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Château de la Bourdaisière à Montlouis-sur-Loire
 
 

 Le château remonte, suivant les légendes qu'on a pu consulter, au commencement du XIVe siècle, et l'on doit surtout envisager sa première construction comme une citadelle du moyen âge. Des fossés, des bastions, des ponts-levis, des murs très élevés se prolongeant sur une grande étendue, sans autres ouvertures que des meurtrières, ne présentent rien d'attrayant à l'œil de l'observateur du dehors; mais il a été habité par des personnages qui se sont distingués sous les règnes du roi Jean, de Charles V, Charles VI, et plus tard, par une famille qui a dû à l'extrême faveur dont elle a joui sous le règne de François 1er, d'avoir transformé ce castel en un édifice dont la Renaissance était le type. On savait que Jean le Meingre de Boucicaut, premier du nom, avait été le seigneur de la Bourdaisière sans qu'on pût assigner l'époque précise de cette possession, lorsqu'on est parvenu à découvrir un cartulaire de l'archevêché de Tours, où il est écrit que Madame Florie de Linières, femme de Jean le Meingre de Boucicaut, maréchal de France, rendait après la mort de son mari, en qualité de tutrice de ses enfants, foi et hommage à l'archevêque pour le castel de la Bourdaisière et ses dépendances. Ce cartulaire n'est pas daté; mais le maréchal est mort à Dijon en 1372; et comme il avait été, en qualité de lieutenant général, gouverneur de la Touraine vers 1360, époque où il concourut au traité conclu avec le roi d'Angleterre, on doit croire qu'il habitait, avant cette époque, le château de la Bourdaisière, si rapproché du lieu de son commandement. Ce fut en 1364 qu'il s'empara, conjointement avec Bertrand du Guesclin, qu'on appelait alors le fameux aventurier breton, de Mantes et de Meulan, places du Vexin, possédées par Charles le Mauvais, roi de Navarre, qui commandaient le cours de la Seine, et qui furent entièrement saccagées.

Le maréchal était né à Tours au commencement du XIVe siècle, et possédait sans doute le château de la Bourdaisière à titre d'héritage. Cependant on prétend que la famille de Boucicaut n'était pas très ancienne, et que Charles V aimait à élever les hommes d'une naissance médiocre lorsqu'il leur reconnaissait des talents. Les faveurs du monarque s'étendirent à toute la famille, car Geoffroi le Meingre, frère du maréchal, doyen de Saint-Martin à Tours, fut nommé évêque et duc de Laon en 1363. Madame Florie de Linières, dame d'Estoubleau, continua à habiter le château de la Bourdaisière avec ses deux enfants, dont l'aîné, Jean, n'avait que cinq ans; elle s'occupa de leur éducation, et à neuf ans Jean fut admis, par ordre de Charles V, au nombre des jeunes nobles choisis pour être les compagnons du dauphin, qui avait trois ans de moins. Cette position brillante, due aux services rendus par le père, lui fit franchir rapidement ses premières études: car à douze ans il fit ses premières armes, et accompagna Louis de Clermont dans la campagne de Normandie, en 1377. Cinq années plus tard, il assista à la bataille de Rosbecque, commandée par Charles VI en personne, alors âgé de quatorze ans seulement, ne rêvant que guerre et chevauchées, et ayant pour premier lieutenant le connétable de Clisson. L'activité de Jean Boucicaut n'eut pas de bornes; il alla en Prusse porter le secours de son bras aux chevaliers Teutoniques. Louis de Clermont le choisit encore pour son lieutenant dans la campagne de Poitou en 1385, qu'il termina seul, avec le plus grand succès. On croit que c'est à cette époque qu'il fit une apparition au château de la Bourdaisière; car, suivant le Père Anselme, sa mère vivait encore. Le Meingre de Boucicaut reçut en 1391, de la main du roi lui-même, le bâton de maréchal. Deux ans après, le 23 décembre 1393, il épousa Antoinette, comtesse de Beaufort, vicomtesse de Turenne, qui mit au monde un fils, Jean, tué à 22 ans, à la bataille d'Azincourt. La vicomtesse ressentit une telle douleur de cette perte, et fut si profondément affligée de la captivité du maréchal en Angleterre, qu'elle en mourut l'année suivante, en 1416.

Boucicaut termina en Angleterre sa belliqueuse carrière, en 1421, six ans après la défaite d'Azincourt. Sa famille fit revenir en France ses restes précieux, et son corps fut inhumé dans une des chapelles de l'église de Saint-Martin de Tours. Le frère puîné du maréchal, Geoffroy le Meingre de Boucicaut, hérita de ses biens et continua sa postérité; né à Tours en 1369, il fut nommé chambellan du roi et gouverneur du Dauphiné. Il avait la réputation d'un homme de grand courage; mais la renommée de son frère aîné ne lui a pas permis d'occuper une place dans l'histoire. Deux enfants, Jean et Louis, sont issus du mariage de Geoffroy Boucicaut avec Isabeau de Poitiers. L'aîné devint héritier du fief de la Bourdaisière, après la mort de son père, en 1440. Les historiens ne disent rien de son existence dans le monde, du rang qu'il a tenu dans la société. La mort l'a surpris à Tours, où il vivait sans doute noblement; car il fut inhumé, en 1484, dans la chapelle de ses ancêtres, sous les voûtes de l'église de Saint-Martin. Jean le Meingre de Boucicaut V, son fils et son héritier, ne survécut pas longtemps à son père. On ne dit pas quelle fut sa carrière; mais comme il mourut à Avignon, en 1490, on doit supposer que le séjour de la Bourdaisière était entièrement délaissé par lui. A la mort des Boucicaut, le château resta debout; mais on ignore à quel titre il passa dans la famille de celui qui semble en être le possesseur immédiat. Seulement il était, à la fin du XVe siècle, la propriété de Victor Gaudin, argentier de la reine, homme de finances, l'un des hauts personnages de la ville de Tours. Ce nom aurait acquis une certaine célébrité, s'il n'était venu se perdre dans une alliance qui va redonner de la vie et du mouvement à ces créneaux des bords du Cher, qui attestaient, par le silence qui les environnait, la longue absence de ceux qu'ils devaient protéger. Victor Gaudin, seigneur de la Bourdaisière et autres lieux, avait une fille d'une rare beauté.

Marie, cette délicieuse personne, fut recherchée en mariage, en 1509, par Philibert Babou, fils de Laurent Babou, seigneur de Givrii et de Soulier, occupant depuis 1498, une place importante dans les finances et possesseur de grands biens dans le Berri. Le prétendant à la main de Marie Gaudin était, depuis 1504,secrétaire du roi et argentier à Bourges. Les fêtes du mariage eurent lieu au château de la Bourdaisière; Victor Gaudin donnait cette baronnie en dot à sa fille, et le jeune marié en prit de suite le titre. Louis XII, en faveur de ce mariage, nomma Philibert Babou argentier de la cour. La mort de ce monarque, en 1515, ne mit pas un terme aux grâces de la royauté. François 1er se montra encore plus généreux que son prédécesseur. On a souvent recherché la cause des faveurs dont il combla, pendant son règne, la jeune famille de la Bourdaisière; mais ne doit-on pas, avant tout, en attribuer la source à l'influence de Michelle Allaire, nourrice de Charles VIII, dont la fille avait épousé Hervé Babou, parent très proche des nouveaux seigneurs de la Bourdaisière? Le voisinage du château d'Amboise a fait le reste. On sait que la reine Claude mit au monde à Amboise, le 29 août 1515, la princesse Louise, et que cet accouchement coïncida avec le retour du roi du Milanais. François 1er, pendant son séjour sur les bords de la Loire, venait fréquemment, avec une partie de sa cour, au château de la Bourdaisière; et ce fut lui, sans doute, qui eut la première pensée de transformer les vieilles murailles des Boucicaut en une habitation telle qu'on commençait à les construire dans les premières années du XVIe siècle. On mit en effet la main à l'œuvre, et on suppose que la munificence royale fit les frais du nouveau château et des vastes communs, si propres à recevoir les nombreux équipages qui suivent les souverains lorsqu'ils se déplacent. Pendant que ces constructions s'élevaient, tout en conservant l'antique donjon du XIVe siècle, la reine Claude continuait à habiter le château d'Amboise, où elle accoucha, le 28 février 1517, d'un prince, qui fut marié à un an à la fille de Henri VIII, qui avait quatre ans.

Les relations de François 1er et de la châtelaine de la Bourdaisière devenaient de plus en plus fréquentes. C'est dans une de ses visites qu'il créa en 1522, pour Philibert Babou, la charge de trésorier de l'épargne, dont il fut gratuitement pourvu, et que dans la même année, il lui donna cette haute marque de confiance de prendre possession en son nom, conjointement avec Anne de Montmorency, grand-maître de France, du château de Chenonceaux, cédé par Antoine Boyer, fils de Thomas, qui l'avait transformé en un palais magique. Le mari de la belle Marie Gaudin, perdant tout à fait de vue sa résidence de Bourges, habitait Tours tout le temps qu'il ne séjournait pas à sa seigneurie de la Bourdaisière, et fut nommé, en 1520, maire de cette ville. Les années qui suivirent furent marquées par de nombreuses faveurs de la cour. Ainsi il fut promu aux fonctions de trésorier de l'épargne en 1523; de surintendant des finances en 1524, par Louise de Savoie, mère du roi, régente du royaume; de maître d'hôtel de la reine en 1544, et de conseiller au conseil privé. Dans un ordre qu'il donna en qualité de trésorier de France le 27 mars 1544, son sceau est écartelé au 1er et 4e d'argent au bras de gueules sortant d'une nuée d'azur, tenant une poignée de vesce en rameau, de trois pièces de sinople, et au 2e et 3e de sinople au pal d'argent parti de gueules. Quatre garçons et quatre filles sont issus de ce mariage, et cette Notice a quelque chose de trop sérieux pour rappeler ce que la chronique scandaleuse a publié des amours de Marie Babou et de François 1er, en ajoutant que les filles de Marie avaient été l'objet des attentions particulières du roi chevalier. Le premier des enfants, Jean Babou, illustra le nom de son père. Le deuxième et le troisième, Jacques et Philibert, furent l'un et l'autre doyens de Saint-Martin de Tours. Le quatrième enfant, Léonor Babou, revêtu de la charge de pannetier du roi, mourut en 1557, sans avoir contracté d'alliance. Des quatre filles, les trois premières, Claude, Antoinette et Marie, contractèrent des alliances brillantes et soutinrent avec éclat le rang de leur famille; la quatrième, Anne, devint abbesse de Beaumont, près de Tours.

Le château de la Bourdaisière, reconstruit sur l'esplanade terminée par les bastions et les fossés du moyen âge, ne pouvait pas être considéré comme un monument artistique tel qu'on les bâtissait à l'époque de la Renaissance; car les dentelures, les découpures et les sculptures, œuvres de la fantaisie et de l'imagination, n'y étaient pas prodiguées. L'édifice avait treize fenêtres de façade, dont quatre éclairaient les deux pavillons formant corps avancés; les croisées du premier et du second étage étaient à bandeaux surmontés de corniches saillantes; la baie du milieu, projetée en saillie, était ornée de sculptures d'une grande délicatesse reproduisant les plus gracieux enlacements. Onze lucarnes surmontaient l'entablement; construites en pierres de taille, elles reproduisaient les formes de l'architecture de la nouvelle époque; celle du milieu surtout, renfermant le cadran de l'horloge, était remarquable par la profusion des ornements qui faisaient ressortir les F couronnés. Les communs du château, d'ordre toscan, ornés de pilastres, reçoivent le jour au moyen de cintres surbaissés; ils comprennent les remises et l'écurie voûtée en belles pierres de taille d'une longueur de trente mètres sur dix de largeur. On admire l'appareil de cette construction, que quelques architectes ont attribuée à tort à Philibert Delorme; car les travaux entrepris à la Bourdaisière datent de 1520, époque à laquelle François 1er commençait les châteaux féeriques de Chambord et de Saint-Germain, tandis que Philibert Delorme, qui a bâti Meudon, Anet pour Diane de Poitiers, et les Tuileries, ne revenait de Rome, où il avait été puiser le sentiment des beaux-arts, qu'en 1536. Le service religieux avait sans doute lieu dans la vieille chapelle du château du maréchal de Boucicaut. Philibert Babou le régularisa en fondant, par actes du 15 mai et du 3 juillet 1544, la chapellenie de Bondesir, à la charge par les aumôniers de dire au château une messe basse les dimanche, lundi et samedi de chaque semaine. Marie Gaudin, après la mort de son mari, et avec le con cours de son fils aîné, à qui elle avait abandonné la terre de Noui, augmenta la dotation de cette chapelle.

On n'a pu constater jusqu'à quelle époque la veuve de Philibert Babou, mort en 1571, conserva la seigneurie de la Bourdaisière; mais on sait, d'après le Père Anselme, qu'elle vivait encore en 1577, d'où on peut conclure que sa carrière s'est prolongée au delà de quatre vingt ans. Le fils aîné, qui hérita de la baronnie de la Bourdaisière, était Jean Babou, né en 1511. Il parut dans le monde avec beaucoup d'éclat; il avait sur son père le grand avantage de porter un nom déjà connu; aussi monta-t-il très haut. La charge d'échanson de François 1er fut son point de départ; il exerçait la même charge dans la maison de la reine Marguerite de Navarre, duchesse de Berry. Il fut successivement maître de la garde-robe du fils aîné de François 1er, de Henri II, et de François II, qui monta sur le trône en 1559. Le baron de la Bourdaisière voulut, à la mort de François II, se retirer chez lui, mais la reine Catherine de Médicis le rappela à la cour pour lui donner le gouvernement de la personne et de la maison du plus jeune de ses fils, François duc d'Alençon, et depuis de Berry. Il avait épousé à Blois, le 6 décembre 1539, Françoise Robertet, fille de Florimond Robertet, secrétaire d'État, homme de grand crédit à la cour. Jean de la Bourdaisière en profita, et à la mort de Jacques d'Estrées, en 1567, Charles IX le nomma grand maître de l'artillerie. Il mourut en 1570 de la suite de ses blessures ou des fatigues de la guerre. Il eut de son mariage avec Françoise Robertet dix enfants, quatre garçons et six filles. L'héritier de la baronnie de la Bourdaisière, par ordre de primogéniture, fut Georges Babou, comte de Sagonne; élevé enfant d'honneur du duc d'Alençon, il devint en 1569 gentilhomme de la chambre du prince, son premier gentilhomme en 1575, capitaine des cinquante hommes d'armes en 1586, conseiller d'État en 1594, chevalier des ordres du roi le 7 janvier 1595. Il épousa Madeleine du Bellai. Les enfants de ce mariage qui survécurent sont Georges, qui succéda à la seigneurie de son père; Marie, dame de la Bourdaisière, marié le 23 février 1602, à Charles-Saladin de Savigny, vicomte d'Es tanges, seigneur de Rosné, et Anne Babou de la Bourdaisière, abbesse de Beaumont, décédée le 16 janvier 1647.

Georges Babou II succéda à son père; élevé enfant d'honneur de François duc d'Alençon, qui prit ensuite le titre de duc d'Anjou, il accompagna ce prince dans un voyage qu'il fit aux Pays-Bas, dont il ambitionnait la souveraineté, qui lui avait été décernée par les États en 1581. Pour atteindre ce but, le duc et Georges Babou aidaient et favorisaient les protestants dans leurs projets d'établir en France la nouvelle religion. Georges, dont la famille était dévouée corps et âme à Catherine de Médicis et à la maison de Lorraine, se déclara contre un parti qu'il avait servi dans le Neerland. Il fut nommé en 1586 capitaine des cinquante hommes d'armes, et trois ans après il hérita du titre de comte de Sagonne, que portait son frère cadet. La ligue, qu'il servait avec zèle, lui confia le gouvernement de la ville de Chartres en 1590. Il fut tué en duel, à Bordeaux, par le comte de Barrault, lors du mariage de Louis XIII (1615). Il avait épousé Jeanne Hennequin dont une seule fille, morte en bas âge, est issue de ce mariage. La douairière comtesse de Sagonne continua, après la mort de son mari, à habiter son château de la Bourdaisière. Les registres de la paroisse de Montlouis, indiquent que haute et puissante dame Gabrielle du Four de la Rauderie, femme de messire Alexandre Gouffier, marquis de Cœuvre, seigneur de la Bourdaisière, a été marraine, le 6 mars 1659, d'un enfant de la paroisse, et que le marquis a été parrain, le 16 avril de l'année suivante, dans la même église, de Nicolas Alexandre Ferrand. On lit encore, sur ces mêmes feuilles, que la dame Gabrielle du Four, morte au château de la Bourdaisière, a été inhumée, le 3 décembre 1660, dans la chapelle de Notre-Dame de Bondesir, sépulture des seigneurs de la baronnie. Il résulte de ces documents qu'Alexandre Gouffier, marquis de Cœuvre, a été le successeur immédiat des Babou, qu'on a perdus de vue depuis 1616; famille éteinte d'ailleurs, car son nom, qu'on prononce encore dans le Berry, n'appartient pas aux descendants du notaire de Bourges de 1484, chef de cette maison.

Les grands personnages qui se disent titulaires du fief de la Bourdaisière se trouvent dans toutes les anciennes chroniques; on lit que Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, comte et baron d'une foule de châtellenies, gouverneur de Touraine, prenait le titre de seigneur de la Bourdaisière. Cette terre paraissait dévolue aux commandants de cette province. On sait que le marquis de Dangeau fut très avant dans la faveur de Louis XIV; après avoir servi avec distinction sous Turenne, il revint à Versailles, fut admis au jeu du roi, qu'il égayait par ses saillies. Marié deux fois, le marquis de Dangeau eut de son second mariage avec Marie-Sophie de Bavière Lewestein, le 16 juin 1687, Philippe-Egon, marquis de Dangeau, nommé, en 1704, colonel du régiment de Furstemberg cavalerie. Sa bravoure à la bataille de Malplaquet, le 12 septembre 1709, lui coûta cher; car il y perdit une jambe. Le jeune colonel de Dangeau, ne pouvant plus servir activement, fut nommé en 1712 gouverneur de Touraine, en remplacement de son père, démissionnaire. Il mourut en 1719, laissant de Françoise de Pompadour de Laurière, qu'il avait épousée en 1708, une fille unique, Sophie-Marie de Courcillon, qui devint dame de la Bourdaisière. Mais Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, homme de cour, habitait beaucoup plus Versailles que la Touraine; aussi céda t-il l'usufruit de la baronnie de la Bourdaisière à Catherine-Charlotte de Wollenvod, femme du prince de Furstemberg, sa belle-sœur, où elle tint toute l'année une espèce de cour, recevant au château non seulement les personnes distinguées de la province, telles que Thomas Hue de Miromenil, intendant de la généralité, le duc Charles-Armand de Mazarin, pair de France, mari d'Hortense de Mancini, nièce du cardinal, qui possédait le château de Veretz, situé sur la rive gauche du Cher; mais de nobles étrangers, entre autres Marie Louis, seigneur de Galard, de Béarn. Le cardinal de Furstemberg venait souvent voir sa sœur à la Bourdaisière.

Madame de Furstemberg était la providence de la paroisse qu'elle habitait; charitable au delà de toute expression, les dernières années de sa vie ne sont pas encore effacées de la mémoire des habitants, tant la tradition s'est attachée à perpétuer le souvenir de ses nombreux bienfaits. La comtesse usufruitière ne faisait pas un pas dans la vie, qui ne fût marqué par une bonne action. La paroisse de Montlouis lui devait les somptueux ornements avec lesquels on officiait les jours de fête. Madame de Furstemberg est décédée au château de la Bourdaisière le 5 avril 1726, à l'âge de soixante seize ans et demi, après avoir, suivant les registres tenus par le curé, donné pendant sa vie les marques d'une haute piété et d'une charité infinie envers les pauvres. Elle fut inhumée dans la chapelle de Bondesir. La marquise de Courcillon prit, après la mort de sa tante, possession de la terre de la Bourdaisière ainsi que cela résulte d'un bail à ferme passé par elle le 17 novembre 1773; mais, depuis 1737, les actes publics ne portent plus la même suscription; ils sont rédigés au nom de dame Marie-Sophie de Courcillon, épouse, non commune en biens, de Hercule Meriadec, prince de Rohan-Soubise, duc de Rohan, pair de France, lieutenant-général des armées du roi, etc. Cette formule est exactement suivie d'année en année jusqu'en 1755, époque de la mort de son mari. Madame de Rohan habitait l'été, le château de la Bourdaisière, et y attirait sa nombreuse cour de Paris. Les registres de la paroisse de Montlouis constatent qu'elle a donné beaucoup de soins à la maison d'école, désignée sous le nom de collège de la paroisse. Le duc Hercule Meriadec, ou plutôt la princesse de Rohan sa femme, héritière de la terre de la Bourdaisière, figure dans toutes les transactions qu'exigeaient la possession du sol et la suzeraineté. Mais en 1767 apparut le nom du duc de Chevreuse, pair de France, gouverneur de Paris, en qualité de propriétaire de cette baronnie, qui lui est échue en héritage. C'est le même qui, sous le nom de duc de Luynes, fut député de la noblesse aux états généraux de 1789, et qui a traversé sans danger toutes les phases de la grande révolution.

Possesseur d'une immense fortune, le premier consul le nomma membre du sénat conservateur. Il rappelait volontiers aux Tourangeaux, en les rencontrant dans les salons de Paris, qu'il avait été propriétaire de la Bourdaisière; il le disait surtout au comte Clément de Ris, son collègue au sénat et son voisin de terre, car leurs châteaux n'étaient séparés que par la rivière du Cher. Le duc de Chevreuse ne posséda pas longtemps la Bourdaisière. Il avait à Chanteloup un voisin qui convoitait cette propriété pour l'annexer au duché qu'il venait de fonder au moyen de la cession, que lui avait faite Louis XV, du château d'Amboise en échange de Saint Cyr la Roche, Pompadour, Bret et la Rivière. M. de Choiseul proposa au duc de Chevreuse de lui céder le château de la Bourdaisière, offrant en retour la terre de Cinq-Mars, qu'il avait acquise de M. le marquis d'Effiat. M. de Chevreuse, qui avait à peine exploré la terre de la Bourdaisière, où il s'était fait représenter par des gens d'affaires, ne pouvait pas tenir infiniment à sa possession; c'était entre M. de Choiseul et lui une question de valeur vénale; l'affaire fut bientôt convertie en un acte authentique, et le contrat fut signé en 1768. La création du duché d'Amboise, le titre de grand bailli de Touraine dont M. de Choiseul était revêtu, en faisaient l'arbitre et le protecteur de la province, où il était déjà très connu comme homme d'État. M. de Choiseul, pendant son ministère, ne faisait que de courtes apparitions à Chanteloup, et négligeait le château de la Bourdaisière. Des artistes dans tous les genres furent appelés à Chanteloup; on ne trouva pas les corps de logis assez étendus, les appartements assez spacieux, les intérieurs assez magnifiques. Le devis des constructions s'élevait à des sommes énormes, et l'économie, qui est une vertu chez les simples particuliers, est souvent une nécessité pour les grands seigneurs. Les intendants réfléchirent, et le Camus, architecte du duc, qui avait pleins pouvoirs, décida que le château de la Bourdaisière, où l'on trouverait des pierres, du bois, des fers, des plombs, serait démoli. (1)

Le domaine vivait ses dernières heures, lorsque le duc de Choiseul fut exilé en son château de Chanteloup, il ordonna la destruction de la demeure ne laissant que le donjon et le manoir des Babou. Le château de la Bourdaisière, propriété de la duchesse d'Orléans, Adélaïde de Bourbon Penthièvre, fut confisqué au nom de la République, vendu comme bien national en 1794 à Armand Dubernad, négociant en vins, qui à son arrivée réalisa la construction d'un nouveau château, adossé au sud du manoir des Babou, de style massif, seulement décoré par un portique central à l'antique. En 1802, les héritiers de Dubernad vendaient le château au Baron Joseph Angelier qui allait mener à La Bourdaisière une vaste campagne de restauration. Le château de la Bourdaisière sera vendu en 1923 à une Américaine, Madame de Mérinville, qui embellit l'intérieur et l'extérieur. Acheté par un anglais en 1938, la demeure sera occupée par les Allemands durant le seconde guerre mondiale, puis hébergera à la libération une école militaire. Rendu à ses propriétaires, le château fût ensuite laissé à l'abandon. En 1959, après la vente aux enchères de l'ensemble des meubles, il fut vendu à la commune de Montlouis qui y installa une maison de retraite, le château ne répondant plus aux normes de sécurité, il fut vendu en 1988 à Maître François Michaud qui le céda le 2 septembre 1991 aux Princes Louis Albert et Philippe Maurice de Broglie. En 2008, le prince Louis Albert de Broglie rachète les parts de son frère et devient le seul propriétaire du château de la Bourdaisière.

Éléments protégés MH: les communs, les douves, l'ancienne chapelle, le parc avec la porte du XVIe siècle : inscription par arrêté du 6 mars 1947 (2)

château de la Bourdaisière 37270 Montlouis-sur-Loire, tél: 02 47 45 16 31, les jardins sont ouverts au public du 1er avril au 30 octobre de 9h30 à 19h. Le château de la Bourdaisière est ouvert toute l'année pour vos réceptions privées et professionnelles.

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(1)       Notice historique sur le château de la Bourdaisière par le Baron Angellier. Éditeur Alfred Mame et Cie - Tours (1850)
(2)  
     source :  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/

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(IMH) = château inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, (MH) = château classé Monument Historique
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