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A l'est de Clos-Lucé, au pied du coteau
d'Amboise, sur la rive droite de l'Amasse, se dresse dans un milieu des plus
pittoresques la très intéressante demeure de Château-Gaillard. Au Moyen Âge,
il y avait en ce lieu une maison noble qui, à l'instar de tant d'autres,
doit sa désignation au nom d'un gentilhomme, d'ailleurs assez commun en
Touraine. Les agréments du site attirèrent les regards de Charles VIII. En
cet endroit abrité par la colline contre le vent du nord et caressé des
chauds rayons du soleil du midi, le roi résolut de créer un verger avec des
jardins potagers qui manquaient au palais royal installé sur un plateau
aride. Il confia ce soin à Pacello de Marcogliano, qu'il avait ramené lors
de l'expédition de Naples. De riants bosquets et des serres remplies de
plantes rares agrémentèrent ce domaine, où la tradition rapporte que, pour
la première fois en France, l'on planta l'oranger sur les bords de la Loire.
À la mort de Charles VIII, le roi Louis XII, attiré vers Blois, emmena avec
lui Pacello, auquel il fit don de ce fief, au mois de mai 1505, "à la charge
de trente sols de rente et autres charges". La partie de l'est se rapporte
au règne de Louis XII, dont le porc-épic paraissait jadis dans le pignon
oriental, tandis que la façade montrait les armes de France. À l'intérieur,
on remarquait les armes de France entourées des lettres L et A, initiales de
Louis XII et d'Anne de Bretagne.
René, dit le grand bâtard de Savoie; frère consanguin de Louise de Savoie,
comme fils de Philippe II duc de Savoie qui le reconnut et lui donna le
comté de Villars , désirait se rapprocher de sa soeur qui résidait
fréquemment au château d'Amboise. Il s'en ouvrit à Pacello, qui lui vendit
son domaine, en 1510, et la vente fut ratifiée par lettres royales. René de
Savoie, trouvant le logis trop modeste, le fit prolonger du côté de l'ouest.
En cela il ne pouvait que complaire à Anne de Lascaris, fille de
Jean-Antoine de Lascaris, comte de Tende, et veuve de Louis de
Clermont-Lodève, qu'il avait épousée en 1498. L'escalier, à palier droit et
en spirale avait sa principale porte d'entrée derrière la maison. La porte
est ornée d'une délicate frise d'arabesques, au milieu desquelles le
souvenir des nobles seigneurs se perpétue dans leurs armoiries. Le blason,
entouré du collier de l'ordre de Saint-Michel, est: écartelé au 1 et 4
d'argent à la croix de gueules, qui est de Savoie, avec la barre de
bâtardise, au 2 et 3 contr'écartelé: au 1 et 4 de gueules l'aigle éployée
qui est de Lascaris; au 2 et 3 de gueules au chef d'or, qui est de Tende. Le
roi de France n'avait pas été oublié, et la salamandre de François Ier fut
sculptée dans le pignon de l'ouest.
René de Savoie, après avoir fait vaillamment son devoir à la bataille de
Marignan et de la Bicoque, fut blessé à Pavie et mourut des suites de sa
blessure. Ses enfants, le second obtint, en 1571, la dignité de maréchal et
d'amiral de France, vendirent le domaine à Pierre de Bray, grenetier au
grenier à sel; la veuve de ce dernier, Isabelle Chantelou, le revendit, le 6
décembre 1559, pour le prix de 1800 livres. L'acquéreur était le cardinal
Charles de Lorraine, fils de Claude, premier duc de Guise, et d'Antoinette
de Bourbon. Le cardinal, dont les brillantes qualités exercèrent à cette
époque une influence sérieuse sur les affaires du pays, se sentit attiré sur
les rives de la Loire par sa nièce. Marie Stuart, fille de Marie de Lorraine
et de Jacques V d'Écosse; c'est d'elle qu'il s'agit, venait d'épouser le
jeune François, fils aîné de Henri II. Les deux époux, radieux dans leurs
quatorze printemps avaient fait leur entrée solennelle à Amboise, le 30
novembre 1559. Le reflet de l'éclat de la cour et des faveurs royales
s'était déplacé et se reportait de plus en plus de Clos-Lucé, descendu dans
l'ombre, sur Château-Gaillard arrivé à son apogée. Le cardinal de Lorraine
agrandit son domaine par l'acquisition de plusieurs pièces de terre, de prés
et de vignes, formant une contenance d'environ 19 arpents. Il embellit
l'intérieur de sa maison en faisant appel aux artistes dont il aimait à
s'entourer; mais ce renouveau devait être de courte durée, comme l'union du
roi et de la reine.
François II étant mort en décembre 1560 et Marie Stuart, de si douce
mémoire, avait dit "adieu à la France", le cardinal vendit Château-Gaillard,
le 12 novembre 1566, moyennant 1000 écus d'or à René Villequier. On sait
comment ce gentilhomme, chevalier des ordres du roi, capitaine de cent
hommes d'armes et depuis favori de Henri III, tua son épouse Françoise de la
Marck, dans un accès de jalousie, et en 1577, épousa Louise de Savonnières.
À leur tour, ses héritiers vendirent cette terre, en 1614, pour 3000 livres
à Thomas le Large, seigneur de Villefrault. Château-Gaillard fut possédé
plus tard par la famille Rouer; puis à la suite de la Révolution, par MM.
François Filledier, François Loyau en l'an VII, Fonteneau (1876) Lecomte
(1878) et Guibel (1882). Des restaurations et des remaniements furent opérés
alors dans la construction, ainsi que l'indique au pignon oriental
l'inscription Anno 1882. En 1885, il est la propriété de M. Croupier, lequel
apprécie toute la valeur des souvenirs historiques attachés à
Château-Gaillard, et tient à coeur de lui conserver la physionomie que le
XVIe siècle a marquée sur le manoir et sur le site privilégié qui lui sert
de cadre.
L'édifice paraît avoir été très restauré. Sans doute la date de 1882
figurant au sommet du pignon, signe-t-elle cette campagne de travaux. Le
corps de logis s'élève sur trois niveaux. Une tourelle d'escalier est
visible à l'un des angles de la façade arrière, mais nous ne connaissons pas
sa relation avec l'édifice. Notre commentaire se limitera à la seule façade
orientale et principale que nous avons pu observer. Implanté à flanc de
coteau, l'édifice présente son mur gouttereau est face au jardin, qui se
déploie en contrebas. Tandis que les façades secondaires sont construites en
moellon enduit, celle-ci montre un moyen appareil de tuffeau. Sur la
terrasse dominant le jardin, neuf baies et deux portes ouvrent cette façade
régulièrement rythmée et parfaitement ordonnancée en quatre travées. La
partie inférieure du mur est séparée des baies du rez-de-chaussée par un
appui filant. Celles-ci, à double croisillons, aux angles supérieurs très
légèrement arrondis et dont l'encadrement présente un simple quart-de-rond,
sont encadrées de pilastres doriques au fût lisse montant depuis le pied de
la façade, de part et d'autre de l'allège, et se prolongeant au-dessus du
linteau des fenêtres, jusqu'à la corniche sommitale. Les pilastres
supportent un délicat cordon mouluré, qui est lui-même surmonté d'un second
cordon, identique au premier, constituant l'appui filant des baies du
premier étage. Ces baies sont en tout point similaires à celles du
rez-de-chaussée. L'espace compris entre les deux cordons constitue une
frise, sobre, ponctuée d'écus aux armes de Savoie (et pour certain bûchés)
situés à l'aplomb des meneaux qui sont par ailleurs surmontés d'agrafes. Les
deux portes ouvrent au-dessus d'un perron de trois marches, entre les
travées 1-2 et 3-4. Elles sont également encadrées de pilastres doriques qui
supportent un épais linteau simulant un entablement. Il est orné de délicats
rinceaux.
Au premier étage, à l'aplomb de l'une des portes (travée 1-2), prend place
une petite baie encadrée de pilastres et surmontée d'un entablement à
rinceaux et d'une coquille ; mais cette baie semble réinsérée
postérieurement dans la maçonnerie. Le toit est percé de quatre lucarnes à
frontons curvilignes ornées, selon le modèle des baies inférieures, de
pilastres et d'agrafe. La corniche qui souligne la base du toit est très
sophistiquée, mêlant, sur trois registres, des motifs de coquilles, de
cordes et de fleurons. Dans cette façade, le style renaissant est clairement
lisible et l'égalité des travées ne trahit pas la distribution intérieure.
Nous n'avons pas retrouvé le coup de sabre que l'abbé Bosseboeuf dit avoir
observé au niveau de la corniche. Par ailleurs, la parenté de ce corps de
logis avec l'hôtel Joyeuse qu'évoque l'abbé Bosseboeuf ne nous semble pas
vraiment convaincante. La recherche qui présida à l'élaboration de la façade
de Château-Gaillard reste son ordonnance, sa régularité et son harmonie, ce
qui n'existe pas à l'hôtel Joyeuse. Les points de comparaisons avec l'hôtel
Joyeuse tiennent essentiellement dans le matériau de construction, le
tuffeau, qui est local. (1)
Éléments protégés MH : la chapelle et les jardins situés devant le château :
inscription par arrêté du 1er octobre 1963.
château Gaillard, allée du Pont-Moulin, 37400 Amboise, lieu-dit
Saint-Denis-Hors, ouvert au public du 14 juin au 18 septembre, du mardi au
dimanche, de 13h à 19h.
Ce site recense tous les châteaux de France, si vous possédez des documents
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constatez une erreur, contactez nous. Nous remercions chaleureusement Mlle
Laurie-Anne Delas pour les photos qu'elle nous a adressées afin d'illustrer
cette page.
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jour dans ce département. |
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