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Le château remonte, suivant les légendes qu'on a pu
consulter, au commencement du XIVe siècle, et l'on doit surtout envisager sa
première construction comme une citadelle du moyen âge. Des fossés, des
bastions, des ponts-levis, des murs très élevés se prolongeant sur une
grande étendue, sans autres ouvertures que des meurtrières, ne présentent
rien d'attrayant à l'œil de l'observateur du dehors; mais il a été habité
par des personnages qui se sont distingués sous les règnes du roi Jean, de
Charles V, Charles VI, et plus tard, par une famille qui a dû à l'extrême
faveur dont elle a joui sous le règne de François 1er, d'avoir transformé ce
castel en un édifice dont la Renaissance était le type. On savait que Jean
le Meingre de Boucicaut, premier du nom, avait été le seigneur de la
Bourdaisière sans qu'on pût assigner l'époque précise de cette possession,
lorsqu'on est parvenu à découvrir un cartulaire de l'archevêché de Tours, où
il est écrit que Madame Florie de Linières, femme de Jean le Meingre de
Boucicaut, maréchal de France, rendait après la mort de son mari, en qualité
de tutrice de ses enfants, foi et hommage à l'archevêque pour le castel de
la Bourdaisière et ses dépendances. Ce cartulaire n'est pas daté; mais le
maréchal est mort à Dijon en 1372; et comme il avait été, en qualité de
lieutenant général, gouverneur de la Touraine vers 1360, époque où il
concourut au traité conclu avec le roi d'Angleterre, on doit croire qu'il
habitait, avant cette époque, le château de la Bourdaisière, si rapproché du
lieu de son commandement. Ce fut en 1364 qu'il s'empara, conjointement avec
Bertrand du Guesclin, qu'on appelait alors le fameux aventurier breton, de
Mantes et de Meulan, places du Vexin, possédées par Charles le Mauvais, roi
de Navarre, qui commandaient le cours de la Seine, et qui furent entièrement
saccagées.
Le maréchal était né à Tours au commencement du XIVe siècle, et possédait
sans doute le château de la Bourdaisière à titre d'héritage. Cependant on
prétend que la famille de Boucicaut n'était pas très ancienne, et que
Charles V aimait à élever les hommes d'une naissance médiocre lorsqu'il leur
reconnaissait des talents. Les faveurs du monarque s'étendirent à toute la
famille, car Geoffroi le Meingre, frère du maréchal, doyen de Saint-Martin à
Tours, fut nommé évêque et duc de Laon en 1363. Madame Florie de Linières,
dame d'Estoubleau, continua à habiter le château de la Bourdaisière avec ses
deux enfants, dont l'aîné, Jean, n'avait que cinq ans; elle s'occupa de leur
éducation, et à neuf ans Jean fut admis, par ordre de Charles V, au nombre
des jeunes nobles choisis pour être les compagnons du dauphin, qui avait
trois ans de moins. Cette position brillante, due aux services rendus par le
père, lui fit franchir rapidement ses premières études: car à douze ans il
fit ses premières armes, et accompagna Louis de Clermont dans la campagne de
Normandie, en 1377. Cinq années plus tard, il assista à la bataille de
Rosbecque, commandée par Charles VI en personne, alors âgé de quatorze ans
seulement, ne rêvant que guerre et chevauchées, et ayant pour premier
lieutenant le connétable de Clisson. L'activité de Jean Boucicaut n'eut pas
de bornes; il alla en Prusse porter le secours de son bras aux chevaliers
Teutoniques. Louis de Clermont le choisit encore pour son lieutenant dans la
campagne de Poitou en 1385, qu'il termina seul, avec le plus grand succès.
On croit que c'est à cette époque qu'il fit une apparition au château de la
Bourdaisière; car, suivant le Père Anselme, sa mère vivait encore. Le
Meingre de Boucicaut reçut en 1391, de la main du roi lui-même, le bâton de
maréchal. Deux ans après, le 23 décembre 1393, il épousa Antoinette,
comtesse de Beaufort, vicomtesse de Turenne, qui mit au monde un fils, Jean,
tué à 22 ans, à la bataille d'Azincourt. La vicomtesse ressentit une telle
douleur de cette perte, et fut si profondément affligée de la captivité du
maréchal en Angleterre, qu'elle en mourut l'année suivante, en 1416.
Boucicaut termina en Angleterre sa belliqueuse carrière, en 1421, six ans
après la défaite d'Azincourt. Sa famille fit revenir en France ses restes
précieux, et son corps fut inhumé dans une des chapelles de l'église de
Saint-Martin de Tours. Le frère puîné du maréchal, Geoffroy le Meingre de
Boucicaut, hérita de ses biens et continua sa postérité; né à Tours en 1369,
il fut nommé chambellan du roi et gouverneur du Dauphiné. Il avait la
réputation d'un homme de grand courage; mais la renommée de son frère aîné
ne lui a pas permis d'occuper une place dans l'histoire. Deux enfants, Jean
et Louis, sont issus du mariage de Geoffroy Boucicaut avec Isabeau de
Poitiers. L'aîné devint héritier du fief de la Bourdaisière, après la mort
de son père, en 1440. Les historiens ne disent rien de son existence dans le
monde, du rang qu'il a tenu dans la société. La mort l'a surpris à Tours, où
il vivait sans doute noblement; car il fut inhumé, en 1484, dans la chapelle
de ses ancêtres, sous les voûtes de l'église de Saint-Martin. Jean le
Meingre de Boucicaut V, son fils et son héritier, ne survécut pas longtemps
à son père. On ne dit pas quelle fut sa carrière; mais comme il mourut à
Avignon, en 1490, on doit supposer que le séjour de la Bourdaisière était
entièrement délaissé par lui. A la mort des Boucicaut, le château resta
debout; mais on ignore à quel titre il passa dans la famille de celui qui
semble en être le possesseur immédiat. Seulement il était, à la fin du XVe
siècle, la propriété de Victor Gaudin, argentier de la reine, homme de
finances, l'un des hauts personnages de la ville de Tours. Ce nom aurait
acquis une certaine célébrité, s'il n'était venu se perdre dans une alliance
qui va redonner de la vie et du mouvement à ces créneaux des bords du Cher,
qui attestaient, par le silence qui les environnait, la longue absence de
ceux qu'ils devaient protéger. Victor Gaudin, seigneur de la Bourdaisière et
autres lieux, avait une fille d'une rare beauté.
Marie, cette délicieuse personne, fut recherchée en mariage, en 1509, par
Philibert Babou, fils de Laurent Babou, seigneur de Givrii et de Soulier,
occupant depuis 1498, une place importante dans les finances et possesseur
de grands biens dans le Berri. Le prétendant à la main de Marie Gaudin
était, depuis 1504,secrétaire du roi et argentier à Bourges. Les fêtes du
mariage eurent lieu au château de la Bourdaisière; Victor Gaudin donnait
cette baronnie en dot à sa fille, et le jeune marié en prit de suite le
titre. Louis XII, en faveur de ce mariage, nomma Philibert Babou argentier
de la cour. La mort de ce monarque, en 1515, ne mit pas un terme aux grâces
de la royauté. François 1er se montra encore plus généreux que son
prédécesseur. On a souvent recherché la cause des faveurs dont il combla,
pendant son règne, la jeune famille de la Bourdaisière; mais ne doit-on pas,
avant tout, en attribuer la source à l'influence de Michelle Allaire,
nourrice de Charles VIII, dont la fille avait épousé Hervé Babou, parent
très proche des nouveaux seigneurs de la Bourdaisière? Le voisinage du
château d'Amboise a fait le reste. On sait que la reine Claude mit au monde
à Amboise, le 29 août 1515, la princesse Louise, et que cet accouchement
coïncida avec le retour du roi du Milanais. François 1er, pendant son séjour
sur les bords de la Loire, venait fréquemment, avec une partie de sa cour,
au château de la Bourdaisière; et ce fut lui, sans doute, qui eut la
première pensée de transformer les vieilles murailles des Boucicaut en une
habitation telle qu'on commençait à les construire dans les premières années
du XVIe siècle. On mit en effet la main à l'œuvre, et on suppose que la
munificence royale fit les frais du nouveau château et des vastes communs,
si propres à recevoir les nombreux équipages qui suivent les souverains
lorsqu'ils se déplacent. Pendant que ces constructions s'élevaient, tout en
conservant l'antique donjon du XIVe siècle, la reine Claude continuait à
habiter le château d'Amboise, où elle accoucha, le 28 février 1517, d'un
prince, qui fut marié à un an à la fille de Henri VIII, qui avait quatre
ans.
Les relations de François 1er et de la châtelaine de la Bourdaisière
devenaient de plus en plus fréquentes. C'est dans une de ses visites qu'il
créa en 1522, pour Philibert Babou, la charge de trésorier de l'épargne,
dont il fut gratuitement pourvu, et que dans la même année, il lui donna
cette haute marque de confiance de prendre possession en son nom,
conjointement avec Anne de Montmorency, grand-maître de France, du château
de Chenonceaux, cédé par Antoine Boyer, fils de Thomas, qui l'avait
transformé en un palais magique. Le mari de la belle Marie Gaudin, perdant
tout à fait de vue sa résidence de Bourges, habitait Tours tout le temps
qu'il ne séjournait pas à sa seigneurie de la Bourdaisière, et fut nommé, en
1520, maire de cette ville. Les années qui suivirent furent marquées par de
nombreuses faveurs de la cour. Ainsi il fut promu aux fonctions de trésorier
de l'épargne en 1523; de surintendant des finances en 1524, par Louise de
Savoie, mère du roi, régente du royaume; de maître d'hôtel de la reine en
1544, et de conseiller au conseil privé. Dans un ordre qu'il donna en
qualité de trésorier de France le 27 mars 1544, son sceau est écartelé au
1er et 4e d'argent au bras de gueules sortant d'une nuée d'azur, tenant une
poignée de vesce en rameau, de trois pièces de sinople, et au 2e et 3e de
sinople au pal d'argent parti de gueules. Quatre garçons et quatre filles
sont issus de ce mariage, et cette Notice a quelque chose de trop sérieux
pour rappeler ce que la chronique scandaleuse a publié des amours de Marie
Babou et de François 1er, en ajoutant que les filles de Marie avaient été
l'objet des attentions particulières du roi chevalier. Le premier des
enfants, Jean Babou, illustra le nom de son père. Le deuxième et le
troisième, Jacques et Philibert, furent l'un et l'autre doyens de
Saint-Martin de Tours. Le quatrième enfant, Léonor Babou, revêtu de la
charge de pannetier du roi, mourut en 1557, sans avoir contracté d'alliance.
Des quatre filles, les trois premières, Claude, Antoinette et Marie,
contractèrent des alliances brillantes et soutinrent avec éclat le rang de
leur famille; la quatrième, Anne, devint abbesse de Beaumont, près de Tours.
Le château de la Bourdaisière, reconstruit sur l'esplanade terminée par les
bastions et les fossés du moyen âge, ne pouvait pas être considéré comme un
monument artistique tel qu'on les bâtissait à l'époque de la Renaissance;
car les dentelures, les découpures et les sculptures, œuvres de la fantaisie
et de l'imagination, n'y étaient pas prodiguées. L'édifice avait treize
fenêtres de façade, dont quatre éclairaient les deux pavillons formant corps
avancés; les croisées du premier et du second étage étaient à bandeaux
surmontés de corniches saillantes; la baie du milieu, projetée en saillie,
était ornée de sculptures d'une grande délicatesse reproduisant les plus
gracieux enlacements. Onze lucarnes surmontaient l'entablement; construites
en pierres de taille, elles reproduisaient les formes de l'architecture de
la nouvelle époque; celle du milieu surtout, renfermant le cadran de
l'horloge, était remarquable par la profusion des ornements qui faisaient
ressortir les F couronnés. Les communs du château, d'ordre toscan, ornés de
pilastres, reçoivent le jour au moyen de cintres surbaissés; ils comprennent
les remises et l'écurie voûtée en belles pierres de taille d'une longueur de
trente mètres sur dix de largeur. On admire l'appareil de cette
construction, que quelques architectes ont attribuée à tort à Philibert
Delorme; car les travaux entrepris à la Bourdaisière datent de 1520, époque
à laquelle François 1er commençait les châteaux féeriques de Chambord et de
Saint-Germain, tandis que Philibert Delorme, qui a bâti Meudon, Anet pour
Diane de Poitiers, et les Tuileries, ne revenait de Rome, où il avait été
puiser le sentiment des beaux-arts, qu'en 1536. Le service religieux avait
sans doute lieu dans la vieille chapelle du château du maréchal de
Boucicaut. Philibert Babou le régularisa en fondant, par actes du 15 mai et
du 3 juillet 1544, la chapellenie de Bondesir, à la charge par les aumôniers
de dire au château une messe basse les dimanche, lundi et samedi de chaque
semaine. Marie Gaudin, après la mort de son mari, et avec le con cours de
son fils aîné, à qui elle avait abandonné la terre de Noui, augmenta la
dotation de cette chapelle.
On n'a pu constater jusqu'à quelle époque la veuve de Philibert Babou, mort
en 1571, conserva la seigneurie de la Bourdaisière; mais on sait, d'après le
Père Anselme, qu'elle vivait encore en 1577, d'où on peut conclure que sa
carrière s'est prolongée au delà de quatre vingt ans. Le fils aîné, qui
hérita de la baronnie de la Bourdaisière, était Jean Babou, né en 1511. Il
parut dans le monde avec beaucoup d'éclat; il avait sur son père le grand
avantage de porter un nom déjà connu; aussi monta-t-il très haut. La charge
d'échanson de François 1er fut son point de départ; il exerçait la même
charge dans la maison de la reine Marguerite de Navarre, duchesse de Berry.
Il fut successivement maître de la garde-robe du fils aîné de François 1er,
de Henri II, et de François II, qui monta sur le trône en 1559. Le baron de
la Bourdaisière voulut, à la mort de François II, se retirer chez lui, mais
la reine Catherine de Médicis le rappela à la cour pour lui donner le
gouvernement de la personne et de la maison du plus jeune de ses fils,
François duc d'Alençon, et depuis de Berry. Il avait épousé à Blois, le 6
décembre 1539, Françoise Robertet, fille de Florimond Robertet, secrétaire
d'État, homme de grand crédit à la cour. Jean de la Bourdaisière en profita,
et à la mort de Jacques d'Estrées, en 1567, Charles IX le nomma grand maître
de l'artillerie. Il mourut en 1570 de la suite de ses blessures ou des
fatigues de la guerre. Il eut de son mariage avec Françoise Robertet dix
enfants, quatre garçons et six filles. L'héritier de la baronnie de la
Bourdaisière, par ordre de primogéniture, fut Georges Babou, comte de
Sagonne; élevé enfant d'honneur du duc d'Alençon, il devint en 1569
gentilhomme de la chambre du prince, son premier gentilhomme en 1575,
capitaine des cinquante hommes d'armes en 1586, conseiller d'État en 1594,
chevalier des ordres du roi le 7 janvier 1595. Il épousa Madeleine du Bellai.
Les enfants de ce mariage qui survécurent sont Georges, qui succéda à la
seigneurie de son père; Marie, dame de la Bourdaisière, marié le 23 février
1602, à Charles-Saladin de Savigny, vicomte d'Es tanges, seigneur de Rosné,
et Anne Babou de la Bourdaisière, abbesse de Beaumont, décédée le 16 janvier
1647.
Georges Babou II succéda à son père; élevé enfant d'honneur de François duc
d'Alençon, qui prit ensuite le titre de duc d'Anjou, il accompagna ce prince
dans un voyage qu'il fit aux Pays-Bas, dont il ambitionnait la souveraineté,
qui lui avait été décernée par les États en 1581. Pour atteindre ce but, le
duc et Georges Babou aidaient et favorisaient les protestants dans leurs
projets d'établir en France la nouvelle religion. Georges, dont la famille
était dévouée corps et âme à Catherine de Médicis et à la maison de
Lorraine, se déclara contre un parti qu'il avait servi dans le Neerland. Il
fut nommé en 1586 capitaine des cinquante hommes d'armes, et trois ans après
il hérita du titre de comte de Sagonne, que portait son frère cadet. La
ligue, qu'il servait avec zèle, lui confia le gouvernement de la ville de
Chartres en 1590. Il fut tué en duel, à Bordeaux, par le comte de Barrault,
lors du mariage de Louis XIII (1615). Il avait épousé Jeanne Hennequin dont
une seule fille, morte en bas âge, est issue de ce mariage. La douairière
comtesse de Sagonne continua, après la mort de son mari, à habiter son
château de la Bourdaisière. Les registres de la paroisse de Montlouis,
indiquent que haute et puissante dame Gabrielle du Four de la Rauderie,
femme de messire Alexandre Gouffier, marquis de Cœuvre, seigneur de la
Bourdaisière, a été marraine, le 6 mars 1659, d'un enfant de la paroisse, et
que le marquis a été parrain, le 16 avril de l'année suivante, dans la même
église, de Nicolas Alexandre Ferrand. On lit encore, sur ces mêmes feuilles,
que la dame Gabrielle du Four, morte au château de la Bourdaisière, a été
inhumée, le 3 décembre 1660, dans la chapelle de Notre-Dame de Bondesir,
sépulture des seigneurs de la baronnie. Il résulte de ces documents
qu'Alexandre Gouffier, marquis de Cœuvre, a été le successeur immédiat des
Babou, qu'on a perdus de vue depuis 1616; famille éteinte d'ailleurs, car
son nom, qu'on prononce encore dans le Berry, n'appartient pas aux
descendants du notaire de Bourges de 1484, chef de cette maison.
Les grands personnages qui se disent titulaires du fief de la Bourdaisière
se trouvent dans toutes les anciennes chroniques; on lit que Philippe de
Courcillon, marquis de Dangeau, comte et baron d'une foule de châtellenies,
gouverneur de Touraine, prenait le titre de seigneur de la Bourdaisière.
Cette terre paraissait dévolue aux commandants de cette province. On sait
que le marquis de Dangeau fut très avant dans la faveur de Louis XIV; après
avoir servi avec distinction sous Turenne, il revint à Versailles, fut admis
au jeu du roi, qu'il égayait par ses saillies. Marié deux fois, le marquis
de Dangeau eut de son second mariage avec Marie-Sophie de Bavière Lewestein,
le 16 juin 1687, Philippe-Egon, marquis de Dangeau, nommé, en 1704, colonel
du régiment de Furstemberg cavalerie. Sa bravoure à la bataille de
Malplaquet, le 12 septembre 1709, lui coûta cher; car il y perdit une jambe.
Le jeune colonel de Dangeau, ne pouvant plus servir activement, fut nommé en
1712 gouverneur de Touraine, en remplacement de son père, démissionnaire. Il
mourut en 1719, laissant de Françoise de Pompadour de Laurière, qu'il avait
épousée en 1708, une fille unique, Sophie-Marie de Courcillon, qui devint
dame de la Bourdaisière. Mais Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau,
homme de cour, habitait beaucoup plus Versailles que la Touraine; aussi céda
t-il l'usufruit de la baronnie de la Bourdaisière à Catherine-Charlotte de
Wollenvod, femme du prince de Furstemberg, sa belle-sœur, où elle tint toute
l'année une espèce de cour, recevant au château non seulement les personnes
distinguées de la province, telles que Thomas Hue de Miromenil, intendant de
la généralité, le duc Charles-Armand de Mazarin, pair de France, mari
d'Hortense de Mancini, nièce du cardinal, qui possédait le château de Veretz,
situé sur la rive gauche du Cher; mais de nobles étrangers, entre autres
Marie Louis, seigneur de Galard, de Béarn. Le cardinal de Furstemberg venait
souvent voir sa sœur à la Bourdaisière.
Madame de Furstemberg était la providence de la paroisse qu'elle habitait;
charitable au delà de toute expression, les dernières années de sa vie ne
sont pas encore effacées de la mémoire des habitants, tant la tradition
s'est attachée à perpétuer le souvenir de ses nombreux bienfaits. La
comtesse usufruitière ne faisait pas un pas dans la vie, qui ne fût marqué
par une bonne action. La paroisse de Montlouis lui devait les somptueux
ornements avec lesquels on officiait les jours de fête. Madame de
Furstemberg est décédée au château de la Bourdaisière le 5 avril 1726, à
l'âge de soixante seize ans et demi, après avoir, suivant les registres
tenus par le curé, donné pendant sa vie les marques d'une haute piété et
d'une charité infinie envers les pauvres. Elle fut inhumée dans la chapelle
de Bondesir. La marquise de Courcillon prit, après la mort de sa tante,
possession de la terre de la Bourdaisière ainsi que cela résulte d'un bail à
ferme passé par elle le 17 novembre 1773; mais, depuis 1737, les actes
publics ne portent plus la même suscription; ils sont rédigés au nom de dame
Marie-Sophie de Courcillon, épouse, non commune en biens, de Hercule
Meriadec, prince de Rohan-Soubise, duc de Rohan, pair de France,
lieutenant-général des armées du roi, etc. Cette formule est exactement
suivie d'année en année jusqu'en 1755, époque de la mort de son mari. Madame
de Rohan habitait l'été, le château de la Bourdaisière, et y attirait sa
nombreuse cour de Paris. Les registres de la paroisse de Montlouis
constatent qu'elle a donné beaucoup de soins à la maison d'école, désignée
sous le nom de collège de la paroisse. Le duc Hercule Meriadec, ou plutôt la
princesse de Rohan sa femme, héritière de la terre de la Bourdaisière,
figure dans toutes les transactions qu'exigeaient la possession du sol et la
suzeraineté. Mais en 1767 apparut le nom du duc de Chevreuse, pair de
France, gouverneur de Paris, en qualité de propriétaire de cette baronnie,
qui lui est échue en héritage. C'est le même qui, sous le nom de duc de
Luynes, fut député de la noblesse aux états généraux de 1789, et qui a
traversé sans danger toutes les phases de la grande révolution.
Possesseur d'une immense fortune, le premier consul le nomma membre du sénat
conservateur. Il rappelait volontiers aux Tourangeaux, en les rencontrant
dans les salons de Paris, qu'il avait été propriétaire de la Bourdaisière;
il le disait surtout au comte Clément de Ris, son collègue au sénat et son
voisin de terre, car leurs châteaux n'étaient séparés que par la rivière du
Cher. Le duc de Chevreuse ne posséda pas longtemps la Bourdaisière. Il avait
à Chanteloup un voisin qui convoitait cette propriété pour l'annexer au
duché qu'il venait de fonder au moyen de la cession, que lui avait faite
Louis XV, du château d'Amboise en échange de Saint Cyr la Roche, Pompadour,
Bret et la Rivière. M. de Choiseul proposa au duc de Chevreuse de lui céder
le château de la Bourdaisière, offrant en retour la terre de Cinq-Mars,
qu'il avait acquise de M. le marquis d'Effiat. M. de Chevreuse, qui avait à
peine exploré la terre de la Bourdaisière, où il s'était fait représenter
par des gens d'affaires, ne pouvait pas tenir infiniment à sa possession;
c'était entre M. de Choiseul et lui une question de valeur vénale; l'affaire
fut bientôt convertie en un acte authentique, et le contrat fut signé en
1768. La création du duché d'Amboise, le titre de grand bailli de Touraine
dont M. de Choiseul était revêtu, en faisaient l'arbitre et le protecteur de
la province, où il était déjà très connu comme homme d'État. M. de Choiseul,
pendant son ministère, ne faisait que de courtes apparitions à Chanteloup,
et négligeait le château de la Bourdaisière. Des artistes dans tous les
genres furent appelés à Chanteloup; on ne trouva pas les corps de logis
assez étendus, les appartements assez spacieux, les intérieurs assez
magnifiques. Le devis des constructions s'élevait à des sommes énormes, et
l'économie, qui est une vertu chez les simples particuliers, est souvent une
nécessité pour les grands seigneurs. Les intendants réfléchirent, et le
Camus, architecte du duc, qui avait pleins pouvoirs, décida que le château
de la Bourdaisière, où l'on trouverait des pierres, du bois, des fers, des
plombs, serait démoli. (1)
Le domaine vivait ses dernières heures, lorsque le duc de Choiseul fut exilé
en son château de Chanteloup, il ordonna la destruction de la demeure ne
laissant que le donjon et le manoir des Babou. Le château de la Bourdaisière,
propriété de la duchesse d'Orléans, Adélaïde de Bourbon Penthièvre, fut
confisqué au nom de la République, vendu comme bien national en 1794 à
Armand Dubernad, négociant en vins, qui à son arrivée réalisa la
construction d'un nouveau château, adossé au sud du manoir des Babou, de
style massif, seulement décoré par un portique central à l'antique. En 1802,
les héritiers de Dubernad vendaient le château au Baron Joseph Angelier qui
allait mener à La Bourdaisière une vaste campagne de restauration. Le
château de la Bourdaisière sera vendu en 1923 à une Américaine, Madame de
Mérinville, qui embellit l'intérieur et l'extérieur. Acheté par un anglais
en 1938, la demeure sera occupée par les Allemands durant le seconde guerre
mondiale, puis hébergera à la libération une école militaire. Rendu à ses
propriétaires, le château fût ensuite laissé à l'abandon. En 1959, après la
vente aux enchères de l'ensemble des meubles, il fut vendu à la commune de
Montlouis qui y installa une maison de retraite, le château ne répondant
plus aux normes de sécurité, il fut vendu en 1988 à Maître François Michaud
qui le céda le 2 septembre 1991 aux Princes Louis Albert et Philippe Maurice
de Broglie. En 2008, le prince Louis Albert de Broglie rachète les parts de
son frère et devient le seul propriétaire du château de la Bourdaisière.
Éléments protégés MH: les communs, les douves, l'ancienne chapelle, le parc
avec la porte du XVIe siècle : inscription par arrêté du 6 mars 1947 (2)
château de la Bourdaisière 37270 Montlouis-sur-Loire, tél: 02 47 45 16
31, les jardins sont ouverts au public du 1er avril au 30 octobre de 9h30 à
19h. Le château de la Bourdaisière est ouvert toute l'année pour vos
réceptions privées et professionnelles.
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