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Château de Veuil (Indre)
 
 

     On trouve dans l'histoire du Berry par M. de Raynal, une indication qui atteste non seulement l'antiquité mais qui attribuerait une importance presque fabuleuse au bourg de Veuil, localité maintenant modeste. Une église dont quelques vestiges d'archilceture romaine attestent l'antiquité. Les possesseurs du sol au temps de la féodalité, déterminés sans doute par la situation pittoresque du lieu, construisirent sur le point le plus élevé un château, siége de la seigneurie. Celui dont nous voyons encore les restes, oeuvre gracieuse du XVIe siècle, n'est certainement pas le premier, mais les vestiges d'un manoir plus ancien se font a peine reconnaître. Le château actuel a été bâti dans la seconde moitié du XVIe siècle par la famille Hurault, ainsi que l'indique les faces de soleil multipliées dans les ornements d'architecture; car cet ornement est une pièce des armoiries de cette famille. La famille Hurault avait acquis la terre de Veuil de Louis de Marafin, seigneur de Nolz, vers l'an 1500, par acte passé en faveur de Jacques Hurault, et la posséda entière pendant près d'un siècle; et c'est durant cette période que fut bâti le beau château dont les restes subistent encore. En 1591, le mariage d'Elisabeth Hurault avec Pierre de Voyer, seigneur d'Argenson amena le partage de la lerre et seigneurie de Veuil avec la même résidence pour les deux familles, jusqu'après l'année 1702, ce qui est prouvé par des actes passés au nom desdits seigneurs de Voyer d'Argenson et Hurault du Marais, et par les registres de la paroisse qui, sous la date de 1702, contiennent l'acte de baptême d'un fils de M. Simon Jude Jaulin, procureur fiscal de M. le comte d'Argenson, et dont le parrain est M. Jacques Forré, procureur fiscal de M. le comte du Marais (Hurault): les deux seigneurs avaient donc chacun leurs agents. Les mêmes registres nous font connaître qu'il y avait a Veuil, un bailly, juge ordinaire de la seigneurie, un notaire, un procureur en la juslice de Veuil, un greffier et un sergent.

Il semble constant par l'examen du style architectural de l'église, que le choeur et les deux chapelles latérales ont été construits a la même époque que le château et par la pieuse générosité des seigneurs. Rien ne nous indique d'une manière certaine l'époque ou les Voyer d'Argenson devinrent seuls propriétaires et seigneurs de Veuil, ni en vertu de quelle mutation; mais nous trouvons dans les archives communales des lettres patentes du roi Louis XV, en date du mois de janvier 1726, enregistrées au Parlement de Paris, le 20 juin 1726 qui instituent la terre de Veuil en comté, sous le nom de Veuil-Argenson, en faveur de messire Marc de Voyer de Paulmy, chevalier-comte d'Argenson, conseiller d'État et chancelier du duc d'Orléans. Il n'est plus question de M. Hurault comte du Marais; au nom de Veuil est joint celui d'Argenson, ce qui prouve bien, que cette famille en était seule propriétaire. L'original de ces lettres patentes a sans doute été détruit pendant la tourmente révolutionnaire, et sa conservation offre cela de particulier qu'il a été transcrit sur les registres de la municipalité, le 22 octobre 1793, entre un arrêté municipal portant réquisition de grains et le décret de la Convention qui établit l'uniformité et le système décimal des poids et mesures: il est écrit par le sieur Jaullain, notaire à Veuil et secrétaire de la municipalité. Cet acte est très long, nous on extrayons les principales dispositions.

Par ces lettres patentes données a Marly au mois de janvier 1726, signées Louis, scellées en lacs de soie du grand sceau de cire verte, obtenues par messire Marc Pierre de Voyer, de Paulmy, chevalier-comte d'Argenson, conseiller d'État et chancelier du duc d'Orléans, "le Roi déclarait réunir et incorporer les terres, chatellenies et seigneuries de Veuil, de haute, moyenne et basse justice, la terre, seigneurie, chatellenie de Villentroys et dépendances, la terre, chatellenie et justice de Lyo et dépendances, les droits de greffe notarial, cens, fiefs et arrières-fiefs et tous droits utiles et honorifiques, pour composer une seule terre, laquelle était érigée, créée et instituée à perpétuité à litre de comté, sous le nom de Veuil-Argenson avec tous les droits, rangs, honneurs, prééminences et prérogatives appartenant a ladite dignité de comte en faveur de l'impétrant, ses hoirs ou ayant cause. Les mêmes lettres patentes donnent pouvoir d'établir un bailly dudit comté, un lieutenant et autres officiers nécessaires pour l'administration de la justice des paroisses, châteaux et fiefs réunis. Elles instituent un marché qui se tiendra à Veuil tous les lundis de chaque semaine, et quatre foires par an: la première le 7 janvier, lendemain des rois; la seconde, le samedi d'après la mi-carême; la troisième, le premier juin; la quatrième, le trois novembre, jour de Saint-Marcel, outre l'ancienne foire ordinaire qui se lient dans la dite paroisse le jour de la Saint-Fiacre". L'arrêt d'enregistrement porte enfin que les lettres patentes portant érection du comté de Veuil-Argenson seront exécutées selon leur forme et teneur, à la charge que pour ledit titre et dignité de comte, ledit impétrant, ses hoirs successeurs, tant mâles que femelles et ayants cause, sires et propriétaires dudit comté ne pourront rendre hommage qu'au seigneur Roi sans préjudice néanmoins les droits et devoirs de la mouvance desdites terres, fiefs et seigneuries par rapport aux sieurs dont elles ont bien duement relevé jusqu'à présent.

Le château fut bâti comme il a été dit précédemment par la famille Hurault dont une branche portait le titre de comte du Marais; il avait la forme d'un parallélogramme, flanqué de quatre tours rondes, et accompagné de vastes bâtiments de service, les uns au levant, les autres au couchant. Il se composait de trois corps de logis et d'une chapelle et était entouré de fossés en douves sèches. L'entrée principale est au couchant par un pavillon-donjon portant poul-lcvis et poterne, et flanqué de deux galeries terminées par des tours rondes a toits élancés. Au midi, le corps de logis principal dominait la vallée et le bourg de Veuil, il avait à sa base des jardins et parterres, et contenait cuisines et caves en sous-sol, salons divers au rez-de-chaussée, et chambres à coucher au premier étage; le corps de bâtiment était terminé à l'est par une tour ronde semblable aux deux autres. Du côté du nord, une galerie au premier étage, se reliant à celle de la façade du donjon, conduisait à une chapelle située au levant, et a une tour ronde à l'angle nord-est, complétant ainsi la symétrie de ce château remarquable. Au rez-de-chaussée de la cour intérieure, régnait sur les façades du couchant el du nord, une galerie voûtée, ouverte en arcades en plein-cintre, qui reliait entre eux les trois corps de logis du château. Toute la construction était en forte maçonnerie revêtue a l'extérieur de pierres de taille du pays (Luçay ou Villentroys); de vastes caves voûtées régnaient sous les principaux bâtiments, et l'on voit encore dans la tour du sud-ouest, deux étages de caveaux superposés. Celte tour est en grosse maçonnerie, principalement composée de cailloux, sans revêtement de pierres de taille; elle doit être plus ancienne que le reste du château. Des mâchicoulis saillant au-dessous de la toiture des quatre tours, leur formaient une élégante couronne, la coupe en était plutôt gracieuse que sévère et dans de bonnes et justes proportions. L'architecture de la cour intérieure était surtout remarquable par la recherche des ornements.

Nous avons parlé des galeries de la cour d'honneur. Les voûtes de ces galeries, les piliers des arcades, les nervures, les clés et les tombées des voûtes étaient ornés des arabesques les plus délicats et des feuillages les mieux sculptés; on voyait aux intersections des cintres, des figures en ronde bosse d'une belle exécution, et l'on trouvait fréquemment dans les ornements sculptés, les faces de soleil de la famille Hurault. L'entablement était richement orné de coquilles alternant avec des pendentifs terminés par une touffe de feuillage; enfin les archivoltes des portes extérieures étaient sculptées avec beaucoup de recherche, et toute cette ornementation faisait du château de Veuil, un modèle d'élégance et de goût. Tel était cet antique manoir lorsque le vandalisme révolutionnaire de 1792 lui porta le coup le plus funeste. Après avoir effacé les armoiries placées au-dessus de la porte du donjon, les démolisseurs, aussi ignorants que fanatiques, mutilèrent et effacèrent à coups de marteau, tous les ornements des arcades, des voûtes et des portes, de manière à en rendre la restauration impossible. En 1806 et en 1807, les intendants de M. le prince de Talleyrand, commencèrent la démolition par le corps du logis principal, ils rasèrent aussi la chapelle et deux tours, en découvrirent une troisième qui offre l'aspect d'une ruine; les autres bâtiments furent conservés pour loger un garde ou un fermier. Un bois situé nu levant du château et percé d'allées symétriques disposées et correspondant à des centres communs en forme d'étoiles, formait un parc ou promenoir. Ce bois appelé la garenne de Veuil, maintenant séparé par le chemin vicinal de Valençay, était attenant aux pelouses extérieures du château, et de belles allées d'ormes indiquaient à tout venant, un manoir seigneurial. Ces allées ont disparu: on ne trouve plus autour du château que des champs cultivés, dans lesquels il ne reste aucune trace de leur emplacement.

La seigneurie de Veuil, nommée anciennement Woill, Vuel, de Woill, avait donné son nom a une ancienne famille à laquelle appartenaient Grossin et Hugues, frères vivant en 1180. Puis elle était entrée dans la famille de Villentroys, et l'on voit Geoffroy de Villentroys, fils puîné de Foulques, cinquième du nom, seigneur de Villentroys, qualifié seigneur de Veuil en 1235 ou 1277. En 1318, Jean Leron, chevalier, (ce nom est un peu douteux), était du chef de sa femme, seigneur de la maison forte de Veuil et en cette qualité relevait du seigneur de Villentroys. A la même époque, Perrin du Mesnil, écuyer, possédait une partie de la terre de Veuil et la moitié du péage dudit lieu, justice, voirie, etc.; ainsi, dès 1348 Veuil était divisé. En 1453, on trouve Jean du Mesnil, seigneur de Veuil et du Mesnil, qui vendit cette terre à Louis de Mas-Raffin, seigneur de Nolz, en 1476. En l'an 1500, Jacques Hurault, comte du Marais, achète la terre de Veuil de Louis de Mas-Raffin. Celle famille la possède pendant plus d'un siècle, puis en 1591, le mariage d'Elisabeth Hurault, avec Pierre de Voyer, seigneur d'Argenson, amène la division de la terre et seigneurie de Veuil quoique avec une seule et même résidence. Après l'année 1702, mais à une date inconnue, M. de Voyer, comte d'Argenson, devient seul propriétaire de Veuil. M. de Voyer d'Argenson, comte de Veuil, vend le comté et toutes ses appartenances et dépendances, à messire Jean Paris de Montmartel, marquis de Brunoy; cette terre fut possédée ensuite par M. Micault de Courbéton, comme héritier de M. Montmartel, et M. de Courbéton la vend en 1787 à M. Legendre de Luçay, propriétaire et seigneur de Valençay. On ne trouve dans les archives de la commune aucune traces du séjour à Veuil de MM. de Montmartel et de Courbéton, et les habitants n'en ont conservé aucun souvenir, d'où on peut conclure qu'ils n'ont point résidé à Veuil, tandis que le souvenir de M. Voyer d'Argenson existait encore chez quelques vieillards au début du XIXe siècle. La terre de Veuil fut vendue en 1803 par M. de Luçay, fils de M. Legendre de Villemorien et par le même acte que la terre de Valençay à messire Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, prince de Talleyrand. Elle appartenait à la fin du XIXe siècle a M. Napoléon-Louis de Talleyrand-Périgord, duc de Valençay, petit-neveu et héritier du prince de Talleyrand. (1)

Éléments protégés MH: le château de Veuil en totalité : inscription par arrêté du 14 mars 1927. (2)

château de Veuil 36600 Veuil, tél 02 54 40 38 14, ouvert au public toute l'année et sur rendez-vous pour la location de salle de réceptions.

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(1)      Notice historique sur le bourg et le château de Veuil par F. H. de La Tour du Breuil. Éditeur Nuret - Châteauroux (1871)
(2
        source :  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/)        

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