaires sont en harmonie avec l'histoire. Le souvenir des
musulmans est resté chargé de malédictions. Au moyen-âge la seigneurie de
Ventavon appartenait à la maison de Moustier. Dans les notes pour servir à
l'histoire de Provence, par V. Lieutaud, bibliothécaire de Marseille, on
trouve à la date du 27 mars 1313, la vente de la ville de Moustier (Basses-Alpes)
au roi Robert, comte de Provence; et on lit que, dans cet acte de vente, il
est fait mention de la procuration donnée par Guillaume de Moustier,
seigneur de Ventavon, à ses fils Bertrand et Ripert Henri, le 2 mars 1313.
L'auteur fixe en conséquence à cette date l'émigration de la famille de
Moustier dans le Dauphiné; mais un titre plus ancien encore, c'est-à-dire du
milieu du XIIIe siècle, prouve que déjà la seigneurie de Ventavon
appartenait à cette illustre famille. Toutes les chartes font foi qu'il y
avait, sur le territoire de Ventavon, un couvent de Chartreusines dans le
quartier qui porte encore le nom de Berthaud; l'une d'elles constate que
Guillaume de Moustier, seigneur de Ventavon, pour l'acquit de sa conscience
et en réparation des injures, menaces et mauvais traitements dont lui et ses
auteurs s'étaient rendus coupables envers les chastes filles de Saint-Bruno,
fit donation, en 1250, au couvent de Berthaud, de tous les droits qu'il
prélevait auparavant sur les terres de ce couvent.
Un siècle plus tard, le 25 juiliet 1395, sous Ventavon, étaient de passage
les débris de l’armée du comte d'Armagnac dont l'expédition en Milanais
avait échoué. Le chef de cette bande se nommait Guilhin Camisard, le comte
d'Armagnac ayant été tué. Louis de Moustier, alors seigneur de Ventavon, fit
demander à l'aventurier ce qu'il voulait. Pour toute réponse celui-ci se
jeta sur le château de Lazer situé à peu de distance et s'en empara. Ce
château, appartenant à l'évêque de Gap qui en faisait sa résidence d'été,
était situé sur une montagne appelée la Platrière. Du haut de cette
forteresse Camisard répandait la terreur à plusieurs lieues à la ronde. Il
dévastait les champs, livrait à l'incendie les fermes et passait leurs
habitants au fil de l'épée. Louis de Moustier arma ses vassaux et essaya de
tenir en échec le brigand et ses soldats. Le sort des armes ne lui fut pas
favorable; il fut non seulement vaincu, mais encore fait prisonnier.
Camisard fut exigeant pour sa rançon. Le seigneur s'adressa aux habitants de
ses terres. Les prescriptions féodales voulaient que dans le cas de
captivité du seigneur placé parmi les cas impériaux, tous les vassaux
contribuassent au rachat. Ceux de Louis de Moustier s'y refusèrent; ils
prétendirent que la guerre, où le seigneur avait perdu sa liberté, n’était
pas une guerre régulière; qu'elle n'avait pas été autorisée par le
souverain; qu'en conséquence le cas ne leur était point applicable.
L'affaire s'arrangea néanmoins; quelques concession de la part de Louis de
Moustier décidèrent ses vassaux à lui accorder une contribution pour sa
délivrance, ce qui devint le sujet d'une transaction conservée, en original,
dit M. de Laplane, aux archives du château de Ventavon.
En 1429 le jeune seigneur de Ventavon s'appelait Antoine de Moustier. Ce fut
à cette époque que fut construite, sur une colline, rapprochée du château de
Ventavon, une chapelle dédiée à Notre-Dame-de-Pitié, Antoine de Moustiers en
assura régulièrement le service par une fondation importante. Le village et
le château ont une page dans l’histoire des guerres religieuses du XVIe
siècle. On sait tout l'acharnement qu'elles eurent en Dauphiné. Les
historiens du temps font mention d’entrevues qui eurent lieu à Ventavon,
entre Lesdiguières, Lavalette et autres personnes de marque de cette époque
troublée. En 1692, les Piémontais envahirent le Dauphiné et, en représailles
de l'incendie du Palatinat par Turenne, ils brûlèrent Fmbrun, Guillestre,
Chorges, Gap et le superbe château de Tallard, possédé à cette époque par
Camille d'Hostun, moins connu par son goût pour les constructions que par la
défaite d'Hochstet. De Tallard, les troupes sardes s’approchèrent de
Ventavon; la tradition locale veut que les habitants aient placé, sur leurs
remparts encore debout, des poutres noircies ressemblant à des canons.
Croyant qu'il faudrait faire un siège régulier et menacé sur ses derrières
par Catinat, l'ennemi se replia; par cet audacieux stratagème, Ventavon fut
sauvé du pillage et de l'incendie. Au début du XVIIe siècle, la noble
famille de Moustier tomba en quenouille. La fille aînée épousa Barthasard de
Morge, seigneur de l'Epine, qui prit le nom de Ventavon. Le fils ou le
petit-fils de ce dernier mourut sans enfant; et celte terre passa aux mains
de la famille Tournu, qui la possédait encore au XIXe siècle et qui avait,
dans le temps, contracté plusieurs alliances avec la maison de Moustier.
Elle a donné à la magistrature, à l'armée et à l'Église des hommes
remarquables. Une de leur qualité dominante fut l'aménité du caractère
jointe à l'amour de l'étude. Plusieurs membres appartenaient, dans le siècle
dernier à l'Ordre des Jésuites. Le plus célèbre fut le Pre Mathieu de
Ventavon.
Cette noble famille continue ses traditions de dévouement envers la patrie,
de générosité pour tout ce qui souffre, de fidélité à tous les bons
principes. En 1789 elle comptait parmi ses membres Jean Antoine dont la
signature est au bas du procès-verbal de la célèbre assemblée de Vizille de
1788. Edouard, fils aîné du précédent, conseiller au Parlement du Dauphiné;
Victor, second fils qui assista aux élats de Roman; Casimir qui fit à la
tête d’un régiment de dragons les campagnes d'Italie, où il se couvrit de
gloire, reçut plusieurs fois les félicitations des généraux en chef et
mourut des suites de ses blessures. Xavier et Henri, officiers d'état-major.
La même famille a été représentée, dans le XIXe siècle par M. Mathieu de
Ventavon, magistrat démissionnaire en 1830 et successivement avocat au
bareau de Grenoble, et par M. Casimir de Ventavon, député des Hautes-Alpes à
l’Assemblée nationale, puis sénateur. Depuis de longues années, M. Casimir
de Ventavon s'occupe du canal de la Durance qui doit arroser le territoire
de dix communes, et, par de nombreuses chutes d'eau, implanter l'industrie
dans ces localités. On ne se doutera jamais des difficultés qu'il a
rencontrées; ce sont d'abord les intéressés eux-mêmes qui redoutent
l'inconnu; c'est ensuite l'administration de l'Empire qui croit voir une
manœuvre électorale. Un homme moins persévérant que M. de Ventavon aurait
été découragé. Aujourd'hui ce vaste projet est en bonne voie et sa
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