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En l’année 1060, à la tête de cette petite mouvance
de Champigny, apparaît un chevalier du nom de Bernier qui possède de vastes
domaines. Sachant allier aux goûts militaires l’amour de la religion et le
culte des sentiments généreux, il fit plusieurs donations pieuses, entre
autres à l’abbaye des bénédictins de Noyers située sur la rive droite de la
Vienne. De son épouse Marguerite, il eut cinq enfants: trois garçons,
Philippe, Maurice et Aimeri, et deux filles, Marie et Ascéline. Bernier de
Champigny vécut jusqu’à un âge avancé, car nous le voyons, au début du XIIe
siècle, assistant ou prenant part à plusieurs fondations. La châtellenie
relevait de Loudun et rendait foi et hommage aux membres de la redoutable
famille des Foulques. Le comte d'Anjou et de Touraine était à ce moment
Foulques Réchin, à qui son père avait passé ce lourd gantelet dont il
souffleta tant de fois les seigneurs de ces deux provinces. Quoi qu'il en
soit, ses rapports avec Bernier étaient excellents: au bas de nombre d’actes
laissés par Foulques, on voit la signature du chevalier de Champigny. Une
partie des domaines de Bernier relevait encore d’un suzerain moins élevé que
Foulques, mais pourtant fort considérable, je veux parler de Gosselin ou
Josselin de Blo, qui demeura d'abord à Ghinon, puis à Champigny, dont il
était devenu seigneur, dominus, par son mariage avec une des filles de
Bernier. Entre autres enfants, il eut une fille, Euphémie, qui épousa
Gaultier fils de Giroir de Loudun, et Robert dont il va être question.
Robert de Blo devint châtelain de Champigny et épousa Hersen, veuve de
Peloquin fils d’Archambault, seigneur de l'Ile-Bouchard, qui lui apporta en
mariage une dot considérable avec un fils qu’elle avait eu de son premier
époux: cet enfant s’appelait Peloquin comme son père. Vers 1090 surgit une
querelle entre Foulques et Barthélemy de l’Ile-Bouchard, frère de Peloquin.
Robert de Blo, fidèle gardien des intérêts de son beau-fils en même temps
que des devoirs qui le rattachent à Foulques, prit parti pour le comte de
Touraine qui lui confia la garde de la forteresse de Champigny. Malgré tous
ses efforts, il ne put tenir contre les troupes de Barthélemy: le château
fut pris et brûlé.
Plusieurs des défenseurs et compagnons de Robert furent faits prisonniers,
entre autres son neveu Garnier Maingoth, fils de Renaud Maingoth. Ce dernier
fut enfermé dans une cellule et placé sous la surveillance de Payen, homme
d'armes de Barthélemy. Cette captivité humiliante l’irrita si fort qu'une
fois mis en liberté, il résolut de se venger de Payen. Sa fierté de
caractère était trop connue pour que son ancien geôlier ne songe pas à
l'adoucir par tous les moyens. Il y parvint par l'intermédiaire des
religieux de Noyers qui possédaient quelques bénéfices à Champigny. Garnier
consentit à la réconciliation, à la condition que Payen, son père et ses
frères feraient un don à l’abbaye. La condition fut acceptée et, à quelque
temps de là, Payen donna aux religieux, dans son domaine de Saint-Patrice,
un labourage à deux bœufs. Robert de Blo apparaît comme témoin dans cette
donation. Les possessions de Robert étaient fort étendues, aussi
jouissait-il d’une grande influence. Il est appelé à donner son consentement
aux dons et legs faits par des seigneurs de la contrée, comme Philippe,
Geoffroy et Cadilon, bienfaiteurs du couvent de Noyers. Lui-même fit au
monastère plusieurs donations dont la plus importante est celle des revenus
de l'église de Champigny, de son four et de son moulin: c'etait en 1098. A
cette époque Robert avait perdu son épouse Hersen ou Hersende. Le châtelain
de Champigny se remaria dans les premières années du XII siècle. Sa seconde
femme se nommait Marquisie ou Marchise. A l’occasion de la cession qu'il fit
aux religieux de Noyers, "de toutes les coutumes de la terre de Champigny",
nous lui voyons deux fils, Josselin et Robert.
Les fils du seigneur de Champigny héritèrent de l'esprit chevaleresque et
chrétien dont leur père avait montré l'exemple. A plusieurs reprises,
Josselin et Robert II donnent leur consentement à certains legs faits à
l'abbaye de Noyers, ou lui cèdent eux-mêmes différents droits, spécialement
en faveur de la chapelle Saint-Gilles des Coûts. Robert II était seigneur de
Champigny lorsque Henri II, roi d'Angleterre, par suite du traité de 1156,
devint maître de l'ouest de la France. Ce jour-là l'âme des de Blo, qui
n'avaient jamais manqué de fidélité aux Foulques et aux Plantagenet,
ressentit une douleur profonde en voyant ce beau pays passer sous la
domination étrangère. Henri II vint à Chinon pour gagner à sa cause les
principaux chevaliers de Touraine. Il y établit sa sa cour et y résida assez
longtemps. Mais c'est en vain que par des promesses ou des menaces, il tente
de s'attacher le loyal châtelain de Champigny. Robert n'hésite pas à lui
refuser obéissance pour prendre le parti de Louis VII, qu'il reconnaît pour
son seigneur et roi. Le futur meurtrier de Thomas Becket, irrité de cette
opposition inattendue, marche avec ses troupes sur Champigny que Robert
avait eu soin de munir de travaux et de défenseurs, en y appelant plusieurs
seigneurs des environs. L'attaque est vigoureuse; la défense ne l'est pas
moins. Enfin, il faut céder devant le nombre: le château est emporté
d'assaut. Dans cette lutte patriotique, plusieurs gentilshommes perdirent la
vie, et d'autres la liberté: au nombre de ces derniers, il faut compter
Baudouin de Brizay, Ory et Aimeri de Blo, proches parents de Robert. À sa
mort, Robert II de Blo laissa deux fils: ce sont Josselin et Josduin, qui se
montrèrent fidèles aux nobles traditions de leurs ancêtres.
Avec ces nouveaux seigneurs, nous franchissons le seuil du XIIIe siècle,
l'âge d'or des lettres, des sciences et des arts au moyen âge. Josselin
épousa Hersinde. De cette union naquit un fils appelé Aimeri. A la piété
Josselin sut unir, lui aussi, la valeur militaire, Philippe-Auguste
s'efforce de tenir tête aux Anglais, qui veulent morceler son royaume. Se
souvenant à quel degré le courage et le patriotisme sont héréditaires dans
la famille des de Bio, il choisit comme chevalier banneret Josselin, en
compagnie d'Hugues de Beauçay. Noblesse oblige, Josselin ne laissera pas
faiblir le bras qui doit porter la bannière contre l'étranger. À Bouvines en
particulier (1214), il réalisa des prodiges de bravoure. A quelque dix ans
de là Josselin mourut, laissant pour héritier et successeur son fils Aimeri,
qui comparait avec les seigneurs de la contrée au ban convoqué à Chinon en
1242. Aimeri donna une preuve de fidélité à son roi, lorsque Louis IX vint à
Chinon et à Loudun pour réprimer les agissements des barons révoltés. Sans
hésiter un instant, il répondit à l'appel du souverain. Il avait une fille
nommée Emma qui épousa vers 1260 un gentilhomme d'une illustre famille du
Loudunois, Guy de Beauçay, auquel elle porta en mariage la seigneurie de
Champigny. Sa bravoure éclata dans la conquête du royaume de Sicile, où il
accompagna Charles d'Anjou. Son frère, Hugues de Beançay IV, dit le Grand,
aussi seigneur de Champigny, ne fut ni moins pieux ni moins courageux.
Lorsque saint Louis partit pour la seconde croisade, en 1269, l'un et
l'autre s'empressèrent de l'accompagner. Ces deux braves, à l'instar du roi,
ne revirent pas le sol de la patrie. Hugues avait épousé Alix de Châtillon.
Il eut douze enfants, dont les plus connus sont Marie, femme de Jean de
Vendôme, Jeanne, mariée à Herdouin de Maillé et Hugues V.
La seigneurie de Champigny passa aux mains de Hugues V, qui épousa en
premières noces Almarine de l’Ile-Bouchard puis en secondes noces, Enodarde.
De ce dernier mariage naquit une fille appelée Jeanne, qui réunit sur sa
tête la châtellenie de Champigny avec celle de Beauçay près de Loudun et
celle de la Rajace, située à quelque distance sur le territoire de Ligré.
Mariée à Geoffroy de Beaumont, chambellan de Philippe de Valois, Jeanne de
Beauçay perdit son époux en 1360, et vit bientôt sa main sollicitée par
Charles d'Artois, petit-fils de Robert d'Artois, frère de saint Louis. Louis
de France, fils du roi Jean, profita de certains embarras pour arriver à la
possession de la seigneurie de Champigny. Quelle douleur que celle de
Charles et de Jeanne expulsés de leur demeure. Charles meurt de chagrin en
1385, et son épouse va ensevelir son deuil dans le château de la Rajace, où
elle rendit son âme le lundi de Pâques 1402. Il y avait bien quelque honneur
pour notre châtellenie à appartenir à des princes de la maison de France et
en particulier à Louis II d'Anjou qui, à ses divers titres de comte et de
baron, joignait ceux du roi de Naples, de Sicile, d'Aragon et de Jérusalem.
Mais le château et la ville ne pouvaient que souffrir de leur éloignement.
Les ducs d'Anjou, d'ailleurs, ne gardèrent pas longtemps la terre de
Champigny. La nécessité de se procurer des sommes considérables pour
soutenir ses entreprises en Sicile, força Louis II d'Anjou à l’engager à
Pierre de Beauvau, un des seigneurs les plus riches de son duché, pour
15,000 livres. Il en fit ensuite le transfert viager à charge de rachat.
Enfin, du consentement de son fils aîné, Louis III d'Aragon, roi de Naples,
il la vendit à ce même gentilhomme. Le prix du contrat passé en 1384 fut de
17,000 ducats d’or, 600 livres de rente et 400 écus.
Pierre, qui était déjà seigneur de Beauvau et de la Roche-sur-Yon, avait uni
son existence à Jeanne de Craon. Il légua ses propriétés à son fils Louis,
sénéchal d'Anjou et de Provence, chambellan de René 1er, roi de Sicile.
Marié à Marguerite de Chambly, Louis en eut Isabelle de Beauvau. Durant la
guerre contre les Anglais, les de Beauvau firent noblement leur devoir. Ils
étaient grandement appréciés du roi, qui avait choisi Pierre pour son
chambellan. On les trouve en particulier près de la personne de Charles VII,
pendant le long séjour qu'il fit à Chinon avant de céder aux salutaires
encouragements de l'héroïne de Domrémy. Louis était honoré de l'amitié des
princes et gentilshommes de la cour, entre autres du duc d'Alençon, des
comtes de Vendôme, d'Harcourt et de Richemont. A sa mort, arrivée en 1472,
il légua Champigny à sa fille Isabelle. Environ vingt ans avant la mort de
son père, Isabelle de Beauvau avait épousé, à Angers, Jean de Bourbon, comte
de Vendôme. Selon les termes mêmes du contrat, il ne reçut Champigny
qu'après le décès de son beau-père. De ce coté encore, notre domaine ne
faisait que rentrer dans la noble lignée de saint Louis. Si en effet Charles
d'Artois était petit-fils de Robert d'Artois, frère de Louis IX, Jean de
Bourbon était à son tour arrière-petit-fils de Jacques de Bourbon, lui-même
descendant de saint Louis. Huit enfants naquirent de celte union, savoir six
filles et deux garçons. Ce sont: Renée et Isabelle, qui furent abbesses de
la Trinité de Caen, Catherine femme de Gilbert de Chabannes, Charlotte qui
épousa Engilbert de Clèves, comte de Nevers, et Jeanne qui fut mariée
successivement à Jean II, duc de Bourbon, à Jean de la Tour, comte d'Anvergne,
et au baron de la Garde. Des fils, l'aîné, François, hérita du comté de
Vendôme, et le second, Louis, reçut la seigneurie de Champigny.
Après leur mort arrivée entre les années 1474 et 1477, Jean et son épouse
furent inhumés dans l'église Saint-Georges de Vendôme. La châtellenie échut
à Louis I de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon. C'était un gentilhomme
accompli pour la bravoure non moins que pour la distinction. Il suivit le
roi Charles VIII en Italie et se montra toujours au premier rang de cette
noblesse belliqueuse, jalouse d’imiter les hauts faits des anciens preux.
Lorsque le souverain eut regagné la France, Louis s'attacha à la fortune de
Gilbert de Bourbon, comte de Montpensier, auquel Charles VIII laissa la
direction de la campagne avec le titre de vice-roi de Naples. Heureusement
il n'eut pas le triste sort de Gilbert et put rentrer dans sa patrie. A son
retour, il épousa en 1504, à Moulins, Louise de Bourbon-Montpensier, fille
de ce même Gilbert de Bourbon, et de Claire de Gonzague. La résidence de
Champigny, avec ses riants coteaux, avec sa belle vallée remplie de verdure
et d’un calme profond, plaisait singulièrement à Louis de Bourbon et à sa
femme; aussi en firent-ils leur séjour habituel. Cet attachement porta Louis
à renouveler et à embellir la terre de prédilection qu'il s'était choisie
pour s'y reposer, dans la pratique du bien, des fatigues et des déceptions
d’une campagne malheureuse. Dès le milieu du XVe siècle, il existait dans la
châtellenie une chapelle avec une sorte de petit chapitre fondé par les
soins des seigneurs de Champigny. La modicité des revenus répondait au petit
nombre des chapelains. Louis de Bourbon accrut les biens et revenus déjà
constitués et établit une collégiale composée de neuf membres. Afin de
revêtir ce chapitre de la canonicité requise, Louis adressa une supplique au
pape Alexandre VI qui, par sa bulle du 10 janvier 1499, en confirma la
fondation sous le titre de "Saint-Louis", et donna an doyen le droit de
porter la soutane violette, la mitre, la crosse, l'anneau et la croix
pastorale, et de conférer la tonsure à douze clercs. Cependant le vieux
castel des de Blo paraissait à Louis de Bourbon insuffisant, non moins que
la chapelle attenante au château. Plein des souvenirs de ses voyages, il se
mit à l'œuvre. Le château qu'il fit bâtir était fort vaste et très beau:
chacune des ailes était décorée de pavillons majestueux qu'encadrait une
double cour et que baignaient les ondes limpides de la Veude. Louis laissa
sans doute subsister une partie de l'antique forteresse, puisqu'une pièce
parle du château "tant viel que nouvellement faict". M. de Montpensier nous
dit dans ses Mémoires que c'était une demeure vraiment "royale".
Il ne reste à cette heure que les bâtiments de service qui, transformés avec
goût, sont devenus le château actuel de Champigny. Ce sont trois corps de
logis en équerre entourant l'ancienne basse cour. Celui du centre présente
deux étages avec, en son milieu, un pavillon surélevé et en saillie et à
chaque extrémité, deux tours d'angle circulaires couvertes d'un toit en
coupole, surmonté d'un lanternon. La chapelle fut achevée en 1540. J.
Guillaume date le porche de 1549 date inscrite à l'intérieur du porche et
non de 1570, il serait donc contemporain des bâtiments subsistants de
l'avant-cour (datés de 1545 par une clef de voûte des écuries). Les vitraux
de la chapelle sont un témoignage exceptionnel de l'art du vitrail du XVIe
siècle. Quel ravissant panorama que ces onze verrières, qui n'ont pas moins
de 3,50 mètres de largeur et de 7 mètres de hauteur. Un trait commun à
toutes les fenêtres, c'est qu'elles sont divisées dans le sens de la hauteur
par des meneaux, tantôt trois tantôt deux, avec nervures prismatiques. Les
compartiments formés par ces meneaux se terminent par une arcade surélevée
en forme de talon et sont surmontés de panneaux ovales, sur lesquels
viennent se poser à leur tour de petits médaillons qui remplissent le sommet
de la fenêtre. Chaque verrière est ainsi divisée en quatre compartiments
bien distincts. Les panneaux placés au-dessous sont occupés par des scènes
de la vie, de la passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, depuis l'agonie
jusqu'à l'ascension, et même jusqu’à la descente du Saint-Esprit, qui se
trouve dans la onzième fenêtre; la fenêtre centrale fait seule exception et
représente à cet endroit la création du monde. Les grands panneaux se
divisent à leur tour en deux parties. La partie supérieure et principale
renferme un événement mémorable de la vie de saint Louis, patron de la
collégiale; la partie inférieure forme une sorte de galerie où apparaissent
les portraits des principaux membres de la famille de Bourbon. Les princes
et princesses sont à genoux sur un prie-Dieu surmonté d'un livre ouvert et
portant leur blason respectif. Les uns et les autres ont la tête ceinte
d’une couronne. Les seigneurs ont le manteau bleu doublé d'hermine
par-dessus le vêtement brodé d'or: à partir de Louis de Bourbon, comte de
Vendôme, ils ont, au bras gauche, un insigne formé d'une sorte de rose rouge
enchâssant une pierre précieuse. Le costume des femmes ne le cède en rien
pour la richesse et la beauté. Si les personnages bibliques sont
remarquables par la finesse de l'exécution, si les portraits sont comme un
musée étincelant, à leur tour et plus encore, les grandes scènes de
l'histoire de saint Louis transportent l'imagination autant qu'elles
captivent les yeux. (1)
Éléments protégés MH : la chapelle : classement par arrêté du 19 janvier
1911. Les anciens communs du château, ainsi que les abords de cet édifice :
classement par arrêté du 17 septembre 1945. (2)
château
de Champigny sur Veude 37120 Champigny-sur-Veude, propriété privée, ne se
visite pas.
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d'Indre-et-Loire" tous les châteaux répertoriés à ce
jour dans ce département. |
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