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Ce fief, situé dans la paroisse de Ligré, avait
haute, moyenne et basse justices; il relevait du château de Chinon à foi et
hommage simple et à un marbotin d'or, équivalent à une maille d’or, à muance
d'homme. Les titres inventoriés ci-dessous concernent également plusieurs
terres situées aux environs de Sassay, qui furent parfois entre les mains
des mêmes seigneurs. Quelques renseignements sur ces fiefs ne paraissent
donc pas inutiles. Le fief du Rouillis, paroisse de Ligré, avait, comme
celui de Sassay, haute, moyenne et basse justices; comme lui, il relevait du
château de Chinon à foi et hommage simple et à une maille d’or à muance
d'homme. La dîme et la dimerie du Rouillis, consistant tant en grande que
petite dîme, était composée de quatre cantons dénommés d’Aime, de Beauvais,
des Jouisses et de Sassay; elle joignait d'orient aux marais communs de la
paroisse de Ligré, du midi à la dîme de Saint-Mesme de Chinon, d’occident à
celle de la seigneurie de la Roche-Clermault, du nord à celle du prieuré des
Roches-Saint-Paul. Elle était sans fief ni juridiction et relevait à foi et
hommage lige, à droit de rachat et loyaux aides de la Motte-de-Baussay,
alias la Motte-Champdeniers, et primitivement de la terre de Beuxe, réunie
au marquisat de la Motte. En 1718, la dîme du Rouillis fut vendue et séparée
du fief de ce nom. Lefief de Basse-Chancelée s'étendait sur les terres de la
métairie du même nom, paroisse de Rivière et avait seulement le droit de
basse justice. Il relevait de Champigny, ou plutôt de la Rajace dépendant de
Champigny, à deux sous (alias, deux sous, six deniers) de redevance annuelle
et à une maille d’or à muance d'homme, évaluée à 50 sous. Ce fief fut
détaché de la terre de Sassay en 1710 et vendu à dame Anne de Lomeron, veuve
de Pierre de Bagnan, chevalier, seigneur de Haute-Chancolée. Le fief volant
du Raineau, étant sans maison, s'étendait sur sept arpents dans la paroisse
Saint-Jacques de Chinon; il avait le droit de basse justice et relevait du
fief de Sussay à foi et hommage simple. Le fief des Jouisses, paroisse de
Ligré, n'avait également que le droit de basse justice; il relevait de
Sassay, comme le précédent, mais à 7 sous, 6 deniers, de redevance annuelle
et autres droits féodaux. En 1703, Philippe de Mausson, écuyer, en était
seigneur.
Les premiers possesseurs de cette terre de Sassay appartenaient peut-être à
la famille du même nom, dont un des membres était en 1451 seigneur de
Sazilly, fief situé également non loin de Chinon. Cette famille semble du
reste être originaire de cette région, où elle a possédé de nombreuses
terres dans les paroisses de Trogues, de Rilly, de Saint-Epain et de
Saint-Louand près Chinon. Toutefois aucun document ne vient confirmer cette
supposition très vraisemblable. Quoi qu'il en soit, le premier seigneur
connu du Rouillis; il était: probablement aussi seigneur de Sassay, est
Raoul de Razillé, chevalier, seigneur de Razillé, du Rouillis, de Fouchans,
etc; il fit son testament le 7 juillet 1398, et mourut la même année au
Rouillis. Il avait épousé Philippe Godeschal, dont il eut un fils, Jean de
Razillé II, décédé le 4 décembre 1401 à Fouchans, sans laisser d'enfants de
sa femme Marguerite Maumoine, fille de Jean, seigneur de Beaumont-la-Ronce.
Sa veuve se remaria à Pierre de Sanglier, écuyer, seigneur de Bray, qui est
dit aussi seigneur du Rouillis, cette terre faisant probablement partie du
douaire de Marguerite Maumoine. Un cousin au quatrième degré de Jean I,
Louis de Razillé, fut mis par arrêt du Parlement en possession du château de
Razillé et des deux tiers de sa succession (4 août 1409). Il n'est pas dit
seigneur du Rouillis, probablement pour la raison qui vient d’être
rapportée. Mais après sa mort, arrivée en novembre 1414, son fils Jean VI,
qui fut chambellan de Charles VII, fit le 31 juillet 1414 un compromis au
sujet du rachat de la dîme du Rouillis prétendu par le seigneur de Baussay.
Le même, ou peut-être son fils aîné également nommé Jean, vendit en 1449 le
fief du Rouillis à Jean Bernard pour 400 écus d'or. Cette terre passa
ensuite aux mains de Jean Barbin, qui en était seigneur en 1460 et le vendit
en 1464 à Guillaume de Varie, conseiller du Roi et général des finances.
Ce dernier étant mort, sa veuve Charlotte de Bar épousa Pierre d'Oriole,
seigneur de Loiré en Aunis, qui fut chancelier de France de 1472 à 1483.
Celui-ci, en 1471 et 1482, donna procuration pour la foi et l'hommage de la
dîme du Rouillis, dont il jouissait du chef de sa femme. Pierre d’Oriole fut
également seigneur de Sassay, et il y a tout lieu de croire qu’il en fut de
même de Guillaume de Varie et peut-être des précédents possesseurs.
Charlotte de Bar, après le décès de son second mari, arrivé le 14 septembre
1485, continua à jouir de ces biens, qui, à sa mort, revinrent à la famille
de Varie. En 1494 en effet, Guillaume de Varie donne procuration pour
l'hommage de la dîme du Rouillis, et l'on trouve noble Guillaume de Varie,
écuyer, probablement le même, qualifié seigneur de l'Ile-Savary, du Rouillis
et'de Sassay en 1514 et 1527. Il était mort avant le 12 mars 1529, laissant
un fils. Ce dernier doit être Charles de Varie, qui, en 1531, étant panetier
ordinaire du Roi, seigneur de l’Île-Savary, de Sassay, du Rouillis et de
Basse-Chancelée en Touraine et de Feullarde en Berry, obtint de François 1er
des lettres pour faire dresser le terrier de ses seigneuries. En 1547, il
rend deux aveus au Roi, l'un pour Sassay, l'autre pour le Rouillis. En
décembre 1570, il possédait encore ces fiefs et honorables hommes sires
Guillaume Dreux et Pierre Ferrand, marchands à Chinon, étaient fermiers du
Rouillis et de Sassay. Il dut mourir peu après, car M. de Busserolle
indique, dès 1571, René de Varie comme seigneur de ces deux terres.
Celui-ci, le13 juin 1582, échangea Sassay, le Rouillis, la Basse-Chancelée
et le Raineau avec messire Jean de Beaufort, marquis de Canillac, qui
lui-même, le même jour, échangea de nouveau cette terre avec François de
Bourbon, duc de Montpensier, seigneur de Champigny. De ces échanges
multiples naquirent de longs procès.
On trouve toutefois le due de Montpensier qualifié seigneur du Rouillis et
de Sassay en 1587. Cette terre passa ensuite à son fils Henri et à la fille
unique de celui-ci, Marie de Bourbon, duchesse deMontpensier, qui était sous
la tutelle de François, cardinal et duc de Joyeuse. Ce dernier, en sa
qualité de tuteur, rendait, le 24 juin 1613, foi et hommage pour la dîme du
Rouillis à Jean-Louis de Rochechouart, seigneur de la Motte-de-Baussay. En
1626, la duchesse de Montpensier épousa Gaston, duc d'Orléans, et mourut
l’année suivante en lui laissant une fille, héritière de sa mère. Les procès
n'étaient pas encore terminés et la famille de Varie réclamait toujours la
terre de Sassay, quand en février 1635, le duc d'Orléans, comme tuteur de sa
fille, donna au cardinal de Richelieu les terres de Champigny, Sassay, etc,
en échange de Bois-le-Vicomte et Mitry. Sassay avec ses dépendances valait
alors, d’après les baux, de 1,600 à 1,700 livres de revenu. En vertu de cet
échange, on trouve le cardinal de Richelieu qualifié seigneur de Sassay. Ce
fief, à la mort du cardinal, passa à son neveu, Armand-Jean Vignerot du
Plessis, duc de Richelieu. Mais le 18 mai 1646, la famille de Varie finit
par avoir gain de cause et un arrêt du Parlement intervint en faveur de
demoiselle Gilberte de Varie, femme de Louis (ou Charles) de la Brosse,
écuyer, seigneur du Poirier, sœur et héritière de Philippe de Varie,
héritier lui-même de René de Varie. La famille de Varie n’était cependant
pas parvenue à entrer en possession de la terre de Sassay en 1650, et le
procès durait encore. Cependant, dès le 13 septembre 1647, Gilberte de Varie
et son mari avaient fait donation entre vifs à René de la Chastre, écuyer,
trésorier général de France à Bourges, des terres de Sassay, le Rouillis,
Basse-Chancelée et le Raineau; ils se réservaient toutefois la moitié de
l’usufruit.
René de la Chastre fit le 26 septembre 1655 hommage pour la dîme du Rouillis
relevant de la Motte-de-Baussay à François de Rochechouart, marquis de
Champdeniers, et donna son aveu le 14 octobre. L'année suivante, il rendit
hommage pour la terre de Sassay au duc de Richelieu, à cause du château de
Chinon. En 1666, il vivait encore, si l'on en croit l'intitulé des Assises
des fiefs de Sassay et du Rouillis tenues en cette année; il était
certainement mort avant la fin de l'année suivante et ses enfants
partageaient sa succession s’élevant au total à 201,550 livres. On voit par
cet acte qu'il avait épousé en secondes noces damoiselle Catherine Girard,
dont il avait eu quatre fils (Nicolas, René, François, Jean) et une fille,
Marie, qui sont les partageants. D'un premier mariage était issu un autre
fils nommé aussi René; il était décédé avant 1667, laissant veuve sa femme
Marguerite de Marreau, qui avait eu de lui des enfants encore en tutelle.
Les terres et seigneuries de Sassay, le Rouillis, la Basse-Chancelée et le
Raineau furent attribuées à Nicolas et François de la Chastre et sont
estimés 70,000 livres. Nicolas se chargea de faire valoir le tout. Ce
partage donna lieu à des difficultés, particulièrement entre Nicolas et
François de la Chastre. En 1670, la terre de Sassay est partagée: Nicolas de
la Chastre l'aîné reçoit le Rouillis et François Sassay et Basse-Chancelée.
Les procès recommencèrent cependant entre les deux frères, puis, le 7
juillet 1676, Nicolas vendit le Rouillis, pour 8,400 livres, à François, qui
se trouva ainsi en possession de toutes les terres qui avaient appartenu à
son père en Touraine. En 1685, François fit offre de foi et hommage pour la
Basse-Chancelée. Il épousa Marie Renazé, fille de Bernard Renazé, seigneur
de Lisle, conseiller du Roi, contrôleur et élu en l'élection de Chinon, et
était mort avant le mois de mai 1694. Le 5 mai 1694, Nicolas de la Chastre,
écuyer, seigneur de Sassay, son fils aîné, partage la succession, s’élevant
à 46,163 livres, avec Joseph de la Chastre, écuyer, seigneur du Rouillis,
son frère, et Marie de la Chastre, sa sœur.
En qualité d'aîné il avait droit, en vertu de la Coutume, au deux tiers des
biens, plus le principal manoir, c’est-à-dire le château de Sassay, avec son
chezé composé de trois arpents de terre autour du dit château. La
Basse-Chancelée et le Rouillis furent également attribués à Nicolas.
Celui-ci était encore jeune et on le voit qualifié en 1695 et 1696 de mineur
émancipé ayant comme curatour Jean Richard, procureur à Chinon. Il épousa
avant août 1704, Marguerite-Henriette de Villiers. Le 6 juillet 1708, il
rend aveu au duc de Richelieu et de Fronsac pour Sassay, le Rouillis et le
Raineau; il avait fait foi et hommage le 21 mai précédent. Le 10 juillet
1710, il rend sa foi et hommage pour la dîme du Rouillis à Nicolas de
Lamoignon, seigneur de la Motte-Champdeniers, intendant de Languedoc, et
donne son aveu le 15 novembre 1712. Nicolas de la Chastre parait avoir très
mal administré son bien; on trouvera à l'inventaire de nombreux actes de
vente passés par lui. On le voit notamment, le 25 mars 1712, vendre à Jean
Frapin père et fils la maison du Rouillis, à l'exception de la fuie, sur
laquelle restera assis et assigné le fief et justice du dit Rouillis, qu'il
se réserve. Il vend également la dîme du Rouillis, le 14 octobre 1713, à
Noël Pallu. Celui-ci déclare que cette acquisition est faite au profit de
son gendre Joseph Torterüe, conseiller du Roi au bailliage de Chinon,
déclaration jugée au bailliage de Loudun, le 20 juin 1714. C’est ce qui
résulte de l'acte de foi et hommage de Joseph Torterue fait par devant
François Curieux, sénéchal du marquisat de la Motte-Champdeniers, le 20 août
suivant. L'aveu rendu pour cette dîme par Joseph Torterue, seigneur de
Sailly, est du 28 mars 1719. Dès lors, la dîme du Rouillis cessa d'être
annexée au fief du même nom et elle fut possédée par la famille Torterue de
Sailly jusqu'à la Révolution.
Nicolas de la Chastre vivait encore en janvier et février 1716; il mourut
peu après laissant ses affaires très embrouillées. Etienne Damours, écuyer,
seigneur de Boisaujeu, conseiller au bailliage et siège présidial de
Bourges, fut, sous bénéfice d'inventaire, son seul et unique héritier, par
suite de la renonciation des autres. Il vendit, le 15 mars 1717, Sassay et
le Rouillis à François de Mondion, chevalier, seigneur de Mépieds, moyennant
9,000 livres destinées à désintéresser les créanciers de Nicolas. François
de Mondion posséda ce domaine jusqu'à sa mort; il paraît dans de nombreux
actes de 1731 et vivait probablement encore au commencement de 1732. Il
était décédé avant le 4 août 1732, laissant veuve sa femme Suzanne des
Roches, chargée de la garde-noble de ses enfants. Elle est encore qualifiée
dame de Sassay en 1753 et était morte en 1760. En cette année et l’année
suivante, son fils François de Mondion, alias François Adolphel est qualifié
seigneur de Sassay, le Rouillis et le Raineau. Il vendit cette terre le 26
janvier 1762 à messire Fortuné Bouin de Noiré, écuyer, prêtre, chanoine de
Saint-Mexme de Chinon, qui en prit possession le lendemain; la vente fut
faite pour 15,840 livres. L'abbé de Noiré laissa le château de Sassay à son
petit neveu Armand de Ruzé, comte, puis marquis d’Effiat, qui fut maire de
Chinon sous la Restauration. Le général Dujon, parent du marquis d’Effiat,
hérita de Sassay; cette terre fut ensuite vendue à M. de Pascal qui la céda
lui-même à la famille de Saint-Exupéry. Comme conséquence du droit de haute,
moyenne et basse justices que possédait là terre de Sassay, il y avait un
sénéchal chargé de l'administration de la justice. (1)
Le château de Sassay se compose d'un bâtiment d'habitation construit au XVIe
siècle sur la façade duquel fait saillie une tour polygonale d'escalier. Un
pavillon également du XVIe siècle, adjacent au pignon ouest du précédent,
est percé à son rez-de-chaussée d'un couloir d'accès à la cour, et est
accompagné, à ses angles nord-ouest et nord-est, de tourelles en
encorbellement. A l'ouest, un pavillon presque carré est construit de biais
par rapport aux façades des deux précédents édifices. Un long bâtiment
formant aile perpendiculaire à la façade sud du bâtiment principal, date du
XVIIe siècle et aboutit à une autre aile très courte, en retour d'équerre.
Un pigeonnier circulaire datant du XVIe siècle complète l'ensemble.
Éléments protégés MH : les façades et les toitures du château ; la fuye :
inscription par arrêté du 27 juin 1962 (2)
château
de Sassay 37500 Ligré, propriété privée, ne se visite pas.
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Crédit photos : Joël Thibault sous licence Creative
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